Les mots du cou en grec et l’expression des sentiments

 

Il existe en grec quatre mots désignant le cou (de l’homme ou de l’animal) : αχν, τρχηλος, λαιμς, tous trois masculins, ainsi que δρη, féminin, attique (homérique et ionien δειρ)1. Les deux premiers sont courants dans la langue : le premier se trouve chez Homère, le deuxième se trouve d’abord au VIe siècle av. J.-C. chez Hipponax (fr. 103, 1 et 118 A-C, 8 West), le troisième est connu d’Homère et des poètes tragiques et comiques mais ignoré de l’attique classique, le quatrième est connu surtout des auteurs ioniens et des tragiques.

Si αχν désigne principalement la nuque (le mot est employé pour les hommes et surtout pour les animaux), τρχηλος et δρη / δειρdésignent plus précisément le devant du cou2 ; quant au troisième mot proche qu’on peut citer, λαιμς, il exprime plus nettement la gorge, le gosier (le creux de la gorge), dans la prose attique ; les poètes l’emploient ainsi que les prosateurs post-classiques. Alors que αχν et δρη semblent désigner le cou, plus spécialement la nuque ou le tour de cou vus de l’extérieur, et que τρχηλος exprime le cou dans son ensemble, vu aussi de l’extérieur, λαιμς désigne l’intérieur du cou et indique la verticalité (l’organe par où transite ce qui va dans l’estomac). Chacun de ces mots se prête à des emplois métaphoriques, riches surtout pour αχν (de même pour l’emploi de col en français).

L’étymologie de certains de ces mots est considérée comme claire : τρχηλος est peut-être à mettre en rapport avec le radical qui a fourni τρχω (soit avec degré zéro soit avec un vocalisme α populaire), au sens non de « courir » mais de « tourner »3. Δρη remonte à *δρFα4 et a des correspondants de même sens en indo-iranien et en balto-slave (avec des difficultés phonétiques). Λαιμς n’a pas d’étymologie indo-européenne (et ne peut être mis en rapport en grec qu’avec λατμα, « profondeurs marines » (terme poétique). Αχν n’a pas non plus d’étymologie nette (il doit peut-être être mis en rapport avec le radical du verbe γχω « resserrer »).

 

Αὐχν

La vitalité d’un mot se révèle par l’existence de dérivés et de composés ; à cet égard, les quatre mots sont bien représentés. De αχν dérive l’adjectif αχνιος « de la nuque » : Od. III, 449-450, πλεκυς δ ̓πκοψε τνοντας / αχενους « La hache a tranché les tendons cervicaux (de la vache sacrifiée) » ; Eschyle (fr. 273a. 3 Radt) emploie αχνιος λαιμς « la gorge au cou » pour une victime sacrifiée, qui fait écho à Homère. L’adjectif apparaît dans la langue postérieure, surtout la poésie didactique et épique tardive. Hésychius (α 8507) attribue au comique du Ve siècle av. J.-C. Antiphane (fr. 305 KA) le pluriel masculin substantivé αχνιοι qu’il glose ainsi : χιτνος εδος, « sorte de tunique », ainsi nommée sans doute parce qu’il s’agit d’un « juste-au-cou ». Le neutre pluriel substantivé ταχνια désigne, en référence à la mobilité de cette pièce, la rame qui sert de gouvernail (πηδλια) dans la langue tardive (Porphyre et lexicographes)5 ; le resserrement doit servir à saisir cette sorte de gouvernail. Le verbe dérivé αχενζω « rompre la gorge, étouffer » (cf. Photius, Lex. α 2379, αὐχενίζειν · τραχηλίζειν, πνίγειν) est un hapax de Sophocle (Ajax, 298) dans le récit de Tecmesse relatant les actes fous d’Ajax τος μν ηχνιζε… « il rompait la gorge des uns… ». (La Souda, η 654, glose en employant un synonyme de αὐχήν et un composé d’un autre synonyme : τὸν τράχηλον ἀπέκοπεν, ἐλαιμοτόμει. περ Ὅμηρος ἀνερύειν φησί « il tranchait le cou, il coupait la gorge. C’est ce qu’Homère dit égorger »). Le verbe se retrouve tardivement, chez Lycophron et Philon ainsi que dans les traités d’hippiatrie. Le nom d’instrument dérivé αχενιστρ désigne le cordon « serre-cou », le licou.

On a dénombré vingt-sept composés à deuxième terme αχν6 ; beaucoup sont tardifs ou connus seulement par les lexicographes. La plupart sont des adjectifs au sens possessif. L’un d’eux est homérique : ριαχην « qui a forte encolure » ; le mot s’emploie dans une formule iliadique en fin de vers, comme épithète de πποι, au nominatif et à l’accusatif pluriel (Il. X, 305 ; XI, 159 ; XVII, 496 ; XVIII, 280 et XXIII, 171)7. Λασιαχην « au cou velu » se trouve en poésie : dans deux hymnes homériques, l’un parmi les plus anciens (Merc. 224, pour un centaure), l’autre plus récent (Dion. I, 46, pour un ours). Sophocle (Ant. 350) l’applique à un cheval (souvenir homérique ? même emploi plus tard dans Oppien, Cyn. 1, 183 et Aristophane (Ran. 822, passage lyrique) à un homme dont la chevelure descend sur le cou velu (λασιαχενα χαταν). On trouve plus tard l’adjectif chez le Pseudo-Théocrite (Idylle 25, 272, pour le lion de Némée tué par Héraclès ; AP IX, 4338). Γυλιαχην « au cou aussi court qu’un sac militaire (γυλις, voir vers 527) », est un hapax chez Aristophane (Pax 789, passage lyrique) par métaphore, on pouvait parler du « cou » d’un sac, comme explique une scholie9 ; une métaphore explique aussi l’emploi par le même auteur d’un autre hapax, le composé μεσαχην : les lexicographes livrent trois mots : μεσαχενας νκυας τος σκος (fr. 745 KA = 725 Kock). Selon Hésychius (μ 939), il s’agit d’outres « liées par le milieu du cou ». Ces outres, cadavres (parce que vides !), ont plutôt « leur cou mitoyen »10.

Empédocle (fr. 57, 2 Diels-Kranz) parle de créatures monstrueuses : πολλαμν κόρσαι ναύχενες βλάστησαν « Sur elle (= la Terre) naquirent beaucoup de têtes sans cou, et des bras erraient nus et privés d’épaules… (vers cité plusieurs fois par Aristote). On trouve chez le lyrique Simonide (fr. 390, 2 LSJ Page = 586 PMG Page)11, des rossignols χλωραχενες « au cou jaunâtre (ou pâle ?) » ; le mot se retrouve chez Bacchylide (Ode 5, 172), dans les paroles adressées à Héraclès par l’âme de Méléagre : Λπον χλωραχενα / ν δμασι Δαινει-/ ραν… » Dans notre demeure, j’ai laissé Déjanire12 au cou pâle… »13.

Parmi les tragiques, Euripide a employé plusieurs composés en -αχην : μακραχην qualifie κλμαξ dans les Phéniciennes, 1173, à propos de Capanée qui, selon le récit du messager, est devenu fou, « il allait en tenant les marches d’une échelle au long cou… » : cette échelle, que gravit Capanée pour atteindre le haut du rempart, est l’image de son orgueil qui le fait se vanter (κμπασε) d’être plus puissant que Zeus. Au sens concret, en ionien, l’adjectif est thématisé ; Hippocrate (Epid. 2, 1, 8) l’emploie au neutre pluriel, substantivé (à côté de τμακροκφαλα), et Aristote le reprend sous cette forme (HA 595a 11 = 8, 6). Signalons le surcomposé μακροκαμπυλαχην « au long cou recourbé », en parlant du héron, chez le comique sicilien Épicharme (fr. 85, 1 KA, cité par Athénée 2, 69 et 9, 58), et aussi, chez le lyrique Timothée (Pers., fr. 425, 89 LSJ Page = 791 PMG Page) μακραυχνοπλος pour un navire « muni de longs cous (= avirons) »14.

Euripide emploie deux fois δολιχαχην « au cou allongé » (Hel. 1487, passage lyrique, épithète de πτανα« oiseaux »15 ; I. A. 794, épithète de κκνος « cygne). Le mot se trouvait déjà dans un dithyrambe de Bacchylide (2, 6), probablement épithète aussi de κκνος16.

Parmi les composés les plus anciens, il y a aussi φριξαχην « au cou hérissé », attesté lui aussi en poésie : Élien (NA, XII, 45) cite des vers attribués au poète lyrique archaïque Arion17 (fragment tenu aujourd’hui pour anonyme, fr. 466, 8 LGS Page = 939 PMG Page), qui l’emploie pour des dauphins (dont l’encolure doit être piquante). Un poète tragique anonyme (Tragica adespota, fr. 383 Snell-Kannicht = Nauck2, fragment cité par Plutarque, Du contrôle de la colère, 462 E) l’emploie pour un sanglier (κπρος) « au cou hérissé de soies »). Le composé βυσαχην « au cou épais, bourré »18 est aussi poétique, expressif , forgé par un comique ; il est attesté par le lexicographe Pollux (2, 135) qui ne cite pas d’auteur, et par Athénée (II, 64), qui cite un fragment du Rustre de Xénarque (comique du IVe siècle av. J.-C., frg. 1, 4 KA) : στυτος οκος, κοτε βυσαχην θες / Δηος σνοικος… « logis sans virilité et qui n’est pas colocataire au cou épais de la déesse Déméter…»19. Le comique Théopompe (Ve-IVe s.) emploie aussi dans ses Soldates (frg. 55, 1-2 KA, cité par Athénée, XI, 66) στρεψαχην, « qui a le col tordu » : γγρ <ν> κώθωνος κ στρεψαύχενος / πίοιμι τν τράχηλον νακεκλασμένη; « Par exemple moi [dit une soldate], je pourrais boire dans une coupe militaire au col tordu, en me brisant le cou ? »20

En prose, on trouve un composé ; κρατεραχην « à l’encolure puissante » est un hapax chez Platon, dans le mythe de « l’attelage ailé » du Phèdre (253 e 2), à propos du second cheval, le tordu (σκολις). On notera que si son encolure est forte, ce cheval est βραχυτρχηλος « court de cou » : la hauteur est en cause pour τρχηλος, alors qu’il s’agit de tour de cou pour κρατεραχην. Dans le Corpus Hippocratique (Epid. 6, 1, 2) il s’agit des individus : Οφοξο, ομν καρτεραχενες « les gens à figure pointue, les uns ont l’encolure puissante… » 21

Un composé d’un autre type, composé de dépendance verbale progressif 22, se trouve dans un fragment de Pindare (fr. 70 b, Dithyr. II, 12-14 Maehler) : ν δΝαδων ργδουποι στοναχα/ μαναι τ ̓ λαλατ ̓ ρνεται ιψαχενι / σν κλν… « (Dans les sanctuaires) voici que s’élèvent les gémissements fracassants des Naiades, les délires et les alalai, accompagnés d’un mouvement tumultueux qui rejette le cou en arrière. » Plutarque cite trois fois23 les vers 13-14, sous des formes diverses.

Nous avons laissé pour la fin de cette énumération le seul composé qui ait quelque vitalité ; c’est un composé possessif, ψαχην « qui tient son cou haut, qui redresse sa tête ». Euripide l’emploie hardiment, comme épithète de λτη « sapin », dans les Bacchantes, 1061 (récit du messager rapportant les mots de Penthée : … ξν, ομν σταμεν, / οκ ξικνομαι μαινδων σσοις νθων·

ὄχθων δ᾽ ἔπ᾽, ἀμβὰς ἐς ἐλάτην ὑψαύχενα / ἴδοιμ᾽ ἂν ὀρθῶς μαινάδων αἰσχρουργίαν.

Ô étranger, là où nous sommes arrêtés, mes regards n’atteignent pas tes prétendues Ménades. Mais en montant sur une hauteur ou sur un sapin qui porte haut sa tête, je verrais peut-être la honteuse conduite des Ménades.

Entre autres qualificatifs, Platon décrit le premier cheval de l’attelage ailé, le bon, comme ψαχην « il a l’encolure haute » (Phèdre, 253 d 5, traduction P. Vicaire) : c’est une qualité, qui figure la fierté, l’orgueil. Mais dans la plupart des exemples, avoir le cou dressé est l’expression métaphorique d’un caractère hautain, altier, proche mais différent du mépris (qui suppose un autre que l’on « regarde de haut »)24. Dans le corpus des fables d’Ésope, on trouve le mot appliqué aux hommes (fable 107 Hausrath-Hunger = 139 Chambry) : οτω τε συνέβη τος νθρώπους, ταν μν ν τΔις χρόνγένωνται, κεραίους τε καὶ ἀγαθος εναι, ταν δες ττοῦ ἵππου τη γένωνται, λαζόνας τε καὶ ὑψαύχενας εναι… « Il arriva ainsi que, quand les hommes sont dans le temps imparti par Zeus, ils sont purs et bons, tandis que quand ils sont dans les années que le cheval leur a données, ils sont flambards et hautains…). Les poètes tardifs (épigrammes, Nonnos) emploient le mot au sens concret ou au sens figuré, souvent sans nuance péjorative. On remarque encore un emploi métaphorique pour un bouteille, à qui le poète s’adresse comme à un être humain « au col élevé » dans une épigramme d’auteur inconnu (AP V, 135, 1-2) : …μακροτρχηλε, / ψαχην στεινφθεγγομνη στματι… « Toi qui as long cou, qui parle en tenant haut ton col d’une bouche étroite… »25

De ψαχην dérive le verbe ψαυχενω26 « tenir haut son cou, faire le fier, avoir une attitude hautaine » ; il se rencontre dans la prose tardive (Philon, Plutarque, Élien, etc.)27. Eustathe, dans son Commentaire à l’Iliade, éd. van der Walk, vol. 2, p. 376, glose très précisément ce verbe: Τδ«ψοκάρη χει», ὅ ἐστιν ψαυχενε.

Il est remarquable que le verbe ψαυχω28 « être fier, se vanter », doublet de αχω, manifeste la contamination des deux familles de mots ; le grec a le sentiment, erroné d’un point de vue diachronique, d’une parenté entre le mot αχν et le verbe αὐχέω, le sens ayant poussé à rapprocher les formes29.

 

Τρχηλος

De Tρχηλος, il y a quelques dérivés30 , nominaux ou verbaux. Les dérivés nominaux sont pour la plupart tardifs. Le pluriel neutre τραχλια se trouve dans le corpus hippocratique et chez les comiques (AR., Vesp. 968 ; Phérécrate, fr. 60 KA). Comme l’indique une scholie au vers 968 des Guêpes, le mot désigne, dans les viandes, les extrémités et les bas morceaux (τὰ ἄκρα κατετελκρα), le cou faisant partie de ceux-ci. Le singulier se trouve chez les lexicographes (Photius, EM) glosant στραξ: τκτω τοδρατος τραχλιον « talon (ou hampe) de la lance » et aussi dans un papyrus du IIe siècle au sens de « collier ».31 L’adjectif τραχηλιαος « du cou » est attesté dans les traités d’hippiatrie et chez les lexicographes ; dans le même sens, Strabon (Georg. II, 5, 27 ; XVI, 4, 11) emploie τραχηλιμαος. Les adjectifs τραχηλοειδς et τραχηλδης « à l’aspect, en forme de cou » se rencontrent chez Galien32.

Le verbe τραχηλζω « prendre au cou, maltraiter, endommager », simple ou préverbé, est courant dans la langue hellénistique et tardive (Théophraste, Caract. 27, 5 et prose ultérieure) ; κτραχηλζω est, lui, courant à l’époque classique (Aristophane, Démosthène), dans un sens technique en équitation (Xénophon, Cyr., I, 4, 8) « faire passer le cavalier pardessus le cou » ou plus généralement « rompre le cou, détruire » (Aristophane, prose). Au passif, le verbe signifie « être endommagé », pour des barques par exemple (Plutarque, De la curiosité, 521 B 9 ; Josèphe, Bell. Iud. 4, 375). De τραχηλζω dérivent d’une part le nom d’action τραχηλισμς « le renversement du cou et de la tête en arrière » (Plutarque, De la cupidité, 526 E 9 ; Athénée, 1, 26 ; Lucien, Lexiphane, 5), qui est propre à la lutte, d’autre part le nom d’instrument τραχηλιστρ « bandage pour le cou » (Pseudo-Galien). Un autre verbe dérivé, τραχηλιω « tenir haut le cou, faire le fier » (Hésychius le glose par : ψαυχνα « je dresse le cou »), se trouve dans la Septante et dans la prose tardive, il nous rappelle ψαυχενζω cf. supra) et son suffixe, suggère Chantraine (DELG su τρχηλος) est peut-être dû à l’analogie de γαυριω, même sens.

Il y a aussi de nombreux composés, dont τρχηλος constitue le premier ou le second terme. Les composés dont notre mot est premier terme, sont tardifs : τρχηλοδεσμτης « qui lie le cou » se trouve dans une épigramme de Philippe de Thessalonique (1er siècle de notre ère, AP VI, 107, 6) ; τραχηλοκοπω « décolleter, décapiter », apparaît chez Plutarque, et, au passif, chez Artémidore et chez Épictète; τραχηλγχη désigne chez Eunape (IVe-Ve siècle, Vie des sophistes, Boissonade, 481) « un lacet pour étrangler » ; enfin τραχηλσιμος « à large encolure » peut être une création comique (Comica Adespota 908, cité par l’atticiste Phrynichos, (Prép. Sophist.), qui glose curieusement : βραχν τν τράχηλον χων).

Il y a vingt-huit composés à deuxième terme -τρχηλος, dont quelques-uns seulement apparaissent dans la langue courante, la plupart étant des mots recueillis par des scholiastes ou des lexicographes. Βραχυτρχηλος apparaît chez Platon (voir supra), λεπτοτρχηλος « au cou grêle » chez Aristote, σκληροτρχηλος « qui a le cou dur, la tête dure > entêté » est dans la Septante et dans le Nouveau Testament. Chez Soranos, on trouve μικροτρχηλος « au cou menu » et εθυτρχηλος « au cou l’Anthologie (Statyllius Flaccus, 1er siècle avant ou après J.-C, AP VI, 196, 2) et la prose ultérieure l’emploie au sens de « qui a un cou écourté ». Dans un papyrus du IIe siècle (PSI 1116) apparaît περιτρχηλος « qui fait le tour du cou », dont dérive περιτραχλιον « collier ». En somme, beaucoup de mots tardifs, attestés surtout en prose.

 

Λαιμς

Λαιμς a donné naissance à des dérivés expressifs dont le sens est proche de celui de l’adjectif λαμυρς « vorace, avide » et que nous font connaître les lexicographes, Hésychius (λ 136) a λαιμ· λαμυρet Théognoste (Canones 27) ainsi que la Souda (σ 191) ont λαιμρη · λαμυρς « la gloutonne ». Le neutre pluriel d’un adjectif, employé comme adverbe, se trouve chez Ménandre (Dardanos, fr. 102 KA), au sens de « gloutonnement ». Le verbe λαιμσσω (attique λαιμττω) « engloutir, être glouton » est un hapax chez Aristophane (Eccl. 1179) et se retrouve chez Nicandre (Alexiph. 352, où il y a une variante λαιμσσοντα). Le verbe dérivé λαιμω, même sens, est aussi expressif (Hipponax, fr. 118 A-C, 3 West ; Hérondas, 6, 97 ; Aristophane, Av. 1563 passage lyrique). De même λαιμζω (glose d’Hésychius λ 138 : λαιμάζουσιν· σθίουσιν

μέτρως). Lycophron (Alex. 326) emploie λαιμζω « égorger » (un animal).

Il y a peu de composés nominaux de λαιμς. Le mot s’y trouve en premier terme : λαιμοτμος, composé de dépendance verbale régressif, signifie « coupeur de gorge », il est attesté depuis Euripide (Iph. Taur. 444, passage lyrique). On le trouve aussi chez le lyrique Timothée (Pers. 130) et dans l’Anthologie (AP VI, 306, 4)33. Avec accent récessif, le mot a le sens passif « à la gorge tranchée », attesté chez Euripide (I. A. 776, Hec., 208, Ion, 1055, passages lyriques). Dans Électre, 459 (passage lyrique), où les manuscrits présentent λαιμοτμον, on adopte pour des raisons métriques impérieuses la correction de Seidler λαιμοτμαν (accusatif d’un *λαιμοτμας, qui serait en attique λαιμοτμης)34. Le verbe dérivé λαιμοτομω « trancher la gorge » est attesté chez Apollonios de Rhodes (Arg. II, 840 ; IV, 1601), employé comme équivalent de l’homérique δειροτομω, selon une scholie à Od. XXII, 349 : δειροτομσαι · λαιμοτομσαι)35. L’adjectif verbal λαιμτμητος36 se rencontre chez Euripide Ph. 455, seul passage non-lyrique de ces exemples d’Euripide, τλαιμτμητον … κρα « la tête à la gorge tranchée » et Andromède, fr. 7 Jouan-Van Looy = 122 Nauck 2 et Kannicht, 1054, fragment connu seulement par la parodie d’Aristophane, Thesmophories, 1029-1055 : …λαιμτμητ ̓ χη δαιμνων « douleurs à la gorge coupée infligées par les dieux »37.

Λαμαργος « glouton, vorace, goinfre » est peut-être issu par haplologie de *λαιμο - μαργος, le deuxième terme étant l’adjectif μργος « glouton » ; on retrouverait ce même terme dans στμαργος « violent de bouche,  au langage violent » (Eschyle, Perses 447 et autres tragiques)38 ». Λαμαργος est attesté dans la prose hellénistique et tardive (Aristote, HA, 675 a 20 ; Théophraste, Hist. Plant., 1, 22, 3 et autres auteurs) et aussi dans la poésie tardive (AP IX, 252, 2 ; Oppien, Hal. II, 218). Le verbe dérivé λαιμαργω « être vorace, se goinfrer » est employé par Porphyre (De l’abstinence, 1, 53), mais le dérivé nominal λαιμαργα « voracité, gloutonnerie, goinfrerie » est bien attesté en prose depuis Xénophon (Agésilas, 5, 1) et Platon (Resp. X, 619 b 9 ; Leg., V, 745 e 1 ; Epist. VII, 992 d 3). Ce terme expressif est attesté une fois dans la Septante (Macch. 4, 1, 27)39.

 

Δρη / Δειρ

Après λαιμς dont nous avons constaté que l’extension est limitée, il nous reste à examiner δρη. Le mot, sous la forme ionienne δειρ, apparaît dès Homère (huit exemples dans l’Iliade, cinq dans l’Odyssée). Il y désigne précisément le devant du cou d’une femme ou d’un homme, d’une déesse, du monstre Scylla, ou le cou d’un aigle. Souvent, qu’il s’agisse d’un guerrier ou d’une femme, le cou est dit παλ« délicat » : c’est le creux du cou qui est désigné, partie où la peau est la plus fine et la plus fragile40. Au sens figuré, le mot désigne une combe (cf. DELG) et est proche de δειρς, « haut vallon, combe »41. De δρη, terme poétique, dérivent quelques mots, dont la plupart ne sont connus que par les lexicographes42. Δραιον43 ou δραια « collier » est assez bien attesté depuis Euripide (Ion 1431, au pluriel) ; Xénophon l’emploie pour un chien dans la Cynégétique (trois occurrences en 6, 1, cf. aussi Arrien, Cyn. 5, 8). À l’époque hellénistique, on le trouve chez Ménandre (Epitr. 246, 303 ; Périk. 815), Alciphron (3, 27) et chez le biographe d’Euripide, Satyros (papyrus, fr. 39, 7). Περιδραιον ou περιδραια, même sens, est dans les secondes Thesmophories d’Aristophane (fr. 332, 5 KA, au pluriel), chez des comiques inconnus (deux exemples) et dans la prose hellénistique, à partir d’Aristote. Δριον n’est attesté que par le grammairien latin Charisius (IVe siècle, p. 46 Barwick). Avec les suffixes des noms d’instruments, δερριστρ44 est glosé par Hésychius (δ 691) par περιδραιον ππου, ou par συνγχη περιαυχνιος (δ 692) « mal de gorge ». Selon Nicandre (fragment de prose 23 Schneider, cité par Athénée 9, 46), δειρτης était le nom donné par les Éléens au στρουθς ; il doit s’agir de la μεγλη στρουθς « autruche », oiseau au long cou. Il y a douze composés à deuxième terme -δειρος45. Ils s’appliquent presque tous à des animaux. Certains sont anciens, tous sont poétiques, de diverses époques46. L’hapax Δουλιχοδερων (génitif) est épithète de κκνων « cygnes au long col » dans l’Iliade (II, 460 = XV, 692)47. Ποικιλδειρος « au cou bigarré » se trouve pour le rossignol chez Hésiode (O. 203), pour des sarcelles chez Alcée (fr. 345 LP), pour une vipère meurtrière d’une chienne dans une épigramme funéraire de l’Appendice de l’Anthologie (APl 154, 4). Ibycos emploie αολδειροι πανλοπες « sarcelles au cou changeant » (fr. 36a, 2-3)48 ; si la présence de ce composé est douteuse chez Stésichore (Supplément Lyr., fr. 15, col. 2, vers 5), il est bien attesté par la suite chez Oppien (Cyn. II, 317) et chez Nonnos (quatre exemples) pour divers oiseaux. L’hapax ψιδερου (génitif) est épithète de χθονς « terre au col élevé », pour Delphes, dans l’Ode 4, 4 de Bacchylide. Dans les Oiseaux d’Aristophane, dans des passages lyriques (254, 1395), ταναοδερων (génitif) est épithète de οωνν « oiseaux au cou étendu » (les scholies traduisent : μακροτραχλων). Dans l’Alexandra, Lycophron (966) parle d’une île τρδειρος « aux trois nuques » (traduction du dernier éditeur, dans la CUF, A. Hurst), ce qui évoque, comme explique une scholie ad loc. La Sicile (dite aussi Trinacrie, île aux trois extrémités, aux trois têtes). Enfin πολδειρος, hapax de Nonnos (XXV, 199), « aux nombreux cous » (pour l’hydre de Lerne) semble une variante de πολυδειρς (que Nonnos emploie trois fois). Comme on voit, ces composés sont loin de prouver la vivacité de δρη dans la langue courante.

 

Au terme de l’étude de ces mots désignant le cou, ou une partie du cou, il est clair que le mot le plus vivant est αχν et qu’en particulier un des composés a été employé dans divers contextes, au sens concret et au sens figuré : ψιαχην49. C’est l’emploi figuré qui nous paraît le plus intéressant. L’adjectif est employé pour un personnage, humain ou animal, qui a la tête dressée, ce qui traduit un sentiment : la fierté, l’orgueil (ou la vanité) s’expriment par une attitude50, celle qu’expriment d’autres langues, anciennes ou vivantes. En latin, collum tenere altum manifeste ces sentiments, en français on se pousse ou on se hausse du col, ou on se monte le cou51, on se rengorge. En anglais, make their neck stand out désigne la même attitude et donc le même sentiment, comme en allemand langen Halsen machen. Il s’agit là, pourrait-on dire, d’une véritable matrice métaphorique, au sens où l’employait Jean Taillardat52. Une enquête plus poussée dans différentes langues devrait élargir le domaine de cette métaphore. Et une étude des différentes expressions où figure le mot cou pourrait enrichir notre réflexion.

 

 

Cet article a initialement été publié dans

Delphine Lauritzen et Michel Tardieu (éd.), Le Voyage des légendes. Hommages à Pierre Chuvin, Paris, CNRS éditions, 2013, p. 255-267.

 

Notes

1. Curieusement, J. H. H. SCHMIDT, Synonymik der griechischen Sprache, Leipzig 1876-1886, ignore ces mots. Pour les diverses formes de ces mots selon les dialectes, on se référera aux divers articles de P. CHANTRAINE Dictionnaire Étymologique de la langue grecque, Paris 20092, ad loc.

2. Le grammairien Ammonios d’Alexandrie (IIe siècle après J.-C.), dans son Περὶ ὁμοίων καὶ διαφόρων λέξεων, 88 Nickau, indiquait ainsi : αὐχὴν καὶ δέρη διαφέρει. Αὐχὴ μὲν γὰρ λέγεται τὸ ὄπισθεν τοῦ τραχήλου, δείρη δὲ τὸ ἔμπροσθεν καθ̕ ὄ ἐστιν ἡ φάρυγξ. On trouve aussi dans les Geoponica (XIX, 2, 3) une distinction établie entre le tour du cou et la nuque : Μάθε δέ, ὅτι ἡ προσηγορία τοῦ τραχήλου ὅλην κύκλῳ τὴν περιοχὴν τοῦ τραχήλου δηλοῖ. Aὐχὴν δέ ἐστιν ἐπὶ μὲν τῶν ἀνθρώπων τὸ ὀπίσω μέρος τοῦ τραχήλου· ὀρθὸς γὰρ ἵσταται ἄνθρωπος· ἐπὶ δὲ τῶν ζώων τὸ ἄνω μέρος· κέκυφε γὰρ τὰ ζῶα. Ὀτὰν δὲ ἀκούσῃς δειρήν, ἐπὶ μὲν τῶν ἀνθρώπων νόει τὸ ἔμπροσθεν μέρος, ἐπὶ δὲ τῶν ζώων, τὸ ὑποκάτω μέρος τοῦ τραχήλου. Ainsi l’ensemble du cou est le trakhèlos, la partie postérieure du cou est l’aukhèn ; quant à la deirè, c’est la partie antérieure du cou pour les hommes, la partie inférieure pour les bêtes.

3. F. LETOUBLON, CH. DE LAMBERTERIE, « La roue tourne », RPh. 54 (1980), 305-326, spécialement p. 313. Sur la synecdoque « cou » > « tête », voir la note de J. ENOCH POWELL, « ΤΡΑΧΗΛΟΣ, ‘Head’ », CR 53 (1939), 58, complétée par G. P. SHIPP, « ΤΡΑΧΗΛΟΣ, ‘Head’ ? » CR 58/2 (1944), 52. Dans l’exemple du Phédon examiné infra, la signification de τράχηλος comme partie du corps qui tourne n’est pas évidente.

4. ΔερFά est attesté dans le dialecte arcadien : voir éd. SCHWYZER, DGEEP 664, inscription d’Orchomène, IVe siècle av. J.-C. Cf. DELG, op. cit., (avec la CEG, 1286).

5. Cf. J. ROUGÉ, La marine dans l’Antiquité, Paris 1975, 68-71.

6. C. BUCK, W. PETERSEN, A reverse Index of Greek Nouns and Adjectives, Chicago 1945, réimpr. Hildesheim-New York 1970, 250. Nous n’avons pas étudié quelques composés très tardifs et très rares, tels πολυαύχενος (thématisé) ou περιαυχένιος (dérivé de *περιαύχην).

7. Mazon dans chacun de ces exemples – sauf le dernier – traduit « coursiers à la forte encolure » mais en XXIII 171, « cavales altières ». Le fait est qu’on pense à des animaux qui relèvent leur cou et leur tête, marquant leur fierté (cf. infra, sur l’image marquée par ὑψιαύχην).

8. Dans cette épigramme, le manuscrit P (Palatinus) de l’Anthologie Palatine, où on lit l’adjectif composé comme épithète employé curieusement (ἐγγὺς δὲ στάντες λασιαύχενος ἄντρου ὄπισθεν), s’oppose aux manuscrits du corpus de Théocrite, où on lit ἐγγὺς δὲ στάντες λασίας δρυὸς ἄντρου ὄπισθεν, texte qui nous paraît meilleur (mais voir la note complémentaire ad loc. dans l’édition du livre IX, 359-827, dans la CUF, publiée en 1974).

9. Les scholies à ce passage sont contradictoires : soit le sac n’a pas de cou, soit il a un long cou. La Souda (κ 396) adopte le sens de « au long cou » (μακροτράχηλος). Cf. J. TAILLARDAT, Les images d’Aristophane, études de langue et de style, Paris 1965, § 274.

10. Voir TAILLARDAT, Les images d’Aristophane, op. cit., ibid.

11. Dans la série « numérique » de ces composés possessifs, on signalera chez le poète hellénistique Lycophron, Alex. 1186, τριαύχην « à trois cous » (au génitif singulier, épithète de θεᾶς). Un lyrique inconnu (Lyrica adespota, fr. 119, 1, PMG Page, vers 28, inscription d’Héraclée du Latmos éditée par Dain, Inscirptions du Louvre) livre, dans un contexte lacunaire ἑπταύχενος… δεσποιν[ et on ne peut savoir si le composé est au génitif (épicène) ou au nominatif (il existe tardivement des formes thématisées, telle πολυαύχενον accusatif, chez Nonnos, Dion. II, 352).

12. Sa soeur.

13. éd. J. IRIGOIN, trad. J. DUCHEMIN , L. BARDOLLET, Paris 1993.

14. Le mot est absent du dictionnaire Bailly.

15. Correction de Canter : ̔Ω πτάναι pour ὁπόταν αἱ des manuscrits.

16. Le texte est très lacunaire : on lit seulement κυ [.

17. Arion aurait été secouru en pleine mer par un dauphin (cf. HDT., Hist. I, 23-24) : d’où l’attribution à ce personnage légendaire d’un poème à la gloire des dauphins.

18. La traduction donnée par Bailly (« qui a le cou enfoncé dans les épaules ») ou celle du Liddell-Scott (« short necked ») sont plus des explications que des traductions : elles traduisent l’explication de Pollux (reprise par d’autres lexicographes) : « celui qui relève ses épaules et rentre son cou », ce qui, d’après Pollux se référant à Aristote (Physiognom. 811 a), serait le propre d’un comploteur. C’est par confusion avec le nom d’Aristote mentionné par Pollux que le dictionnaire Bailly indique « Ar. [= Aristophane] fr. 625 » (ce fragment, 735 KA, est celui que nous avons indiqué supra à propos de μεσαύχην.

19. Comme la suite le montre, il s’agit d’un oignon.

20. Le κώθων était une coupe dont se servaient les soldats lacédémoniens.

21. Le premier terme du composé est l’équivalent de κρατερ- en ionien.

22. Le premier terme est verbal, le second, nominal, est complément du premier.

23. De la disparition des oracles 417 C 6, Propos de table, 623 C 4 (1, 5), 706 E 4 (7, 5). Le passage est aussi cité par d’autres auteurs tardifs.

24. Le mot se trouve aussi dans la prose tardive (Philon, Thémistios, cf. aussi Photius, codex 243, p. 373 a Henry) ainsi évidemment que dans les traités d’hippiatrie. Tardivement, le mot a pu être thématisé.

25. Les lexicographes glosent le mot par des adjectifs exprimant au sens propre l’orgueil, la fierté ou la vanité (cf. Hésychius υ 921 ὑψαύχενες · γαῦροι ἢ ὑπερήφανοι et voir aussi υ 948 ; Étym. Giudianum ὑψαύχην · ὑψηλόφρων, μεγαλαύχην).

26. Doublet rare ὑψαυχενίζω.

27. La Souda (δ 1025) connaît aussi un composé : διηυχενίζετο · ὑψηυχένει.

28. Le verbe est attribué à Sophocle (fr. 1106 Radt), sans contexte, par divers auteurs tardifs, l’atticiste Phrynicos et des lexicographes. Hésychius le glose par μεγαλαυχεῖν (υ 922), le Lexique Séguier par ὑψηλοφρονεῖν. L’adjectif ὑψαυχής, hapax de Bacchylide (Odes, 13, 50-51 : τό γε σὸν [κλέος αἰ]νεῖ / καί τις ὑψαυχὴς κό[ρα –] « Ta <renommée> fait aussi le contentement d’une fière jeune fille. » [trad. DUCHEMINBARDOLLET]) est synonyme de ὑψαύχην. Il est absent du dictionnaire Bailly.

29. Cf. CHANTRAINE, DELG su αὐχέω, notamment la fin du paragraphe sur l’étymologie. Des dérivés comme τὸ αὔχημα « jactance, orgueil » ou des composés sigmatiques comme μεγαυχής ou μεγαλαυχής, par exemple, étaient probablement sentis comme apparentés à αὐχήν.

30. Cf, DELG su.

31. Cf. le supplément du LSJ su.

32. Anciens composés, ces mots en -ειδής et en -ώδης sont devenus de vrais dérivés.

33. On trouve tardivement le mot chez l’astrologue Manéthon (1, 318 = 4, 50).

34. Dans l’antistrophe, le vers correspondant (471) présente à la place correspondant à l’alpha final du mot la diphtongue oi (dans ἀοίδιμον).

35. Dans le Lexique de Zonaras (su ἀνερύειν, α p. 221) , le verbe apparaît comme

un doublet expressif de τέμνειν et signifie simplement « trancher » (λαιμοτομεῖν

τὸν τράχηλον).

36. Le deuxième terme est l’adjectif verbal du simple τέμνω.

37. Si l’on pense au sens que l’adjectif pouvait avoir chez Euripide, on pourrait

traduire « qui coupent la gorge » > « qui serrent la gorge, indicibles ». Jouan – Van Looy traduisent plus commodément : « la gorge déchirée par une douleur venue des dieux ». Coulon adopte dans les Thesmophories une correction (δαιμόνι ̓ « prodigieuses ») qui ne s’impose pas.

38. C’est l’étymologie défendue par A. BLANC, « Le composé stomargos et la fureur verbale des tragiques grecs », Rev. Phil. 65, 1991, p. 59 -66. Ce composé a été d’ordinaire analysé en στόμ-αργος, issu par dissimilation de * στομ-αλγος, « qui souffre de la bouche » (cf. Pollux 4,185 στομαλγεῖν et στομαλγία). Mais une petite série de termes mycéniens en a-ko (to-ma-ko, tu-ma-ko, po-da-ko, noms de boeufs) peut s’interpréter comme des composés à second terme -αργος « blanc ou brillant » (cf. P. CHANTRAINE, « Notes d’étymologie grecque, II : Nouvelles remarques sur le témoignage du mycénien … », Rev. Phil. 89 (1963), 12-22). Voir aussi DELG su ἀργός et λαιμός. L’hypothèse d’un premier terme de composé λαι, préfixe augmentatif à valeur péjorative (cf. D.J. GEORGACAS, « A Contribution to Greek Word History, Derivation and Etymology », Glotta 36 (1958), 161-193), n’est pas vraisemblable.

39. Philon emploie aussi le nom de « qualité » λαιμαργότης, même sens.

40. Dans la langue hellénistique, on trouve un neutre pluriel de même sens, δείρεα (hapax d’Euphorion, fr. 38 Powell) ; la forme de féminin, accusatif δέριν, que le LSJ (dont la référence est fausse) et le DELG indiquent chez Alciphron 2, 7 (le Bailly dit « douteux ») est mal assurée dans les manuscrits (l’édition de Schepers, Leipzig, 1905, adopte δέρην comme l’Aldine) ; δέρις est cependant attesté par Pollux (2, 235) et les lexicographes postérieurs.

41. Cf. H. VAN EFFENTERRE, « Querelles crétoises », REA 44 (1942), 31-51.

42. Mais le dérivé * δειράδιον « collier », attribué à Pollux dans le Reverse index of Greek Nouns and Adjectives de BUCK-PETERSEN (p. 58, d’où sa présence dans le DELG) n’existe pas.

43. Sur le suffixe en -αιος, voir P. CHANTRAINE, La formation des noms en grec ancien, Paris 1933 (retirage en 1968), 45-49. Hésychius (δ 663) a la glose δέραια· περιτραχήλια. Zonara et la Souda glosent ainsi δέραια · ἐπιτραχήλιος κόσμος. Pour tous les noms signifiant « collier », pour des humains ou des animaux, voir Pollux (II, 235 ; V, 55 et 98 ; X, 142).

44. Sur le double ρ, voir le DELG su δέρη.

45. Nous n’avons pu trouver l’oracle cité par Aristote, selon BUCK-PETERSEN, où il y aurait ὀψιόδειρος.

46. Deux de ces composés ne sont connus que par des lexicographes, μελάνδειρος par Hésychius (μ 648 μελάνδειρος· ὀρνιθάριον ποιόν « col-noir : espèce de petit oiseau »), περίδειρον par Pollux (2, 135 τοῦ αὐχένος περιαγωγή « circonférence du cou ». le dérivé περιδειρίδιον « collier » est attesté par une inscription délienne du IIIe siècle av. J.-C. Dans une inscription de Mégalopolis du IIe ou Ier siècle av. J.-C. (IG V, 2, 443), σκολιοδ[ειρ]oς n’est pas assuré.

47. Allongement métrique de la première syllabe du composé (la forme δολιχο-

serait amétrique).

48. Elles sont aussi dites juste auparavant ποικίλαι « bigarrées ».

49. Cf. aussi supra τραχηλιάω, glosé ὑψῶ αὐχένα.

50. Si ces sentiments sont exprimés par des mots, il s’agit alors de jactance ou de vantardise, en grec c’est la περιαυτολογία (mot à mot « le parler de soi-même », comme traduit Amyot, Comment il faut ouir, Genève 1642, 79) dont parle Plutarque dans le Comment écouter, 41 B. Sextus Empiricus (Pyrrh. hypoth. 1, 62), emploie le verbe dérivé παριαυτολογέω (Origène connaissait αὐτολογέω, même sens). D’autres termes ont exprimé l’infatuation, l’arrogance, la suffisance, tel αὐθάδεια, ὑπερηφανία ou par exemple le tardif αὐταρέσκεια. Dans ce domaine, Josèphe (Ant. Iud. 5, 6, 3) emploie αὐτοφίλαυτος « plein de l’amour de soi ».

51. On lira les riches articles « cou » et « col » du Trésor de la langue française (qu’on peut consulter en ligne). Il est évident que l’environnement phonétique expliquait l’alternance cou / col dans l’ancienne langue et que la disjonction s’est opérée dans la langue moderne entre la partie anatomique (cou) et la pièce de l’habillement (col). Dans l’expression se pousser du col, c’est la forme ancienne de la partie anatomique qui a été figée. Le TLF indique que le dictionnaire Quillet en 1965 soutenait qu’il faut dire on se monte le coup : cela nous semble aberrant.

52. J. TAILLARDAT, « Images et matrices métaphoriques », Bulletin de l’Association Guillaume Budé 36 (1977), 344-54.

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