Le théâtre grec et le théâtre romain : Espace et architecture

Le théâtre grec

Lors des représentations antiques, à la dualité fondamentale chœur / personnages des pièces jouées, correspondait une dualité architecturale dans l’espace théâtral : réservée aux évolutions du chœur, l’orchestra, aire parfaitement circulaire en terre battue (d'environ 20 mètres de diamètre) avec en son centre l’autel rond de Dionysos ; pour les acteurs, une longue estrade, haute d’un ou deux mètres, assez étroite, le proskenion ; entre les deux, sans doute, quelques marches, permettant aux acteurs et au chœur de communiquer et d'échanger entre eux au cours de la représentation.

Généralement adossés au flanc d'une colline, les gradins pour les spectateurs, le théâtron proprement dit (l'espace où « on regarde », du verbe theaomai) dessine autour de l'orchestra un peu plus d'un hémicycle. Face au théâtron, dont il est séparé par des passages à ciel ouvert (parodoi) s’élève un bâtiment dont l'intérieur sert de coulisses et de loge et le mur frontal de support au décor, la skéné (décor représentant le plus souvent la façade extérieure, percée de portes, du palais devant lequel l'action est censée se passer dans les tragédies).

Au Ve siècle, à l'époque où furent représentées les œuvres d’Eschyle, de Sophocle et d’Euripide, ces constructions étaient en bois, édifiées temporairement à l'occasion des fêtes au cours desquelles avaient lieu les représentations théâtrales. Les plus anciens des théâtres grecs construits en pierre, que nous avons conservés aujourd'hui, datent, au plutôt, comme celui d’Épidaure (le mieux conservé) de la seconde moitié du IVe siècle (encore la plupart d’entre eux ont-ils subi d’importants remaniements à l’époque romaine). Les proskenia y sont hauts de trois à quatre mètres, ce qui interdit toute communication avec l’orchestra, mais c’est qu’ils datent d’une époque (IIIe ou IIe siècle) où le chœur avait pratiquement disparu de la tragédie, en tout cas avait vu son nombre  réduit et son rôle limité à chanter, sans évolutions chorégraphiques, des intermèdes musicaux sans rapport avec l’action.

Théâtre de Dionysos à Athènes

 

Plan du théâtre de Dionysos (où se déroulaient les Grandes Dionysies) à Athènes, à l'époque de Périclès (Ve siècle avant J.-C.). Le théâtre actuel date pour l'essentiel de l'époque romaine, © Wikimedia commons

2. Le théâtre romain

Dans le monde romain, les premiers théâtres sont constitués de simples tréteaux de bois en estrade (pulpitum) : ils sont démolis dès la fin de la représentation. Il n’y a pas de gradins pour les spectateurs qui assistent debout au spectacle (les gradins n’apparaissent qu’au IIe siècle avant J.-C., installés de façon toujours temporaire).

En 55 avant J.-C., Pompée inaugure à Rome le premier théâtre de pierre permanent - officiellement le parvis d’un temple de Vénus, bâti en arrière de l’hémicycle - avec une cavea pour les spectateurs (enceinte semi-circulaire contenant les gradins) : ils s'y installent selon leur rang social.

Théâtre de Pompée maquette de Rome université de Caen

Théâtre de Pompée, maquette de Rome de Paul Bigot, Université de Caen, © Wikimedia commons.

Construit sur le Champ de Mars à Rome, le complexe architectural voulu par Pompée comprend un vaste portique, une curie, un théâtre et un sanctuaire dédié à Vénus.

Paradoxalement, c’est au moment où les genres purement théâtraux, comédie comme tragédie, sont passés de mode au profit des jeux de l’amphithéâtre et du cirque que l’on va se mettre à construire le plus de théâtres en pierre. La technique de la voûte en blocage - un amalgame de pierre et de brique coulé dans un coffrage en bois -, utilisée pour former un réseau de couloirs voûtés (comme pour l’amphithéâtre), permet aux architectes romains de construire leur édifice en pleine ville, sur terrain plat, sans plus avoir besoin d’une colline en pente pour les gradins, comme c’était le cas en Grèce.

Inspiré du modèle grec, le théâtre latin demeure plus restreint que celui-ci : de 5 000 à 15 000 places, alors que les amphithéâtres et les cirques, dont la forme constitue une ellipse complète, peuvent contenir jusqu’à 80 000 spectateurs. Il présente un certain nombre de modifications en raison des différences de structure dans les œuvres elles-mêmes : comme les pièces ne possèdent plus de chœur, l’orchestra grecque est réduite à un demi-cercle où prennent place les spectateurs privilégiés (notables, édiles et magistrats), préfigurant ainsi nos actuelles places d’ « orchestre ».

Devant eux, à faible hauteur, se dresse la scaena avec le proscenium (une longue estrade en planches, équivalent de notre scène moderne), sur lequel les acteurs évoluent devant un mur de scène en pierre, le frons scaenae. Celui-ci est très imposant : de la même hauteur que celle de la rangée la plus élevée de la cavea - ce qui permet de couvrir d’un velarium (voile) l’espace ainsi délimité pour le protéger du soleil -, il peut atteindre jusqu’à trois étages ; creusé de niches abritant des statues, orné de colonnes en marbre, il sert de décor permanent, représentant la façade d’un palais à trois ou cinq portes. La machinerie se trouve dans les sous-sols qui communiquent par des trappes avec l’espace scénique, de part et d’autre duquel se trouvent les vestiaires et les magasins d’accessoires.

Théatre de Pompée à Rome plan

Plan schématique du théâtre de Pompée, © Wikimedia commons

Ce qu'écrit Vitruve :

 

vox a scaena uti ab centro profusa se circumagens...


la voix, partant de la scène comme d'un centre, s’étendra en rond...


Vitruve, De l’architecture, livre V, 5, 3

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