Plaute, le roi de la comédie à Rome Titus Maccius Plautus

– Hem ! adspecta, rideo. – Utinam male qui mihi volunt sic rideant !
 

 Eh quoi ! regarde, je ris.  Ceux qui me veulent du mal,

puissent-ils rire ainsi !

 

Plaute, Asinaria ("La comédie des ânes"), vers 841

 

Plaute (env. 254-184 avant J.-C.) est considéré comme le plus grand auteur comique latin avec Térence (env. 190-159 avant J.-C.). Les informations sur sa vie, essentiellement tirées des recherches de l’érudit Varron (Ier siècle avant J.-C.) et des Nuits attiques (III, 3) d’Aulu-Gelle (IIe siècle après J.-C.), demeurent fragmentaires et incertaines.

Titus Maccius Plautus est né vers 254 avant J.-C. à Sarsina, petite ville du nord de l’Ombrie (l’actuelle Émilie Romagne) : cette région montagneuse d’Italie centrale, au climat rude, essentiellement peuplée d’éleveurs de moutons et de chèvres, n’a été conquise par Rome qu’une douzaine d’années auparavant. On y parle le dialecte ombrien et c’est à Rome que Plaute apprendra plus tard le latin et le grec, mais sa langue reste émaillée de mots et de tournures italiques (ce qui semblait gêner quelque peu ses contemporains). À ce propos, l’œuvre de Plaute témoigne d’une forme de métissage littéraire qui s’est mis en place au IIIe siècle avant J.-C. entre la culture romano-italique et la culture grecque.
D’origine libre, mais très modeste, Plaute vient à Rome où il fait carrière dans les métiers du théâtre, comme accessoiriste d’abord, puis, sans doute, comme auteur / interprète d’atellanes : ces farces très populaires constituent des sortes de sketches improvisés sur un canevas traditionnel (voir « Petit dictionnaire pour découvrir le théâtre latin, Atellane »). Son nom même de Maccius ou Maccus, qui est celui du plus célèbre personnage du genre (une sorte de "Charlot" bouffon), confirmerait cette hypothèse. Quant au sobriquet Plautus ("Pieds plats"), caractéristique de l’acteur comique qui joue en sandales, sans être perché sur les cothurnes de la tragédie, il lui viendrait du public.
Plaute mène une vie errante, comme le fera Molière lui-même à ses débuts, et il devient peut-être directeur de troupe. Il a donc une expérience concrète du théâtre et des techniques d’interprétation, avec un sens exceptionnel de l’efficacité comique, quand il commence à composer ses pièces vers quarante ans : sa production peut être située entre 210 et 190 avant J.-C., alors que Rome est en pleine guerre contre Carthage (la deuxième guerre punique dure de 218 à 202 avant J.-C.).
Mais le désir de s’enrichir semble avoir poussé Plaute vers le commerce maritime : rapidement ruiné, il aurait même été obligé de tourner une meule à bras chez un boulanger. Autant de circonstances biographiques très probablement calquées sur les intrigues de ses comédies...
Plaute meurt âgé, en 184 avant J.-C., à Rome.

Les comédies

Plaute aurait composé et joué lui-même plus de cent trente comédies ; il nous en reste vingt et une, plus ou moins mutilées, qui furent recensées par Varron. En effet, les comédies de Plaute n’étaient pas destinées à la lecture et elles n’ont été éditées qu’à la génération suivante (milieu du IIe siècle avant J.-C.), quand les premiers grammairiens latins recensèrent systématiquement les litterae latinae ("les lettres latines") pour faire du latin l’égal du grec. On sait que ces grammairiens corrigeaient les textes et y ajoutaient des notes et commentaires divers. Le premier éditeur de Plaute fut sans doute Lucius Aelius Stilo (env. 154-74 avant J.-C.), qui fut le maître de Varron et de Cicéron. Grand admirateur de Plaute, il affirmait que « les Muses auraient parlé la langue de Plaute si elles avaient voulu parler latin » (la remarque, rapportée par Varron, est notée par Quintilien dans son Institution oratoire, livre X, 1, 99).

« Plaute hérite d’un genre codifié, créé avant lui à Rome par Livius Andronicus et Naevius. Les comédies sont nécessairement des "traductions latines" de comédies écrites en grec aux IVe et IIIe siècles avant J.-C. par des auteurs comme Ménandre, Philémon et Diphile. Le prologue de chaque comédie de Plaute, quand il existe, annonce le nom du poète grec et le titre de la pièce en grec, ainsi que le titre latin, souvent différent, et le nom de Plaute comme "traducteur". C’est une nécessité imposée par le rituel religieux où prennent place les comédies, comme les tragédies, qui sont les "jeux grecs", autre nom des jeux scéniques » (Plaute, théâtre complet, traduction et présentation par Florence Dupont, Les Belles Lettres, 2019).
Cependant, avec une grande liberté de ton, Plaute a exploré les formes comiques les plus variées : de la farce grossière (Casina, Bacchides) à la "tragi-comédie" à sujet mythologique (Amphitruo). Souvent imité, sinon pillé, Plaute est devenu un modèle de référence "classique" dès l’Antiquité : on célèbre le talent pour divertir (jocandi genus) de celui que Cicéron appelle « notre Plaute » (Plautus noster, in Des devoirs, I, 29, 104), Aulu-Gelle « l’honneur de la langue latine » (linguae Latinae decus, in Nuits attiques, XIX, 8, 6). On sait que Molière lui doit plusieurs de ses créations, voire des sujets entiers comme Amphitryon et L'Avare, tiré de l’Aulularia (voir « De la marmite d’Euclion à la cassette d’Harpagon »).

 

Le corpus traditionnel du théâtre de Plaute cite les vingt-et-une pièces par ordre alphabétique avec quelques hypothèses de dates pour certaines d’entre elles.

- Amphitruo (Amphytrion), en 187 av. J.-C.
Le général époux de la belle Alcmène est berné par Jupiter qui prend son apparence pour séduire sa femme ; le roi des dieux est accompagné de Mercure déguisé en valet Sosie. De l’union "divine" naîtra le fameux héros Hercule. Molière (Amphitryon) et Giraudoux (Amphitryon 38) ont repris ce sujet.
- Asinaria (La comédie des ânes), en 212 av. J.-C.
L’argent d’une vente d'ânes cause bien des soucis à un brave homme.
- Aulularia (La marmite), en 194 av. J.-C.
Le vieil avare Euclion vit dans l'angoisse de se faire voler sa marmite pleine d’or. Molière en a tiré son Avare.
- Bacchides (Les deux Bacchis), en 188 av. J.-C.
Deux courtisanes jumelles se disputent l’amour de deux vieillards et de leurs fils.
- Captivi (Les prisonniers)
Un père retrouve ses deux fils enlevés plusieurs années auparavant.
- Casina, en 185 av. J.-C.
L’orpheline Casina est convoitée par divers prétendants.
- Cistellaria (La cassette), en 201 av. J.-C.
La véritable identité d’une jeune esclave est découverte grâce à une cassette.
- Curculio (Le charançon), en 193 av. J.-C.
Les activités d’un fripon, parasite rusé.
- Epidicus
Les ruses et fourberies de l’esclave Épidicus.
- Menaechmi (Les jumeaux)
Deux frères jumeaux provoquent malentendus et méprises.
- Mercator (Le marchand)
Un vieillard tombe amoureux de la jeune fille que son fils, chargé de faire du commerce, a achetée pour lui.
- Miles gloriosus (Le soldat fanfaron), en 203 av. J.-C.
Les vantardises du soldat Pyrgopolinice.
- Mostellaria (La comédie du fantôme)
Un esclave persuade son maître de l’existence d’un fantôme.
- Persa (Le Persan)
Un marchand d'esclaves est trompé par un faux Persan.
- Poenulus (Le petit Carthaginois)
Le Carthaginois Hannon retrouve ses deux filles.
- Pseudolus (Le menteur), en 191 av. J.-C.
Un esclave menteur et rusé se moque d’un marchand d’esclaves. La pièce a été imitée librement par Cyrano de Bergerac (Le Pédant joué) et par Molière (Les Fourberies de Scapin) ; mêlée au Miles gloriosus, elle a été adaptée au cinéma par Richard Lester dans Le Forum en folie (1966).
- Rudens (Le cordage)
Un coffret remonté par un câble permet de découvrir l’identité d’une pauvre naufragée.
- Stichus, en 200 av. J.-C.
L’esclave Stichus est le protagoniste d’une intrigue complexe où deux sœurs attendent leurs maris partis faire fortune dans des contrées lointaines.
- Trinummus (L’homme aux trois écus)
Un trésor caché provoque de piquantes situations.
- Truculentus (Le bourru), en 192 av. J.-C.
Un esclave revêche déjoue les intrigues d’une courtisane.
- Vidularia (La valise)
Les aventures d’une valise (il nous reste seulement quelque 120 vers de cette comédie).

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