Lucien, un « barbare » remarquable au nom latin

Lucien est né vers 120 après J.-C., à Samosate, ville située au bord de l’Euphrate dans la province de Commagène dans la Syrie du Nord. Sa langue maternelle est sans doute l’araméen.

Sa famille est modeste et très tôt, le jeune Lucien est mis en apprentissage chez un oncle sculpteur. Mais dès le premier jour, il casse une plaque de marbre, ce qui lui vaut une sévère correction. Alors, à la suite d’un songe qu’il raconte dans l’un de ses écrits (Le Songe, 5-16, où Lucien doit choisir entre la Sculpture, Ἑρμογλυφική, et l’Instruction, Παιδεία), il part en Ionie où se trouvaient de grandes villes où poursuivre des études littéraires, comme Pergame et Éphèse : il veut répondre à ses aspirations précoces pour la culture et la langue grecque qu’il ne parle pas.

Devenu rhéteur et conférencier professionnel, il va parcourir de nombreux pays : la Grèce, l’Italie, la Gaule, l’Égypte… Il sera sans doute avocat à Antioche quelque temps. Ce sera un grand voyageur qui, cependant, vers la quarantaine se fixe à Athènes.

Son œuvre est considérable et très variée, marquée par un certain scepticisme, un goût prononcé pour la moquerie, l’ironie, un esprit critique, traits qui l’ont souvent fait comparer à Voltaire. Rabelais, autre grand écrivain satirique, emprunte certains détails ou anecdotes à Lucien ; parmi les lecteurs de ce dernier, on peut citer encore Montaigne.

Lucien est l’un des premiers auteurs de "science-fiction", le premier à emmener ses lecteurs et auditeurs dans des voyages intersidéraux, dans la lune, dans le ventre d’une baleine, mais aussi sous terre, aux Enfers, dans le domaine des Bienheureux… Peut-être inspira-t-il Swift (1667-1745) pour ses Voyages de Gulliver et Jules Verne (1828-1905) pour tous ses Voyages extraordinaires. Dans la lignée de Lucien s’inscrit également l’œuvre de Cyrano de Bergerac (1619-1655) intitulée L’Autre Monde avec les deux volets, Les États et Empires de la Lune et Les États et Empires du Soleil.

Vers 171, Lucien occupa un poste important dans l’administration de l’Égypte mais revint à Athènes vers 175 et y mourut vers 180.

Ce qu'écrit Lucien sur la nécessité de se distraire:  

ἡγοῦμαι προσήκειν μετὰ τὴν πολλὴν τῶν σπουδαιοτέρων ἀνάγνωσιν ἀνιέναι τε τὴν διάνοιαν καὶ πρὸς τὸν ἔπειτα κάματον ἀκμαιοτέραν παρασκευάζειν.

Je pense qu’il convient aux hommes qui s'appliquent à l'étude des lettres, de donner quelque détente à leur esprit, après de longues heures consacrées à des lectures sérieuses, et de le rendre par là plus vif à reprendre ses travaux.

Lucien, Histoire véritable, Livre I

  • Voir aussi sur Odysseum le dossier :

 "Le Séjour des Bienheureux" et le "locus amoenus", Lucien, Histoires vraies, II, 11-16

  • De l’œuvre de Lucien il nous reste quatre-vingt-cinq ouvrages à son nom, mais de quatre ou cinq on n’est pas absolument sûr de l’authenticité :
    • des jeux de littérateur : comme L’Éloge de la Mouche, Le Jugement des Voyelles ;     
    • des ouvrages romanesques : Histoires vraies, L’Âne ;    
    • des dialogues satiriques : Dialogues des morts, Dialogues des dieux, Les Vies des philosophes à l’encan ;
    • des traités littéraires : Comment il faut écrire l’histoire ;   
    • des traités sur l’art : Sur la danse ;
    • des traités moraux : Apologie pour hôtes à gages ;
    • des pamphlets : Sur la mort de Pérégrinos, Alexandre ou le faux prophète.
  • Lucien vécut sous le règne de quatre empereurs romains : Hadrien, Antonin le Pieux, Mar Aurèle et Commode. Il eut comme écrivains contemporains, les latins Apulée et Aulu-Gelle, les grecs Arrien, Ptolémée, Galien, Justin.
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