Marc Aurèle Cæsar Marcus Aurelius Antoninus Augustus

Ἀλέξανδρος [δὲ] καὶ Γάιος καὶ Πομπήιος τί πρὸς Διογένη καὶ Ἡράκλειτον καὶ Σωκράτην; Οἱ μὲν γὰρ εἶδον τὰ πράγματα καὶ τὰς αἰτίας καὶ τὰς ὕλας, καὶ τὰ ἡγεμονικὰ ἦν αὐτῶν αὐτά‹ρκη›, ἐκεί‹νων› δὲ ὅσων πρόνοια καὶ δουλεία πόσων.

 

« Alexandre, César, Pompée, que sont-ils auprès de Diogène, Héraclite, Socrate ? Ceux-ci ont vu les choses, leurs causes et leur matière, et leurs guides intérieurs étaient autonomes. Ceux-là, combien de choses ils ignoraient, de combien ils étaient les esclaves ! »

 

Pensées pour moi-même, VIII, 3

Né en 121, mort en 180 ap. J.-C., Marc Aurèle fut le cinquième empereur de la dynastie des Antonins sous laquelle l’Empire romain connut sa plus grande expansion et la Pax Romana.

Ἀτύφως μὲν λαβεῖν, εὐλύτως δὲ ἀφεῖναι.

« Recevoir sans bouffée d’orgueil, perdre sans déchirement. »

Pensées pour moi-même, VIII, 33

Descendant d’une famille aristocratique italienne qui vécut longtemps en Espagne, il fut, après le décès de son père en 124, élevé et adopté par son grand-père paternel Marcus Annius Verus, proche de l’empereur Hadrien et beau-père de l’empereur Antonin le Pieux.

L’empereur Hadrien le remarqua et le prit sous sa protection ; il l’associa rapidement au pouvoir impérial et demanda ensuite à son fils Antonin de l’adopter à son tour.

Très tôt initié à la philosophie, il se tourna vers le stoïcisme et se lia d’amitié avec le grand orateur Fronton avec qui il échangea une longue correspondance.

En 145, Marc Aurèle épousa, à la demande d’Antonin, Annia Faustina, la fille d’Antonin et sa cousine germaine. Désormais gendre de l’empereur, il était l’héritier désigné à la succession.

Il accéda au pouvoir le 8 mars 161 et régna jusqu’à sa mort qui correspondit à la fin de la Pax Romana. Il associa son frère d’adoption Lucius Aurelius Verus à l’Empire qui pour la première fois fut dirigé par deux Augustes.

Ἀλλ´ ἔγωγε ἐξ αὐτῶν τούτων μᾶλλον αὐτὸν τεθαύμακα, ὅτι ἔν τε ἀλλοκότοις καὶ ἐν ἐξαισίοις πράγμασι αὐτός τε διεγένετο καὶ τὴν ἀρχὴν διεσώσατο.

« Ce que j’admire le plus en lui, c'est que dans des difficultés extraordinaires et hors du commun, il parvint à survivre et à sauver l’Empire. »

Dion Cassius, Histoire romaine, LXXI, 36

Paradoxalement, le règne de ce philosophe fut marqué par la guerre quasiment à toutes les frontières d’un empire qui subit attaques et pressions incessantes. Soldat malgré lui pendant 21 de ses 25 années de règne, il dut s’engager dans de nombreuses campagnes :

  • la guerre avec les Parthes (161-166) qui envahirent les provinces orientales, notamment l’Arménie. Les Romains parvinrent à reprendre l’avantage et pillèrent la capitale du royaume parthe, Ctésiphon.

  • un soulèvement en Orient, nourri par le gouverneur Avidius Cassius, vainqueur de la guerre avec les Parthes, mais rapidement assassiné, contraignit cependant l’empereur à un long voyage dans les provinces orientales, pendant lequel Faustine décéda ;  

  • les guerres marcomanes : en 167, les Marcomans franchirent le Danube et envahirent la Norique (Autriche). L’année suivante, ils furent rejoints par des Quades et des Sarmates : les trois peuples unis en la circonstance dévastèrent la Pannonie (sud de la Hongrie) et atteignirent le Nord de l’Italie. Lucius Aurelius Verus mourut pendant cette campagne, laissant désormais l’empire au seul Marc Aurèle qui dut guerroyer pendant 5 ans pour repousser ces peuples, en 173, au-delà du Danube.

  • une guerre en 171-172 contre les Maures qui, venant du Maroc, avaient envahi l’Espagne et la Lusitanie (Portugal).

Marc Aurèle mourut lors d’une de ses campagnes sur le Danube, en Pannonie, peut-être de la peste. Certains, dont l’historien Dion Cassius, ont affirmé qu’il aurait été empoisonné par ses médecins sur l’ordre de son propre fils, Commode : Ridley Scott s’est inspiré de cette version, qu’il a adaptée dans son film Gladiator.

Ἐν τῷ γράφειν καὶ ἀναγινώσκειν οὐ πρότερον ἄρξεις πρὶν ἀρχθῇς. Τοῦτο πολλῷ μᾶλλον ἐν τῷ βίῳ.

« Dans l’art de l’écriture comme de la lecture, tu ne peux passer maître avant d’avoir été élève. C’est beaucoup plus vrai dans la vie »

Pensées pour moi-même, XI, 29

Ayant totalement assimilé la philosophie stoïcienne, Marc-Aurèle en décline une philosophie pratique, une éthique, dans les douze livres de ses Pensées pour moi-même écrites en grec (Τὰ εἰς ἑαυτόν) : conscience du grand Tout (« Tous les êtres sont coordonnés ensemble, tous concourent à l'harmonie du même monde »), importance de la loi de la Nature à laquelle il faut se conformer, action pour de ce qui dépend de nous, … Avec un ton très personnel, il exprime sa volonté de « vivre pour le bien ».

Très attaché à la philosophie et, plus largement, à la culture, il a défini un traitement fixe pour les rhéteurs et les philosophes, et créé quatre chaires d’enseignement pour les grandes écoles philosophiques de l’époque : le Portique stoïcien, l’Académie platonicienne, le Lycée aristotélicien, et le Jardin épicurien.

Il voit dans le christianisme un nouveau fanatisme et lance donc des persécutions contre les Chrétiens en qui il voit une menace pour l’intégrité de l’empire. C’est notamment sous son règne qu’a eu lieu, en 177, le supplice des « martyrs de Lyon », dont l’évêque Pothin et la jeune esclave Blandine, dans l’amphithéâtre de la ville.

 

Pensées pour moi-même

«Bientôt tu auras tout oublié, bientôt tous t’auront oublié.»

«Les hommes sont faits les uns pour les autres. Instruis-les ou supporte-les.»

« Dans la vie de l’homme, la durée, un point ; la substance, fluente ; la sensation, émoussée ; le composé de tout le corps, prompt à pourrir ; l’âme, tourbillonnante ; la destinée, énigmatique ; la renommée, quelque chose d’indiscernable. En résumé, tout ce qui est du corps, un fleuve ; ce qui est de l’âme, songe et vapeur ; la vie, une guerre, un exil à l’étranger ; la renommée posthume, l’oubli. Qu’est-ce donc qui peut nous guider ? Une seule et unique chose, la philosophie. »

 

Pour aller plus loin :

  • Dion Cassius, Histoire romaine, LXXI

  • Pierre Grimal, Marc Aurèle, Paris, Fayard, 1991

  • Pierre Hadot, La citadelle intérieure. Introduction aux Pensées de Marc Aurèle, Paris, Fayard, 1992 ; Le Livre de Poche, 2005

 

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