Les colonnes d'Hercule

  Pour son dixième travail, Héraclès / Hercule doit ramener en Grèce le fabuleux troupeau du géant Géryon : des bœufs qui paissent dans les prairies d’Érythie, une île située près du bord de l’Océan.

Pour son voyage aller, Héraclès longe le rivage de la Lybie (nom antique du continent africain) en direction de l’ouest. Arrivé au bout de la côte méditerranéenne, il repasse sur le continent européen et laisse une trace de sa venue : les fameuses « colonnes d’Hercule » qu’il dresse de part et d’autre du détroit de Gibraltar, l’une en Europe, l’autre en Afrique.

Diodore de Sicile (env. 90 - 30 av. J.-C.) fait le point sur la légende.

« Parvenu aux extrémités de la Libye [l’Afrique] et de l’Europe, Hercule arriva enfin du côté de Gadès [Cadix] et il érigea deux colonnes (στήλας) sur les bords de l’Océan. On raconte que pour laisser un souvenir immortel de son expédition il rapprocha par une digue les bords des deux continents, qui étaient autrefois très distants l’un de l’autre, et il ne laissa aux eaux de la mer qu’un passage étroit, empêchant les cétacés de l'Océan d’entrer dans la mer intérieure [la Méditerranée] : ce fut un ouvrage immense qui perpétua la mémoire d’Hercule. Certains prétendent au contraire que, les deux continents étant joints, Hercule perça l’isthme et forma ainsi le détroit qui fait aujourd’hui communiquer l'Océan avec notre mer. Mais chacun est libre d’adopter l’une ou l'autre de ces deux opinions. » (Bibliothèque historique, livre IV, 18)

colonnes d'hercule

Gravure d’Heinrich Aldegrever dans Les Travaux d’Hercule, 1550, Metropolitan Museum of Art, New York.

© Metropolitan Museum of Art.

Les Colonnes d’Hercule représentent symboliquement les deux monts qui marquent l’entrée du détroit de Gibraltar, séparant l’Europe et l’Afrique : Calpé (le rocher de Gibraltar) au nord, sur la rive européenne, et Abyla (« le Mont aux Singes », aujourd’hui Djebel Musa) au sud, sur la rive marocaine.

Le géographe romain Pomponius Mela (Ier siècle ap. J.-C.) les décrit ainsi :

« Une très haute montagne fait face à celle qui s’élève sur la côte opposée de l’Hispanie : l’une se nomme Abyla, l’autre Calpé, et toutes deux ensemble les colonnes d’Hercule (hunc Abylam, illum Calpen, vocant, Columnas Herculis utrumque). La fable ajoute qu’autrefois ces deux montagnes n’en faisaient qu’une, qui fut divisée par Hercule ; et qu’ainsi l’Océan, jusqu’alors arrêté par cette barrière, trouva un passage pour se répandre dans les lieux qu’il inonde aujourd’hui. » (Description de la terre, livre I, 5)

colonnes d'Hercile à Ceuta

Les colonnes d’Hercule, Abyla et Calpé, à Ceuta (Espagne), scultpure en bronze (H. 7 m) de Ginés Serrán Pagán, 2007. © Wikimedia Commons, Diego Delso.

 

Aujourd’hui, une théorie développée par le journaliste italien Sergio Frau (Le Colonne d’Ercole, un’inchiesta, 2002) semble retenir l’attention voire l’approbation des milieux académiques : à la période archaïque, les redoutables limites marquées par les Colonnes d’Hercule se situaient au niveau du « canal de Sicile », là où la Sicile et la Tunisie semblaient prêtes à se rejoindre. Ce n’est qu’à l’époque hellénistique que cette frontière symbolique fut déplacée et située à Gibraltar.

« Le point de départ de la recherche de Frau se résume au désormais classique "œuf de Colomb" : mais sommes-nous si sûrs que, pour les Anciens, les Colonnes d’Hercule étaient bien là où nous les plaçons aujourd’hui ? La réponse est probablement non, et Frau apporte des indices sérieux suggérant qu’à une époque très ancienne, celle où serait situé le récit de l’Atlantide de Platon, la mer connue et sillonnée par les Égyptiens et les Grecs devait avoir ses Colonnes d’Hercule placées non pas aux confins de la lointaine Espagne, mais à hauteur d’un rétrécissement occidental plus proche, le Canal de Sicile, formé par la dernière frange côtière de la Sicile et l’extrême pointe de la Tunisie. » (Vittorio Castellani, « L’Atlantide-Sardaigne », Accademia Nazionale dei Lincei, Diogène, 2003/4, n° 204, Presses Universitaires de France).

 

Sommaire du dossier

Au-delà des colonnes d’Hercule : le saut dans l’inconnu

Le triple géant Géryon

Géryon est le fils de Chrysaor, le « Guerrier à l’épée d’or » sorti du cou de Méduse tranché par Persée, et de Callirhoé, fille du Titan Océan. Ce géant considéré comme l’homme le plus fort de la terre est né avec trois têtes et trois corps réunis à la taille. Ses troupeaux sont d’une beauté merveilleuse : ils sont gardés par le berger Eurytion et par le chien à deux têtes Orthros.

Géryon passe pour être le roi de Tartessos (la région de Cadix, au sud-ouest de l’Espagne)

triple Géryon

Le triple Géryon, relief archaïque en pierre provenant de Chypre, env. 550 av. J.-C., Metropolitan Museum of Art, New York. © Metropolitan Museum.

 

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