Clément d'Alexandrie, père de l'Église

νυνὶ δὲ θεραπευτικός τε ὢν καὶ ὑποθετικὸς ἅμα ἄμφω, ἑπόμενος αὐτὸς αὑτῷ, παραινεῖ τὸν προτετραμμένον, κεφάλαιον τῶν ἐν ἡμῖν παθῶν ὑπισχνούμενος τὴν ἴασιν. Κεκλήσθω δ´ ἡμῖν ἑνὶ προσφυῶς οὗτος ὀνόματι παιδαγωγός.

Maintenant, comme le Verbe est tout à la fois médecin et précepteur, et que, conséquent avec lui-même, il anime ceux qu'il a convertis dans le principe et leur promet la guérison des blessures de leurs âmes, il me paraît convenable de réunir tous ses titres dans un seul et de l'appeler le Pédagogue.

 

Clément d'Alexandrie, Le Pédagogue, Chapitre I

Clément d’Alexandrie, l’un des premiers Pères de l’Église grecque, est né très probablement à Athènes, vers l’an 150 de notre ère, de parents païens. Il reçut une solide formation littéraire et acquit une très vaste culture hellénique. Il semble avoir été un initié, peut-être aux mystères d’Éleusis, puis il se convertit au christianisme dans des circonstances que nous ignorons. Ses œuvres, pleines de descriptions vivantes de la société grecque, prouvent qu’il était aussi familier de la vie mondaine. En tout cas, il avait si bien assimilé la Bible, qu’elle lui était devenue un langage et une mentalité.

Il voyagea en Italie méridionale, Syrie, Palestine, et arriva vers l’an 180 à Alexandrie, où se côtoyaient Égyptiens, Juifs, Grecs et Romains, et où s’affrontaient écoles religieuses et doctrines, sectes et philosophes.

Grâce à lui Alexandrie devient, au tournant du second siècle de notre ère, le berceau de l’hellénisme chrétien.

En quelle langue Clément lisait-il la Bible ? La Bibliothèque d’Alexandrie avait été le lieu privilégié où, probablement à la demande de Ptolémée II Philadelphe (309-248 av. J.-C.), la Bible hébraïque avait été traduite en grec. Connue comme « Bible d’Alexandrie », cette traduction est couramment aussi appelée la Septante, parce que selon la tradition, 70 ou plus exactement 72 prêtres et savants hébreux (6 pour chacune des 12 tribus juives), également experts en lettres grecques, l’ont élaborée. Une légende chrétienne intervenue par la suite, et qui témoigne de la célébrité de cette traduction aux yeux des croyants, raconte que les 72 traducteurs étaient groupés deux par deux dans trente-six petites maisons sans pouvoir communiquer : et par une intervention divine, les trente-six traductions concordaient parfaitement entre elles ! Quoi qu’il en soit, Clément a la ferme conviction que ce texte, comme son original en hébreu, est d’inspiration divine, et constitue la base de sa foi. Les Évangiles, comme on sait, ont été quant à eux directement écrits en grec.

Expliquant et commentant les textes chrétiens (Bible, Évangiles), Clément d'Alexandrie pratique l’exégèse allégorique du sens, par opposition à la méthode historico-grammaticale qui est celle des docteurs d’Antioche ; il est l’un des initiateurs de l’herméneutique des textes sacrés. Par son interprétation des mots et des images, par l’utilisation des symboles, par un entrelacement perpétuel de citations chrétiennes avec des références païennes, il contribue à la transformation de la langue grecque païenne en grec chrétien, c’est-à-dire à l’avènement d’une conscience grecque chrétienne.

Il écrit et enseigne ; son auditoire se compose des notables riches et cultivés de la cité.

Dans l’ouvrage qui porte ce nom, il nous est précisé dès les premiers mots que le Pédagogue c’est le Christ, le Verbe incarné, la Parole éducatrice annoncée par l’Écriture, elle-même révélée. Le Pédagogue est avant tout un ouvrage protreptique, comme l’est toute l’œuvre de Clément, et notamment l’ouvrage de lui qui s’intitule : Protreptique (προτρεπτικὸς sous-entendu λόγος) ; ce titre signifie en effet : « discours destiné à tourner vers l’avant, à stimuler, à persuader », c’est-à-dire ici à convertir.

Mais l’emploi même de ce titre est déjà un jeu de mots polémique, un trait d’ironie par rapport à l’usage païen. Qu’était en effet le « pédagogue » (παιδαγωγός, dont l’étymologie est « celui qui conduit les enfants ») dans l’horizon d’attente des notables alexandrins auxquels s’adressait Clément ? C’était une réalité quotidienne et familière de leur vie : on appelait ainsi le serviteur ou l’esclave de confiance chargé effectivement de conduire les enfants chez le maître d’école, de les surveiller et de les accompagner dans la rue comme à la maison. Clément veut signifier par là que la culture païenne ne suffit plus à donner un but ou une direction à la vie, et il transfigure ainsi l’image de Celui qui doit conduire les hommes « à la bonne école ».

 Voir sur Odysseum le dossier : 

Les parfums et les couronnes, Clément d'Alexandrie.

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