Voyager dans les récits de voyages imaginaires du XVIIe siècle : pourquoi pas ?

Mon propos d’aujourd’hui1, pour cette conférence plénière, ne prendra pas la forme habituelle de la communication savante, à destination des spécialistes des littératures viatiques, puisqu’il s’adresse à l’ensemble de la communauté scientifique réunie pour notre colloque, et, par delà, à un public plus large, d’amateurs et de curieux. Il tentera donc d’ouvrir le domaine des récits de voyages imaginaires du XVIIe siècle à ceux qui en sont moins familiers, en espérant que les connaisseurs érudits de ces genres narratifs particuliers puissent, par cet effet de décalage, revisiter, comme un peu étrangers, des textes qu’ils fréquentent souvent et les regarder avec des yeux redevenus curieux.

Pour ce faire, je voudrais inviter à un double cheminement, épousant d’une part celui des voyageurs, découvreurs initiaux qui arpentent des terres étrangères ou imaginaires, dans un premier parallèle. Puis, d’autre part, dans un second parallèle, celui de leurs lecteurs amateurs d’hier et de leurs lecteurs critiques d’aujourd’hui qui suivent leurs pérégrinations dans des pages de livres. Et ceci de façon à faire jouer ensemble les expériences d’exploration géographiques et humaines des mondes exotiques ou des mondes utopiques des protagonistes, et les expériences d’émotion et de réflexion des lecteurs de leurs aventures historiques ou fabulées, pour tenter de faire apparaître des constantes et des différences significatives dans chacun des deux domaines concernés : celui du voyage et celui de l’écriture et de la lecture du voyage. Avec peut-être pour rêve de proposer, par ces croisements du vécu et du lu, une sorte d’itérologie prismatique et kaléidoscopique à la fois, qui serait susceptible de donner au public des portes d’accès multiples à l’univers de la littérature viatique.

Ce qui ne va pas, par delà l’impossible exhaustivité, sans risques de distorsion : la progression du voyageur naviguant vers la Nouvelle France ou traversant la Perse étant déterminée par la nature du terrain, celle de l’explorateur des espaces utopiens étant déterminée par la volonté de l’auteur : mais c’est peut-être l’un des enjeux possibles de cette démarche saugrenue que de mettre en lumière ces modes d’interaction potentiellement porteurs d’effets de lecture nouveaux, pour les voyageurs de cabinet du XVIIe et du XXIe siècles. Les anamorphoses ne sont-elles pas des sources de renouvellement de la vision ?

Cette confrontation de points de vue nécessite évidemment le découpage et l’isolement d’objets circonscrits. Je centrerai donc mon propos sur les figures des voyageurs/ narrateurs des utopies littéraires canoniques de l’époque classique : La Terre Australe connue de Gabriel de Foigny (1676)2, L’Histoire des Sévarambes de Denis Veiras (1677-9)3, La République des philosophes ou Histoire des Ajaoiens, attribuée à Fontenelle (1682, publiée en 1768)4, L’Histoire de Calejava ou de l’Isle des hommes raisonnables de Claude Gilbert (1700)5, les Voyages et Aventures de Jacques Massé de Simon Tyssot de Patot (fausse date, 1710, en réalité entre 1714 et 1717)6.

Se constituera ainsi, nécessairement incomplet, fragments par fragments, un « puzzle » qui conservera sans doute le sémantisme originel du mot anglais : « énigme », sans fournir une résolution d’image finale, mais qui aura peut-être ainsi pu contribuer à ouvrir, si certains parallèles se rejoignent, des perspectives autres que celle que la lecture unidimensionnelle des œuvres, en contextes séparés, procure, légitimement d’ailleurs, et ainsi permis de rendre, pour certains, l’inconnu connu, et pour d’autres, le connu à nouveau inconnu.

Le voyageur de Foigny, Sadeur, n’était mû par aucun désir de voyager, mais sa naissance extraordinaire le prédisposa symboliquement aux aventureuses navigations : « Je suis né sur l’Ocean, présage trop assuré de ce que je devois estre un jour. »7. Il est né en effet lors du retour de Nouvelle-France de ses parents qui périrent en le sauvant d’un premier naufrage, comme son parrain, M de Sare, dans un second, où il survécut, tel Moïse, grâce à son berceau flottant, avant d’être conduit au Portugal, où il fut élevé dans la noble famille de Villafranca. Adulte, enlevé par des pirates, qui firent à leur tour naufrage, il fut alors recueilli par un navire portugais en route vers les Indes orientales. Mais comme il le dit lui-même : « Il est bien vray de dire que c’est à l’homme de proposer et qu’il n’appartient qu’à Dieu de dis- poser »8, puisqu’un quatrième naufrage, en vue du port d’Annanbolo, de l’Isle de Madagascar9, le laissa seul, flottant à la dérive sur une planche avant d’échouer sur une île habitée d’animaux monstrueux. Après s’être sauvé sur le dos d’un cétacé et avoir combattu contre des Urgs monstrueux, frères de l’oiseau Roch de Marco Polo ou du Rough des Mille et Une nuits, il fut recueilli, blessé et heureusement nu, exhibant donc son androgynie, par des Australiens, massacreurs des oiseaux monstres et des êtres monosexués, et accueilli par eux comme un « homme tombé des nues »10.

Même si le port d’Amanbal figure dans la Relation du voyage fait dans l’Isle de Madagascar de François Cauche, parue en 165111, ou si des navigateurs réels comme François Pyrard de Laval, François Pelsart ou François Leguat ont coulé dans les mêmes parages12, il nous semble difficile, actuellement, de lire le récit de Foigny comme celui de fortunes de mer naturelles. D’ailleurs, il nous oriente d’emblée vers une interprétation téléologique mettant en jeu la conduite divine : « S’il est chose qui doive faire connaître & admirer la divine providence, c’est l’histoire que je viens de décrire, où on n’aura peine à distinguer un trait qui ne serve au dessein qu’elle avoit de me conduire en ce pays ».13 Peut-être certains lecteurs du XVIIe siècle ont-ils pu lire cette annonce à la lumière des réflexions prosélytes de religieux missionnaires, jésuites de Chine ou récollets du Québec, puisque un critique moderne, J.M. Patrick14, a continué de s’engager en ce sens, en prenant les professions de foi du héros-narrateur au pied de la lettre. Les autres lecteurs, depuis les membres du consistoire de Genève qui ont examiné le livre de Foigny et qui l’ont immédiatement interdit, ayant compris que la Providence, n’était, ici, qu’un instrument permettant à l’auteur de développer la diégèse d’une fiction libertine. Laquelle, dissimulée sous ce cadre narratif protecteur, nie, à travers l’exemple des Australiens préadamites hermaphrodites ayant échappé à la Chute, l’existence d’une telle intrusion du divin dans les actes humains.

Nul autre texte utopique contemporain de La Terre Australe Connue, ne positionne ainsi son voyageur, dans l’aveugle du mystère total de la non coïncidence absolue du départ et de l’arrivée, au plan géographique comme au plan idéologique. C’est pourquoi le prétendu éditeur du manuscrit confié par Sadeur nous invite, dans son « Avis-au-lecteur », à accepter et à dépasser cette aporie, et à, découvrir, dans la relation qu’il a traduite et réécrite, « une infinité de traits de la divine Sagesse », si nous sommes capables de « ne pas mesurer la Toute puissance avec les bornes de notre imagi- nation. »15

Nous lisons aujourd’hui autrement cette proposition, comme l’une des multiples formes possibles de stratégies d’authentification d’une fiction, qui débouche sur deux types de lectures opposées :

  • celle, sceptique, de Peter Kuon16, qui fait du texte de Foigny une machine de guerre anti-utopique fondée sur l’impossibilité de transférer dans le réel la condition anatomique, l’hermaphrodisme, posée comme indispensable à la constitution de la société australienne, ce qui aboutit à la négation de toute possibilité de perfection humaine et sociale dans le monde déchu qu’est le nôtre ;

 

  • celle, libertine, la mienne, qui fait de la fable de Foigny, fondée sur une lecture hétérodoxe de Genèse I, 27 (« il les créa homme et femme »), l’Histoire d’une humanité ayant échappé à la division des sexes par le maintien de l’androgynie primordiale, à la Chute par l’immobilisation de la perfection originelle, à la béance du désir par la plénitude conservée, à Babel par l’Uglossie monosyllabique, à la culpabilité et à l’angoisse par la sérénité assurée, à la disparition individuelle par la fusion dans un Tout jamais abandonné, nous offrant ainsi une expérience de pensée sur un possible latéral du réel assez extraordinaire : la projection existentielle d’une essentialité hermaphrodite.

Pour nous, dans ce cas unique et extrême, la superposition avec les récits de voyages réels semble donc inadéquate. Et pourtant, certaines lectures anciennes se sont fondées sur la présence d’hermaphrodites, dans les récits de Thevet (en Crête) ou de Bergeron (à Sumatra), et surtout sur un feuilletage culturel, qui permettait de trouver de tels cas, « expérimentaux » chez Aristote, Pline, Montaigne, chez des médecins comme Paré, Liceti, Riolan ou Duval, qui conservait la mémoire de cas archétypaux comme celui de l’Androgyne originel du Banquet de Platon, de l’Adam double de la cabbale ou de la Gnose, du Mercure Rebis des Alchimistes ou comme la promesse de la résurrection sous les deux sexes annoncée par la mystique Antoinette Bourignon, ainsi que l’atteste le Journal des Savants du 4 août 1692 où le recenseur a lu La Terre Australe Connue comme un vrai voyage. Aux antipodes, si je puis dire, de la lecture de Pierre Bayle, qui dans les articles « Sadeur » et « Adam » de son Dictionnaire historique et critique, a bien démontré le caractère de fiction polémique anti-chrétienne du roman de Foigny17.

À l’opposé de celui de Foigny, le voyageur de La République des Philosophes ou Histoire des Ajoiens de Fontenelle, le Hollandais Van Doelvelt, lui, explique longuement les causes de son départ, en 1673 pour l’Orient.

La première cause est politique : « Ennuyé des troubles qui déchiroient ma patrie, causés par des esprits factieux qui, de quelque partie qu’ils fussent, n’étoient animés que par de honteux motifs d’intérêt, de haine et d’ambition, je résolus d’aller voyager, espérant qu’à mon retour je trouverois dissipées les factions auxquelles je ne pouvois prendre part, sans me rendre coupable, ou d’injustice au tribunal de ma conscience, ou de trahison envers ma patrie »18. Lisant cela, on peut se contenter, de notre point de vue narratologique moderne, de relever la mise en place d’une énonciation homodiégétique servant une tentative d’authentification par vraisemblance, ou bien, reculant dans le temps jusqu’à l’époque de la rédaction du livre (autour de 1682), y voir, le premier engagement d’une critique topique de l’irrationalité politique justifiant la recherche d’un ailleurs et préparant la mise en place antagoniste de l’harmonie rationnelle ajaoienne, ou une allusion voilée à la récente guerre de Hollande (1672-1678) ou encore une représentation du désir d’exil de protestants français comme Guillaume Chenu de Laujardière, qui, dans sa Relation d’un voyage à la côte des Cafres (effectué en 1686-7, après les Révocation de l’Édit de Nantes), dit : « la persécution que l’on faisait en France aux réformés fut le sujet de mon départ »19.

Bien des pistes s’ouvrent à partir de ce que l’on peut simplement lire comme un lieu commun, mais parfois les causes politiques externes sont plus nettement mentionnées, comme dans l’Histoire de Calejava de Claude Gilbert, où le voyage initial de « trois François en Lithuanie » s’inscrit dans ce contexte d’exil protestant. Le père, Abraham Christophile (au nom qui conjoint les deux Testaments), « de la Religion Prétenduement Réformée20 », et sa fille, Eudoxe (qu’il a eue avec une catholique romaine, décédée depuis, et qui pratique deux jours sur trois le calvinisme et le troisième le papisme), sont partis parce qu’ils voyaient « que l’on alloit à la Révocation de l’Édit de Nantes21 », accompagnés de l’amant d’Eudoxe, Alâtre, dont le nom indique qu’il est sans croyance, mais qui a feint d’être huguenot pour la suivre.

Dans ces cas, les voyageurs utopiques fuient un lieu qui les nie pour un espace qu’ils ignorent et se rapprochent ainsi des auteurs eux-même : Foigny, moine défroqué réfugié à Genève, ou Veiras et Tyssot, réformés exilés en Angleterre ou en Hollande. Ils diffèrent des autres voyageurs qui, marins, officiers, commerçants, ambassadeurs, missionnaires, savants, vont vers un lieu second connu à partir d’un lieu premier dont ils sont les représentants, plus ou moins prosélytes.

Mais, cette radicalité situationnelle est rare, et les auteurs s’attachent, par souci de vraisemblance narrative, à complexifier la figure de leurs héros, comme Fontenelle qui sacrifie à une stratégie d’authentification déjà bien rodée. S’inspirant du journal du voyage, de 1643, du hollandais De Vries, en partie publié en 1663, dans le Recueil de Voyages de Thévenot, sous le titre : Relation de la découverte d’Eso, au Nord du Japon, il multiplie les passerelles entre réalité et fiction en recourant au procédé canonique de mise en parallèle avec les conditions de possibilité des voyages hollandais du temps : c’est un cousin de Zélande, membre important de la Compagnie des Indes Orientales, qui lui donne des lettres de recommandation au Directeur Général de Batavia.

Il inscrit donc son récit dans le lignage des voyages authentiques, en tentant, comme Veiras, le modèle inégalé en la matière, de procurer, au départ, une imitation plausible d’un périple donné comme possible, à travers un réalisme formel fondé sur une esthétique narrative de la vrai- semblance qui repose sur le respect des lois sociales et naturelles coutumières en vigueur dans le monde des lecteurs contemporains.

Sur ce principe, la réalité de la vie du voyageur est étayée par le fait qu’il rencontre des personnages connus. Ainsi le Jacques Massé de Tyssot de Patot croise l’astronome Jean-Baptiste Morin, suit les leçons de médecins réels : M. Rousseau à Paris, M. de la Croix à Dieppe ou Mr Du Pré à Lisbonne, ce qui le qualifie pour le métier de chirurgien de bord qui rendra pratiquement inévitable son embarquement sur un navire et théoriquement concevables ses dissertations sur les résultats des dissections des noirs en matière de pigmentation de la peau ou sur la découverte de l’unicité sensorielle de l’homme dont le rapport au monde serait dominé par le toucher. Il fréquente même des savants célèbres : le géomètre lyonnais Desargues, le physicien Mersenne et Claude Midonge, correspondant de Descartes, qui sont entrés, avec Pascal, dans un vif débat sur les coniques dans lequel Jacques Massé prend parti en une page où personnes, idées, raisonnements et langages contribuent à produire des énoncés scientifiques multi référentiels, qui, en fait, empêchent de poser une coupure épistémologique totale entre monde fictionnel et monde actuel22. Présenté comme un itinéraire vécu articulé comme un destin, le début du roman de Tyssot de Patot, devient donc, grâce à l’énonciation historique à la première personne qui donne une valeur testimoniale aux événements contés, et grâce à la construction diégétique en forme de suite chronologique existentielle, le moyen de la mise en place d’une singularité concrète, où la particularité et l’étendue de la formation reçue rendent pertinente l’adéquation du personnage aux conditions du voyage à venir. Plus que d’une autofiction, il s’agit d’une véritable « vie » dont la plausibilité sera contagieuse pour la suite du récit.

Notre lecture actuelle de cette mise en scène originaire nous amène à regarder ces précisions autobiographiques comme des indices d’une fiction réflexive, mais rien ne prouve qu’il en allait de même pour les lecteurs du XVIIe siècle, qui en savaient souvent beaucoup moins que nous sur les auteurs plus ou moins avoués de ces utopies.

C’est le même principe qui conduit les romanciers à établir pour le récit des aventures viatiques de leurs personnages, un chronotope vraisemblable à partir du croisement avec des événements historiques réels, selon l’enthymème simpliste mais efficace bien connu par lequel si un événement B est réel, l’événement À qui se trouve réellement raconté à côté de lui, l’est aussi. C’est ce qu’indique l’Avis au lecteur de L’Histoire des Sévarambes : « Au reste, il y a beaucoup d’autres preuves qui appuient la vérité de cette relation. Diverses personnes de Hollande, peu de temps après la mort du capitaine Siden, assurèrent le médecin son héritier, qu’environ le temps marqué au commencement de cette histoire, il était parti du Texel un navire neuf, nommé le Dragon d’or, fretté pour Batavia (...) & qu’on croyait qu’il avait fait naufrage, parce que depuis on n’en avait jamais eu de nouvelles »23. Il s’agit bien d’un vrai navire, parti du Texel (comme les navigateurs hollandais Bontekoe, Le Maire, Tasman, Schouten en route pour des découvertes australes) le 4 octobre de la même année 1655, que Veiras met en scène à travers la mention d’une rencontre avec Monsieur Van Dam, l’avocat de la Compagnie des Indes, et la citation intégrale d’une lettre d’un flamand, Thomas Skinner, qui relaie les informations directes données à Batavia par un marin témoin du sinistre. Peut-être est-ce ce jeu de confirmation par contiguïté analogique, qui, loin d’éveiller nos modernes soupçons, a été au fondement de l’obtention, assez inexplicable hors de cette assimilation à un voyage réel, d’un privilège pour la première édition française de l’Histoire des Sévarambes, en 1677, chez Barbin, comme d’ailleurs pour la première édition belge, chez Lambert, à Bruxelles, en 1682.

Ainsi posées la réalité du voyageur et l’authenticité de son voyage, les romans donnent paradoxalement peu de place au voyage lui-même, à la différence des voyageurs réels qui s’étendent longtemps sur leur traversées. Van Doelvelt fait ainsi l’impasse totale sur le récit de son voyage vers l’Orient : « je passerai sous silence tout ce que mon journal contient de ce qui s’est passé pendant mon trajet », en justifiant cet effacement par une raison qui livre d’emblée la vraie nature des textes des utopies littéraires du temps et qui pose leur différence radicale par rapport aux relations viatiques : « Mon dessein n’étant que de donner l’histoire de l’heureuse nation des Ajaoiens »24. Ce décalage opère une scission entre le monde connu, sans intérêt (alors que pour le voyageur réel il a l’intérêt des expériences qu’il y a vécues : découvertes, souffrances, joies, tempêtes, poissons volants, passage de la ligne etc.) et le monde inconnu à révéler, lequel devient, puisque ce clivage textuel amène une abolition du réel commun, un horizon nouveau, susceptible de réengager un processus viatique de relation, et ceci grâce à un travail particulier sur le topos de la curiosité, qui devient passion d’appropriation de ce que personne n’a vu.

Ainsi Van Doelvelt, résolu d’éterniser son nom, « en baptisant Doelvets-land » la première côte inconnue où il aborderoit, met-il l’accent, non sur les bénéfices matériels mais sur les bénéfices symboliques de ses découvertes futures. Il rejoint ainsi, paramètre que nos lectures formelles ignorent, la pulsion héroïque d’un voyageur réel comme Souche de Rennefort, qui, dans sa Relation du premier voyage de la Compagnie des Indes orientales en l’Isle de Madagascar ou Dauphine (1668), s’exclamait fièrement : « Il est de bons courages que toutes les richesses des Indes ne contenteraient pas, ils demandent la gloire et l’acquisition en est icy d’autant plus belle qu’elle se gagne par des chemins inconnus presque à tous les hommes du monde d’où nous sortons »25. Par delà le jeu onomastique narcissique que nous associons légitimement dans la fiction à ceux, anagrammatiques de Denis Veiras appelant son héros Siden et le fondateur de son Utopie Sevarias, ou de Claude Gilbert nommant les Sages avaïtes « Lucades » et « Glébirs », Van Doelvelt renoue avec la nomination personnelle des lieux inconnus, acte d’appropriation accompli par de nombreux voyageurs réels.

Cette profession de foi s’accompagne d’ailleurs, chez lui, de l’exposé d’une méthode, susceptible de transformer le voyageur en explorateur : « Mais ce n’étoit pas de ces découvertes imparfaites et passagères qu’il me falloit. Je voulois aux dépens de tout mon sang, découvrir en habile homme, & non comme ces étourdis et ces paresseux qui, contens de saluer les côtes découvertes, mettent à peine pied à terre pour examiner la nature du pays. » Il s’inscrit alors dans la logique de l’hypercritique qui permet de différencier le vrai découvreur expérimental, dont le discours de vérité s’autorise de sa capacité à dénoncer les erreurs des autres, des voyageurs imposteurs, myopes ou simplement négligents. Foigny y sacrifie dans le préambule « Au lecteur » de sa Terre Australe connue, en reprenant les insuffisances des témoignages des voyageurs antérieurs vers les espaces austraux, y compris Fernandes de Queiros, l’une de ses sources principales, « parce qu’ils ne particularisent rien »26, ou en faisant le procès de ses prédécesseurs au Congo : « S’il est vray de dire qu’il est permis à ceux qui ont fait de longs voyages d’en faire accroire aux autres qui ne connoissent que le milieu de leur naissance : il est encore plus vray qu’ils se prévalent tant de cette licence, qu’ils n’affectent presque que des fictions. La raison est qu’il arrive souvent qu’on fait de très grands chemins sans voir autre chose que quelques ports, où on ne repose qu’un moment (...) Cependant comme on est persuadé qu’il faut dire quelque nouveauté, quand on vient de loin, plus les esprits sont subtils, plus ils en inventent. Et comme il n’est personne qui puisse leur contredire, on reçoit avec plaisir et on débite avec empressement leurs inventions, comme des véritez auxquelles on n’oseroit repugner sans passer pour téméraires »27.

Stratégie fictionnelle disons-nous : sans doute, mais, comme l’a bien montré Sophie Linon-Chipon, Charles Dellon, véritable découvreur, s’élève de même, dans sa Relation d’un voyage aux Indes orientales, de 1685, contre ceux qui « ont poussé le mensonge jusqu’à écrire que l’éléphant n’a point de jointures aux jambes et qu’il lui est impossible de se coucher ; que s’il tombe par malheur il ne se relève jamais ; que pour dormir il s’appuie sur un arbre et que le seul moyen de s’en rendre maître est de scier le tronc où l’on prévoit qu’il peut aller, afin qu’il tombe avec ; c’est une relation fabuleuse de ceux qui voyagent sans sortir de chez eux ; et tous ceux qui ont été en Asie sont convaincus du contraire »28.

En fait, tout se superpose : Foigny s’en prend aux « historiens » qui ont parlé des crocodiles dans des « contes faits à plaisir pour épouvanter les simples », et nie, pour se différencier de Pline, source majeure en la matière, comme l’a montré Sylvie Requemora-Gros29, l’existence de tels animaux féroces et monstrueux, tandis que Flacourt, gouverneur de Madagascar, minimise, dans un souci de propagande la dangerosité de ceux-ci, en disant qu’ils ne mangent pas les hommes blancs. Mais nous, lecteurs du XXIe siècle, nous oublions l’affirmation capitale qui précède la charge de Dellon contre les pseudo-zoologues de cabinet qui diffusent des fables sur les éléphants : « Depuis que j’ay connu par expérience que », formule décisive dont nous réduisons trop souvent abusivement la puissance heuristique, par des mises à plat liées à nos réflexes de mise en soupçon des témoignages écrits. Alors que, comme Foigny, nous sommes susceptibles de faire des erreurs dans tous les sens, puisque nous avons longtemps considéré comme fictif un récit vrai : Voyage et aventures de François Leguat et de ses compagnons en deux îles désertes orientales et, moi le premier, rejoint Foigny dans la croyance fausse à l’authenticité du voyage de Gonneville, dont on sait maintenant qu’il était une fiction inventée par l’abbé Paulmier, pour tenter de crédibiliser et de financer par là, un projet de mission vers les terres australes.

Pourtant, lorsque Van Doelvelt, évoquant sa recherche du passage du Nord-Est : « découvrir une route nouvelle, pour voguer des Indes en Hollande, par le Nord de la Tartarie et toute la Scandinavie. », ajoute : « Il s’agissait de découvrir, c’est tout dire »30, il emblématise un projet réel, commun aux voyageurs réels et imaginaires, comme à leurs lecteurs, car, plus que les systèmes de confortation analogique de la vérité des récits, ce qui assure leur crédibilité c’est une dynamique de découverte, et qui n’est pas seulement un processus de développement narratif littéraire, mais qui est un vecteur d’attente et d’avancement partagé par tous, né d’une pulsion universelle : la libido sciendi, la curiosité31.

Aussi celle-ci est-elle présentée par Veiras comme la principale motivation de Siden : « Je n’ai jamais eu de plus forte passion dés mes plus jeunes années que celle de voyager. Comme toutes choses augmentent l’inclination dans laquelle on est né, je sentais croître tous les jours le violent désir que j’avais de voir d’autres pays que celui de ma naissance. Je prenais un plaisir incroyable aux livres de voyage, aux relations des pays étrangers, & à tout ce qu’on disait des nouvelles découvertes »32.

Bien des lecteurs du XVIIe siècle étaient semblables à lui : on ne peut, au nom des siècles de connaissances ethnographiques ou géographiques qui nous séparent d’eux, minimiser le pouvoir identificatoire d’une telle déclaration, renforcée plus loin : « j’entrepris ce long et pénible voyage pour satisfaire la curiosité naturelle et la forte inclination que j’avais toujours eue de voir un pays »33. Et c’est le même « naturel » désirant, métamorphosant l’univers des rêves enfantins en cabinet de curiosités, que Jacques Massé évoque pour lui-même : « L’inclination que j’avais eue dés le berceau pour les belles lettres, pour les antiquités, et pour les choses rares et étrangères que je voyais apportées des parties éloignées de la terre »34.

Les voyageurs imaginaires rejoignent ici une motivation libidinale exprimée par Jean Thévenot, dont la vocation naquit de la consultation de l’immense bibliothèque de son oncle, Melchisédec, grand éditeur de célèbres collections de voyages, dans sa Relation d’un voyage fait au Levant (1663) : « Le désir de voyager a toujours été fort naturel aux hommes, il me semble que jamais cette passion ne les a pressés avec tant de force que de nos jours : le grand nombre de voyageurs qui se rencontrent en toutes les parties de la terre, prouve assez bien la proposition que j’avance et la quantité de beaux voyages imprimés, qui ont paru depuis vingt ans ôte toute raison d’en douter »35. Parmi lesquels les fictions viatiques australes pouvaient satisfaire, sinon le désir de vérité, du moins la curiosité, du lectorat du temps, puisque elles se différenciaient peu des récits d’un Dellon, qui parcourut seul l’Inde pour satisfaire un « naturel porté à voyager pour acquérir toutes sortes de connaissances »36. Aventures, naufrages, captivités, expériences et découvertes étonnantes : tout se rencontre et se raconte dans ses voyages, parus en 1709, comme dans la partie viatique de nos utopies, le lecteur étant, à chaque fois, embarqué dans des dynamiques de curiosité insatiable parallèles. Jean Baptiste Chardin, grand voyageur s’il en fut, rapporte, dans son Journal de voyage en Perse, cette « louable curiosité » à « l’inquiétude naturelle » des Européens. Cette quête infinie des objets de savoir, partagée par voyageurs et lecteurs, a été, on le sait, condamnée au nom de l’idéal mesuré du bonheur en repos prôné par les moralistes laïcs, dans la pure tradition épicuréenne, et encore plus par les augustiniens, comme avatar post-lapsaire de cette libido sciendi qui a conduit au péché originel, à la malheureuse dévoration du fruit de l’arbre du savoir. Mais elle a été aussi valorisée à la même époque, chez Saint-Evremond ou Fontenelle, comme quête néo-épicurienne du plaisir en mouvement ou, chez Hobbes ou Mande- ville, comme le résultat de la projection, dans toute satisfaction obtenue, d’un rebondissement vers un horizon de nouvelles convoitises, producteur de dynamique créatrice.

« La nature, qui connaît l’excellence et la beauté de ses ouvrages, ne nous a pas donné sans dessein un esprit curieux »37 affirme, en 1701, Vallemont, compagnon aux Indes de Biron, savant auteur des Curiositez de la Nature et de l’Art. Cet esprit anime le parcours des voyageurs réels ou imagi- naires, de lieux en lieux, de péripéties en péripéties, et le parcours de leurs lecteurs, de page en page, de chapitres en chapitres. Siden, comme Dellon, modifie en effet son trajet sevarambe « pour la curiosité de voir l’armée qui n’était qu’à trois milles d’Arkospsinde » et, comme Biron, il multiplie les « interrogations curieuses » auprès de son guide, Sermodas38. Jacques Massé s’apparente aux savants compagnons du Père Tachard curieux de faire des observations dans les pays étrangers39. Quant à Sadeur, il sera victime de cette maligne curiosité. Malgré sa naissance sur l’eau, dans un espace intermédiaire entre deux mondes, malgré la coupure symbolique de la mort de ses parents, malgré la dimension lustrale de ses naufrages successifs, malgré sa lutte victorieuse contre l’oiseau monstrueux, malgré sa reconnaissance extérieure comme frère en androgynie par les hermaphrodites austraux, il n’a, en effet, jamais réussi à dépouiller en soi le vieil homme pour se transformer totalement, de demi-homme européen, en homme complet Australien. Il se dit « incompatible avec les Australiens » car perdurent en lui les deux pulsions libidinales au cœur des dynamiques viatiques : le désir et la curiosité, qui se traduisent par des questions malignes sur les points aveugles que sont la sexualité et la reproduction des utopiens ou par des gestes tentateurs : « je voulus caresser quelque frère et l’exciter à ce que nous appelons plaisir »40. Il sera condamné par le tribunal austral, pour s’être charnellement « joint avec une fondine », une femme venue d’un pays voisin, mais aussi pour avoir posé « des questions malicieuses ». Il n’a pu changer ses instincts profonds. Sa fonction symbolique aura été d’indiquer aux Européens l’existence d’un autre monde, d’une autre humanité, ayant échappé à la Chute, mais de leur enseigner aussi qu’ils en sont à jamais séparés, car on ne peut échapper au double déterminisme de sa nature et de sa culture. Il avait reçu, comme tous nos voyageurs, investiture pour une découverte, mais pas pour une métamorphose.

Revenons donc à ces découvertes, et aux récits que ces voyageurs en font.

Les récits sont peu diserts sur les voyages maritimes qui conduiront les futurs découvreurs des terres utopiennes vers ces espaces mystérieux qu’ils ne souhaitaient pas atteindre puisqu’ils ignoraient leur existence.

Si le trajet de Jacques Sadeur, depuis son naufrage en vue de la côte malgache, ne correspond plus à aucune route connue, l’expédition à laquelle participe Van Doelvelt suit des chemins plus repérables sans ouvrir pourtant sur un journal de navigation, à la différence du périple de Robert Challe. On comprend seulement qu’elle part de Batavia, longe la côte est du Japon, arrive dans la mer de « Kamaïkites » (Mer d’Okhotsk)41, aborde une « Ile spacieuse » avant qu’une violente tempête ne jette Van Doelvelt sur une plage déserte qui s’avérera in fine appartenir au territoire ajaoien42.

De même, si Jacques Massé, lui, a tenu un « journal » de « tout ce qui nous arriva » il ne le communique pas43 et il nous indique juste qu’il se trouvait, au moment de l’échouage final « aux environs du soixantième degré de longitude, & du quarante quatrième de latitude australe, c’est-à- dire mille ou douze cents lieues de Sainte-Hélène. » Mais sa description, lors d’une tempête, d’une «trombe de la grandeur d’un grand tonneau (...) formant un cylindre, qui s’allonge dans un instant jusqu’à ce qu’il parvienne sur la superficie de l’eau44 » n’est pas la simple reproduction des topoi hérités d’Homère ou de Virgile, voire de Rabelais ou de Gomberville : il retrouve le vocabulaire technique et la précision des tableaux peints par des voyageurs réels, avec un ordre du récit qui correspond à la chronologie des faits, et pas seulement à la rhétorique du stéréotype.

Siden, qui fait l’impasse sur le reste du trajet : « Il suffira donc de dire que nous poursuivîmes heureusement notre voyage jusqu’au troisième degré de latitude méridionale, où nous arrivâmes le 2ème jour du mois d’Août de la même année 1655 »45, décrit également, en plusieurs pages, la tempête qui, après huit jours, le conduira à « un banc de sable proche du rivage d’une île, ou d’un continent que nous ne connaissions pas », et qu’il pensera se situer vers le « 40ème degré de latitude méridionale »46. Mais quand il dépeint « les matelots pâles et abattus » et ajoute : « Nous eûmes recours à Dieu pour le prier que par sa miséricorde infinie, il exauçât nos vœux et nous fit rencontrer le salut », il donne, plus qu’un indice de reproduction textuelle, un trait de mentalités contemporaines, qu’on retrouve, dans la même situation, chez Dellon : « tout l’équipage offrit par vœu à la très-sainte vierge », ou chez Du Bois : « on résolut d’implorer l’assistance divine (...) et l’on fit un vœu » à Sainte-Anne, mère de la Vierge, Sainte protectrice des pauvres navigateurs »47.

Nous savons bien sûr que ce sont les romanciers qui sauvent des personnages dont ils ont besoin pour la suite, mais l’effet dramatique de ces tempêtes est réel, et pas seulement effet de réel. Nous ne sommes pas dans le décoratif topique, ni dans le symbolisme métaphysique associant la tourmente au désordre du monde dans lequel sa concupiscence plonge l’homo viator imprudent, ni dans la stratégie libertine de dissimulation, usant ostentatoirement de l’épisode comme d’une preuve prudentielle de foi, puisque leurs conclusions en la matière recoupent exactement celles de nombreux voyageurs, avec la même poétique hyperbolique, les mêmes jeux d’images convenues : la colère des éléments, le rugissement des vents traduisant un effroi que partagaient sans doute les lecteurs du XVIIe siècle, pour beaucoup si peu marins, si habitués aux terribles récits des fortunes de mer et aux sauvetages miraculeux opérés par cette vierge à qui tant d’ex-voto maritimes étaient dédiés ?

Foigny, Gilbert et Fontenelle font ensuite l’impasse sur le récit du voyage terrestre, depuis le lieu d’échouage jusqu’au cœur de l’utopie, que Tyssot et Veiras développent selon, des logiques narratives différentes.

Le trajet parcouru par Jacques Massé et ses deux compagnons est dramatisé par la rencontre de multiples périls (marais, cataractes, précipices, murailles rocheuses, ours, crocodiles), la mort guettant à chaque détour du chemin, et finissant par frapper son compagnon, Dupuis, « par une fatalité inconcevable », puisqu’à peine échappé de la noyade, il est tué par un rocher48. L’épisode violent de la lutte initiale des naufragés contre des sauvages déchaînés49, donné en analepse, au chapitre XIII, est à rapprocher de l’accueil furieux offert par les Cafres à Chaunu de Laujardière, des terribles cruautés subies, dans la fiction, par Sadeur, et, dans la réalité par Flacourt, à Madagascar50, tous textes horrifiques producteurs d’émotions pour le lecteur, sans distinction de vérité ou de mensonge.

Cette mimésis viatique s’oppose à l’idéalisation, ailleurs, des rencontres heureuses avec l’Autre, comme celle de Van Doelvelt et des Ajacciens : « ... quel fut notre étonnement, lorsqu’au moment que nous ne nous attendions, en les voyant accourir en foule, vers les débris de notre barque, qu’à être impitoyablement massacrés, nous les vîmes mettre leurs armes bas en bon ordre, nous venir aider à nous sauver, & nous inviter par leurs signes à la suivre & à prendre courage »51. Même si Champlain ou La Hontan racontent des accueils aussi pacifiques, on juge, eu égard à la tradition utopienne en la matière, cette rencontre comme totalement convenue, mais on ne saurait s’arrêter à ce juste constat topique, car Fontenelle met, par cette scène, en place un processus de renversement idéologique, faisant apparaître l’erreur de « L’impertinent préjugé où nous sommes toujours, que les peuples qui ne sont pas de notre continent, sont autant de barbares brutes ». Et l’on peut même se demander si les lecteurs de son temps, qui partagent en grande partie le préjugé qu’il dénonce (puisqu’il faut le passage par l’Ailleurs pour modifier la vision de l’Autre) n’ont pas été, à rebours de nous, plus surpris par cette civilité Ajaoienne que par la barbarie des sauvages de Tyssot ?

Chez Veiras, le récit, plus calme, du trajet parcouru par Siden, précédé par l’exploration première de son lieutenant, Maurice, est interrompu par des phases statiques de robinsonnade collective et d’implantation d’une micro société coloniale qui constituent des stases organisationnelles dans le récit, engageant déjà le texte dans la problématique du tableau de société.

Mais il bénéficie d’une progressivité faisant évoluer synchroniquement parcours physique et découvertes utopiques, en cercles successifs, pour faire passer voyageurs et lecteurs, spatialement et qualitativement, de la relative imperfection de la région marginale de Sporounde à la perfection de Sévarinde. Le seul récit spectaculaire : la traversée des montagnes entourant le pays Sévarambe, par le passage du ciel et de l’enfer, c'est-à-dire grâce à un téléphérique et à un traîneau souterrain, réminiscence du souvenir des mines galloises visitées par Veiras, est, lui, un véritable sas. Symbole de la domestication de la violence sauvage de la nature, il est susceptible de faire naître l’admiration d’un lecteur, qui, invité à accompagner le héros dans cette épreuve de franchissement initiatique, devient apte à découvrir le merveilleux utopien : prodigieux système d’irrigation des campagnes, fasci- nante harmonie isométrique des villes, splendeur du palais de Sévarias, situé au centre de la ville de Sévarinde, ombilic du territoire52, et dont le cœur, trône et sanctuaire à la fois, est, dans le fond, le point ultime du parcours viatique du voyageur et du lecteur qui l’accompagne.

À partir de ce moment, les héros narrateurs ne sont plus des voyageurs, mais des visiteurs pris en charge par des guides locaux, et qui disparaissent quasiment même parfois, quand les utopies, comme chez Gilbert ou Fontenelle, prennent la forme d’exposés taxinomiques des diverses facettes des sociétés découvertes. Sinon, ayant bien moins à donner à voir qu’à donner à entendre, ils deviennent, des instances dialogiques, chargées d’interroger les sages protecteurs qui les introduisent dans l’univers utopique ou de recevoir plus ou moins passivement les leçons de leurs hôtes, voire de répondre à leurs questions stupéfaites sur le monde européen, ou même parfois, comme Sadeur, de les provoquer, de les contredire, de manière plus ou moins efficace. Je vais donc les abandonner à ces rôles sédentaires, hors de ma problématique itérologique, pour revenir à la dimension viatique de leur présentation en envisageant rapidement maintenant leur voyage de retour vers l’Europe.

Si, comme Normand Doiron ou Franck Lestringant l’ont montré, il existe, pour les voyageurs réels, un véritable « rituel du retour », leurs motivations diffèrent parfois. Certains, poussés à revenir « par la rage de retour- ner chez eux », comme le dit le philosophe sceptique La Mothe le Vayer », dans son Traité de l’utilité des voyages, de 165953, s’inscrivent dans la logique ethnocentrée et régressive d’un retour à l’origine qui s’accompagne d’un recentrement identitaire, et donc, plus ou moins, de l’abandon des stigmates de l’ailleurs et de l’empreinte de l’Autre. D’autres reviennent pour recevoir des marques sociales et culturelles de reconnaissance de leur exploit, à partir de la valorisation dont parle le Sieur de Guerzan, dans son Art de Voyager de 1650, quand il dit qu’il est «très glorieux d’avoir fait des voyages aux pays estrangers ». Ou bien pour recevoir les bénéfices matériels de leurs investissements lointains, comme Jean Baptiste Tavernier, qui, de retour des Indes, le 6 décembre 1668, connut l’honneur (rentable) de vendre (cher) vingt beaux diamants au Roi lui-même54. Certains, rares sans doute, aspirent seulement à la retraite, selon la sage philosophie exprimée in fine par La Mothe le Vayer : « Il faut voir le Monde avant que d’en sortir »55.

Mais tous célèbrent ce moment de retrouvailles avec l’Europe. Il n’en va pas de même de nos voyageurs imaginaires, même si, pour Siden aussi, la nostalgie, pulsion régressive présentée comme une passion, a présidé au désir de retour : « Car après avoir demeuré près de quinze ans dans ce pays- là, un violent désir de revoir ma patrie s’empara de mon cœur malgré ma raison »56. Par un mensonge, il obtient la permission de partir « sous promesse de revenir avec ma femme & les enfants que j’avais laissés en Hollande, comme je le faisois accroire, pour avoir un juste prétexte de revenir en Europe ». Mais la nostalgie s’inverse vite : « depuis que je suis en Asie, je sens croître en moi le désir de retourner à Sévarinde pour y passer le reste de mes jours. » Il n’en aura pas plus l’occasion que de revoir la Hollande, puisqu’il mourra, au large de Smyrne, en Anatolie, lors d’un combat naval avec un vaisseau anglais.

Jacques Massé part, lui, pour n’avoir pas réussi à vraiment s’adapter à la totalité de la vie utopienne, mais s’il se réjouit d’abord de revoir sa patrie, il se repend ensuite « mille fois », d’avoir quitté le Royaume de Bustrol57, puisqu’il a été emprisonné par l’inquisition à Goa58, enlevé par des pirates lors de son trajet pour Lisbonne, vendu comme esclave à Alger59, puis volé par un escroc à Londres60, avant d’être enfin accueilli chez son frère.

Chez Gilbert l’ambivalence est totale : Eudoxe et Alâtre restent dans l’Ile de Calejava, où leur fils sera instruit mi en avaïte, mi-en chrétien, tandis que Christophile meurt au bout de huit jours seulement de son voyage de retour, entrepris avec Samieski61.

Quant à Sadeur, qui, on le sait, a dû fuir la Terre Australe, il meurt en arrivant à Livourne, le, et ce n’est pas un hasard, « 25 de Mars, jour de l’incarnation du fils de Dieu »62 de l’année 1661.

Van Doelvelt, lui, sut convaincre les Ajaoiens de le laisser partir, en juin 1680, comme « espion » susceptible de leur rapporter des savoirs sur des techniques qu’ils ignorent : « l’imprimerie, la poterie, le greffage ». Il aurait pu s’arrêter pour cela en Chine ou en Inde, mais « un reste d’amour » pour sa patrie l’emmena jusqu’en Hollande, où il déchanta : «Je n’ai point retrouvé mes compatriotes meilleurs que je les avois laissés, ils m’ont paru doublement corrompu. Peut-être est-ce parce qu’accoutumé aux mœurs d’Ajao, tout me parût vice ailleurs. » Il décida donc d’y retourner : « rejoindre mes concitoyens, mes femmes, mes enfants » et « passer le reste de mes jours loin de la superstition, de l’ambition, de l’avarice & de la médisance ; en un mot, parmi des hommes qui, peut-être, ne descendent pas d’Adam, puisqu’ils ne ressentent point la violence des passions insensées »63. Mais, par une sorte de pirouette finale, Fontanelle, lui fait évoquer sa mort future : « j’ai été et je ne serai plus », inexistence, qui, comme le silence des survivants Eudoxe et Alâtre, est la condition de possibilité de l’achèvement du récit utopique.

Ces morts constituent, en effet, selon Carmelina Imbroscio « un expédient fonctionnel du discours narratif » : la mort du témoin, sorte d’artifice neutralisant et défensif mis en œuvre par l’utopie violée et abandonnée, livre son témoignage à des Mémoires, documents « figés », donc à jamais incontestables64. Ou, comme l’écrit Georges Benrekassa : « le surgissement de l’étrangeté utopique a pour condition l’histoire fictive d’un retour : le narrateur a pour raison d’exister d’être sorti de la demeure utopique »65. Mais il a aussi, comme autre condition, la transmission du récit qu’il a rédigé.

Comme le montre Carmelina Imbroscio, la dissociation entre l’auteur fictif de la relation et l’auteur fictif de sa publication permet de réifier le texte et de l’objectiver, comme texte étranger, n’appartenant plus au personnage voyageur dont l’existence s’efface, sans devenir la propriété de l’adaptateur/préfacier, qui n’est, en la circonstance, qu’un truchement éditorial, et non un double ou un répondant allégorique de l’auteur réel du roman utopique. Le « texte » devient ainsi le nouveau héros, et sa transmission un enjeu de crédibilisation.

Fontanelle, qui évoque des lettres de Van Doelvelt, datées de Laontoung en Tartarie, prouvant la réalité de son retour vers Ajao, ne dit rien de la transmission des «Mémoires » de celui-ci, que l’auteur de L’ «Avertissement » dit seulement les avoir traduit fidèlement. Tyssot, lui, se contente de la fiction topique du manuscrit trouvé : « Il m’est tombé entre les mains par une espèce de hasard que je vous raconterai une autre fois ». Foigny, par contre, soigne ce passage de témoin : en donnant une description matérielle précise du manuscrit « une espèce de livre fait de feuilles, long de demi pied, large de six doigts et épais de deux », dont le déchiffrage est rendu difficile par des taches d’eau de mer, salissure qui, comme le marchandage avec les matelots qui en réclamaient quinze pistoles, signe la vérité de la scène : quoi de plus crédible que la cupidité humaine ? Ainsi posé comme document brut, le texte est ensuite validé comme réel par la présence affirmée de critères d’écriture véridique : la simplicité et la naïveté du style, confirmées par la remarque de l’adaptateur qui dit être intervenu pour pallier la rugosité syntaxique du style de Sadeur. Gilbert, lui, démultiplie la transmission : avant de mourir, Christophile a demandé à Samieski de « faire tenir à l’un de ses parents, en France, une cassette dans laquelle on a trouvé des feuilles volantes, tant de sa main, que de celle de son gendre à sa fille ». Ce parent a donné « un ordre et une suite » à ces feuilles volantes, tandis que l’éditeur dit n’avoir fait «qu’abréger et peut-être trop, l’ouvrage de ce parent »66. Le chaos initial des « Mémoires », la pluri-responsabilité de son adaptation, distanciée et posée comme imparfaite, objectivent para- doxalement le texte final produit, en dehors de toute artificialité littéraire. Veiras, enfin, rapporte les derniers mots de Siden agonisant au médecin auquel il s’est lié d’amitié lors de son voyage de retour : « c’est l’histoire de tout ce qui m’est arrivé depuis que je partis de Hollande pour aller aux Indes, ainsi que je vous l’ai souvent conté »67. Le discours direct et la mention vérificatrice de récits oraux antérieurs donnent au texte une sorte de vie autonome au moment où son auteur meurt. Siden justifie même, par anticipation, les transformations futures de sa relation : « Cette histoire est dans une grande confusion, elle est presque toute écrite sur des feuilles détachées, en diverses langues qui auront besoin d’être expliquées et d’être mises dans leur ordre naturel. » Cette pluralité linguistique est confirmée par le médecin qui voit que les papiers donnés sont écrits, en latin, en français, en italien et en provençal, ce qui est plausible concernant Siden, le héros du languedocien Denis Veiras d’Alais. D’ailleurs le préfacier indique avoir conduit son adaptation « avec l’aide et le conseil » de celui qui la lui avait confiée, et n’avoir rien ajouté « que ce qui était nécessaire pour lier les matières et leur donner une forme d’histoire ». Les fragments reçus, « écrits d’une manière très simple et très naturelle », sont ainsi paradoxalement dotés d’un complément d’authenticité par la mention des transformations « honnêtes » subies, au même titre que les adaptations des nouveaux récits de voyages de Thévenot, avouées par Petis de La Croix.

Ici la mimésis formelle de la réécriture du texte rejoint donc la mimésis factuelle de sa transmission, mais certains d’entre nos auteurs minent de facto cette stratégie, par un jeu de surenchère dans l’affirmation de sa véracité qui la rend ironiquement problématique. Ainsi Veiras, après avoir tout fait pour placer le voyage de Siden dans un cadre vraisemblable, introduit-il ludiquement la possibilité de sa fictionnalité, en mettant en avant, dans son prologue, la réversibilité potentielle du vrai et du faux : « Ce serait une chose aussi peu raisonnable de rejeter sans choix ce qui paraît extraordinaire, que de recevoir sans discernement les contes que l’on fait souvent des pays éloignés. » Il met en tension la légitime suspicion contre les mensonges traditionnellement prêtés à «qui vient de loin » et l’ouverture tout aussi légitime, mais plus surprenante, à une sorte de merveilleux moderne, qu’emblématise sa référence à la découverte de l’Amérique par ce Christophe Colomb, dont la relation, dit-il, a d’abord été prise par tous pour un « roman ». Chez Tyssot, la lettre de l’éditeur s’engage dans la même voie : « Je vous avoue qu’à la première lecture je soupçonnais que l’auteur s’était servi du privilège des voyageurs, en mêlant à sa relation un peu de romanesque », avant de revenir sur cette mise en doute : « mais après une seconde lecture et un examen plus particulier, je n’ay ai rien trouvé que de fort naturel et de très vraisemblable ». Ce qui peut être entendu comme une dernière pirouette ironique, de la part d’un auteur qui publie à Bordeaux, « chez Jacques l’Aveugle » et qui, dans une lettre éditée par Audrey Rosenberg apparente son ouvrage à « la mythologie et aux romans »68.

Comme l’auteur de l’ Avertissement de L’Histoire des Ajaoiens de Fontenelle qui dit que « chacun jugera comme il lui plaira » du récit de Van Doelvelt, Veiras, en mettant en scène, dans son « Avis au lecteur », un lecteur premier qui doute fort « que l’Histoire des Sévarambes fût véritable » à cause de la perfection de la société utopienne qui y est dépeinte : « on aura peine à croire qu’il y a sur terre une nation si honnête et si vertueuse », et surtout qui écrit : « nous donnons au public cette histoire « feinte ou véritable » finit par laisser ouverte l’interprétation. Les dispositifs d’authentification des manuscrits, comme les mises en scène biographiques concernant les voyageurs ou les vérifications analogiques des voyages se trouvent ainsi mises en cause et presque désignés comme rituels fictionnels de surenchérissement démystificateur, dans la logique de ce que constate Jean- Paul Sermain , montrant que, à l’époque, l’impression de vérité devient un apanage de la fiction »69. Ce que confirme la formulation ironique de Veiras au sujet de sa relation : «Le lecteur remarquera aisément qu’elle a tous les caractères d’une histoire véritable », formule qui joue sur l’ambivalence d’une catégorie désignant à la fois un discours vrai et un genre de roman. D’ailleurs c’est bien en ce sens que l’édition « expurgée » de La Terre Australe connue de Foigny a reçu, en 1705, l’approbation du censeur : « À considérer cet ouvrage comme un pur roman, l’impression peut en être permise »70.

Le processus de lecture devient alors double : c’est d’abord une expérience d’immersion dans un monde possible, source d’émotions et d’émerveillements par identification au héros voyageur, qui est ensuite ironique- ment distanciée, pour permettre une expérience de réflexion sur une fiction, qu’il s’agit seulement de faire semblant de croire vraie, pour se projeter dans le monde intellectuellement pensable de l’utopie, fable philosophico- politique, dotée d’une existence feinte, et non chimérique, par le cadre mimétique viatique vraisemblable antérieur.

 

Je conclus.

Les utopies littéraires du XVIIe siècle, comme l’a très bien montré Lucie Tangy dans sa belle thèse71, peuvent donc s’apparenter aux « versions du monde », du constructivisme de Nelson Goodman, comme des entités sémantiquement et pragmatiquement réactives par rapport aux donnés des expériences viatiques véritables comme par rapport aux présupposés des discours théoriques du temps, comme des modèles ambigus qui nous font à la fois découvrir des possibles latéraux du réel et mettre à distance les perceptions conventionnelles ou doxales de la réalité. Elles offrent des moyens de voir et de concevoir autrement le réel, et c’est sans doute pourquoi, Bayle, Leibniz, Montesquieu, Voltaire, Rousseau, D’Holbach, Kant, avaient l’Histoire des Sévarambes dans leurs bibliothèques. Elles procurent aux lecteurs des « expériences de pensée » peut-être comparables aux « expériences de découvertes » des voyageurs, réels ou imaginaires.

Mais notre posture moderne, par rapport à ces textes viatiques anciens, est trop souvent une posture de savoir, érudit ou rationnel, bloquant les processus d’imagination participative nécessaire à ces expériences. Mais au nom de quels savoirs ? Nous qui ne sommes même pas sûrs que l’Histoire des Ajaoiens soit de Fontenelle ou L’Histoire de Calejava, de Claude Gilbert ?

Mais si, comme je viens d’y inviter, nous oublions un instant notre « science littéraire » narratologique et critique moderne, que je pourrais, en ce qui concerne l’émotion théâtrale, mettre en parallèle avec le savoir des doctes poéticiens de l’époque cornélienne, il nous serait peut-être possible de renouer, à travers le réinvestissement du concept d’expérience de pensée comme pulsion de curiosité, avec l’expérience de découverte des lecteurs, et, en creux, des voyageurs du XVIIe siècle, grâce à la dynamique heuristique que Fontenelle a résumé dans une simple interrogation dans ses Entretiens sur la pluralité des mondes : « Pourquoi pas ? ». Pourquoi pas ?

Sommaire du dossier

Les utopies narratives du XVIIe et du XVIIIe siècle

Notes 

  1. J’ai tenu à conserver à cette version publiée le caractère d’oralité de ma conférence du colloque de Marseille et à réduire au minimum les indications référentielles pour sauvegarder, dans la lecture, sa dynamique spécifique. Les renvois aux pages des ouvrages principalement sollicités permettront, si besoin, de compléter les informations bibliographiques qui occuperaient trop de place ici, sinon.
  2. Gabriel de Foigny, La Terre Australe connue, 1676, édition de Pierre Ronzeaud, Paris, S.T.F.M. 1980, réédition 2008 (ouvrage noté TA).
  3. Denis Veiras, Histoire des Sévarambes, édition Audrey Rosenberg, Paris, Champion, 2001 (ouvrage noté HS).
  4. Fontenelle ? Histoire des Ajaoiens ou La République des philosophes, Paris, EDHIS, 1970 (ouvrage noté HA).
  5. Claude Gilbert, Histoire de Calejava ou de L’Isle des hommes raisonnables, Paris, EDHIS, 1970 (ouvrage noté HC).
  6. Simon Tyssot de Patot, Voyages et avantures de Jacques Massé, édition Audrey Rosenberg, Universitas Paris, Voltaire Foundation, Oxford, 1993 (ouvrage noté VA).
  7. TA, p. 19.
  8. Ibid., p. 33.
  9. Ibid., p. 49.
  10. Ibid., p. 67.
  11. Ibid., note 1, p. 49.
  12. Voir Sophie Linon Chipon, Gallia Orientalis. Voyages aux Indes Orientales, 1529-1722, « coll. Imago Mundi », Presses de l’Université de Paris Sorbonne, 2003, p. 366-367 (ouvrage noté GO).
  13. TA, op. cit., p. 65.
  14. J.M. Patrick, « A Consideration of La Terre Australe connue », PMLA, LXI, 1946.
  15. Ibid., p. 12.
  16. Peter Kuon, « L’utopie entre mythe et Lumières », PFSCL 14, no 26, 1987, p. 253-271.
  17. Voir Pierre Ronzeaud, L’Utopie hermaphrodite, Publication du C.M.R. 17, Marseille, 1982, chapitre I (ouvrage noté UH).
  18. HA, p. 1-2.
  19. Guillaume Chenu de Laujardière, Relation d’un voyage à la côte des Cafres, p. 26, cité dans OG, p. 53.
  20. HC, p. 14.
  21. Ibid., p. 16.
  22. Sur cette question, comme sur d’autres qui seront signalées, mes propos font écho aux réflexions de Lucie Tangy, dont j’ai eu le plaisir de diriger la remarquable thèse, Fiction utopique et modernité anthropologique. L’élaboration d’une figure de l’homme chez Veiras, Gilbert et Tyssot de Patot, soutenue en novembre 2012 à Aix- Marseille Université, et dont la publication est attendue (Thèse dactylographiée notée FU).
  23. HS, p. 64.
  24. HA, p. 2-3.
  25. Souchu de Rennefort, Relation du premier voyage de la Compagnie des Indes orientales (française, celle-ci) en l’Isle de Madagascar ou Dauphine (1668), p. 65, cité dans OG, p. 19.
  26. TA, p. 9.
  27. Ibid., p. 43-4.
  28. Charles Dellon, Relation d’un voyage aux Indes orientales, de 1685, p. 100, cité dans OG, p. 201.
  29. Sylvie Requemora-Gros, Voguer vers la Modernité. Le voyage à travers les genres au XVIIe siècle, « coll. Imago Mundi », Presses de l’université de Paris Sorbonne, 2012 (ouvrage noté VM), p. 384-386.
  30. HA, p. 5.
  31. Le rôle de la curiosité comme « moteur de la dynamique narrative » a été très efficacement démontré par Lucie Tangy (FU, p. 324-331).
  32. HS, p. 71.
  33. Ibid., p. 72.
  34. VA, p. 13.
  35. Cité, comme Jean-Baptiste Chardin ensuite, par Lucie Tangy, dans FU, p. 326.
  36. Cité dans OG, p. 99.
  37. Cité dans OG, p. 170.
  38. HS, p. 129.
  39. Voir OG, p. 132.
  40. TA, p. 96.
  41. Cf. H.G. Funke, article « Histoire des Ajaoiens » du Dictionary of Literary Uopias edited by Vita Fortunati and Raymond Trousson, Paris, Champion, 2000, p. 275.
  42. HA, p. 8-13.
  43. VA, p. 55.
  44. Ibid., p. 54.
  45. HS, p. 73.
  46. Ibid., p. 74-75.
  47. Cités par Lucie Tangy dans FU, p. 331.
  48. VA, p. 73.
  49. Ibid., p. 227.
  50. Voir OG, p. 59.
  51. HA, p. 13.
  52. HS, p. 144.
  53. Voir VM, p. 659.
  54. Voir VM, p. 666.
  55. Voir VM, p. 668.
  56. HS, p. 324.
  57. AV, p. 217.
  58. Ibid., p. 170.
  59. Ibid., p. 181.
  60. Ibid., p. 193.
  61. HC, p. 82.
  62. TA, p. 11.
  63. HA, p. 159.
  64. Carmelina Imbroscio, « Le rôle ambigu du voyageur en utopie », in Requiem pour l’utopie, Mélanges coordonnés par C. Imbroscio, Pise, 1986, p. 130.
  65. Georges Benrekasa, « Le statut du narrateur dans quelques textes dits utopiques », Revue des Sciences Humaines, 39, no 155, 1974, p. 382.
  66. HC, p. 82.
  67. HS, « Au lecteur ».
  68. Edition des Lettres par Audrey Rosenberg, II, p. 122.
  69. Jean Paul Sermain, Métafictions, 1670-1730. La réflexivité dans la littérature d’imagination, Paris, Champion, 2002, p. 58.
  70. Voir UH, p. 117-125.
  71. Voir Fu, Introduction, p. 39-56 et Conclusions, p. 619-623.
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