Juxtalinéaire - Œdipe Sénèque IV, 1, 764-783 & IV, 3, 860-881 - Œdipe face à son destin

Premier monologue - IV, 1, 764-775

Curas revolvit animus

Mon cœur tourne et retourne ses angoisses

et repetit metus

Et recouvre ses craintes.

obiisse nostro Laium scelere

Ce Laios est mort de notre fait,

autumant

c’est ce qu’affirment

superi inferique

les dieux du ciel et des Enfers.

sed animus  

Mais mon cœur,

contra

bien au contraire,

innocens

dans son innocence,

sibique melius quam deis notus 

mieux connu de lui-même qu'il n'est connu des dieux,

negat.

mon cœur dit non.

redit memoria

Me revient en mémoire,

tenue per uestigium,

sous la forme d'une trace ténue,

cecidisse 

le souvenir qu'est mort

nostri stipitis pulsu 

d’un coup de bâton donné par nous

obuium

un homme qui se trouvait sur le passage

datumque Diti,

et qu'il a été livré au dieu des Enfers,

cum

alors que,

prior 

le premier, 

iuuenem senex curru superbus pelleret

ce vieillard arrogant avait bousculé avec son char
le jeune homme que j'étais.

Thebis procul

C’était loin de Thèbes,

Phocaea trifidas regio qua scindit uias.

là où la région de la Phocide se divise en trois routes.

Vnanima coniunx,

Ma femme, mon âme sœur, 

explica errorem, 

aide-moi à dénouer les fils de ces pensées erronées,

precor :

je t’en supplie !

quae spatia moriens Laius uitae tulit ?

Quel temps de vie avait vécu Laïos quand il est mort ?

primone in aeuo uiridis an fracto occidit ?

Est-il mort encore dans la vigueur de l’âge ou déjà brisé par la vieillesse ?

 Inter senem iuuenemque, sed propior seni.

Il était entre la jeunesse et la vieillesse…
Mais plus proche de la vieillesse.

Frequensne turba regium cinxit latus ?

Une escorte nombreuse se tenait-elle autour du roi ?

 

Second monologue - IV, 3, 868-881

Dehisce, tellus, 

Ouvre-toi, ô Terre ! 

tuque

Et toi, 

tenebrarum potens,

souverain des ténèbres,

in Tartara ima, rector umbrarum, rape

emporte-moi, maître des ombres, dans les abîmes du Tartare,

retro reuersas generis ac stirpis uices

moi qui ai bouleversé l’ordre naturel des naissances et des générations !

congerite, ciues, saxa

Citoyens, amassez les pierres

in infandum caput,

sur ma tête abominable !

mastite telis : 

Criblez-moi de flèches !

me petat ferro parens,

Que le père me frappe de son épée

me gnatus, 

Et le fils aussi !

in me coniuges arment manus

Que contre moi les épouses arment leurs bras !

fratresque,

Et les frères aussi !

et aeger populus

Que le peuple ravagé par l’épidémie

ereptos rogis iaculetur ignes. 

jette sur moi des torches enflammées arrachées aux bûchers !

saeculi crimen

Je suis le crime de ma lignée,

uagor,

Je suis le vagabond,

odium deorum,

Je suis la haine des dieux,

iuris exitium sacri,

Je suis la mort des lois sacrées,

qua luce primum spiritus hausi rudes

Moi qui, au jour même où j'aspirai mon premier souffle, à la naissance, 

iam morte dignus. 

aurais dû mourir, 

redde nunc animos pares,

Allons, maintenant, rends ton âme égale à elle-même,

nunc aliquid aude sceleribus dignum tuis

maintenant, ose quelque chose à la hauteur de tes crimes !

I, 

Va, 

perge, 

poursuis ce que tu as commencé !

propero regiam gressu pete :

retourne au palais d'un pas hâtif !

gratare matri 

Remercie ta mère

liberis auctam domum.

pour tous les enfants qui ont agrandi la famille !

 

Sommaire du dossier

Étudier la tragédie en classe

Besoin d'aide ?
sur