Phidias

À la base de la statue chryséléphantine (avec des plaques d'or et des pièces d'ivoire)  de Zeus à Olympie, l'une des sept merveilles du monde pour les Anciens, on trouve, nous dit Pausanias (Description de la Grèce V, X, 2), cette inscription : 

Φειδίας Χαρμίδου υἱὸς Ἀθηναῖός μ' ἐποίησε.

C'est l'Athénien Phidias, fils de Charmidès, qui m'a fait. 

Malgré la difficulté à disposer d'une chronologie précise, il est à peu près établi que Phidias, fils de Charmidès, est né à Athènes dans la première décennie du Ve siècle av. J.C.. Il y apprend l'art de la sculpture auprès d'Agéladas II qui avait exécuté plusieurs statues d'athlètes du sanctuaire d'Olympie. Il connaît  aussi une certaine renommée comme peintre, influencé par le sculpteur et peintre Euvénor d'Ephèse, père du peintre Parrhasios dont il est proche. Vers l'âge de 20 ans, dans les années 70, il fait preuve d'une remarquable maîtrise technique et d'originalité en réalisant, pour la cité de Platées, une statue d'Athéna Areia de 8 mètres dont le corps est en bois recouvert de plaques d'or et les mains et la tête en marbre du Pentélique (Attique). C'est là son œuvre  la plus ancienne  attestée (Pausanias, IX, IV, 1) : les  Platéens ont fait ériger cette statut afin de commémorer leur participation à la bataille de Marathon de 490 contre les Perses, au côté des Athéniens.

Phidias poursuit son activité à Athènes tout au long de la période de  460-430, qui correspond à l'époque tant célébrée du gouvernement par la cité de Périclès. Il concourt ainsi par les œuvres qu'il  crée pour des commandes publiques à la grandeur de la cité  et participe  de près à la politique  d'embellissement d'Athènes par Périclès. Il réalise ensuite, entre 464- 450, sur l'Acropole deux statues de bronze, l'Athéna Promachos  haute de 9 mètres dont, dit Pausanias, les navigateurs doublant le cap Sounion peuvent percevoir la pointe de la lance et l'aigrette du casque, ainsi que l'Athéna Lemnia. À partir de 447, Périclès, dont il est un ami proche lui confie la décoration du Parthénon, les frontons et l'exécution de la statue chryséléphantine du naos (sanctuaire) Athéna Parthénos de 11,5 m de hauteur. Phidias travaille à cette statue de 447 à 438, soit près de 9 ans. C'est la technique d'assemblage de feuilles d'or et de pièces d'ivoire, employée pour réaliser des statues colossales, qui  contribue à  l'immense succès de Phidias.

Mais, ce succès ainsi que son amitié avec Périclès vont lui porter préjudice.  Phidias est accusé en 433 d'avoir détourné une partie de l'or et de l'ivoire destinés à la  fameuse statue d'Athéna. Il est condamné, et les témoignages divergent sur sa peine : pour les uns (Plutarque, Vie de Périclès, 31) il meurt en prison où des ennemis de Périclès l'auraient empoisonné, pour d'autres,  et cela semble plus vraisemblable, il est contraint à l'exil et se rend à Olympie où il réalise la statue chryséléphantine de Zeus. 

 Le temple d'Olympie est terminé lorsque Phidias y érige la statue de 13 m de Zeus. La période durant laquelle Phidias a travaillé à Olympie demeure incertaine, mais l'inauguration du Parthénon aux Grandes Panathénées de 438, consacre sa renommée et il est vraisemblable  que les commandes, comme celle des Éléens, aient du affluer. En outre, Pausanias  note dans sa Description de la Grèce V, XI, 3, entre les pieds du trône, sur une traverse, la présence  "de la  figure d'un jeune homme à la tête ceinte d'un ruban, et qui d'après  sa beauté paraît être Pantarkès, un jeune Eléen que Phidias aimait". Celui-ci  avait remporté  l'épreuve de la lutte à la 86e Olympiade (436 av. J.-C.). Cette référence à Pantarkès nous permettrait de situer ainsi  l'époque où Phidias travailla à Olympie. 

La  vie de Phidias demeure certes pleine d'ombres, mais il s'affirme comme une figure incontestée de l'art grec antique, dont Plutarque nous dit (Vie de Périclès II, 1), "que nul jeune homme bien né, après avoir vu la statue de Zeus, ne rêve d'être Phidias".  Phidias incarne ce que nous nommons le classicisme grec qui caractérise "le siècle de Périclès",  avec ses statues à la  sérénité olympienne, à l'équilibre des formes et à la sobriété des effets, exprimant  ainsi cette harmonie  à un moment donné entre la cité d'Athènes et  et les valeurs qu'elle entend promouvoir dans ses œuvres d'art.

Plus tard, Ingres représentera Phidias sur un plafond du Louvre  dans l'Apothéose d'Homère et Jacques Pradier le montrera plus méditatif… 

 

 

 

Besoin d'aide ?
sur