Taormina - Une cité méditerranéenne stratégique Mare nostrum - Italie

 

  • Le nom de Taormine vient du Grec Ταυρομένιον (Tauroménion), passé en Latin sous le nom de Tauromenium. En effet, comme Marseille, il s’agit d’une cité fondée par les Grecs, dans la province romaine de la Grande Grèce, la Sicile actuelle. L’étymologie du nom de cette cité s’explique par sa proximité avec le Mont Taurus, situé tout proche, qui culmine à 200 m d’altitude et qui est un des plus bas sommets des monts Peloritani. Taormine est située sur la côte Est de la Sicile, à mi-chemin environ entre Messine et Catane.
  • D’après la légende, des marins grecs, longeant la côte orientale de la Sicile, avaient oublié de faire des sacrifices à Poséidon. En colère, le dieu fit chavirer leur embarcation. Le seul survivant, Théoclès, parvint en 735 avant J.-C., au Cap Schiso, non loin de Naxos, puis retourna en Grèce et raconta à ses amis les merveilles de la Sicile ; certains décidèrent de venir s’y installer. Cependant, ce ne fut pas sans difficultés. En effet, d’après Strabon, géographe grec du Ier siècle avant J.-C., la côte sicilienne située en-dessous du détroit de Messine ressemble à une κοπρία (copria), « un tas de fumier » car elle est jonchée de débris de bateaux qui ont dû, selon la légende, affronter Charybde, fille de Poséidon et de Gaïa, qui, toujours affamée, avait l'habitude d’avaler trois fois par jour d'immenses quantités d'eau, engloutissant ainsi les poissons, les navires et leurs équipages.
  • Taormine occupait une position géographique stratégique, entre l’Italie, la Grèce et l’Empire carthaginois. Elle fut ainsi, de 410 à 340 avant J.-C., comme toute la Sicile, l’enjeu des Guerres gréco-puniques qui opposèrent Carthage à Syracuse puis des Guerres puniques de 264 à 202 avant J.-C.
  • La cité romaine de Tauromenium n’a existé qu’après la destruction de Naxos par le tyran de Syracuse, Denys l’Ancien, en 403 avant J.-C. Taormine s’allia ensuite aux Romains lorsqu’ils débarquèrent au IIIè siècle avant J.-C..
  • À la chute de Rome, en 476 après J.-C., Taormine devient capitale de la Sicile byzantine. Elle est conquise par les Arabes, détruite puis reconstruite. En 1079, les Normands s’emparent de la cité qui connaît alors une longue prospérité. Jusqu’à l’unité italienne au XIXè siècle, Taormine est occupée par les Espagnols, les Français, les Bourbons.

L'histoire de la cité 

À l’époque grecque

Ce qui touche à la fondation de Tauroménion comporte des incertitudes. À l’origine, les Sicules, peuple d'origine probablement indo-européenne, occupent le site conjointement avec Denys l’Ancien. Selon Diodore de Sicile, après la prise de Naxos, le tyran attribue le territoire aux Sicules qui, s’établissent au Nord, sur la colline du Mont Taurus en 396 avant J.-C. Après de multiples tentatives de siège, toutes infructueuses, Denys l’Ancien conclut un traité de paix en 392, qui lui permet d’expulser les indigènes pour y installer ses propres mercenaires.

Entre cette prise de pouvoir et 358 avant J.-C. – date à laquelle Diodore de Sicile, écrivain grec du Ier siècle avant J.-C., nous raconte qu’Andromachus, le père de l’historien Timée de Tauroménion, réunit les exilés de Naxos éparpillés en Sicile et les rassemble à Tauroménion – nous n’avons aucune information précise. Ainsi, cette date est retenue comme celle de la fondation de la cité, peuplée de Grecs, qui devient ainsi, d’après Pline l’Ancien, un substitut de Naxos, même si le territoire n’est pas situé au même endroit.

En 345 avant J.-C., Timoléon, oligarque grec (homme politique prônant le gouvernement par un petit nombre de personnes) du IVè siècle avant J.-C., soutenu par le tyran de Taormine, Andromachus, réussit à vaincre les Carthaginois, maîtres du détroit de Messine, et à établir un gouvernement en harmonie avec la cité de Tauroménion.

La suite des événements est incertaine. La cité passe probablement sous le pouvoir d’Agathoclès de Syracuse (361-289), tyran particulièrement cruel qui, après avoir éliminé les oligarques et s’être allié avec le peuple, pousse Timée de Tauroménion à l’exil en Grèce et déclenche une nouvelle guerre contre Carthage en 315 d’où il sort vaincu en 307.

À la mort d’Agathoclès, en 289, s’installe un autre tyran, local celui-ci : Tyndarion, qui invite Pyrrhus Ier, roi d’Epire et cousin d’Alexandre le Grand, en Sicile en 278 avant J.-C. Tous deux marchent ensemble sur Syracuse contre les Carthaginois. La guerre dure deux ans puis Pyrrhus Ier se retire et l’un de ses officiers, Hiéron II, est choisi comme stratège par les Syracusains et s'empare de Tauroménion. La cité sert alors de bastion dans la guerre contre les habitants de Messine.

Hiéron II conclut un traité de paix avec les Romains en 263 avant J.-C. et lutte aux côtés de Rome contre Carthage pendant la Première Guerre punique (264-241).

À l’époque romaine

Tauromenium fait partie du royaume de Syracuse jusqu'à la mort de Hiéron II puis passe sous domination romaine lorsque la Sicile entière devient province romaine. On ne connaît pas vraiment son rôle dans la Seconde Guerre punique (218-202) même si, selon Appien, historien grec du Ier siècle après J.-C., il semble qu’elle se place dans le camp romain. En effet, selon Cicéron, la cité n’était pas obligée, comme Messine, de fournir des bateaux de guerre à Rome : c’est une civitas foederata (cité alliée).

Lors de la Première Guerre servile, de 139 à 132 avant J.-C., la cité est dominée par des esclaves révoltés qui s’insurgent contre la domination romaine mais, terrassés par la famine et trahis par leur chef, les survivants sont tous mis à mort.

En 43 avant J.-C., après l’assassinat de César, lors des proscriptions, Sextus Pompée, fils du grand Pompée, est déclaré ennemi public, s’enfuit en Sicile, rassemble au sein d’une importante flotte militaire fugitifs, proscrits et esclaves, prend le pouvoir et lutte, jusqu’en 36 avant J.-C., contre Octave (futur Auguste) et Marc-Antoine. La guerre se termine par la défaite de Sextus Pompée et l’installation d’une colonie romaine à Tauromenium, dont les habitants sont à nouveau expulsés. La cité est mentionnée dans les textes de Strabon, Pline l’Ancien, Ptolémée et Juvénal comme une colonia (colonie) particulièrement appréciée de l’Empire romain, en particulier pour son vin, son marbre, ses produits de la mer et ses mulets de qualité.

Et ensuite…

Après la chute de l'Empire d'Occident, la ville demeure une place forte importante, sous domination byzantine. Assiégée par les Musulmans en 902, ayant subi deux sièges en 913 et 962, elle est partiellement détruite puis reconstruite. Ensuite, elle est conquise par les Normands en 1079. C’est alors, pendant longtemps, une cité prospère. Aujourd’hui, la cité de Tauromenium conserve de nombreux vestiges antiques : le théâtre antique, l'odéon romain, la Naumachia, des restes d’habitations, d'enceinte, d'aqueduc avec réservoir, appelé piscina mirabile (piscine extraordinaire), de thermes et un temple hellénistique in antis (possédant deux colonnes en façades entre les antes, c’est-à-dire dans le prolongement des murs) dédié à Sérapis, divinité gréco-égyptienne.

L’architecture de la cité

Le théâtre

Les Romains se sont longtemps contentés de théâtres démontables construits en bois où seuls les spectateurs des premiers rangs pouvaient s’asseoir. La construction de théâtres permanents était interdite, le Sénat voulant empêcher que les divertissements détournent le peuple de ses devoirs religieux et civiques. Ce n’est qu’en 55 avant J.-C. que Pompée fait construire à Rome le premier théâtre en pierre.

Le théâtre antique gréco-romain de Tauromenium est construit en grande partie de briques et date de l’époque romaine, même si son architecture est plus grecque que romaine. Sa construction date probablement du IIIè siècle avant J.-C., sous Hiéron II. Ensuite, au IIè siècle, il est transformé pour accueillir les jeux d’amphithéâtre : on lui ajoute un corridor souterrain par lequel gladiateurs et animaux peuvent entrer en piste ; on transforme l’orchestre en arène entourée d’un haut podium permettant de protéger les spectateurs ; on élargit la cavea (gradins) ; la scaena (scène) est avancée, enrichie d’une façade (frons scaenae) décorée de colonnes sur deux étages superposés et de trois portes, d'avant-corps latéraux et de deux portiques.

L’odéon

Il est construit au IIè siècle après J.-C., sur les fondations d’un ancien temple grec périptère, c’est-à-dire entouré de rangées de colonnes sur toutes ses faces et d’ordre dorique, c’est-à-dire sans décor, le plus simple des trois ordres grecs. Il est ensuite recouvert d’autres bâtiments, dont une église. L’odéon est un petit théâtre qui pouvait accueillir jusqu’à 200 personnes. Il était réservé à un public de choix ; il servait aussi aux débats politiques. 

La Naumachia

Cet édifice appartient probablement à des thermes datant de l’époque impériale. Il n'en reste plus aujourd’hui qu'un mur de terrasse long de 122 m et haut de 5 m, qui sert de base à des maisons récentes. Il est percé de dix-huit grandes niches en arc de cercle et de petites niches rectangulaires, dans lesquelles des statues de divinités et de héros étaient placées. Les arcades en briques rouges servaient probablement de soutien à une grosse citerne qui faisait partie d'un bâtiment rectangulaire, peut-être un gymnase ou encore un nymphée, bassin recevant une source considérée comme sacrée. Le mot naumachia (naumachie) renvoie à la fois aux spectacles de batailles navales très appréciés des Romains et au lieu où elles se déroulaient. Au XIXè siècle, les archéologues estimaient que les provinces romaines avaient toute imité le modèle romain ; on a ainsi identifié de nombreuses naumachies, presque toujours à tort. Il n’est donc pas certain que des naumachies se soient déroulées à Tauromenium. La soi-disant « naumachie romaine » de Taormine était probablement plutôt un immense mur en terrasse, construit pour renforcer et contenir la colline au-dessus.

Ce qu’en dit Diodore de Sicile :

Ἐναποδειξάμενος οὖν τὸ πρὸς τοὺς Ἕλληνας μῖσος ἐν τῇ τῶν Μεσσηνίων ἀτυχίᾳ, Μάγωνα μὲν τὸν ναύαρχον ἀπέστειλε μετὰ τῆς ναυτικῆς δυνάμεως, προστάξας παραπλεῖν ἐπὶ τὸν λόφον τὸν καλούμενον Ταῦρον. Τοῦτον δὲ κατειληφότες ἦσαν Σικελοί, συχνοὶ μὲν τὸ πλῆθος ὄντες, οὐδένα δ´ ἔχοντες ἡγεμόνα. Τούτοις δὲ τὸ μὲν πρότερον Διονύσιος δεδώκει τὴν τῶν Ναξίων χώραν, τότε δ´ ὑπ´ Ἰμίλκου πεισθέντες ἐπαγγελίαις τὸν λόφον κατελάβοντο. ὀχυροῦ δ´ ὄντος τούτου, καὶ τότε καὶ μετὰ τὸν πόλεμον ᾤκουν αὐτὸν τεῖχος περιβαλόμενοι, καὶ τὴν πόλιν διὰ τὸ μεῖναι τοὺς ἐπὶ τὸν Ταῦρον ἀθροισθέντας Ταυρομένιον ὠνόμασαν.

 

Après avoir montré, par le désastre des Messiniens, combien il haïssait les Grecs, Imilcar* détacha Magon, commandant de la flotte, avec l'ordre de doubler la hauteur appelée Taurus. Cet endroit était alors occupé par des Sicules, très nombreux, mais sans chef. Denys leur avait primitivement donné à habiter le territoire des Naxiens ; mais séduits alors par les promesses d'Imilcar, ils avaient occupé Taurus. Comme cette position était très forte, ils s'y étaient fixés, et l'ayant entourée de murailles, ils continuèrent à l'occuper, même après la guerre. Enfin ils y fondèrent une ville qui, de leur séjour à Taurus, fut nommée Tauroménium.

Diodore de Sicile, Bibliothèque historique, XIV, 58-59.

 

* Imilcar ou Hamilcar (Barca), né vers 290 avant J.-C. et mort en 228 avant J.-C., est un général carthaginois, originaire de la région de Cyrène, père du célèbre général Hannibal. Il a commandé le débarquement des troupes carthaginoises en Sicile de 247 avant J.-C. à 241 avant J.-C., vers la fin de la Première Guerre punique. Il s'est retiré en Afrique après la défaite de Carthage et le traité de paix conclu en 241. Lors de la guerre des Mercenaires en 240 avant J.-C., il est rappelé et met fin au conflit. À partir de 237, il mène une expédition en Espagne, pendant huit ans et meurt au combat en 228 avant J.-C.

 

  • Le nom de Taormine vient du Grec Ταυρομένιον (Tauroménion), passé en Latin sous le nom de Tauromenium. En effet, comme Marseille, il s’agit d’une cité fondée par les Grecs, dans la province romaine de la Grande Grèce, la Sicile actuelle. L’étymologie du nom de cette cité s’explique par sa proximité avec le Mont Taurus, situé tout proche, qui culmine à 200 m d’altitude et qui est un des plus bas sommets des monts Peloritani. Taormine est située sur la côte Est de la Sicile, à mi-chemin environ entre Messine et Catane.
  • D’après la légende, des marins grecs, longeant la côte orientale de la Sicile, avaient oublié de faire des sacrifices à Poséidon. En colère, le dieu fit chavirer leur embarcation. Le seul survivant, Théoclès, parvint en 735 avant J.-C., au Cap Schiso, non loin de Naxos, puis retourna en Grèce et raconta à ses amis les merveilles de la Sicile ; certains décidèrent de venir s’y installer. Cependant, ce ne fut pas sans difficultés. En effet, d’après Strabon, géographe grec du Ier siècle avant J.-C., la côte sicilienne située en-dessous du détroit de Messine ressemble à une κοπρία (copria), « un tas de fumier » car elle est jonchée de débris de bateaux qui ont dû, selon la légende, affronter Charybde, fille de Poséidon et de Gaïa, qui, toujours affamée, avait l'habitude d’avaler trois fois par jour d'immenses quantités d'eau, engloutissant ainsi les poissons, les navires et leurs équipages.
  • Taormine occupait une position géographique stratégique, entre l’Italie, la Grèce et l’Empire carthaginois. Elle fut ainsi, de 410 à 340 avant J.-C., comme toute la Sicile, l’enjeu des Guerres gréco-puniques qui opposèrent Carthage à Syracuse puis des Guerres puniques de 264 à 202 avant J.-C.
  • La cité romaine de Tauromenium n’a existé qu’après la destruction de Naxos par le tyran de Syracuse, Denys l’Ancien, en 403 avant J.-C. Taormine s’allia ensuite aux Romains lorsqu’ils débarquèrent au IIIè siècle avant J.-C..
  • À la chute de Rome, en 476 après J.-C., Taormine devient capitale de la Sicile byzantine. Elle est conquise par les Arabes, détruite puis reconstruite. En 1079, les Normands s’emparent de la cité qui connaît alors une longue prospérité. Jusqu’à l’unité italienne au XIXè siècle, Taormine est occupée par les Espagnols, les Français, les Bourbons.

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