Achille Tatius, Le roman de Leucippé et Clitophon, § 2-13- Juxtalinéaire

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Dossier élaboré par

Cécile Daude
Paulette Garret
Sylvie Pédroaréna
Brigitte Planty

Gilles Roussel

sous la direction de Sylvie David

 

 

Περιϊὼν οὖν καὶ τὴν ἄλλην πόλιν

Parcourant donc aussi le reste de la ville

καὶ περισκοπῶν τὰ ἀναθήματα,

et regardant de tous côtés les offrandes,

ὁρῶ γραφὴν ἀνακειμένην

je vois un tableau consacré

γῆς ἅμα καὶ θαλάσσης.

(représentant) à la fois la terre et la mer.

Εὐρώπης ἡ γραφή·

Le tableau, (celui) d’Europe ;

Φοινίκων ἡ θάλασσα·

la mer, (celle) des Phéniciens ;

Σιδῶνος ἡ γῆ.

la terre, (celle) de Sidon.

Ἐν τῇ γῇ

Sur la terre

λειμὼν καὶ χορὸς παρθένων.

une prairie et un chœur de jeunes filles.

Ἐν τῇ θαλάττῃ

Sur la mer

ταῦρος ἐπενήχετο,

un taureau nageait

καὶ τοῖς νώτοις

et sur son dos

καλὴ παρθένος ἐπεκάθητο,

une belle jeune fille était assise,

ἐπὶ Κρήτην τῷ ταύρῳ πλέουσα.

voguant vers la Crète sur1 le taureau.

Ἐκόμα πολλοῖς ἄνθεσιν ὁ λειμών·

La prairie était parée d’une chevelure de multiples fleurs ;

δένδρων αὐτοῖς ἀνεμέμικτο φάλαγξ καὶ φυτῶν·

s’y mêlaient des rangées2 d’arbres et de plantes ;

συνεχῆ τὰ δένδρα·

serrés (étaient) les arbres,

συνηρεφῆ τὰ πέταλα·

épais les feuillages ;

συνῆπτον οἱ πτόρθοι τὰ φύλλα,

les rameaux unissaient leurs feuilles,

καὶ ἐγίνετο τοῖς ἄνθεσιν ὄροφος

et devenait pour les fleurs un toit

ἡ τῶν φύλλων συμπλοκή.

l’entrelacement des feuilles.

Ἔγραψεν ὁ τεχνίτης

L’artiste avait peint

ὑπὸ τὰ πέταλα καὶ τὴν σκιάν,

sous les feuillages même l’ombre,

καὶ ὁ ἥλιος ἠρέμα

et le soleil doucement

τοῦ λειμῶνος κάτω σποράδην διέρρει,

à travers la prairie en bas çà et là se coulait,

ὅσον

dans la mesure où

τὸ συνηρεφὲς τῆς τῶν φύλλων κόμης

l’épaisseur de la chevelure des feuilles

ἀνέῳξεν ὁ γραφεύς.

le peintre (l’) l’avait entrouverte.

Ὅλον ἐτείχιζε τὸν λειμῶνα περιβολή·

Une clôture fermait la prairie tout entière ;

εἴσω δὲ τοῦ τῶν ὀρόφων στεφανώματος

et à l’intérieur de la couronne (formée par) les toits (de feuilles)

ὁ λειμὼν ἐκάθητο. 

la prairie s’étendait.

Αἱ δὲ πρασιαὶ τῶν ἀνθέων

Les parterres de fleurs

ὑπὸ τὰ πέταλα τῶν φυτῶν

sous les feuillages des plantes

στοιχηδὸν ἐπεφύκεσαν,

en lignes avaient poussé,

νάρκισσος καὶ ῥόδα καὶ μυρρίναι.

le narcisse et les roses et les myrtes.

Ὕδωρ κατὰ μέσον ἔρρει τοῦ λειμῶνος τῆς γραφῆς,

De l’eau coulait au milieu de la prairie du tableau,

τὸ μὲν ἀναβλύζον κάτωθεν ἀπὸ τῆς γῆς,

d’un côté jaillissant d’en bas, de la terre,

τὸ δὲ τοῖς ἄνθεσι καὶ τοῖς φυτοῖς περιχεόμενον.

de l’autre se déversant autour des fleurs et des plantes.

Ὀχετηγός τις ἐγέγραπτο

Quelqu’un chargé de l’irrigation avait été peint

δίκελλαν κατέχων

tenant un hoyau,

καὶ περὶ μίαν ἀμάραν κεκυφὼς

se penchant sur un canal bien précis3

καὶ ἀνοίγων τὴν ὁδὸν τῷ ῥεύματι.

et ouvrant la voie au courant.

Ἐν δὲ τῷ τοῦ λειμῶνος τέλει

À l’extrémité de la prairie

πρὸς ταῖς ἐπὶ θάλατταν τῆς γῆς ἐκβολαῖς

du côté des avancées de terre vers la mer

τὰς παρθένους ἔταξεν ὁ τεχνίτης.

l’artiste avait placé les jeunes filles.

Τὸ σχῆμα ταῖς παρθένοις

L’allure des jeunes filles

καὶ χαρᾶς καὶ φόβου.

(était) et de joie et de peur.

Στέφανοι περὶ τοῖς μετώποις δεδεμένοι·

Des couronnes, autour de leurs fronts, (étaient) nouées ;

κόμαι κατὰ τῶν ὤμων λελυμέναι·

leurs cheveux, tombant sur leurs épaules, (étaient) libres ;

τὸ σκέλος ἅπαν γεγυμνωμέναι,

la jambe, elles l’avaient tout entière découverte,

τὸ μὲν ἄνω τοῦ χιτῶνος,

le haut dépourvu de tunique,

τὸ δὲ κάτω τοῦ πεδίλου·

le bas dépourvu de sandale ;

τὸ γὰρ ζῶσμα

en effet, la ceinture

μέχρι γόνατος ἀνεῖλκε τὸν χιτῶνα.

jusqu’au genou faisait remonter la tunique.

Τὸ πρόσωπον ὠχραί·

De visage elles (étaient) pâles ;

σεσηρυῖαι τὰς παρειάς·

elles (étaient) contractées des joues ;

τοὺς ὀφθαλμοὺς ἀνοίξασαι πρὸς τὴν θάλασσαν·

les yeux, elles les avaient ouverts en direction de la mer ;

μικρὸν ὑποκεχηνυῖαι τὸ στόμα,

la bouche, elles l’avaient un peu entr’ouverte,

ὥσπερ ἀφήσειν ὑπὸ φόβου μέλλουσαι καὶ βοήν·

comme prêtes à pousser, de frayeur, jusqu’à un cri ;

τὰς χεῖρας ὡς ἐπὶ τὸν βοῦν ὤρεγον.

leurs bras, (c’est) comme si c’était vers le bovin qu’elles les tendaient.

Ἐπέβαινον ἄκρας τῆς θαλάττης,

Elles atteignaient les bords de la mer,

ὅσον ὑπεράνω μικρὸν

juste assez pour que, légèrement au-dessus,

τῶν ταρσῶν ὑπερέχειν τὸ κῦμα·

le flot recouvre leurs pieds ;

ἐῴκεσαν δὲ

et elles semblaient

βούλεσθαι μὲν ὡς ἐπὶ τὸν ταῦρον δραμεῖν,

vouloir comme courir vers le taureau,

φοβεῖσθαι δὲ τῇ θαλάττῃ προσελθεῖν.

et s’effrayer d’avancer dans la mer.

Τῆς δὲ θαλάττης ἡ χροιὰ διπλῆ·

La couleur de la mer (était) double ;

τὸ μὲν γὰρ πρὸς τὴν γῆν ὑπέρυθρον·

en effet, la partie du côté de la terre (était) rougeâtre,

κυάνεον δὲ τὸ πρὸς τὸ πέλαγος.

et bleu sombre la partie du côté de la haute mer.

Ἀφρὸς ἐπεποίητο

L’écume était aussi représentée,

καὶ πέτραι καὶ κύματα·

et les rochers et les vagues ;

αἱ πέτραι τῆς γῆς ὑπερβεβλημέναι,

les rochers pointant de la terre,

ὁ ἀφρὸς περιλευκαίνων τὰς πέτρας,

l’écume blanchissant tout autour les rochers,

τὸ κῦμα κορυφούμενον

le flot se soulevant

καὶ περὶ τὰς πέτρας λυόμενον εἰς τοὺς ἀφρούς.

et se brisant sur les rochers en gouttes d’écume.

Ταῦρος ἐν μέσῃ τῇ θαλάττῃ ἐγέγραπτο

Le taureau au milieu de la mer était peint

τοῖς κύμασιν ἐποχούμενος,

chevauchant les flots,

ὡς ὄρους ἀναβαίνοντος τοῦ κύματος,

le flot s’élevant comme une montagne,

ἔνθα καμπτόμενον τοῦ βοὸς κυρτοῦται τὸ σκέλος.

là où la patte fléchie du bovin se recourbe.

παρθένος μέσοις ἐπεκάθητο τοῖς νώτοις τοῦ βοός,

La jeune fille était assise au milieu du dos du bovin,

οὐ περιβάδην,

non pas à califourchon,

ἀλλὰ κατὰ πλευράν,

mais sur un flanc,

ἐπὶ δεξιὰ συμβᾶσα τὼ πόδε,

ayant les deux pieds réunis à droite,

τῇ λαιᾷ τοῦ κέρως ἐχομένη,

de la main gauche se tenant à la corne,

ὥσπερ ἡνίοχος χαλινοῦ·

comme un cocher à la bride ;

καὶ γὰρ ὁ βοῦς ἐπέστραπτο ταύτῃ μᾶλλον

et en effet, le bovin était tourné plutôt de ce côté

πρὸς τὸ τῆς χειρὸς ἕλκον ἡνιοχούμενος.

guidé comme par un cocher sous la pression de la main.

Χιτὼν ἀμφὶ τὰ στέρνα τῆς παρθένου

La tunique autour de la poitrine de la jeune fille

μέχρις εἰς αἰδῶ·

jusqu’à l’objet de pudeur ;

τοὐντεῦθεν

à partir de là

ἐπεκάλυπτε χλαῖνα τὰ κάτω τοῦ σώματος·

la robe recouvrait le bas du corps;

λευκὸς ὁ χιτών·

blanche, la tunique ;

ἡ χλαῖνα πορφυρᾶ·

la robe, pourpre ;

τὸ δὲ σῶμα διὰ τῆς ἐσθῆτος ὑπεφαίνετο.

le corps à travers le vêtement se laissait entrevoir.

Βαθὺς ὀμφαλός·

Profond, le nombril ;

γαστὴρ τεταμένη·

le ventre tendu ;

λαπάρα στενή·

le flanc mince ;

τὸ στενὸν

la minceur

εἰς ἰξὺν καταβαῖνον

descendant jusqu’à la hanche

ηὐρύνετο.

devenait ampleur.

Μαζοὶ

Les seins

τῶν στέρνων ἠρέμα προκύπτοντες·

doucement saillant de la poitrine ;

ἡ συνάγουσα ζώνη τὸν χιτῶνα

la ceinture retenant la tunique

καὶ τοὺς μαζοὺς ἔκλειε,

enserrait aussi les seins,

καὶ ἐγίνετο τοῦ σώματος κάτοπτρον ὁ χιτών.

et elle devenait le miroir du corps, la tunique.

Αἱ χεῖρες ἄμφω διετέταντο,

Les deux bras étaient tendus,

ἡ μὲν ἐπὶ κέρας,

l’un vers la corne,

ἡ δὲ ἐπ' οὐράν·

l’autre vers la queue ;

ἤρτητο δὲ ἀμφοῖν ἑκατέρωθεν

était suspendu à tous les deux de chaque côté

ὑπὲρ τὴν κεφαλὴν

au-dessus de la tête

ἡ καλύπτρα

le voile

κύκλῳ τῶν νώτων ἐμπεπετασμένη·

en arrondi autour du dos déployé ;

ὁ δὲ κόλπος τοῦ πέπλου

le repli du peplos

πάντοθεν ἐτέτατο κυρτούμενος·

tout autour s’étendait formant une courbe ;   

καὶ ἦν οὗτος4 ἄνεμος τοῦ ζωγράφου.

et ceci était le vent du peintre.

Ἡ δὲ […] ἐπεκάθητο τῷ ταύρῳ

Et elle était assise sur le taureau,

δίκην πλεούσης νηός,

évocation d’un navire voguant,

ὥσπερ ἱστίῳ τῷ πέπλῳ χρωμένη.

se servant du peplos comme d’une voile.

Περὶ δὲ τὸν βοῦν

Autour du bovin

ὠρχοῦντο δελφῖνες,

dansaient des dauphins,

ἔπαιζον Ἔρωτες·

jouaient des Amours ;

εἶπες ἂν

tu aurais dit

αὐτῶν ἐγγεγράφθαι καὶ τὰ κινήματα.

qu’étaient peints même leurs mouvements.

Ἔρως εἷλκε τὸν βοῦν·

(Le dieu) Amour entraînait le bovin ;

Ἔρως, μικρὸν παιδίον,

(le dieu) Amour, un tout petit enfant,

ἡπλώκει τὸ πτερόν6,

avait déplié ses ailes,

ἤρτητο φαρέτραν,

portait suspendu son carquois,

ἐκράτει τὸ πῦρ·

détenait le feu ;

μετέστραπτο δὲ ὡς ἐπὶ τὸν Δία

il se tournait comme si c’était vers Zeus

καὶ ὑπεμειδία,

et souriait à la dérobée,

ὥσπερ αὐτοῦ καταγελῶν,

comme se moquant de celui-ci,

ὅτι δι' αὐτὸν γέγονε βοῦς.

du fait qu’à cause de lui il était devenu un bovin.

 

 

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Notes

  1. Le datif correspond à un complément de moyen : l’expression « naviguer au moyen du taureau » souligne l’étrangeté du moyen de locomotion.
  2. Nous traduisons le singulier φάλαγξ par un pluriel car dans le vocabulaire militaire, la phalange comporte plusieurs rangées de soldats.
  3. En traduisant le parfait κεκυφώς par le présent « en se penchant sur », nous rendons à la fois la posture du personnage et le sens figuré de περί qui implique attention et soin. « Bien précis » rend l’adjectif numéral μίαν qui diffère d’un simple indéfini.
  4. οὗτος prend le genre d’ἄνεμος par attraction ; ce démonstratif renvoie à l’ensemble des détails par lesquels le peintre veut signifier le vent.
  5. δίκην est un accusatif adverbial construit avec le génitif : « à la manière de ».
  6. τὸ πτερόν est un singulier collectif.
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