Les Étrusques et leur civilisation mystérieuse

Des statues au sourire captivant, des rites religieux étonnants et une langue aux sonorités lointaines encore indéchiffrée… Les Etrusques, souvent peu connus du grand public, ne nous ont pas encore dévoilé tous leurs mystères ! Pourtant cette civilisation fut la plus prospère et brillante d’Italie pendant près de six siècles, du VIIIe au IIIe siècle avant J.-C., avant que Rome ne la supplante. Les Etrusques dominaient toute l’Italie centrale, entre les deux fleuves du Tibre et de l’Arno, soit à peu près la Toscane actuelle (dont le nom dérive du latin « Tusci », autre nom des Etrusques). Au VIe siècle avant J.-C. principalement, siècle d’or des Etrusques, ils étaient avec Carthage les deux puissances les plus importantes sur la Méditerranée occidentale. Ils étaient aussi appelés « Tyrrheni » : la mer Tyrrhénienne tire son nom de ce peuple qui domina la Méditerranée avant les Romains !

Petite histoire d’une grande civilisation

La question de l'origine des Etrusques a été longtemps débattue,  et ce débat a contribué à la fascination qu’ils continuent d'exercer. L’historien grec Hérodote, qui les appelle « Lydiens », rapporte la légende de leur venue d’Orient. En 2007, des analyses scientifiques menées par le professeur Piazza de l’université de Turin sur les ADN d’habitants de la Toscane confirmaient des points communs avec les génomes turcs. Les archéologues datent aujourd’hui cependant majoritairement l’apparition de la civilisation étrusque à la période dite « villanovienne », en Italie centrale au IXe siècle av. J.-C.

Les Etrusques habitaient au départ de simples cabanes de villages, dont nous pouvons imaginer la forme et la conception grâce aux « modèles réduits », retrouvés dans les tombes, qui servaient d’urnes cinéraires. Au VIIIème s av. J.-C., les populations se rassemblent et commencent à former des villes. Leur mode de vie évolue en un siècle, en particulier grâce aux contacts noués avec les Grecs et Phéniciens venus commercer voire fonder des colonies en Italie. Les Etrusques commencent à écrire, grâce à l’alphabet qu’ils empruntent au Grecs pour transcrire les sons de leur langue. Une nouvelle aristocratie prend le pouvoir : des palais monumentaux sont bâtis, comme à Murlo près de Sienne. Une douzaine de cités-états indépendantes sont constituées, comme Véiès, Tarquinia ou Cerveteri, chacune dirigée par un roi qui gouverne aussi le territoire entourant ses murailles. Le « dodécapole » (la confédération des douze cités) se rassemble chaque année à Volsinii pour décider et  mener des opérations communes.

Au VIème siècle av J.-C., l’Etrurie est devenue la région la plus puissante d’Italie, du point de vue politique, économique et militaire : le territoire s’est agrandi jusqu’en Campanie au sud, en Gaule au Nord et même en Corse d’où les Etrusques et les Carthaginois chassent les Grecs vers 540 av JC  à la bataille d’Alalia. C’est aussi à cette époque que, selon Tite-Live, trois rois étrusques auraient régné sur Rome : Tarquin l’Ancien, auquel Rome doit l’assainissement du forum par la création de la Cloaca maxima (égout principal de la ville), Servius Tullius, qui élargit l’enceinte de la ville et Tarquin le Superbe, qui fait bâtir le temple de Jupiter sur le Capitole et les gradins du Circus maximus. Le récit de l’historien latin a beau relever par bien des aspects de la légende, l’influence des Étrusques sur le développement de Rome à cette époque est incontestable.

Cette civilisation brille aussi par son artisanat : le sol est riche en minerais (cuivre, fer, plomb) et les Etrusques excellent dans la métallurgie. Leurs objets en bronze (armes, statues, miroirs…), mais aussi leurs céramiques (le « bucchero negro », terracotta fine et noire) et leur vin, s’exportent dans tout le monde méditerranéen. L’orfèvrerie est particulièrement raffinée : les Étrusques réalisent de merveilleux bijoux en or grâce à la technique de la granulation, qui consiste à créer des décors en déposant de minuscules boules d’or les unes à côté des autres.

On peut admirer aujourd’hui nombre de ces objets dans les musées nationaux d’Europe : au musée étrusque à Rome bien sûr, mais aussi au Louvre à Paris, à Berlin ou à Londres. Ils ont été retrouvés dans des tombes : les Etrusques fortunés avaient en effet l’habitude de décorer celles-ci comme de véritables maisons. Dans l’immense nécropole de Tarquinia par exemple, certaines comportent plusieurs chambres, ainsi que du mobilier et sont décorées de fresques. Le couvercle du sarcophage représente les défunts comme s’ils continuaient à banqueter après leur mort ! Les Étrusques croyaient en une vie dans l’au-delà.

La vie religieuse des Etrusques

Comme la plupart des peuples de l’Antiquité, les Etrusques étaient polythéistes. Ils ont d’ailleurs assimilé plusieurs dieux grecs, comme la triade « Zeus, Héra et Athéna », honorée sous les noms de « Tinia, Uni et Menerva ». Le couple « Turan et Laran » correspond à Aphrodite et Arès, tandis que « Fufluns » est l’équivalent de Dionysos. Le héros Heraklès, rebaptisé « Herkle », connut une grande popularité, au point d’être représenté sur des poteries affrontant le Minotaure… à la place du traditionnel Thésée !

La vie religieuse accorde une place importante et singulière à l’art de la divination. Pour les Etrusques, la volonté des dieux était révélée par des phénomènes naturels. Des prêtres, spécialisés pour interpréter ces présages, étaient consultés avant toute décision importante. Les augures et les auspices observaient par exemple le vol des oiseaux dans le ciel, divisé en seize sections, leur chant et façon de se nourrir. Les haruspices lisaient les présages dans les entrailles des animaux. Fait rare dans l’Antiquité, ces connaissances et cette science étaient consignées dans des livres sacrés (les Libri rituales, aruspicini, fatales), dont nous connaissons l’existence par les Romains.

La langue

La langue des Étrusques disparaît dès l’Antiquité : hormis quelques lettrés – dont l’empereur Claude, passionné par cette civilisation et dont la première épouse était d’origine étrusque – et haruspices, qui la pratiquaient encore dans leurs formules rituelles, les Romains eux-mêmes dès le Ier s ap. J.-C. ne la comprenaient plus. Nous possédons de nombreuses inscriptions (sur des bandelettes de lin, bijoux, vases ou encore des inscriptions funéraires) mais toutes assez brèves et répétitives : elles indiquent le plus souvent le nom du propriétaire ou du défunt, éventuellement sa lignée, un nom de divinité… Elles sont donc assez décevantes pour l’archéologie. Cette langue étrusque n’était pas d’origine indo-européenne. Si nous savons aujourd’hui la lire (car les Étrusques ont emprunté aux Grecs les caractères de leur alphabet), nous ne pouvons pas en revanche la comprendre : seuls les noms de dieux par exemple, les chiffres et quelques mots du lexique de la famille ont été déchiffrés.

La fin de la civilisation étrusque

La civilisation étrusque disparait lentement à partir du Vème siècle av. J.-C. Les cités-états subissent les attaques des peuples voisins : Samnites en Campanie, Grecs à Cumes, Gaulois dans la plaine du Pô et surtout Romains, qui se lancent dans une politique de conquête déterminée. Rivales entre elles et devant régler aussi des rébellions internes, elles ne parviennent pas à résister. Le territoire étrusque se réduit au fur et à mesure que celui de Rome s’étend ! Le dernier roi étrusque est chassé de Rome en 509 av. J.-C. ; en 396 av. J.-C., Véies est prise après dix ans de siège, et Volsinii, la dernière cité-état, tombe en 265 av. J.-C. A la fin du Ier siècle av. J.-C., toute l’Etrurie est devenue romaine : même si des traces subsistent encore, et en particulier l’utilisation de l’alphabet, ce peuple et sa langue sombrent pour des siècles dans l’oubli.

Les Etrusques n’ont été redécouverts en Italie qu’au cours du XVème siècle, et les tombes, qui ont longtemps constitué notre principale source archéologique, ont souvent été victimes des pillages des « tombaroli » ! De nouveaux chantiers de fouilles font progresser notre connaissance de ce peuple, comme en 2019 la découverte d’une tombe exceptionnelle à Aleria : pour les  archéologues ou les  nouveaux "Champollions",  la voie demeure ouverte.

Ce qu'écrit Tite-Live :

 

"Tanta opibus Etruria erat, ut iam non terras solum sed mare etiam per totam Italiae longitudinem ab Alpibus ad fretum Siculum fama nominis sui implesset."

 

"Grande était la puissance de l'Étrurie, dont la glorieuse renommée envahissait les terres et la mer aussi sur toute l'étendue de l'Italie, des Alpes au détroit de Sicile."

 

Tite-Live, Ab Urbe condita, I, 2, 5 (Traduction par Danielle De Clercq, Bruxelles, 2001)

  • Sur les couvercles des sarcophages étrusques, mari et femme dînent ensemble.
  • Prédécesseurs et adversaires des Romains sur le sol italien, les Etrusques ont laissé des traces dans la civilisation romaine : les jeux du cirque par exemple, la cérémonie du triomphe et d’autres symboles de pouvoir sont un héritage des Etrusques.
  • Dans son récit de la fondation de Rome, Tite-live décrit deux rites étrusques : l’observation du vol des oiseaux par Romulus et Rémus, et le tracé de l’enceinte sacrée de la ville par le héros fondateur.
  • Auspices, augures et haruspices… Les Romains ont perpétué l’art de la divination des prêtres étrusques. Au musée de Plaisance, un foie de mouton en bronze, divisé en quarante sections et gravé d’inscriptions étrusques, a pu servir de carte pour pratiquer cet art.
  • Les artistes étrusques nous ont laissé des chefs-d’œuvre, comme les peintures de la nécropole de Tarquinia, l’impressionnante statue en bronze de la Chimère d’Arezzo, celle de l’Arringatore (l’orateur) ou l’Apollon de Véies. La louve de la célèbre statue de Rome n’est pas romaine… mais étrusque !
  • Les Etrusques ont emprunté aux Grecs leur alphabet puis l’ont transmis aux Romains : c’est à eux que nous devons pour une part notre alphabet latin !

Voir aussi :

Des livres :

  • Les Etrusques, histoire d’un peuple, Jean-Paul Thuillier, A. Colin, 2003
  • Un extraordinaire roman policier : La dame qui tue, Marie-Aude Murail, L’école des loisirs, 1994
  • Des bandes-dessinées : Les voyages d’Alix, les Etrusques,  t.1 et t.2, Jacques Martin et Jacques Denoël, Casterman, 2004 et 2007

Pistes de recherche :

  • Les civilisations disparues
  • Les origines et la fondation de Rome
  • L’alphabet et la naissance de l’écriture
  • L’art de la divination
  • Echanges commerciaux dans la Méditerranée
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