Les Guerres puniques : plus d'un siècle de conflit 264 - 146 avant J.-C.

"In hanc dimicationem duorum opulentissimorum in terris populorum omnes reges gentesque animos intenderant."
 

"Cette lutte des deux cités les plus riches du monde concentrait l’attention de tous les rois et de tous les peuples."
 

Tite-Live, Histoire romaine, livre XXIII, 33, 1

Les Guerres puniques (de Punici, qui désigne « les Carthaginois » en latin) ont opposé Rome et Carthage, les deux grandes puissances méditerranéennes de l’Antiquité, pendant deux siècles. Des deux côtés, des hommes célèbres s’illustrèrent par leur bravoure et leurs convictions patriotiques : Hamilcar et son fils Hannibal chez les Carthaginois, Caton et Scipion l’Africain chez les Romains.

Au milieu du IIIe siècle avant J.-C., Rome a imposé son autorité à la majeure partie de la péninsule italienne. Elle tourne désormais ses ambitions vers la Méditerranée où elle entre aussitôt en rivalité avec Carthage forte de son empire maritime et commercial.

Première Guerre punique (264 - 241 avant J.-C.)

Les premiers affrontements ont pour enjeu la Sicile, à mi-chemin entre les deux puissances.

Les victoires romaines (Messine en 264, Agrigente en 262) sont suivies d’échecs en Afrique (expédition manquée de Régulus en 255), puis de la défaite navale de Drépanon en Sicile (249). Mais la victoire de la flotte romaine aux îles Égates (241) marque l’abandon de la Sicile par les Carthaginois, qui doivent payer un lourd tribut. L’île devient la première province romaine créée hors de la péninsule italienne. En 227, Rome réunit la Corse et la Sardaigne, les deux îles qu’a dû aussi lui céder Carthage, dans une même province.

Deuxième Guerre punique (218 - 201 avant J.-C.)

Pour compenser la perte de la Sicile, Carthage se tourne vers l'Espagne. Parti de "la nouvelle Carthage" (Carthagène), Hannibal a juré de détruire la puissance romaine ; il prend l'initiative du casus belli en s’emparant de Sagonte (automne 219), alliée des Romains. Sa "campagne d'Italie" est foudroyante (voir son itinéraire sur la carte).

Mais les Romains se ressaisissent : ils reprennent Capoue, Tarente et Syracuse qui étaient passées aux Carthaginois (212-209). Scipion s'empare de Carthagène et conquiert l'Espagne (210). Victoire du Métaure sur Hasdrubal : venu au secours de son frère Hannibal, il est tué dans la bataille (207).

Scipion passe alors en Afrique (204) où Hannibal est rappelé en catastrophe par le Sénat carthaginois (203) ; il remporte la victoire de Zama (19 octobre 202) qui lui vaut désormais le titre de Scipion "l'Africain". Carthage n'est plus que la vassale de Rome.

Troisième Guerre punique (149 - 146 avant J.-C.)

Assoiffée de conquêtes, Rome élargit ses convoitises vers l’Espagne, la Grèce, la Syrie, tout en surveillant Carthage dont la prospérité retrouvée l'inquiète. Elle profite d'un conflit entre la cité punique et le roi numide Massinissa pour intervenir (149).

Scipion Émilien (petit-fils adoptif de Scipion l’Africain) dirige le siège de Carthage (148-146). La ville est prise et rasée (printemps 146) et son territoire devient aussitôt la provincia Africa.

 

La cité de Didon

Carthage, la « Ville nouvelle » (Kart-Hadasht en phénicien) est d’abord un simple comptoir phénicien, fondé par des Tyriens sur la côte africaine (près de Tunis aujourd’hui) à la fin du IXe siècle avant J.-C. Dans l’Énéide, Virgile raconte l’histoire de sa reine fondatrice Didon. Au fil du temps, les Carthaginois développent leur réseau commercial dans toute la Méditerranée occidentale : ils s’implantent aux îles Baléares, en Sardaigne, en Sicile ; alliés aux Étrusques, ils expulsent les Grecs de Corse ; ils annexent de nombreux territoires d’abord en Afrique du Nord puis dans la péninsule ibérique. Ils bâtissent ainsi un véritable empire maritime qui finit par se heurter aux intérêts des Romains.

Carthago delenda est

Après la deuxième Guerre punique, malgré la paix, le célèbre homme politique romain Caton l’Ancien ne cesse de réclamer la destruction de Carthage. « Brûlant d'une haine mortelle contre Carthage, inquiet pour la sécurité à venir des Romains, et répétant, à chaque séance du Sénat, qu'il fallait détruire la rivale de Rome, il apporta un jour au sein de l'assemblée une figue précoce qui provenait de cette province ; et la montrant aux sénateurs : "Je vous demande, dit-il, quand vous pensez que ce fruit ait été cueilli ?" Tous convenant qu'il était fraîchement cueilli : "Eh bien, répliqua-t-il, sachez qu'il l'a été à Carthage, il y a trois jours, tant l'ennemi est près de nos murs !" Et bientôt on entreprit la troisième guerre punique, au cours de laquelle Carthage fut détruite. » Pline l’Ancien, Histoire naturelle, Livre XV, 20, 74-75 (trad. É. Littré, 1877)

Destruction et refondation

Lors de la troisième et dernière Guerre punique, Carthage supporta le siège des Romains pendant trois années. Scipion Émilien, devenu consul, dut livrer combat, maison par maison, jusqu’à la citadelle de Byrsa, qui finit par tomber, ravagée par les flammes. Rien ne résista à l’acharnement des vainqueurs : les habitants survivants furent emmenés comme esclaves, les murs qui avaient subsisté à l’incendie furent abattus pierre par pierre, le territoire fut déclaré maudit. Une légende qui s’est répandue au Ve siècle racontait même que le sol fut recouvert de sel pour que rien ne repousse. Cependant, en 47 avant J.-C., grâce à Jules César, Carthage fut refondée sous le nom de Colonia Julia Carthago. Elle retrouva alors sa prospérité et devint la capitale de la province d’Afrique à la période impériale.

POUR CRÉER UN PARCOURS À DISTANCE, ODYSSEUM VOUS PROPOSE :
Besoin d'aide ?
sur