Mythologie et astronomie De l’invention du ciel par les Grecs

Avant de traiter aujourd’hui avec vous de L’invention de notre ciel par les grecs, je tenais à remercier tout particulièrement mes amis Arnaud Zucker1 et Robert Nadal au nom desquels je parle aussi aujourd’hui. J’ai une pensée spéciale pour Jacques Menaut et Jean-Marie Kowalski qui nous ont aidés par leurs relectures riches et vigilantes et pour Jean Pierre Brunet, astrophysicien de l’Observatoire Midi-Pyrénées, qui nous a accompagnés dans nos travaux et nous a quittés récemment. Nous nous référerons avant tout aux Catastérismes d’Èratosthène et au Tétrabible de Ptolémée, dans une perspective didactique (comment apprendre à lire et déchiffrer le ciel antique), mais respectueuse autant que possible des données de l'histoire de l'astronomie.

On pourrait en effet, en forçant légèrement le trait, dire que l'appréhension du ciel et l'histoire, que les Grecs à travers les mythes attachés aux constellations lui ont écrite, est analogue à l'appréhension d'une écriture : plutôt qu’une forme isolée (phonème/étoile), nous voyons d'abord un signe, sans doute appréhendé comme une forme globale (mot/astérisme2) avec une image (pictogramme) - c’est-à-dire la présence figurée du sens dans le signifiant - image qui permet de le fixer dans l'esprit, de le délimiter (ainsi l’image de la constellation du Dragon par exemple ou du Lion ou du Scorpion…). Et ce sont aussi, bien sûr, les coordonnées abstraites déjà scientifiques (la relation idéogrammatique au signifié), échangeables entre gens informés.

Il s’agirait donc ici en quelque sorte de proposer aux élèves et à leurs professeurs une lecture/interprétation du ciel avec ses constellations de la même manière que l'apprentissage d'une langue est aussi lecture et d'emblée interprétation de celle-ci. L’ensemble du parcours scientifique/didactique du ciel et de sa mythologie pourrait se présenter idéalement comme la succession des étapes de la découverte d’une culture. Dans notre approche pédagogique du ciel grec - ce ciel qui est encore le nôtre aujourd’hui - nous reprendrions ainsi, comme un paradigme voire une parabole, les mêmes temps clefs de sa découverte et reconnaissance par les Grecs. Pour la commodité de l’exposé, nous présenterons les trois temps principaux de cette découverte dans l’ordre suivant :

  1. La découverte et reconnaissance du ciel s’effectuent sans repère hors du ciel, à la différence de la topographie terrestre. Le ciel fonctionne d’abord comme un ensemble avec ses unités minimales, pareilles aux pièces d’un puzzle ; ces unités font déjà figure, donnent à lire une forme. L’approche est ici structurelle et scientifique. L’idée d’un axe, d’une rotation (donc d’une forme sphérique ou circulaire en assiette) vient avant tout de la rotation des constellations autour du pôle. Pour commencer l’étude du ciel de même que celle d’une culture ou d’une langue, il faut trouver un axe, un levier, un premier ancrage. Ce sont chez les grecs, entre autres, les deux idées clefs de la sphère (sphaira) et de l’axe (axôn).
  2. La structuration passe par l’image (celle de la constellation) c’est-à-dire par le récit mythologique. L’image est ici obstacle et en même temps condition de la représentation. Elle se plaque sur le ciel, tout en lui donnant sens. Il s’agit là d’une réécriture du ciel auquel va correspondre, chez l’élève, la re-formulation des données apprises. Il doit dire ces récits mythologiques à travers sa langue, y compris par la mnémotechnie, les raccourcis, les préférences, etc.. . Comme toute réécriture, celle-ci se prête aux variations : elle est levain de littérature et d’expériences, toujours en prise avec la parole première. Il convient en effet, impérativement, de justifier l’élève dans son premier moteur d’apprentissage du grec : la mythologie : c’est par là que tout commence.
  3. Le troisième moment est celui de l’incarnation du savoir : le lien entre le dehors et le dedans, la mise en commun et en communication des étages du monde. Le Tétrabible de Ptolémée (ouvrage d’astronomie et d’astrologie) ancre le ciel à la terre ; du sidéral au biologique et du biologique au symbolique. En fait c’est une démarche de symbolisation et d’appropriation : le ciel avait avec Ératosthène un espace (de jeux, de courses, de conflits) ; il acquiert avec Ptolémée un temps humain, sortant de l’éternité par les relations multiples qu’il tisse avec les hommes. Car il s’agit bien d’une humanisation du ciel chez Ptolémée : le ciel n’est plus le miroir des dieux (comme chez Ératosthène), mais vraiment celui des hommes, dernier terme de l’acclimatation de la culture par l’élève : une intégration de la part actuelle, active, vivante en lui, malgré l’écart temporel, de la culture grecque.

Nous ne tracerons ici aujourd’hui que des pistes, des directions possibles, nous réservant plus tard d’indiquer des parcours pédagogiques à l’intérieur des textes qui abondent tant en grec qu’en latin.

L’Hypothèse de la Sphère et de l’Axe

Pour le bassin méditerranéen, les documents astronomiques les plus anciens qui nous soient parvenus sont d’origine babylonienne et remontent au début du second millénaire.

atlas farnèse

L'Atlas Farnèse. Musée archéologique national de Naples

On distingue généralement trois phases dans le développement de l’astronomie babylonienne : la première marquée par des tablettes du XVIIIème-XVIIème siècle trouvées à Nippour, en Babylonie centrale, qui contiennent des noms d’étoiles et de constellations associés à des séries de nombres en progression arithmétique. Il en ressort que le ciel babylonien était alors divisé en trois zones elles mêmes subdivisées chacune en douze secteurs. La seconde (début du premier millénaire) correspond à la rédaction d’un texte dont l’incipit et le titre est Enuma Anu Enlil, recueil considérable de 70 tablettes consignant 7000 phénomènes astronomiques, conçus comme des messages envoyés par les dieux aux hommes -et surtout au roi. Ces tablettes, aboutissement d’une longue tradition d’observations, propose une interprétation symbolique et une codification des différents accidents météorologiques et astronomiques. La dernière est celle des tablettes Mul APIN qui offrent une liste des constellations, certaines en partie décrite, toutes étant assignées à une divinité.

En raison de l’ancienneté des documents conservés, on tend à considérer l’astronomie comme une “ invention ” mésopotamienne dont les Grecs auraient été les héritiers. Si la dette des premiers savants grecs, d’ailleurs généralement d’origine asiatique, à l’égard des “ Chaldéens ” est indubitable, elle apparaît néanmoins limitée. En effet, l’astronomie mésopotamienne est essentiellement descriptive, et faite de compilations d’observations (coïncidence et périodicité de certains phénomènes), et de listes de données (longueur relative des jours au cours de l’année, position variable des étoiles, etc.).

Les savants grecs vont opérer une véritable rupture épistémologique avec cette tradition. Tandis que les Babyloniens décrivaient, les Grecs vont chercher à expliquer ; là où les premiers notaient des positions, les seconds vont formaliser des mouvements. Par la spéculation, et en partant d’hypothèses théoriques, les premiers physiciens grecs vont exploiter, comme un capital d’archives, le savoir mésopotamien, pour découvrir des lois et des structures. Ce changement de cap épistémologique se traduit, entre autres, par le fait que la science de base de l’enquête astronomique, et pour ainsi dire la langue à travers laquelle cette enquête s’exprime, n’est plus l’algèbre (comme c’était le cas pour les Babyloniens) mais la géométrie.

La mise en question des phénomènes

En effet, dès les premiers textes grecs à caractère scientifique (VIème s. av. J.C.) on perçoit leur perspective originale. Thalès, qui passe pour le créateur grec de la discipline, aurait apparemment cherché à expliquer les différents phénomènes astronomiques à l’intérieur d’une théorie unique des mouvements des planètes et de l’organisation cosmique. Pour ce faire, il invente des concepts astronomiques et des repères ou des instruments de mesure abstraits, comme les “ cercles ” tropicaux et arctiques, qui sont invisibles (à la différence de l’écliptique3) et indispensables pour rendre compte de l’orbite du Soleil et des autres planètes, du changement des saisons, et de l’inclinaison de l’axe de rotation du monde.

Les Anciens lui prêtaient des traités Sur le solstice, Sur l’équinoxe, Sur les météores, et lui attribuaient la première explication (exacte) des éclipses de soleil, le calcul de la taille du soleil et de la lune (estimée à 1/720ème de leur orbite respective) ainsi que la mesure de la distance entre les étoiles de la Grande Ourse. Cette dernière opération, poursuivie par son disciple Anaximandre (VIème s. av. J.C.), qui fit le premier relevé des grandeurs et des intervalles des astres4, montre le réalisme de la représentation présocratique de l’espace céleste qui apparaît comme un “ lieu ”, susceptible des mêmes mesures que la terre.

La théorisation systématique des phénomènes célestes permet, lorsqu’elle est juste, ou du moins efficace, de prédire certains accidents apparents, et c’est ainsi que Thalès se rendit célèbre en annonçant l’éclipse de soleil du 28 mai 585. Dans la mesure où les premiers ouvrages astronomiques, et en particuliers ceux de Thalès et Anaximandre ont été perdus, il est difficile de démêler le vrai du faux dans les découvertes qu’on leur prête. Quoi qu’il en soit, ces auteurs engagent l’astronomie, science reine en Grèce archaïque et classique, sur la voie du questionnement systématique, et son acte de naissance semble se confondre avec sa majorité.

La mise en forme du cosmos

Alors que les Babyloniens s’intéressaient principalement à la lune dans tous ses états, et à la météorologie, les problématiques astronomiques des Grecs touchent essentiellement à la nature des cycles et des mouvements de corps célestes : ils tâchent de comprendre le mouvement complexe des planètes, (et l’origine et le mécanisme des éclipses), de fixer précisément les levers et les couchers d’étoiles, et de déterminer la durée exacte de l’année solaire par rapport aux cycles lunaires.

Les phénomènes astronomiques présentent de nombreuses irrégularités apparentes. Ainsi il semble que les planètes se déplacent de façon non uniforme et non linéaire le long de l’écliptique, apparaissant, d’une nuit l’autre, tantôt à l’ouest, tantôt à l’est de leur position précédente5 ; de même, la durée des saisons n’est pas égale, ce qui signifie que la course du soleil semble ne pas avoir la même vitesse d’un solstice à l’autre. Les Grecs, plutôt que d’enregistrer ces dérives, firent l’hypothèse que l’ensemble du cosmos devait répondre à des lois immuables d’une parfaite régularité.

Renversant la perspective, c’est en partant de cette exigence de perfection cosmique qu’il tentèrent, par des théories souvent complexes, de rendre compte du désordre apparent du ciel, autrement dit, pour reprendre la formule platonicienne, de “ sauver les apparences ”, en trouvant un modèle géométrique permettant de (re-)trouver une périodicité et une régularité parfaite, “ malgré les apparences ”, aux phénomènes astronomiques. L’ambiguïté de l’expression est révélatrice de cette démarche, puisqu’en fait il s’agit de confirmer coûte que coûte l’hypothèse de perfection, et donc autant de justifier les apparences concrètes, que de valider le principe théorique. Platon exprime nettement cette conception de la science astronomique comme celle d’une science pure : “ c’est en faisant usage de problèmes, comme en géométrie que nous étudierons l’astronomie elle-même ”6.

Le modèle de la sphère

Ainsi, la représentation par les Grecs de tous les corps célestes et de l’univers entier sous la forme de sphères n’est nullement le résultat d’une observation ou d’une apparence, mais le postulat intellectuel et abstrait d’une astronomie idéale. Cette conception allait d’ailleurs à l’encontre d’une perception empirique de la terre comme d’un corps non sphérique, conçu davantage comme un plan incliné. La figure parfaite étant la sphère, et le mouvement parfait, le mouvement circulaire et uniforme, cette forme et ce mouvement se sont logiquement imposés comme les paradigmes façonnant la représentation scientifique du monde et du ciel.

L’hypothèse de la sphère qui remonte aux savants milésiens (Thalès et Anaximandre) et qui est illustrée par Platon, inspiré sans doute par les théories pythagoriciennes, dans la République, est systématiquement développée par Eudoxe de Cnide (IVème av. J.C.) premier astronome à en proposer une théorie appliquée, et premier aussi à avoir fabriqué un exemplaire concret de la sphère, i.e. un globe céleste. Ce collègue de Platon explique ainsi les déplacements de chaque planète par la combinaison des mouvements circulaires simples de quatre sphères concentriques. D’autres après lui (en particulier Aristote et Ptolémée) proposeront des modèles théoriques similaires pour rendre compte des mouvements planétaires et conformer les phénomènes à l’hypothèse de perfection et de régularité. Et c’est à partir de cette même hypothèse qu’Aristarque de Samos (IIIème av. J.C.), émit le postulat original, repris par Archimède, puis par Copernic, que la terre tournait autour du soleil, corps fixe comme les étoiles, expliquant l’immobilité des étoiles par rapport à la terre en mouvement par le fait que le rayon de l’orbite terrestre était trop petit en comparaison de la distance desdites étoiles.

Les Grecs ont dû constater très tôt que les étoiles restaient fixes les unes par rapport aux autres et qu’elles étaient toutes emportées par un mouvement d’ensemble qui semblait faire tourner le ciel autour de la terre. Aussi distinguaient-ils le ciel des fixes (étoiles) et le ciel des mobiles (ou “ planètes ”, littéralement : “ (étoiles) errantes ”) Le cycle des étoiles fixes dont la sphère contient l’univers et tourne d’est en ouest autour de l’axe du monde est homogène et en léger décalage sur celui du soleil, celui des planètes étant particulier à chacune. Le ciel fut donc concrètement représenté par une sphère ayant pour centre l’œil de l’observateur et tournant autour d’un axe marqué par un point fixe, appelé pôle céleste. Certains savants de l’époque avaient pressenti que toutes les étoiles n’étaient pas à la même distance de la terre et c’est par commodité pour le raisonnement qu’ils les plaçaient sur une même sphère. Cette sphère céleste permet d’étudier aisément les propriétés du mouvement des astres au cours de la journée et aussi au cours de l’année. En effet, les Grecs avaient remarqué que le Soleil se déplaçait par rapport aux étoiles et qu’il décrivait au cours de son mouvement annuel un grand cercle de la sphère céleste, que nous nommons maintenant écliptique.

Autolycos de Pitanè (IVème av. J.C.), dans un ouvrage intitulé La Sphère en mouvement, étudie en détail les propriétés géométriques du mouvement de rotation de la sphère céleste sur elle-même, que l’on appelle mouvement diurne. A titre d’exemple, la première proposition de son ouvrage établit que lors de la rotation de la sphère céleste “ tous les points de la sphère décrivent des cercles parallèles dont le plan est perpendiculaire à l’axe ”. Chaque proposition est suivie d’une démonstration, ce qui fait du traité d’Autolycos l’ouvrage scientifique le plus ancien qui nous soit parvenu. Par la systématisation du savoir qui le caractérise, il marque une étape dans l’évolution de la pensée grecque. À cette époque-là sont déjà inclus dans l’arsenal mathématique de astronomes tous les cercles de la sphère céleste nécessaires au raisonnement : l’équateur, l’écliptique, les méridiens, etc.

Lecture/ Écriture du Ciel, ou l’Uranographie grecque

La naissance des constellations

Il semble que les étoiles furent initialement repérées, puis situées, à l’intérieur d’un complexe stellaire plus important, qu’on appelle astérisme. Dans le désordre du ciel, seules quelques étoiles se signalent individuellement, encore leur mouvement apparent dans la nuit exige-il, pour qu’elle soient distinguées, des repères qu’aucune étoile, à elle seule, ne peut fournir. Et dans les ouvrages d’astronomie, la description et la position des étoiles prend naturellement place dans le cadre d’une figure. Il semble donc nécessaire de supposer une priorité de l’astérisme par rapport aux étoiles. Les premiers auteurs grecs, les poètes Homère (VIIIème av. J.C.), et Hésiode (VIIème av. J.C.) donnent d’ailleurs des noms d’astérismes plutôt que d’étoiles : ils signalent Orion, “ l’ Ourse qu’on appelle aussi Chariot ”, les Pleïades, les Hyades, ainsi que le Grand Chien et le Bouvier 7, et leur étoile principale, respectivement Sirius, et Arcturus8. Les noms que l’on trouve dans tablettes mésopotamiennes, en particulier dans les tablettes MulAPIN désignent le plus souvent des groupes d’étoiles.

Ce processus génétique, cohérent d’un point de vue cognitif, est donné comme l’opération historique qui vit la naissance des “ constellations ” : “ Ces figures ont été conçues par un homme d’une génération disparue ; et il décida de donner à toutes un nom particulier avec une forme bien définie ; car il n’aurait pu dire ni connaître le nom de toutes les étoiles, si elles étaient restées isolées et séparées. Il y en a trop partout ; beaucoup d’entre elles sont de taille et de couleur égale, et toutes accomplissent leur révolution ; aussi lui a-t-il semblé raisonnable de réunir les étoiles en des groupes tels que les lignes qui les rejoignent formassent des figures ; c’est alors que les constellations reçurent leur nom, et désormais le lever d’une étoile n’a plus rien d’inattendu ”9

Il ne faut cependant pas confondre ces astérismes élémentaires avec les constellations que nous ont léguées les Grecs. Ces astérismes, qui sont de petits groupements d’étoiles facilement reconnaissables dans le ciel comme par exemples les Pleïades, les Hyades ou les Ânes avec leur Mangeoire, qui ont été en quelque sorte les matrices des constellations. Cette sorte d’évidence du noyau semble d’ailleurs confirmée par le fait que l’astérisme forme une structure plus stable et universelle que les constellations entières, à la fois au sein de la culture grecque, et à travers les différentes civilisations.

Ainsi, les contemporains d’Eudoxe et d’Aratos (IVème-IIIème av. J.C.) limitaient-ils encore l’Ourse à ses fameuses sept étoiles, toutes les étoiles environnantes “ évoluant indépendantes, dispersées et anonymes ”10. La critique qu’Hipparque (IIème av. J.C.) fait de cette représentation de la constellation chez Eudoxe témoigne donc vraisemblablement d’une transformation de la carte du ciel. Peu à peu, le quadrilatère a formé le corps de l’Ourse, la tête a été située au nord-ouest du corps dans une région où les étoiles sont moins brillantes ; les pattes se sont allongées vers le sud, et l’appendice de la queue, presque inexistant chez cet animal (!), s’est étendu en incluant les étoiles de la partie orientale. Le nombre des étoiles de la constellation passe à 24 au IIIème siècle (Eratosthène) et le “ catalogue de Ptolémée ” (IIème ap. J.C.), dû sans doute à Hipparque en énumère 27.

Néanmoins, si leurs contours ou le nombre des étoiles qu’elles comprennent évoluent, les noms et le nombre des constellations de l’hémisphère nord ont dû être fixés en Grèce bien avant le IVème siècle qui nous fournit la première liste sûre. D’après Pline (Histoire Naturelle, 2, 31), les constellations zodiacales sont ainsi fixées dès le VIème siècle, ce qui suppose déjà une grande extension de la représentation constellaire.

Mais le père de notre ciel est Eudoxe (408-335). Ce savant est en effet le premier à décrire en détails les étoiles et les constellations dans deux volumes : les Phénomènes et le Miroir ; et il est sans doute aussi le premier à les placer sur une sphère solide. Son œuvre, qui est adaptée en vers par Aratos, vulgarisée par Eratosthène, critiquée par Hipparque, et complétée par Ptolémée, nous décrit pour ainsi dire l’état actuel de notre ciel, fixant de manière quasi définitive, comme le prouve la tradition, le nombre, la forme, le nom, et la place des 48 constellations visibles dans l’hémisphère boréal.

S’il est étrange de voir à quel point les astérismes de base se retrouvent, avec la même structure, identiquement individualisés dans les différentes civilisations, il l’est encore plus de constater la ressemblance, et parfois l’identité des figures sous lesquelles on les perçoit, même entre des civilisations qui n’ont eu sans doute aucun rapport historique. L’image de la Couronne, commune aux Grecs et aux Sémites, pour désigner le cercle incomplet des étoiles de Corona borealis se retrouve dans l’écuelle brisée des Arabes, le nid d’aigles d’Indiens d’Amérique ou le boomerang de certains peuples australiens. Le cas des Pleïades est au moins aussi troublant, puisque de l’Ontario au Brésil, des plaines américaines à l’Australie, cet amas stellaire informe qui donne l’impression d’être constitué de six étoiles nettement visibles est considéré comme une constellation de “ sept-moins-une ” étoiles : les “ Sept frères ”, les “ Sept yeux ”, les “ Sept poules ”, les “ Sept sœurs ”, dont un individu a disparu.

La valeur scientifique et la fonction structurante de l’image.

Les constellations servaient probablement aux Grecs pour se repérer dans le ciel et leur étaient utiles pour la navigation ; ils leur annonçaient le début des saisons, par leur lever ou leur coucher héliaque, et leur permettaient d’estimer l’heure la nuit. Leur apparence à l’horizon leur donnait des indications météorologiques, utiles aux agriculteurs, comme aux soldats ou aux marins11. Toutes ces observations pouvaient se faire à l’œil nu et sans aucun instrument de mesure. Elles offraient donc un support visuel commode à la représentation de l’ensemble de la voûte céleste, et constituaient également un outil didactique, permettant une meilleure mémorisation et transmission des connaissances. Elles offraient en outre la trame de fonds nécessaire pour déterminer le “ placement des étoiles ” (astrothésie). Elles n’étaient donc pas seulement un moyen mnémotechnique pour se repérer et repérer les étoiles mais des images astronomiquement structurantes et fonctionnant comme des instruments astronomiques d’observation et de compréhension.

Ces trois aspects (expressif, didactique, et instrumental) et le rôle déterminant que joue l’image dans la connaissance astronomique apparaissent clairement dans les textes où la description des images va parfois jusqu’à prendre le pas sur l’observation d’étoiles Ainsi lit-on dans les Phénomènes d’Aratos (v. 156-166), à propos de la constellation du Cocher : “ S’il te vient à l’idée d’examiner le Cocher et les étoiles du Cocher, si jusqu’à toi est parvenue la renommée de la Chèvre flanquée de ses Chevreaux, qui souvent voient des hommes faire naufrage sur la mer bouillonnante, tu verras le corps du Cocher largement étendu sur la gauche des Gémeaux, tandis que le sommet de son crâne tourne en face d’hélikè ; sur son épaule gauche est lancée la Chèvre sainte, qui passe pour avoir présenté sa mamelle à Zeus. Elle se nomme la Chèvre du Coude, selon le interprètes de Zeus. Elle est vaste et brillante, mais ses Chevreaux, sur le poignet du Cocher, luisent faiblement ”.

Dans les Catastérismes (§13) d’Eratosthène (IIIème av. J.C.) l’astrothésie est moins évasive mais la constellation est souvent décrite isolément, et donne l’impression que sa forme préexiste aux étoiles qui la ponctuent. La connaissance synthétique de la forme de l’image et des positions des étoiles semble ici nécessaire à la compréhension, à moins d’avoir un globe à sa disposition : «  Le Cocher a une étoile sur la tête, une sur chaque épaule - celle de gauche, qu’on appelle la Chèvre, est brillante -, une sur chaque coude, une sur la main droite et deux sur la gauche qu’on appelle les Chevreaux ». Ptolémée (IIème ap. J.C.) affine la figure du Cocher tout en enrichissant la liste des étoiles qui passe de 8 à 14, illuminant le bras gauche, les chevilles et les pieds.

Mais l’image, si elle est traditionnelle, n’en est pas moins floue, ambiguë, et les dessinateurs qui cherchent aujourd’hui à respecter les indications anatomiques des traités grecs engendrent bien souvent des monstres aux yeux près du ventre ou aux genoux dans les talons. Les calculs s’affinant, les descriptions astronomiques sont l’objet de corrections successives et une bonne partie du Commentaire sur Eudoxe d’Hipparque est constituée de critiques sur le placement d’étoiles. L’image est en effet à la fois nécessaire et dangereuse. Nécessaire parce qu’elle organise les étoiles, mais dangereuse car elle s’impose, jusque dans ses zones d’ombre. Aratos dit ainsi, à propos du tropique d’été (v. 480) qu’ “ on y voit aussi les genoux du Cocher bien planté sur ses jambes ”. Or si les cochers ont bien des jambes, le Cocher, comme le fait remarquer Hipparque (in Aratum, 1, 10) “ n’a pas d’étoiles sur les genoux ”.

Le dessin, pour les géomètres du ciel, tels Hipparque et Ptolémée peut ainsi devenir encombrant. Les étoiles prennent chez eux plus d’importance que les constellations. Bien que la description des étoiles ne puisse se faire en dehors du champ de la constellation, Ptolémée souhaite d’ailleurs que les figures les représentant, sur les globes célestes, soient aussi schématiques que possible et ne gênent pas la lisibilité des étoiles : “ il est indispensable de conserver l’avantage des distinctions introduites entre les étoiles ” (Almageste, 8, 3). Il leur est cependant impossible de se passer des constellations qui forment l’armature de leur astrothésie, comme si les constellations étaient vraiment des réalités astronomiques.

Ératosthène et la catastérisation

Ce fut l’œuvre du savant Ératosthène que de proposer, à la suite d’Eudoxe, une synthèse de ces trois aspects de la figure constellaire : objet astronomique, outil scientifique et symbole culturel, dans un seul et même ouvrage, les Catastérismes, ouvrage qui devint en quelque sorte le manuel de mythologie astronomique que tout homme de l’antiquité un peu cultivé possédait.

Ératosthène, né vers 280 à Cyrène, une des plus prestigieuses colonies grecques de la côte africaine, et mort vers 198 à Alexandrie, la capitale culturelle de la Grèce, dont il fut un des esprits les plus lumineux, a été à la fois poète, critique littéraire et directeur de la bibliothèque d'Alexandrie, mais aussi philosophe, mais encore géomètre, historien, mathématicien, et bien sûr astronome ; il fut, comme on aimait à le nommer, un véritable "athlète du savoir ".

Son ouvrage Les Catastérismes, qui nous est parvenu sous une forme abrégée se compose de quarante deux notices consacrées chacune à une constellation, et de deux notices traitant respectivement des cinq planètes connues des Grecs (sans compter la Lune et le Soleil) et de la Voie lactée. Ératosthène, triant parmi l’héritage ancien, propose systématiquement un récit ou une référence mythologique pour chaque constellation, et arrête le nom définitif des figures projetées au ciel ainsi que les mythes qui leur sont attachés ; par ailleurs il dénombre les étoiles de chacune des constellations et fait une description de la figure en précisant la position de chaque étoile. Les Catastérismes mettaient ainsi à la portée de chacun des repères élémentaires, offrant comme l’acte de naissance des figures à travers lesquelles, encore aujourd’hui, nous voyons le ciel.

 La catastérisation proprement dite

Avant d’être reproduites sur un globe, ces figures ont d’abord été, à l’origine, " projetées " sur la toile de fond céleste dans une opération qui constitue une véritable " écriture " ; c’est d’ailleurs le terme employé par les Babyloniens pour désigner les configurations astrales. Les Grecs l’expriment par le verbe " catastériser " (katasterizein) qui signifie le placement au ciel d’un être vivant, d’un objet, voire d’un fleuve ou d’un pays sous la forme d’un groupement d’étoiles.

Il s’agit, dans tous les cas, d’une improvisation formelle et sémantique, car les images ne s’imposent pas d’elles-mêmes et, mis à part quelques astérismes comme le Delta, la Couronne ou la Flèche, elles ne sont pas conditionnées objectivement par la forme de la constellation. " Quelle ressemblance sept étoiles séparées les unes des autres ont-elles avec une ourse, écrit justement Sextus Empiricus (IIe s. ap. J.C.), ou les cinq étoiles (de la tête du Dragon) avec la tête d’un dragon " (Contre les professeurs, 5, 97-98).

Certaines de ces constellations sont d’origine babylonienne, qu’elles soient littéralement empruntées (comme c’est sans doute le cas du Verseau), ou adaptées, comme pour Persée qui occupe la place et reprend la forme du Vieil Homme, fantôme ancestral du Maître des dieux dans l’uranographie (écriture du ciel) mésopotamienne. Héritées pour certaines, inventées pour d’autres, les constellations grecques sont, dans tous les cas, parfaitement intégrées au ciel grec et acclimatées, culturellement, à la civilisation grecque. Notre ciel est donc, tout comme notre inconscient, habité par des images et des fantasmes spécifiquement grecs. Et la symbolique des constellations est au cœur même du champ astronomique et astrologique occidental.

Zeus ou l’illumination du ciel

La scénographie du ciel grec traduit clairement une volonté d’inscrire dans l’horizon du cosmos les conflits divins fondamentaux en particulier à travers la victoire de Zeus divinité diurne, dont le nom signifie Lumière du Jour, sur les puissances archaïques de la nuit représentées au ciel en particulier par Artémis-Séléné. Par la catastérisation, dont il est le principal artisan, Zeus s’approprie un monde qui n’est pas immédiatement le sien et fait apparaître les étoiles comme des complices du jour et du soleil, plutôt que des compagnes de la Lune, souvent assimilée à Artémis.

En effet, même si un grand nombre des divinités du panthéon classique (Artémis, Athéna, Héra, Apollon, Dionysos) ont le don de catastériser, deux dieux se distinguent par leur rôle majeur dans cette fabrication du ciel : Zeus, le principal auteur de cette représentation, et qui est à l’origine de la plupart des catastérismes, et Hermès qui met en scène l’ensemble du ciel nocturne et " qui organisa la disposition des constellations entre elles " (Eratosthène, notice 20), signant même son œuvre avec l’initiale de son père (" Zeus "), au génitif " Dios"), en plaçant au ciel un Delta (D) Chez Eratosthène, c’est à Hermès que revient l’honneur d’ordonner le système céleste, rôle qui est à comprendre à l’intérieur de la culture alexandrine du savant, dans laquelle Hermès est couramment assimilé à Toth (Teuth), dieu égyptien des sciences. Hermès hérite en effet d’un des attributs de Toth, dans un scénario où la répartition des tâches entre les deux dieux démiurgiques fait penser au couple grec Zeus/Hermès : " Ptah a créé tout ce qui existe et Toth a transcrit le ciel avec ses constellations ".

Zeus, le fécond roi des dieux, après avoir débroussaillé les ombres artémisiennes, confie au dieu géomètre le soin de trouver à chaque figure (comme la Grande Ourse par exemple), arrachée au pouvoir d’Artémis-Séléné et rendue au parti de la lumière, une place expressive dans le ciel. Le choix, comme agents de la catastérisation, de ces divinités de l’ordre s’accorde avec la sémantique réfléchie et cohérente des figures qui sont organisées en système d’images.

On peut ainsi faire réfléchir les élèves sur ce système en leur proposant de regrouper les constellations en cycles :

Les grands cycles célestes

Si l’on se penche sur les images d’en haut, il semble que le ciel s’organise autour de quelques figures principales et de quelques mythes. C’est ainsi que l’Ourse est redoublée au ciel Petite et grande, et le Bouvier ou “ Gardien de l’Ours ” fait partie du même complexe mythologique. De la même façon le mythe de Persée est illustré par pas moins de six personnages placés dans la même zone du ciel et disposées, de façon significative, par bandes : Céphée et Cassiopée près du cercle arctique, Andromède, leur fille, entre Persée et Pégase sur le tropique d’été (tropique du Cancer), et plus bas, sous l’écliptique, le Monstre marin vaincu par Persée.

Deux réseaux semblent constitués au ciel (assez faciles à faire percevoir aux élèves, l’un divin, l’autre héroïque. Le premier met en rapport trois territoires distincts occupés par les créatures (ou les symboles) de Zeus, d’Artémis, et d’Athéna. Zeus est en effet aussi le dieu le plus présent dans le ciel, à travers des avatars (Taureau, Cygne) ou des acteurs de son histoire, liés en particulier à son avènement, de sa naissance (Chèvre) à son règne (Aigle, Capricorne, Autel, Verseau, Delta). Dans les Catastérismes d’Eratosthène plus de la moitié des constellations (22 sur 42) relève du “ cycle ” du roi des dieux.

À côté du cycle de Zeus, il existe donc deux principaux cycles divins. Celui d’Artémis met en scène principalement deux grands mythes, celui de Callistô (Grande Ourse, Petite Ourse, Bouvier) et celui d’Orion (Orion, Scorpion, Chien, Procyon, Lièvre, Pleïades) dans lesquels elle joue un rôle majeur, et auxquels on peut ajouter le mythe d’Hippé, parfois identifié à la constellation du Cheval. Il semble articulé autour de l’idée de châtiment, entraîné par une conduite excessive, qui dans les trois cas a trait à un viol. Le second insiste sur le personnage de Persée dont Athéna est la protectrice mais comprend aussi deux autres constellations : Argo et le Cocher. Il est constitué, lui, au contraire, de figures positives qui incarnent une volonté civilisatrice, et comme la récompense d’une audace ou d’un désir légitimes12. Le réseau divin semble manifester un équilibre entre deux vierges complémentaires (Athéna et Artémis) d’une part, et le principe mâle de fécondité (Zeus) d’autre part, comme une oscillation entre deux types de pouvoirs qui se partagent l’héritage d’Ouranos.

Le ciel est aussi la trame d’un réseau héroïque où les plus anciens mythes grecs sont représentés et où trois principaux cycles épiques apparaissent, représentés chacun par six constellations. Celui qui eut le plus d’importance dans la mythologie astronomique est sans doute le mythe d’Héraclès, dont la figure est impliqué dans L’Agenouillé (“ Hercule ”), le Dragon, le Crabe, le Lion, Argo et le Centaure. À travers ces êtres qui, avant leur catastérisation, jouèrent un rôle capital dans la geste d’Héraclès, c’est en pointillé toute l’histoire du héros qui est imagée. Notons qu’Héraclès, dans la tradition mythologique orphique, est représenté comme le Soleil lui-même, qui “ apporte l’aurore et la nuit, avançant dans ses douze travaux de l’Orient vers l’Occident ” (Hymnes orphiques, 12 ), les travaux du héros étant assimilés aux douze signes du zodiaque. Héraclès au ciel terrasse le Dragon des Hespérides, et ce combat est l’image même du soleil qui, recevant les pommes, meurt et renaît symboliquement, assurant ainsi la continuité de l’année. Les commentateurs antiques d’Hésiode donnaient clairement à cet épisode du mythe une signification astronomique : “ Hésiode nomme Hespérides (“ celles du soir ”, ou “ celles du couchant ”) les heures du soir et “ pommes d’or ” les astres. Les Hespérides s’occupent des pommes parce que c’est à ces heures-là que nous voyons les étoiles. Héraclès est le soleil. Hésiode veut dire que, quand le soleil est là, les astres ne se voient plus, c’est-à-dire qu’Héraclès a récolté les pommes ” (Scholie à Hésiode, Théogonie, 216, ed. M.L. West).

Les deux autres mythes sont ceux de deux figures solaires déjà évoquées : Orion (incluant Scorpion, Grand Chien, Petit Chien, Lièvre, et Pleïades) dont la course dans le ciel d’est en ouest le long de l’écliptique mime le trajet du soleil, et Persée, le Conquistador né d’une pluie d’or, toujours visible au ciel “ dans le domaine de Zeus, son père ” (Aratos, 253). Sa “ suite ” comprend d’ailleurs Céphée qui marquait le pôle en 20 000 avant J.C. et forme elle aussi un “ bandeau ”, qui s’étend du pôle à l’horizon.

C’est aussi à leur activité civilisatrice que ces trois héros “ tueurs de monstres ” doivent d’être à ce point privilégiés par les feux du ciel, musée des vertus et des valeurs humaines. La conquête de Zeus est en effet aussi celle des hommes de “ l’âge de Zeus ”, qui sous son règne, défendent et encouragent sa loi, et le principe d’ordre et de lumière qu’il représente, chaque catastérisation marquant une étape dans la civilisation du monde nocturne comme du monde humain. Car le ciel permet aussi aux hommes de se construire, socialement et culturellement, les constellations servant de témoins et de garant de l’ordre nouveau : “ Il s’agit de l’autel sur lequel les dieux, à l’origine, scellèrent par un serment leur alliance, lorsque Zeus lança son offensive contre Cronos…Lorsqu’ils eurent réussi dans leur entreprise, les dieux placèrent le même édifice chez les hommes” (Eratosthène, §39). L’autel constitue en effet un élément essentiel du culte et apparaît ici non seulement comme le gage du succès de Zeus, mais aussi comme le garant d’un pacte social et religieux. Il est le fondement du crédit de la parole et commande les rapports des hommes entre eux.

La cohérence constellaire.

Le choix des figures mythiques " constellées ", qui sont pour la plupart comprises dans des ensembles mythologiques d’une certaine ampleur manifeste, à sa manière, une foi constante dans l’harmonie de ce que les Grecs appelaient le cosmos, autrement dit l’univers conçu à la fois comme une œuvre belle et organisée, et comme un principe actif d’ordre et de beauté. La cohérence mythico-astronomique du ciel grec se manifeste aussi dans le fait que l’axe du pôle symbole de la stabilité du monde était particulièrement bien gardé : Les catastérismes du début du recueil mettent spécialement en lumière ces gardiens de la stabilité du pôle et de l'ordre du monde que sont, pour une part, Artémis au travers des deux Ourses, et Héraclès, dont la constellation en 2800 av. J. C. était tout proche de l'étoile polaire d'alors, a Draconis.

L’axe du pôle et son verrouillage mythologique

Héraclès et le Dragon

Le Dragon et les deux Ourses constituaient, pour les Grecs, les trois constellations circumpolaires. Le terme de dragon était employé ordinairement pour désigner un énorme serpent. Il ne se rencontre qu'à partir d'Aratos et Ératosthène comme nom de constellation, encore n'apparaît-il ici que pour le titre, le reste du texte mentionnant un serpent (ophis). Dans les Catastérismes, pour la première fois, le Dragon est identifié au fameux serpent qui gardait les pommes d'or du jardin des Hespérides.

Texte grec :

Il s'agit du grand "Serpent", celui qui s'étend entre les deux Ourses. C'est lui, dit-on, qui gardait les pommes d'or et qui fut tué par Héraclès. Héra l'avait chargé de protéger les pommes d'or contre les Hespérides; et c'est elle aussi qui lui accorda une place parmi les constellations. Phérécyde affirme qu'en effet, lorsque Zeus épousa Héra, lors de la remise des cadeaux que lui donnaient les dieux, Terre vint lui offrir les pommes d'or. À leur vue, Héra émerveillée demanda qu'elles fussent plantées dans le verger des dieux qui se trouve auprès d'Atlas. Et comme les filles d'Atlas ne cessaient de dérober les pommes, elle y mit comme gardien ce serpent d'une taille gigantesque.

On le distingue très aisément; au-dessus de lui se trouve la figure d'Héraclès, car Zeus voulait par cette disposition fixer de manière flagrante le souvenir de la lutte.

Il a trois étoiles brillantes sur la tête; douze étoiles sur le corps qui se succèdent à intervalles rapprochés jusqu'à la queue et séparent les deux Ourses. En tout quinze.

La version du mythe retenue ici par Ératosthène est chargée, comme souvent dans l'ensemble du recueil, d'un symbolisme astral riche et explicite. Le récit que propose Phérécyde (Vème siècle av. J. C. - n° 3 fr 16 et 17 Jac. ), et dont s'inspire Ératosthène est le plus ancien et le plus détaillé. La conquête des pommes des Hespérides était le onzième des douze travaux d'Héraclès. Le jardin des Hespérides était situé dans ce qui était pour les Grecs l'extrême occident, l'actuelle Afrique du Nord, là où le Titan Atlas (littéralement : celui qui supporte constamment) portait le monde. D'autres traditions, moins anciennes, plaçaient ce jardin aux confins du monde habité par les Grecs, c'est à dire en Libye.

Là, aux limites du jour et de la nuit, Atlas avait engendré les Hespérides (les filles du Soir) que leur nom identifie au couchant; le plus souvent au nombre de trois, elles sont nommées chez Apollonios de Rhodes: Hespéré (Soirée), Érythéis (Rougeur) et Aiglé (Lueur), et elles chantent d'une voix éclatante.

La stabilité du pôle reposait sur la tête et les épaules d'Atlas et la façon dont Héraclès s’empara des pommes d'or du jardin des Hespérides, en est aussi un témoignage révélateur. Héraclès demanda à Atlas de cueillir trois pommes pour lui, pendant qu'il porterait une heure le globe à sa place. De retour avec les trois pommes, Atlas ne souhaita plus reprendre la charge du globe. Héraclès, plutôt que de bouleverser la nature en le déposant, afin de retrouver sa liberté, usa d'une ruse: il pria Atlas de lui tenir le globe l'espace d'un instant, tandis qu'il mettrait un coussin sur sa tête.

Cet acte, à sa manière, symbolise la nécessaire stabilité du pôle. Et le mythe d'Atlas renvoie bien à une certaine image de la sphère céleste : Atlas porte le ciel sur sa tête et sur ses épaules où s'amorce la rotation du pôle . À sa mort le serpent dragon fut placé par Héra entre la Grande et la Petite Ourse, en un endroit où il marquait les deux pôles : le pôle nord écliptique (au milieu de ses replis) et le pôle nord équatorial (proche en 2800 av. J.C. de l’étoile __Draconis). Placé au ciel, ce gardien redoutable entoure ainsi de ses replis le pôle nord comme il entourait jadis l’arbre du jardin du Soir, métaphore de l’axe du monde, surveillé ou jalousé par les Hespérides, filles d’Atlas, le Cosmophore (Porteur du monde). Et ce serpent gardien de la stabilité menacée du monde fut mis au ciel, la tête sous le pied gauche du héros qui l’a vaincu et qui maintenant le surveille. Héraclès est au Dragon ce que le Gardien de l’Ourse (Le Bouvier) est à la Grande Ourse, autre gardienne du pôle. Les deux figures humaines veillent sur les bêtes, redoublant la garde. Cette forme de double verrouillage du pôle, témoigne de ce souci fondamental de garantir la stabilité de l’axe de rotation de la sphère céleste autour duquel semblent tourner toutes les étoiles.

La Grande et la Petite Ourse

La constellation de la Grande Ourse, du moins limitée à ses sept étoiles principales, a été fort bien connue dès les temps les plus anciens, probablement depuis les temps primitifs indo-européens : visible tout au long de l'année depuis le bassin méditerranéen, elle brillait dès la tombée de la nuit. Ératosthène développe à propos de la Grande comme de la Petite Ourse un même mythe étiologique, celui de Callisto, nymphe d'Artémis qui reçoit ici un double hommage : élevée au ciel par Zeus, comme Grande Ourse, elle l'est également par Artémis, comme Petite Ourse. Le matériau mythologique livré par Ératosthène est le suivant :

Texte grec :

Hésiode dit que la Grande Ourse était fille de Lycaon qu'elle habitait l'Arcadie et avait choisi de se livrer dans les montagnes, en compagnie d'Artémis, à la chasse des bêtes sauvages. Déflorée par Zeus, elle resta avec la déesse, sans que cette dernière se doutât de quoi que ce fût, mais, plus tard, son secret fut découvert, quand, peu avant l'accouchement, Artémis la vit en train de prendre un bain. À la suite de quoi, la déesse, furieuse, la changea en bête, et ainsi changée en ourse elle mit au monde celui qu'on appelle Arcas. Pendant qu'elle était dans la montagne, elle fut prise en chasse par des chevriers et remise avec son petit à Lycaon. Plus tard, ignorant la loi, elle voulut pénétrer dans le sanctuaire inviolable de Zeus. Son propre fils Arcas et les Arcadiens l'y poursuivirent et étaient sur le point de l'exécuter, pour avoir enfreint cette loi, lorsque Zeus, en raison du lien qui l'unissait à elle, l'enleva à ses poursuivants et la plaça parmi les constellations. Compte tenu de ce qui lui était advenu, le dieu lui donna le nom d'Ourse.

Elle a sept étoiles sans éclat sur la tête, deux sur chacune des oreilles, une brillante sur les omoplates, une sur la poitrine, deux sur la patte antérieure, une brillante sur le dos, une brillante sur le ventre, deux sur les pattes postérieures, deux sur l'extrémité de la patte et trois sur la queue. En tout vingt-quatre.

 

Quelle que soit la représentation figurée de cette constellation, il semble que dans presque toutes les cultures ses étoiles aient été, à l'origine, au nombre de sept. Ainsi les Tartares Altaic les identifiaient à sept Khans, les Mongols de Sibérie à sept vieillards ou sept voleurs, les Kirghiz à sept gardiens du cercle du pôle nord, les Indiens Chumash de Californie à sept garçons changés en oies; dans le nord du Caucase c'était les "sept frères". Les Égyptiens pour qui cet astérisme* (groupement d'étoiles) était la constellation de la "Cuisse de Taureau", représentaient dans leurs temples la cuisse du taureau sacré entourée de sept étoiles. Les Latins, quant à eux, les ont nommées les sept "boeufs de battage", les "septem triones ( Cicéron, Aratea, 5). Cette dénomination que nous avons conservée pour désigner la direction du Nord (le septentrion) est née vraisemblablement de l'imagination populaire qui identifiait les sept étoiles prises dans le mouvement de rotation autour du pôle à sept boeufs tournant sur une aire à battre le blé.

Les contemporains d'Eudoxe et d'Aratos (IVe/IIIe siècle av. J. C.), limitaient encore l'Ourse à ses fameuses sept étoiles -toutes les étoiles environnantes "évoluant indépendantes dispersées et anonymes" (Aratos, Phaenomena, v. 145-146). La critique qu' Hipparque (IIe av. J. C) fait de cette représentation de la constellation chez Eudoxe (I, 5, 6), témoigne donc vraisemblablement d'une transformation de la carte du ciel entre son époque et celle plus ancienne d'Eudoxe et d'Aratos. C'est ainsi que, peu à peu, le quadrilatère a formé le corps de l'ourse, la tête a été située au nord-ouest du corps dans une région du ciel où les étoiles sont moins brillantes; les pattes se sont allongées vers le Sud, et l'appendice de la queue, presque inexistant chez cet animal, s'est étendu, en incluant les étoiles de la partie orientale.

Avouons que cette dénomination d'Ourse n'a rien d'évident. Il est difficile de voir dans la disposition des sept étoiles la figure d'une ourse. Elle évoque bien plus naturellement une "Grande Louche" (aux États-Unis The Big Dipper ou parfois en France la" Grande Casserole") ou bien même un chariot si l'on prend le quadrilatère pour la caisse du chariot ou ses quatre roues, ainsi que les trois étoiles en ligne à l'est pour le timon, et plus tardivement pour trois chevaux ou trois boeufs. Homère connaissait déjà ces deux figurations de la constellation: "l'Ourse, à qui l'on donne aussi le nom de "Chariot" (Iliade, XVIII v. 487). Les Babyloniens figuraient là aussi un chariot associé à la déesse Ninlil, "la Dame-souffle", l'épouse du dieu Enlil, le"Seigneur-souffle": on trouve en effet sur les tablettes astronomiques de mul. apin le nom babylonien de MAR. GID. DA (le Chariot). Hygin(Astr.onomie, 2, 2) et Avienus(Phénomènes, 104) soutiendront même que l'appellation de "Chariot" est plus ancienne que celle de l'Ourse. Ce n'est que plus tard, après Aratos, qu'on distinguera le Chariot, limité aux sept étoiles, et l'Ourse qui s'étendra bien davantage dans le Ciel.

Le mythe grec est, lui, d'origine arcadienne. Les protagonistes sont d'abord Lycaon, roi d'Arcadie, fils de Pélasgos, qui fonda le culte de Zeus Lycaios, et Arcas, le fils de Callisto et de Zeus qui succéda au fils de Lycaon, Nyctimos, et régna sur les Pélasges du Péloponnèse, que l'on désigna après lui du nom d'Arcadiens. Le sanctuaire de Zeus se trouvait précisément sur le mont Lycaios situé à l'est de l'Arcadie près de Bassae, d'où se découvre largement la plaine du Péloponnèse. Une tradition rapportée par Callimaque dans son Hymne à Zeus (v. 7-41) veut que Zeus soit né sur le mont Lycaios, en Arcadie plutôt qu'en Crète sur le Mont Ida ou Dicté. Au sommet du mont Lycaios se trouvait en effet une enceinte sacrée, l'abaton que mentionne notre texte, lieu que nul profane ne peut fouler. Des travaux archéologiques ont effectivement permis de dégager une enceinte d'environ 55m sur 122 m où se dresse un autel recouvert d'une couche de cendres profonde d'1,50 m, le reste de sacrifices offerts à Zeus Lycaios.

Callisto "la très belle", fille de Lycaon "le loup", nous est présentée par toute la tradition comme la nymphe favorite d'Artémis. Ovide écrit qu'entre toutes les nymphes, aucune ne lui était plus chère (Mét., II, 415-416). Hygin, ajoute un détail significatif à la version d'Érathosthène, en précisant qu'Artémis "lui porta une affection peu commune à cause de la similarité de leurs caractères" (II, 1). Sachant qu'Artémis, était souvent qualifiée par l'épiclèse kallistè (la très belle), Callisto apparaît bel et bien comme un double de la déesse.

L'Ourse était étroitement associée à Artémis dans un culte très ancien de Brauron en Attique au bord de la mer, sur la côte du détroit de l'Égée. Une ourse sauvage était entrée dans l'enceinte sacrée pour s'apprivoiser peu à peu, mais une petite fille qui ne cessait d'agacer l'ourse fut griffée de sorte que les frères de la petite fille tuèrent l'animal. Artémis punit alors la cité d'une terrible peste. Depuis, en expiation du meurtre de la bête, certaines petites filles d'Athènes, entre cinq et dix ans, vêtues de robes de couleur safran, venaient lors de la fête des Brauronies pratiquer le rite de l'arcteusis , c'est à dire "faire les ourses", dansant torche à la main, en l'honneur d'Artémis.

Il est donc inutile de solliciter abusivement l'étymologie en faisant dériver le nom d'Artémis de la forme arctos (ours), et de voir en cette déesse de la chasse la descendante d'une déesse ourse primitive. Ses affinités marquées avec cet animal (son préféré après le lion), la féminisation de l'ourse, la ressemblance entre la nymphe et la déesse, tout indique assez clairement que Callisto est la représentation métonymique d'Artémis, et autorise à penser que, dans une version plus ancienne du mythe, Zeus séduisait Artémis elle-même. Il est en effet vraisemblable qu'Artémis ait été à l'origine maîtresse des étoiles, et qu'elle ait perdu une part de son pouvoir au profit de Zeus; mais elle n'en demeure pas moins au travers de la nymphe Callisto, à la fois Grande et Petite Ourse, la gardienne de la loi du pôle et donc de l'univers.

Il nous reste à saisir les enjeux de cette symbolique astrale dans le matériau même du récit. Callisto fut prise par Zeus, nous dit Ovide, au moment où le soleil était à son zénith, victime ainsi du "mâle caniculaire" ou pour mieux dire de l'Éros solaire :

Ulterius medio spatium sol altus habebat

Cum subit illa nemus, quod nulla ceciderat aetas

“Le soleil, au plus haut du ciel venait de dépasser le milieu de sa course lorsque Callisto pénétra dans une forêt que les siècles n'avaient pas entamée"(Mét. II, 417- 418).

Zeus, prenant l’apparence d'Artémis, viole la nymphe. Le second temps du drame se situe au moment où Artémis voit Callisto au bain : la déesse, neuf mois après le viol, invite Callisto à se baigner dans l'eau d'un ruisseau qui court dans un bois frais à l'abri des rayons ardents du Soleil. C'est là dans l'eau du bain que se découvre l'acte sexuel achevé et cette vision de la femme nue, enceinte dans l'eau virginale d'Artémis, condamne la nymphe.

Si le Soleil représente effectivement un pouvoir de fécondation, le bain est aussi un symbole bien connu de l'union nuptiale: le loutron numphikon constituait pour la fiancée (numphè) un rite prénuptial essentiel. Jamais Callisto ne connaîtra ce rite, elle qui fut déflorée. Or la Grande Ourse, nous dit déjà Homère (Il. XVIII, v. 489), alors que le mythe de Callisto n'est encore qu'en germe, se trouve "être la seule à ne pas participer aux bains d'Océan", lui qui apparaît dans toute la mythologie grecque comme un pouvoir mâle de fécondation universelle, élan sexuel et fleuve au cours prolifique. En étant interdite des bains d'Océan, la nymphe Callisto, devenue double constellation (Grande et Petite Ourse) à l'intérieur du Cercle arctique, se voit privée de toute fécondation, et incarne ainsi la virginité invincible, restaurée après le rappel à l'ordre d'Artémis. Ovide (II, 529-530), comme Hygin (II, 1, 5) donne de l'absence du coucher des deux Ourses, une explication voisine, mais en moralisant quelque peu le mythe, et fait du lit d'Océan un lit légitime: Héra, déesse du mariage, et jalouse de Callisto que Zeus a déflorée, demande à Océan et à Téthys de ne pas la recevoir dans leurs eaux: "chassez loin de vous ces astres qui n'ont été reçus au ciel que pour payer un adultère; ne souffrez pas qu'une concubine se baigne dans vos eaux pures."

La métamorphose de Callisto en Ourse et sa catastérisation nous rappellent ainsi les exigences de la loi virginale d'Artémis, régente du pôle: la Grande Ourse est chargée de garder le pôle notamment contre Orion le géant violeur (Homère, Iliade. XVIII, v. 488). Et cette Ourse gardienne du pôle, comme toute vierge, est elle-même surveillée par le Bouvier ou plutôt par le "Gardien de l'Ourse" (Arctophulax). Pour le reste du ciel, ce dernier est soumis à un autre ordre, celui de Zeus le procréateur, qui légitime les bains stellaires et le "coucher" des astres.

Catastérisée ici par Zeus comme la Grande Ourse, et par Artémis ensuite comme la Petite Ourse, Callisto représente l'accord de ces deux divinités : la nymphe a repris dans l'ordre stellaire la place qui aurait toujours dû être la sienne. Ainsi sont en harmonie l'ordre du pôle et le reste de la sphère céleste.

La mythologie stellaire  ou la mythologie comme illustration vivante de la mécanique céleste :

Les personnages célestes ne sont pas des emblèmes, étrangers à leur évolution dans le ciel, mais des mobiles dont les mouvements sont véritablement “ coordonnés ”, et pertinents d’un point de vue mythologique : le mouvement céleste des constellations raconte l’histoire terrestre des héros, au point qu’il est difficile de ne pas interpréter les mythes des personnages représentés au ciel comme des mythes proprement astronomiques, et parfois même comme l’expression métaphorique de certains phénomènes astronomiques.

Le Serpentaire, les Pléiades, le Scorpion célestes et dans une certaine mesure le Grand Chien et le Petit Chien, qui suivent de près leur maître, sont les acteurs mobiles de la geste d’Orion, et leurs levers et leurs couchers sont étroitement et subtilement liés : quand blessé mortellement par le scorpion qu’Artémis avait envoyé contre lui, Orion disparaît au matin à l’ouest, le Scorpion surgit à l’est savourant sa victoire. Mais son triomphe est de courte durée car le soir même, à l’heure où le Scorpion se couche à l’ouest, le Serpentaire assimilé à Esculape) se dresse au dessus de lui et le foule aux pieds. Quant au Serpentaire guérisseur, grâce à une herbe magique, il ramène Orion à la vie, lequel surgit de nouveau à l’est sur les traces des Pléiades qu’il poursuit pour les violer, tandis que le Serpentaire et le Scorpion s’enfoncent à l’ouest.

“ L’uranographie ” (écriture du ciel) grecque offre de nombreux autres exemples où le mythe est non seulement concordant avec le mouvement des constellations et leurs rapports entre eux, mais semble même parfois avoir été généré par les trajectoires relatives des constellations. Le ciel des constellations ne doit donc pas être considéré comme une foire où se joueraient, sur des tréteaux multiples des drames isolés et obscurs. Les figures sont au contraire entre elles dans des rapports de complicité qui se manifestent, comme on l’a vu, à plusieurs niveaux et s’organisent dans une sorte de syntaxe astrale.

La valeur exemplaire

Outre sa capacité à animer la mécanique stellaire la mythologie à livre ouvert du ciel nocturne suggère un enseignement voire une sagesse caractéristique de la Grèce. A travers les grands mythes qu’elle met en scène elle insiste sur le danger pour l’homme de “ l’hubris ”, la transgression des limites, offrant au contraire en modèle des symboles de pacification et de contrôle, l’ordre parfait du cosmos illustrant la victoire de l’ingéniosité et de la mesure sur les forces chaotiques de l’excès. C’est ainsi que les réprouvés ouraniens, Callisto ou Orion, comme les damnés de l’Hadès, Tantale ou Sisyphe, et tous les autres condamnés à perpétuité, expient perpétuellement leurs excès, tandis que le Centaure, Persée ou Argo, “  le premier navire à traverser la mer jusqu’alors infranchissable ”13 encouragent continuellement du ciel les hommes à rechercher la connaissance et la gloire.

La constellation est le mémorial nocturne d’une sagesse diurne, de la lumière et de la lucidité : "Pour épargner aux cœurs la déchéance d'une longue torpeur, pour que l'intelligence, oublieuse des origines de l'univers, n'en vînt pas à ne concevoir que des pensers vils, sans jamais s'élever aux principes de la source éternelle, dont, à la manière d'un fleuve aux flots rapides que presse l'impatiente nature, l'écoulement continu fait jaillir les âmes qui vont descendre dans nos corps et sont liées dans l'éther en série continue, c'est lui [Zeus] qui, pour la première fois, a pointé vers les astres la baguette du vieillard de Cnide [Eudoxe] et instruit un mortel à parler de la voûte céleste, apanage des dieux ” (Avienus, 46-60). Le ciel apparaît ainsi comme un bréviaire mythologique, dans lequel les hommes sont inviter à venir admirer quotidiennement des légendes qui, par le cosmos céleste les invite à instaurer en eux, entre eux un cosmos moral et humain. symbole d’harmonie.

Macrocosme/ Microcosme ou l’Humanisation du Ciel

Le développement d’une relation constante, codifiée et humanisée en quelque sorte entre le ciel et la terre peut être perçu comme un développement comme un dépassement et un enrichissement de la catastérisation, nous passons alors de la mythologie à l’Histoire humaine.

Ptolémée : la division des âges de la vie

Chez Ptolémée, dans le Tétrabible, nous assistons au développement, d'une connaissance pratique, à partir d'un savoir qui est devenu de plus en plus théorique et ésotérique, voire abstrait. Après l'image mythique est venue l'abstraction du géomètre céleste et le grand attirail des savants astronomes et astrologues à la fois. Rappelons qu’il s’agit là de notions délicates à présenter, dans la mesure où l’astrologie comme le dit fort bien Ptolémée, n’est pas une science mais un savoir conjectural. Il faut être clair à ce sujet et montrer aux élèves que si les anciens ne distinguaient guère, en général, l’astronomie de l’astrologie, l’on ne saurait pour autant cautionner cette dernière comme science.

Cependant il est possible de présenter l’astrologie aux élèves, selon la formule de Levi strauss , comme « un système à l’intérieur duquel l’homme a pensé durant des millénaires ». Si l’on prend cette distance critique, il peut alors être fructueux de faire saisir aux élèves ce qu’ont été pour les Anciens les enjeux de cette interprétation de l’univers, et la forme de sagesse qui en découlait. On leur indiquera aussi qu’il ne manquait pas d’esprits, dès l’antiquité, comme Cicéron par exemple pour la critiquer (Du Destin, De Fato, 12-16).

La division des âges de la vie liés chacun aux sphères d’influence des planètes

Les Anciens étaient, pour une partie d’entre eux, convaincus que les différents âges de la vie étaient gouvernés successivement par différentes planètes. Ptolémée, au chapitre X du Livre IV du Tétrabible, 10, 4-12, précise que les prédictions astrologiques doivent tenir compte à chaque étape de la vie de l’influence particulière d’une sphère planétaire. Il assigne ainsi donc à chacun des sept âges qu'il distingue, la sphère d'une planète. Se succèdent ainsi du plus proche au plus lointain ces cloisons d'espace :

les âges de la vie

Texte grec :

De la même manière, dans le cas de la division des Ages de la vie, il faut présupposer et examiner les différences des étapes de l’existence, déterminer si elles s’accordent avec chacun des effets des événements prévus, et veiller à ne pas généraliser et simplifier les données de la recherche. Il sera alors possible d’éviter, dans l’ignorance, d’attribuer à un enfant une activité professionnelle ou un mariage, ou quelque autre chose propre à l’adulte, et à un homme des plus âgés la procréation ou quelque chose qui convient à de plus jeunes.

Une fois pour toutes, adaptons les éléments obtenus par une étude qui se fonde sur des données temporelles à ce qui est conforme et possible pour les différentes classes d’âge. Dans la question de la division des Ages de la vie en général, il n’existe qu’une seule et même approche pour tous les âges, qui, par similarité et analogie, suit l’ordre des sept orbes planétaires.

On commence ainsi avec le premier âge de l’homme et la première sphère à partir de notre Terre - c’est-à-dire la sphère de la Lune- et on termine avec le dernier Age et avec l’ultime sphère planétaire que l’on appelle la sphère de Saturne. Or, en vérité, les propriétés qui appartiennent à chacun des âges sont conformes à la nature des planètes qui leur correspondent. Il faudra observer cela de sorte que nous puissions en déduire les caractères généraux des divers âges, tandis que nous pourrons examiner les différences des divisions temporelles plus particulières à partir des caractéristiques découvertes dans les thèmes de naissance.

 

La Lune obtient comme part, l’âge infantile qui dure environ jusqu’à la fin des quatre premières années sur la base d’un nombre qui concorde avec sa période quadriennale. Elle produit la souplesse et la tendre consistance de l'organisme et la rapidité de sa croissance. Elle lui fournit sa nourriture liquide, pour l’essentiel, et produit ce qui est changeant dans le corps ainsi que ce qui est inachevé ou encore inarticulé dans l'âme, conformément aux pouvoirs actifs de la Lune.

Durant les dix ans suivants, l'astre de Mercure, qui est second, obtient comme part le second âge, celui de l'enfance, en raison d’un nombre qui correspond à la moitié d'une période de vingt ans. Il commence à articuler et façonner les parts de l'âme propres au raisonnement et à la raison, et à semer certains germes et rudiments de science, et à rendre saillants les traits naturels et les aptitudes, éveillant l'âme, à ce moment, par l'instruction, l'éducation et les premiers exercices physiques

L'astre de Vénus prend possession du troisième âge, celui de l'adolescence, car les huit années suivant l’enfance correspondent au nombre de sa propre période. Elle commence à stimuler, comme il est naturel, l'activité des canaux séminaux qui provoque leur remplissage et pousse aux rapports sexuels. À ce moment spécialement une sorte de frénésie naît dans l'âme, ainsi qu'une perte du contrôle de soi, un désir de n'importe quelle relation sexuelle, une passion ardente, la tromperie et l'aveuglement de celui qui chute en avant.

Le souverain de la sphère du milieu, le Soleil, prend possession du quatrième âge, celui de l’adulte, qui est, dans l'ordre, celui du milieu de la vie, et s’étend sur une période de dix-neuf ans. Il implante alors dans l'âme la maîtrise et la sûreté dans l'action, le désir de ressources matérielles, de gloire et de prestige, et une transition qui mène des erreurs ingénues et plaisantes de l'enfance au sérieux, à l’honorabilité et à l'ambition.

Après le Soleil, l'astre de Mars, le cinquième dans l'ordre, s'empare de l'âge viril pour une durée de quinze ans égale à sa propre période et introduit l'austérité et les souffrances de la vie. Il implante dans l'âme et dans le corps les soucis et les tourments, en donnant comme la sensation et la conscience du déclin et pousse à accomplir avec effort quelque chose de mémorable parmi ce qu’on entreprend avant de toucher à sa fin.

Le sixième dans l'ordre, l'astre de Jupiter, obtient comme part la vieillesse pour une durée de douze ans qui correspond à sa propre période. Il fait renoncer aux activités qui impliquent son propre labeur, de la fatigue, de l’agitation, et du risque. Il introduit à la place la bienséance, la prévoyance et l’aptitude à la retraite; et outre tout ce qui inclut la prudence, le conseil et la consolation, il prépare surtout en cet âge à faire cas du désir d'honneur, de louange, d'indépendance, avec modestie et dignité.

Au dernier, l'astre de Saturne échoit comme part la dernière période, la vieillesse ultime, pour la durée de vie qui reste. Les mouvements du corps et de l'esprit sont désormais refroidis et gênés dans leurs impulsions, leurs plaisirs et la rapidité de leurs désirs ; le déclin naturel arrive sur cette vie devenue usée et atone, faible, aisément vulnérable, irritée de tout, conformément à la lenteur des mouvements.

Ptolémée embrasse là l'univers et l'homme selon des postulats que l'on pourrait dire identiques, agrandissant l'être humain aux dimensions du cosmos et condensant le cosmos en lui. L'échelle stellaire des sphères planétaires qu'il place dans le firmament nous invite à une ascension céleste : nous naissons, comme des instants d'univers et les rythmes de nos vies sont mesurés par le passage au travers de chacun de ces mondes successifs. Dans le ciel, où l'espace dessine la profondeur du temps, se dévoilent donc à nous nos plus épaisses strates temporelles. Souvenirs enfantins, amours brûlants et fugaces de l'adolescence, rêves de l'adulte, notre existence se nomme ici dans l'alphabet nocturne : conjonctions, planètes, nébuleuses, étoiles, éclipses. Dans la forêt des constellations Ptolémée, plutôt que l'éclatant bréviaire mythologique d'Ératosthène, donne à voir le lent glissement des astres où la lumière n'est parfois qu'un reflet hésitant, et entend guider l'être humain vers l'accord avec sa vérité essentielle : l'épanouissement en lui des structures qu'il a en commun avec le firmament.

Cette traversée initiatique des différentes sphères des âges de la vie, conduit l'être humain vers la révélation de l'unité du monde et du moi, vers la sphère ultime, dernière enveloppe visible du cosmos humanisé.

C’est ce souci de perfection qui conduit vraisemblablement Ptolémée à imaginer un système de calculs extrêmement intéressants. Si l’on reprend l’analyse ici de Robert Nadal (Le Livre de l’astrologie : le Tétrabible de Ptolémée, Nil éditions, Paris, 2000), sauf pour le Soleil et la Lune, les périodes des âges de la vie que donne Ptolémée correspondent à une valeur très proche d’un multiple de la période synodique des planètes (période qui sépare deux conjonctions successives avec le Soleil et qui correspond à un tour de la planète sur son épicycle). Les durées indiquées par Ptolémée sont des multiples de cette période où l’on voit deux astres (la planète et le Soleil) se retrouver aux mêmes positions qu’au départ sur l’écliptique. Ainsi lorsqu’il y a une conjonction au départ de la période, il y aura également une conjonction à la fin de cette période et cela au même point de l’écliptique et au même moment de l’année..

Pour Ptolémée, les 20 ans de mercure correspondent à 63 périodes synodiques de la planète (au bout de 10 ans il y a aussi conjonction, car il s’agit d’une planète inférieure qui a deux conjonctions par cycle, une supérieure, une inférieure, et l’on peut, comme le fait Ptolémée couper le cycle en deux, soit 10 ans). Les 8 ans de Vénus correspondent à 5 périodes ; les 15 ans de mars à 7 périodes ; les 12 ans de Jupiter à 11 périodes ; les 4 ans de la Lune correspondent à peu de chose près à 53 périodes anomalistiques. La Lune n’a fait qu’un nombre entier de tours sur son épicycle, sans parvenir à une même configuration par rapport au Soleil et aux étoiles. Ici Ptolémée est lui-même approximatif. Ainsi la signification de ces 4 ans n’est pas absolument claire. On remarquera cependant que 4 ans = 1461 jours. Or 1461 années correspondent à un cycle sothiaque (cycle égyptien d’année de 365 jours au bout duquel le lever héliaque de Sirius se reproduit au même moment de l’année vague).

Le souci de Ptolémée de choisir des périodes qui soient des cycles presque parfaits a conduit à s’interroger sur la signification ésotérique de ces choix. On pourrait y voir un subtil système de correspondances : la Lune étant maîtresse du signe du Cancer est en relation dialectique avec Saturne maître du signe du Capricorne. La durée de la période de Saturne (que ne donne pas ici Ptolémée) est de 30 ans. On aurait ainsi le rapport suivant entre la première sphère celle de la Lune et la dernière celle de Saturne : 4 ans de Lune x 30 ans de Saturne = 120 ans.

De la même manière entre Mercure, maître des Gémeaux et de la Vierge et Jupiter maître du Sagittaire et des Poissons s’instaurerait une relation dialectique et on aurait le rapport suivant entre la deuxième sphère celle de Mercure et la sixième celle de Jupiter : 10 ans x 12 ans = 120 ans.

De la même manière Vénus maîtresse de la balance et du Taureau est en relation dialectique avec Mars, maître du Bélier et du Scorpion. On aurait ainsi entre la troisième sphère, celle de Vénus et la cinquième celle de Mars : 8 ans x 15 ans = 120 ans.

Quant au Soleil dont la sphère est centrale (la quatrième) et se suffit à elle il conviendrait de multiplier son chiffre par son propre chiffre soit 19 ans x 19 ans = 361. Si l’on additionne le résultat obtenu pour les trois couples de sphères, on obtient 120 + 120 + 120 = 360. Soit le nombre de degrés du cercle, la forme parfaite par excellence.

L’Uranographie pervertie

Il importerait aussi, en guise de conclusion, de faire voir aux élèves comment cette mythologie des origines a pu être détournée, voire récupérée, au cours des siècles par les différents pouvoirs et, ce, à des fins, le plus souvent, partisanes.

Le ciel, sans doute, offrait une scène trop en vue, et une estrade trop flatteuse pour rester dans le domaine public des noctambules, des poètes et des philosophes : à partir des royautés hellénistiques, on voit surgir des images d’un type nouveau qui s’ancrent sur la réalité politique contemporaine. C’est ainsi qu’un Grec d’Alexandrie nommé Conon (IIIème av. J.C.), courtisan autant qu’astronome, inventa une constellation, située au-dessus de la queue du Lion, qu’il baptisa “ Chevelure de Bérénice ” du nom de la reine d’Egypte de l’époque. Si la “ Chevelure ” est encore aujourd’hui suspendue au ciel sur nos globes et nos cartes célestes, il n’en est pas de même de la majeure partie de ces constellations de circonstance, dont la vie fut parfois si courte qu’elle ne permet pas même de les identifier formellement, comme le “ Trône de César ”, improvisé en l’honneur d’Auguste, sans doute également dans les milieux alexandrins, et qui est peut-être un recyclage d’une partie de la constellation antique du Centaure ; ou encore “ Antinoos ”, hommage posthume de l’empereur Hadrien à son favori, qu’il tailla sans doute sur le dos de l’Aigle, et dont il est fait ça et là mention dans les textes, mais sans conviction, jusqu’au XIXème siècle. À défaut d’une constellation, et pourvu qu’ils aient une place au ciel, les Grands devaient parfois se contenter d’une étoile ou d’une comète.

Cette politisation du ciel et cette parodie grotesque de la catastérisation, à travers l’apothéose stellaire marque une évolution et en un sens, pourquoi le nier, une décadence dans l’observation du ciel dont les vives figures mythiques vont se transformer en allégories silencieuses. En fait, ce maquillage astronomique au service d’un puissant, cette usurpation des symboles et cette instrumentalisation de la scène cosmique, qui revient à faire descendre le ciel sur la terre, constitue l’inversion pure et simple de la catastérisation.

Dans la série des travestissements que connaît dès lors le ciel, devenu à la mode, la réalisation la plus impertinente est peut-être l’ouvrage conçu par Néron dans sa domus aurea.. Suétone (Néron, 31, 3) raconte qu’il voulait reproduire sur terre le mouvement céleste et se fit installer au plafond de sa salle de réception un hémisphère de bois qui, actionné par une mécanique, effectuait des rotations qui simulaient le mouvement des astres dans le ciel.

Les Chrétiens, de leur côté, sans toucher aux formes des constellations constituées voulurent, autant sans doute pour lutter contre le paganisme dont le ciel était un porte-parole constant et universel que pour tirer les bénéfices publicitaires de cet écran géant dont Dieu, en fin de compte, était le créateur, christianiser la sphère céleste en rebaptisant les constellations. Prudents, ils procédèrent par déplacements analogiques : Le navire Argo devint l’arche de Noé, le fleuve Eridan le Jourdain, le Centaure sacrifiant la Bête sur l’Autel, Abraham le couteau levé sur son fils. Ce catéchisme astral édifiant mais incongru ne fut jamais qu’une curiosité, et l’acclimatation artificielle et accélérée du ciel païen à l’univers chrétien un échec.

Le ciel grec, notre ciel, n’est ni un musée de héros à la retraite ni un catalogue de mythes promotionnels, mais le produit de l’observation astronomique et d’une tradition légendaire : autrement dit l’écriture unifiée de deux langues, celle de la science et celle du mythe.

Ce ciel grec illustre de façon frappante, le rapport constant, voire la complicité existant en Grèce ancienne entre deux démarches intellectuelles, celle du poète et celle de l’astronome travaillant de concert à établir l’ordonnancement du monde et son occulte unité.

En nommant, avec les élèves d’aujourd’hui, les constellations dans le firmament, nous retrouvons l’élan premier de cette expérience originelle : nous redécouvrons dans le miroir céleste notre ancien et juvénile visage. À nous de faire en sorte que ce ciel grec soit regardé, comme le contemplaient Ératosthène et Ptolémée : tels des passionnés du savoir, aptes aussi à voir, dans ce ciel, nos rêves logés au cœur de la nuit.

Voir aussi...

Anaximandre

Ératosthène

Claude Ptolémée

Notes

  1. Voir à ce sujet également la grande synthèse, sorte de bible du Ciel antique, sous la direction d’Arnaud Zucker L’Encyclopédie du Ciel, Mythologie, Astronomie, Astrologie, Bouquins Laffont, 2016.
  2. Groupement d’étoiles.
  3. Grand cercle de la sphère céleste sur lequel semble se déplacer le Soleil dans son mouvement annuel.
  4. D’après le témoignage d’Eudème : Simplicius, Commentaire du traité Du ciel d’Aristote, 471, 1.
  5. Ce qu’on appelle la “ rétrogradation ” des planètes.
  6. Rep.530b-c.
  7. Homère, Odyssée, 5, 272 ; 22, 65 ; Iliade, 18, 483.
  8. Hésiode.
  9. Aratos, Phénomènes, 373-382
  10. Aratos, Phénomènes, 145-146.
  11. Voir Hésiode, Travaaux et Jours., v.383-390.
  12. Sur le détail de ces mythes et le rôle joué par les divinités mentionnées, voir P. Charvet et A. Zucker en bibliographie.
  13. Eratosthène, Catastérisme, §35.

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