Prix de la critique 2019

Jury

Le jury de ce prix était composé de personnalités éminentes du monde de la critique de cinéma :

  • Thierry Méranger : Les Cahiers du cinéma
  • N.T Bihn : Positif

Lauréats

Des prix de la critique ont été décernés à neuf des 1000 critiques publiées sur le site du prix.

Les lauréats

CATEGORIE LYCEES PROFESSIONNELS 

  • 1er prix : Classe de 1ère COM, Lycée des métiers de services Robert Wlerick, Mont de Marsan (académie de BORDEAUX) : critique du film "Sami"

     Trophée réalisé par les élèves du lycée des métiers du bâtiment et des travaux publics Michelet, Nantes (académie de Nantes)

  •   2ème prix : Léa Faury, classe de 2nde PRO CUS/CSR, lycée de l'Atlantique, Royan (académie de POITIERS) : critique du film "Amal"

  • 3ème prix : Classe de Terminale PRO TEB, Lycée Léonard de Vinci, Antibes (académie de NICE) : critique du film "L'heure de la sortie"

CATEGORIE LYCEES GENERAUX :   

  •   1er prix : Manon Schmitt, Morgane Bertin, Morgane Tocqueville et Lou Laloi, classe de 2nde, Lycée Jean Calvin, Noyon (académie d'AMIENS) : critique du film "Amanda"

   Trophée réalisé par les élèves du lycée de l'Atlantique, Royan (académie de POITIERS)

  •   2ème prix : Classe de 1ère ES2, Lycée Lacassagne, Lyon (académie de LYON)

  • 3ème prix : Ewan Gehanno, classe de Terminale L, Lycée Marcellin Berthelot, Questembert (académie de RENNES) : critique du film "Sami"

CATEGORIE CRITIQUES LIBRES :

 

  • 1er prix catégorie Lycées généraux : Classe de 2nde enseignement d'esxploration "Littérature et société", Lycée Le Mans Sud, Le Mans (académie de NANTES) : critique du film "Sibel".

 Trophée réalisé par les élèves du lycée C. G. Pravaz, Pont de Beauvoisin (académie de GRENOBLE)

  •   1er prix catégorie Lycées PRO: classe de CAP DAQ, Lycée A. Privat, Arles (académie d'AIX-MARSEILLE)

 Trophée réalisé par les élèves du lycée C. Privat, Arles (académie d'AIX-MARSEILLE)

PRIX DE LA CLASSE ENGAGEE : 

  • Classe de 2nde MVM1, Lycée PRO Henri Senez, Hénin-Beaumont (académie de Lille)

Critiques récompensées

LYCEE PROFESSIONNEL

1er prix : Classe de 1ère COM, Lycée des métiers de services Robert Wlerick, Mont de Marsan (académie de BORDEAUX)

Vers l'autre rive

Voici un long métrage que nous n’aurions jamais vu si on ne nous l’avait pas proposé dans le cadre du prix jean Renoir des lycéens. Le début est déconcertant. Qui est cette vielle femme au regard dur, qui rechigne à aller à l’enterrement de sa sœur, qui ne veut rien entendre en same ( qui est sa langue maternelle), qui ne veut même pas dormir chez sa famille ?

Elle semble toujours seule, même en compagnie de son fils et sa petite fille, même au milieu de touristes qui dansent dans un hôtel. Les plans sont souvent serrés sur son air revêche.

Sami, une jeunesse en Laponie est un long métrage suédois réalisé en 2017 par Amanda Kernell qui en a aussi écrit le scénario.

C’est l’histoire d’une jeune fille qui s’appelle Elle Marja et qui veut devenir institutrice, et ainsi s’émanciper à la fois de son destin tracé au sein de la communauté sami, mais aussi des suédois qui la dénigrent. Etant une Sami, une Lapone (terme péjoratif car issu de la racine finnoise lapp, « barbare », « grossier », « guenille », par extension péjorative « porteur de haillons »),elle est rejetée par les Suédois. Elle va donc tout faire pour pouvoir atteindre son but: décider par elle même de son avenir. Et, être libre de ses choix, être indépendante, affirmer qui elle veut être, exige un prix très lourd à payer. Pour se sortir de cette situation, il n’y a qu’un seul moyen pour l’héroïne, c’est de renoncer à son identité, sa culture et son peuple.

C’est un film la fois dur, triste et beau qui traite du racisme entre les suédois et les samis. Mais c’est un film aussi optimiste puisqu’on sait dés le début que Elle Marja/ Christina a atteint son but.
La plus grande partie du film est constitué d’un flash-back où Elle Marja (qui va devenir Christina) revoit son enfance traumatisante. Grâce à ce long flash back, on comprend tout le chemin parcouru, tous les sacrifices consentis, les humiliations subies et toute la détermination et la combativité de l’héroïne pour obtenir la vie qu’elle s’est choisie.


Elle Marja et sa sœur sont envoyées dans un pensionnat en Suède. Là-bas elle est victime de toutes sortes d’humiliations et de harcèlements par les suédois, enfants comme enseignants. Son peuple est traité comme une sous-espèce. Les Sami, éleveurs de rennes, se font dénigrer à longueur de temps car, ils sont considérés comme des gens inférieurs aux Suédois car ils n’ont pas les mêmes traditions que ces derniers.
Par exemple les deux sœurs portent leur costume traditionnel pour aller à l’école. Elles ont une maîtresse très sévère qui n’hésite pas à les discriminer:« Vous avez un petit cerveau ». Préjugés anthropologiques que l’on découvre aussi avec la scène choquante de la visite du « roi et de la reine ».Elle Marja est traitée comme un animal lorsqu’elle est mise à nue et examinée comme une curiosité, une bête de foire. Elle Marja ne veut pas être considérée comme une sauvage mais comme un humain à part entière. Elle veut gagner sa dignité.


On peut ressentir de la peine ou de la tristesse car on se met à la place de Elle Marja, comme par exemple, les moments où elle se fait harceler, par une bande de jeunes. Elle baisse les yeux, marche vite et s’en va. Et puis le jour où elle essaie de se défendre face aux harceleurs, ils lui mutilent l’oreille comme si elle n’était qu’un renne. Elle décide alors d’échapper à son destin en rejetant son identité culturelle (nom, vêtement, langue, mode de vie). Le passage en ville est vécu comme une libération. Les couleurs sont plus lumineuses, l’espace agrandi. Elle sort même d’un tunnel avant d’arriver dans un jardin, qui à ses yeux, est magnifique.

Nous avons aimé la sensibilité de ce film. Et de savoir que l’histoire est inspirée d’une histoire réelle (la grand-mère paternelle de la réalisatrice) la rend encore plus triste et nostalgique qu’elle n’est déjà. Les plans du film et les musiques rendent le film très dur et fort de caractère. Tout comme la jeune actrice dont toutes les émotions, la colère rentrée, la détermination, la souffrance passent dans son regard.
En un mot : magnifique.

 

2ème prix :Léa Faury, classe de 2nde PRO CUS/CSR, lycée de l'Atlantique, Royan (académie de POITIERS)

 Le-Bouton-De-Nacre-Affiche-120x160_4-141x200.jpgCe film documentaire raconte l'histoire d'une fille de 12 ans qui s'appelle Amal. qui vit en Égypte pendant la révolution en 2012. La population manifeste place Tahrir pour renverser le président Moubarak et son régime corrompu.

Dans ce film, on suit Amal qui est filmée pendant 5 ans par Mohamed Siam. Amal est très impliquée dans la politique, elle participe activement aux manifestations.

Amal a subi plusieurs traumatismes dans sa vie : tout d'abord elle est née prématurément, elle a failli mourir, puis son père, avec qui elle était très proche, est mort. Plus tard, elle perd son ami et lors d'une manifestation, Amal se fait violemment tirer les cheveux et traîner par des policiers.

Il faut dire qu'Amal aime prendre des risques. C'est un garçon manqué car elle veut pouvoir jouir de la même liberté que celle des hommes, alors elle porte une capuche pour qu'on ne la reconnaisse pas, elle joue au ballon, elle fume et elle chante avec ses amis mais elle ne veut pas de cette image. Quand on le lui fait remarquer, elle s'énerve tout de suite. Elle soutient que c'est une fille comme la scène où elle est dans le bus, qu'elle est maquillée et qu'elle veut absolument aller à un match de foot alors qu'elle n'y est pas autorisée. Amal se bat pour l'égalité entre les hommes et les femmes.

Amal est fille unique, elle est le centre de la vie de sa famille. Elle a été éduquée dans la liberté ce qui peut expliquer pourquoi elle participe autant aux manifestations. Le film « grandit » en même temps qu'Amal, et on peut dire que l’Égypte avance pendant qu'Amal grandit.

Ce film est assez particulier dans sa construction, il y a des flash-back de son enfance quand son père la filmait avec amour lors de ses anniversaires. Le réalisateur a mêlé la petite histoire, celle d'Amal, à la grande Histoire, celle de l'Egypte. De même, il souhaitait qu'on soit dans la tête d'Amal qu'on entend en voix off et chaque année passant, les dates inscrites sur le terrain d’athlétisme montrent qu'Amal court pour avancer, comme l’Égypte. Mais sa course semble vaine. On la voit à chaque fois, déterminée, sur la ligne de départ, mais comme un éternel recommencement.

Une scène particulièrement touchante du film est le moment où Amal rend visite à sa famille et veut aller voir la tombe de son père. A côté de celle de son père, il y a sa tombe à elle... Autres scènes émouvantes, c'est lorsqu'elle se coupe les cheveux ou se scarifie, les sourires et les joies de l'enfance ont cédé la place à la douleur.

Amal est singulière avec sa capuche et son fort caractère. Elle est petite et énergique, elle crie, elle insulte. Elle sait ce qu 'elle veut. Amal porte souvent un tee-shirt avec le logo de Superman, elle est en quelque sorte la "Superhéroïne" de ce film.

Ce film montre également la condition des femmes musulmanes, l'état policier, la censure, la peur, la violence de l'Egypte et si la révolution n'a pas porté tous ses fruits, les graines du progrès social ont été semées. Amal fait partie de la génération qui fait changer les choses dans le pays, d'ailleurs "Amal" signifie "espoir". L'Egypte est un pays qui se bat et qui espère la liberté. A la fin du film Amal annonce qu'elle veut devenir policière comme son père, elle se dit que, peut-être, elle arrivera à faire changer les choses.
D'ailleurs, la dernière image est porteuse d'espoir. Certes, Amal porte le voile mais on peut comprendre qu'après s'être battue pour la liberté, elle va mettre au monde la relève, celle qui, plus tard, luttera aussi pour son pays.

3ème prix : Classe de Terminale PRO TEB, Lycée Léonard de Vinci, Antibes (académie de NICE)

Moi Daniel Blake

Ce film nous déstabilise en permanence: qu'on essaie de se mettre à la place du professeur et on ne comprend pas, perdus, comme lui ... qu'on essaie de se mettre à la place de ces élèves, et on se trouve bien sombres et bien déterminés: égoïstes peut être.

Pierre Hoffman est un professeur de français remplaçant. Il doit succéder à un professeur qui s'est défenestré en plein cours avec sa classe de 3ème 1, une classe pilote d'enfants surdoués. Il devient le seul à vouloir savoir pourquoi ils sont différents et se comportent ainsi. Entre curiosité et obsession, Pierre tente de percer leurs secrets; alors qu'il semble détaché de tout, ces jeunes surdoués ont de plus en plus d'emprise sur leur professeur. Ils le rejettent, le tiennent à distance, l'acceptent peu à peu; lui les suit, à la fois pour savoir et pour les protéger... jusqu'à ne faire qu'un avec eux, main dans la main, quand vient la scène finale.

Nous assistons ainsi à un suspens, un malaise constant, mais un suspense très bien ancré.
L'angoisse nous prend dès le début, ralentit puis revient de plus en plus intensément, c'est bien la définition du thriller.

Cette oppression est accentuée par la musique électronique et par la caméra centrée sur les seuls protagonistes du collège, les autres n'existent que de façon secondaire, nous sommes "entre nous", comme dans un huis-clos, dans les salles de cours, dans la forêt, dans la carrière.
Un rythme lent qui installe ce malaise jusqu'aux accélérations finales, entre scènes de cours banales mais oppressantes, scènes angoissantes filmées en vidéo qui ponctuent le film, et plans sur les regards, regards hostiles des adolescents, regards perdus des adultes.

Tout pourrait être "normal", les dialogues clichés, le petite ville tranquille, les adultes qui ne veulent rien voir.
On peut croire qu'il ne s'agit que d'un film sur cette adolescence qui teste ses limites, oui pendant une grande partie du film.

Spectateurs, on cherche d'abord à comprendre, puis perdus, on se laisse guider par le réalisateur.
Face à l'automutilation, les tortures, l'impression qu'ils se préparent à la fin du monde, s'agit il de ne plus avoir de douleur, ou de nous alerter, ou égoïstement de ne pas assister à cette fin, fin d'un monde qui va à sa perte.

Sans comprendre immédiatement où nous conduit ce film, il nous interroge finalement sur ce qui se passe aujourd'hui dans notre société, face à la consommation excessive, la pollution; quel est notre rôle dans cette société: Réfléchissons nous, agissons nous individuellement, égoïstement ? Que pourrions-nous faire pour réfléchir, agir de façon collective? Avant l'heure de la sortie...

Un rappel tout de même pour poursuivre ce constat pessimiste, Tchernobyl a eu lieu il y a ... 33 ans, Fukushima il y a 8 ans... des films ont le mérite de nous rappeler à ces urgences.


LYCEE GENERAL

1er prix : Manon Schmitt, Morgane Bertin, Morgane Tocqueville et Lou Laloi, classe de 2nde 7 , Lycée jean Calvin, Noyon (académie d'Amiens)

Moi Daniel Blake

Amanda est un film dramatique français écrit et réalisé par Mikhael Hers. Il aborde avec pudeur et retenue le délicat sujet des attentats en France. Plutôt que d'en montrer les aspects sanglants et violents, le réalisateur choisit d'en évoquer les conséquences du point de vue de la famille d'une victime. David, interprété par le charmant Vincent Lacoste, est un jeune homme de vingt-quatre ans qui jongle avec les petits boulots. Sa vie est rythmée par son travail, ses études et ses visites chez sa sœur Sandrine à qui il rend souvent service, notamment pour aller chercher à l'école sa nièce Amanda (jouée par la jeune Isaure Multrier). Mais un jour d'été où tout semblait si calme, sa vie bascule puisque sa sœur meurt brutalement à la suite d'un attentat. David doit soudainement s'occuper d'une petite-fille de sept ans et gérer son propre deuil.

L'attentat est abordé de façon indirecte. Le réalisateur a choisi de ne pas en montrer les scènes les plus violentes s'intéressant davantage aux conséquences: les avenues de Paris désertes, les militaires en patrouille, la fermeture des parcs. Plusieurs scènes évoquent les blessures physiques et psychologiques de l'entourage de David comme celle où Lena, sa petite amie gravement touchée par les terroristes, sursaute dans la rue au son de pétards lancés par des enfants, pensant à nouveau à des coups de feu. Le héros rencontre lui-même de nombreuses difficultés face à cette situation inattendue. David a encore une vie d'étudiant et n'a pas forcément la maturité pour s'occuper d'une fillette. Amanda, qui semble dans le déni de la mort de sa mère, se montre parfois rebelle. Dans une scène, elle remarque que David commence à jeter des affaires de Sandrine. Elle adresse alors à son oncle des paroles très blessantes. Les problèmes juridiques n'arrangent rien. Le héros semble perdu face à la possible adoption d'Amanda. De plus, il est lui-même fragilisé par le deuil de sa sœur. Dans une scène émouvante où il retrouve son ami Axel, lui-même blessé lors de l'attaque, il craque car il ne sait plus comment faire pour gérer tous ses problèmes.

Malgré tout le long-métrage ne sombre pas dans le pessimisme. David suit un parcours initiatique qui le mène vers l'amour, les retrouvailles avec sa mère, des destinations nouvelles comme le Périgord ou l'Angleterre. A la fin du film, lorsque l'oncle et sa nièce se rendent à un match de tennis, le joueur favori d'Amanda commence à perdre. La fillette fond en larmes après avoir prononcé une phrase que sa mère lui avait apprise: "Elvis has left the building" ce qui signifie "c'est plié". David la convainc alors que tout est encore possible. Le tennisman rattrape finalement son retard et le film se termine par le mot "égalité". Cette fin ouvre des pistes de réflexion sur l'espoir, la reconstruction et la façon dont on peut surmonter les épreuves de la vie.

Amanda est un film touchant qui rend hommage aux victimes des attentats du 13 novembre 2015. Le deuil des personnages est montré avec réalisme. L'émotion n'est pas amplifiée par une musique triste. Les larmes apparaissent à des moments précis sans être accentuées. Les acteurs sont attachants et se complètent parfaitement. Mikhael Hers a magnifiquement écrit le scénario de façon à faire découvrir les conséquences d'une attaque terroriste sous un autre angle que celui des médias.

2ème prix : Classe de 1ère ES2, Lycée Lacassagne, Lyon (académie de LYON)


le fils de Jean

Sorti en 2018, Sami, une jeunesse en Laponie est le premier long métrage d’Amanda Kernell, jeune réalisatrice suédoise, qui met en lumière, via un flashback saisissant, le peuple très peu connu des Samis, peuple autochtone du Nord de la Suède, victime de discriminations, de racisme, d’humiliations et de violences de la part des Suédois. Le film évoque avec finesse et émotion l’opposition entre tradition et modernité, entre Samis et Suédois. Il parvient, en grande partie grâce à l’actrice Lene Cecilia Sparrok qui interprète Elle Marja, le personnage principal du film, à nous questionner sur la vision que nous avons de l’Autre.

Elle Marja nage dans la culture Sami depuis sa tendre enfance, chante le joïk avec sa sœur, avec qui elle entretient une relation fusionnelle, porte le costume traditionnel de son peuple et élève des rennes dans les montagnes scandinaves. Après une longue épopée, les deux sœurs, entourées de paysages magnifiques, arrivent au pensionnat réservé aux Samis pour étudier. Les deux jeunes filles découvrent petit à petit l'humiliation de l’anthropométrie ethnique née de théories racialistes. Dans une séquence éprouvante au cours de laquelle le corps des jeunes filles est investi par les scientifiques et un photographe, la mise en scène souligne la violence faite aux Samis en faisant résonner le bruit du flash comme une véritable déflagration. Avec une grande pudeur toutefois, la mise en scène s'efforce de préserver la dignité des jeunes filles samis en refusant de montrer au spectateur la nudité de leur corps qu’exige pourtant le regard froid et déshumanisant du photographe. Par respect pour Elle Marja, « la grande Lapone » qui refuse d’être considérée comme « un animal de cirque », la réalisatrice veille à la cadrer avec dignité. Marquée par des Suédois à l’oreille, à l’image du marquage que subissent les rennes des Samis, Elle Marja refuse l’identité qu’on lui assigne. Son regard, constamment attiré par le hors champ, exprime chez ce personnage rongé par une forme de bovarysme, la volonté de chercher là où on ne voit pas. Elle brûle son costume traditionnel, prend le prénom et le nom de son enseignante qu’elle idolâtre mais qui refuse de l’aider à continuer ses études car les Samis sont considérés comme intellectuellement inférieurs. Elle Marja veut devenir institutrice et à cette fin, elle se rebaptise du nom de son institutrice, Christina Lajler, pour fuir à Uppsala, la grande ville universitaire suédoise qui symbolise le savoir. Son arrivée à la bibliothèque, filmée en contre plongée, au ralenti, et cadrée de façon symétrique, prend ainsi une dimension épique.

Dans les tous premiers instants du film, le spectateur découvre une femme âgée, appelée Christina par son fils, qui dit avoir été enseignante et qui refuse catégoriquement d’aller à la cérémonie des funérailles de sa sœur. Encore une fois, Elle Marja refuse de se conformer aux traditions des Samis. Pour autant cette scène d’exposition révèle-t-elle réellement une intégration réussie d’Elle Marja dans la « modernité » suédoise ? A première vue, elle a grimpé l’échelle sociale à en croire la veste de costume et la cravate de son fils et le fait qu’elle s’exprime dans un suédois parfait. Dans ses plus jeunes années, elle était bonne élève et eut un amant suédois, Niklas Wikander.

Un doute plane cependant. Un constat très amer s’établit lorsque l’on s’interroge sur les choix déroutants d’Elle Marja. Elle s’invente une vie entière, veut se construire seule mais prend l’identité de l’oppresseur. Malgré son caractère bien tranché, elle restera « l’objet d’étude » des amis de Niklas qui étudient l’anthropologie et lui demandent, dans une séquence qui suscite le malaise du spectateur, de chanter un chant traditionnel sami. Lorsqu’elle demande pardon à sa sœur décédée, on découvre également une vielle femme en colère et mélancolique. Si elle est attirée par la culture suédoise comme le suggèrent les plans qui la montrent caresser des livres, l’acculturation lui semble refusée. Dans une scène significative, la pénétration est littéralement refusée à Elle Marja : les caresses qu’elle échange avec son amant ne restent qu’à la surface des corps, comme s’il n’y avait pas de véritable union entre les deux protagonistes. Niklas pourra ainsi assurer à ses parents qu’il n’y a aucune chance qu’elle soit enceinte. Elle Marja reste à l’extérieur de la société suédoise, et, malgré tout le courage qui la caractérise, elle ne fait que l’expérience du rejet: son intégration est toujours partielle et se heurte sans cesse à des frontières qui, pour être parfois presque invisibles, n’en demeurent pas moins très marquées. Dans la séquence du petit déjeuner chez les parents de Niklas, l’espace de jeu est ainsi coupé en deux : d’un côté, le salon où Christina et Niklas déjeunent et dans lequel émane la complicité du lendemain d’une nuit d’amour ; d’un autre côté, la cuisine dans laquelle les parents de Niklas, représentant l’hypocrisie de la bourgeoisie suédoise demandent à leur fils, qui fait le lien entre les deux espaces, de jeter à la porte la « lapone ». Cette porte close, Elle Marja y sera confrontée plusieurs fois dans le film, une première fois, lorsqu’elle toque à deux reprises chez les Wikander avant de pouvoir rentrer et une deuxième fois, lorsqu’elle est mise à la porte. On assiste par ailleurs à la répétition de certaines séquences emblématiques comme celle qui la voit gravir sans fin les escaliers du parvis de la bibliothèque et également celle où elle pousse les portes de la bourgeoisie suédoise pour être accueillie.

Sami une jeunesse en Laponie apparaît ainsi comme un film précieux car il porte un regard très lucide sur la complexité et les ambiguïtés propres à la quête d’émancipation.

3ème prix : Ewan Gehanno, classe de Terminale L, Lycée Marcellin Berthelot, Questembert (académie de RENNES)

Soy Nero

Sibel est un film dramatique turc sortie en 2018 et réalisé par Cagla Zencirci et Guillaume Giovanetti qui sont également à la tête du scénario avec Ramata Sy. Le film nous conte l'histoire de Sibel une jeune femme muette vivant dans les montagne turques et ne communiquant qu'à l'aide de sifflements. Un jour, en chassant, elle tombera sur Ali, un fugitif blessé dont elle va prendre soin et qu'elle va cacher et ce, malgré les rumeurs qui vont commencer à se répandre.

Pour commencer, il est important de mentionner les acteurs et plus particulièrement Damla Sonmez, l'interprète de Sibel, qui ici a dû non seulement être expressive sans émettre un seul mot mais de plus apprendre à siffler et parler le « langage des oiseaux ». Plusieurs scènes appuient de façon déchirante sur cette incapacité que Sibel a de faire passer ses émotions : crier, pleurer, sourire, rien ne sert. Et cette incapacité à communiquer est le centre même de son personnage car, malgré ses sifflements, personne ne le comprend vraiment, elle est seule et isolée; on va parfois jusqu'à la considérer comme une malade infectieuse qui pourrait transmettre son mutisme à ceux qui restent trop avec elle. Mais la situation changera quand elle rencontrera Ali, qui sera le premier à réellement faire attention à elle et à la considérer comme une humaine. De plus, il est un homme, seul autre homme du film que son père, qui lui cherchera à soumettre la rebelle Sibel, en vain. Cependant, il m'est assez difficile de m'investir dans la romance qui se créera entre Sibel et Ali. Elle est assez expédiée et se termine d'un seul coup là où l'on aurait pensé qu'elle ne faisait que commencer, nous pourrions alors envisager que Ali s'est joué d'elle mais cela me semble peu vraisemblable. 

Toujours au plan affectif et relationnel, la relation que Sibel entretient avec sa sœur Fatma est intéressante. Malgré là cruauté qui en émane, nous comprenons la jalousie de Fatma pour sa sœur, largement préférée par leur père. Elle se montrera injuste avec elle, voire méchante par moments. L'apothéose ayant lieu quand elle se met à raconter à tous que Sibel rencontre un inconnu dans les montagnes, ce qui précipitera la fuite d'Ali et le déshonneur de Sibel. Mais l'ironie est présente et se produira quand la famille de son fiancé refusera le mariage avec Fatma à cause de Sibel. Cette dernière d'ailleurs ne lui tiendra pas rigueur de ses malheurs et c'est durant cette scène, où le deux sœur se prennent dans les bras, couchées l'une à côté de l'autre, que nous ressentons toute la force que deux sœur unies peuvent avoir, cette scène se terminant même sur une action de Sibel pour Fatma.

Une symbolique intéressante est aussi celle du loup. Tout au long du film, Sibel traque, on ne sait pourquoi, un loup dans les montagnes. Ce loup peut être interprété de plusieurs manières mais j'en vois personnellement deux : le loup est Ali, il mord Sibel comme un animal sauvage la première fois qu'il la voit, il tombe dans le piège dédié au loup, il porte un manteau couvert d'une pseudo fourrure et une fois qu'il est parti, Sibel stoppe sa chasse. Ou le loup est Sibel elle-même ou du moins, une Sibel qu'elle cherche à refouler : les os qu'elles trouvent sont d'après Ali des os humains, de prime abord, nous pourrions penser qu'il s'agit des os de Fuat, l’amant de la vielle Narin, mais métaphoriquement il pourrait s’agir de cette liberté que Sibel convoite mais qu’inconsciemment elle chercherait à tuer. 

Enfin, nous pouvons remarquer une ambiance très agréable : bien que le film se passe en Turquie, les cadres de la forêt, du village ou de la maison nous reçoivent dans un cadre familier et sauvage à la fois. La musicalité du film est, bien sur, liée à Sibel et ses sifflements, c'est l’héroïne qui rythme son film ici et les silences sont, étant donné son mutisme, d'une importance primordiale.

Sibel est un film très agréable à voir, à la fois romance, critique de la condition de la femme et ode à la différence, tous les publics pourront être touchés et être émus par les messages de cette histoire extraordinairement humaine.

CRITIQUES LIBRES

1er prix Lycées généraux : Classe de 2nde enseignement d'esxploration "Littérature et société", Lycée Le Mans Sud, Le Mans (académie de NANTES)

sonica critique belin 2 

 

 

 

 

1er prix Lycées PRO : Classe de CAP DAQ, Lycée A. Privat, Arles (académie d'AIX-MARSEILLE)

baccalauréat critique Boucher