Lutèce - Ville des Parisii puis des Romains Lutetia

Ἐτύγχανον ἐγὼ χειμάζων περὶ τὴν φίλην Λουτεκίαν· ὀνομάζουσι δὲ οὕτως οἱ Κελτοὶ τῶν Παρισίων τὴν πολίχνην. Ἔστι δὲ οὐ μεγάλη νῆσος ἐγκειμένη τῷ ποταμῷ, καὶ αὐτὴν κύκλῳ πᾶσαν τὸ τεῖχος καταλαμβάνει, ξύλιναι δὲ ἐπ´ αὐτὴν ἀμφοτέρωθεν εἰσάγουσι γέφυραι, καὶ ὀλιγάκις ὁ ποταμὸς ἐλαττοῦται καὶ μείζων γίνεται

 

J'étais alors en quartier d'hiver auprès de ma chère Lutèce : les Celtes appellent ainsi la petite ville des Parisii : c'est un îlot jeté sur le fleuve qui l'enveloppe de toutes parts : des ponts de bois y conduisent de deux côtés: le fleuve diminue ou grossit rarement.

Julien, Misopogon, 4

Le site de Lutèce présente des traces d’occupation humaine remontant au néolithique. Il s’est développé grâce à sa position favorable dans les méandres de la Seine, protégé par des collines (la montagne Sainte-Geneviève, Montmartre, Belleville) et des marécages. Il bénéficie aussi de forêts et de plaines giboyeuses (la plaine de Grenelle).

La tribu gauloise des Parisii s’abrite tout d’abord dans un oppidum construit sur une des nombreuses îles du fleuve reliée à la berge par plusieurs ponts. Les amphores de vin prisé par l’aristocratie gauloise attestent déjà d’un commerce florissant de la Gaule avec l’Italie. Le monnayage d’or témoigne de la richesse de cette tribu.

En campagne contre les Gaulois, César convoque en 53 av. J.-C. une assemblée des chefs à Lutèce (César, De bello gallico, VI, 3) mais les Parisii choisissent de s’allier à Vercingétorix et affrontent les légions romaines de Titus Labienus. Camulogène commande les Gaulois et perd la vie. Les Parisii sont défaits ; ville et ponts sont incendiés.

Après la conquête romaine, la ville se limite, semble-t-il à un camp militaire puis prend son véritable essor sous Auguste favorisée par la Pax romana et les échanges fluviaux. Elle adopte la configuration de la ville romaine et dispose de tous les espaces et monuments nécessaires à une capitale politique, économique et culturelle :

  • un plan orthonormé selon un quadrillage dont le point zéro se situerait sur le point culminant de la Montagne Sainte Geneviève (entre le n°172 et le n°174 de la rue Saint Jacques), le cargo (axe nord/ sud) reliant la rive gauche à la rive droite de la Seine via l’île de la Cité,

  • un forum  (en haut du boulevard Saint Michel),

  • des thermes (Thermes du Cluny et thermes du Collège de France),

  • un théâtre (sous l’actuel lycée Saint-Louis),

  • un amphithéâtre (les arènes de Lutèce, près de l’université de Jussieu) à l’écart de la ville antique,

  • Un aqueduc pour assurer les besoins en eau.

Lutèce est alors une ville florissante accueillant entre 8000 et 10 000 habitants. Elle assure les échanges avec Lyon mais aussi avec le nord de l’Europe.

Son urbanisation décroit quand les troubles se font plus nombreux sous la poussée des Alamans, des Francs et des Saxons à partir de la seconde moitié du IIIe siècle. Des remparts sont élevés sur l’île de la cité, fortifications guerrières en réponse au danger. Le commandement de la flotte de guerre s’installe à Lutèce. Les habitants se retranchent davantage sur la rive droite et abandonne la rive gauche.

C’est encore à Lutèce que l’empereur Julien, très populaire en Gaule, est proclamé Auguste en 360. Son officier, l’historien Ammien Marcellin (Histoires, XV, 11, 3) la nomme Lutèce, place des Parisii. Au début du IVe, une borne militaire mentionne la civitas Par(isiorum) (la ville des Parisii) : Lutèce devient Paris.

  • Une légende sans fondement dit que le nom de Paris viendrait du troyen Pâris. Les sources archéologiques ont mis au jour les origines celtiques de Lutèce.

  • Les nautes dirigent le commerce fluvial de Lutèce. Sous le règne de Tibère, ils consacrent un monument en l’honneur de divinités gauloises (Cernunnos, Boudana, Smertrios…) et de divinités gréco-romaines (Mars, Jupiter, Junon, Vénus, Mercure…). Ces quatre blocs de pierre gravés comportent également des inscriptions. Le pilier des nautes constitue un des rares témoignage de la religion gauloise sous l’empire.

  • En 1860 des fouilles exhument les arènes de Lutèce dont l’existence était connue depuis le Moyen Âge mais le site est menacé par la construction d’un dépôt de bus. Les vestiges sont sauvés grâce à l’intervention de Victor Hugo défenseur de la mémoire de Paris.

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