Le vaste Océan

Dans la mythologie, Océan (Ὠκεανός, Okéanos) est l’aîné des douze Titans nés de l’union de Gaia (la Terre) avec Ouranos (le Ciel). Il est représenté comme un gigantesque fleuve encerclant le disque plat de la terre : c’est sur son bord mystérieux, où s’arrête le monde des hommes, qu’Ulysse parvient chez les Cimmériens et trouve un accès aux Enfers.

« Tout au long du jour, les voiles du bateau qui traverse la mer sont tendues par le vent. Enfin, le soleil s'enfonce et l'obscurité couvre tous les chemins. Cependant nous arrivons aux limites du profond Océan aux vastes tourbillons. C’est là que se trouvent la ville et le pays des Cimmériens. »

Homère, Odyssée, Chant XI, vers 10-14

« Les âmes des prétendants [tués par Ulysse] dépassèrent le cours d’Océan, le Rocher Blanc, les portes du Soleil et le pays des Songes ; bien vite elles arrivèrent dans la prairie d’asphodèles où habitent les âmes, fantômes des défunts. »

Homère, Odyssée, chant XXIV, vers 11-14

Selon le poète Hésiode (env. 750 av. J.-C.), Océan s’unit à l’une de ses sœurs, Téthys ; le couple donne naissance à trois mille fils, qui forment tous les fleuves de la terre, et à trois mille filles, dont Styx (l’un des fleuves des Enfers) est la plus âgée : appelées Océanides, elles personnifient les ruisseaux et les sources. Parmi elles, on compte Métis, la première compagne de Zeus, et Dioné, qui, unie à Zeus elle aussi, donne naissance à Aphrodite, selon Homère.

« Il y a trois mille Océanides aux fines chevilles dispersées sur la terre et dans les lacs profonds, et qui habitent de toutes parts, illustre race de déesses. Et il y a autant de fleuves au cours retentissant, fils d’Océan, enfantés par la vénérable Téthys. Et il serait difficile à un homme de dire tous leurs noms ; mais ceux qui habitent leurs bords les connaissent tous. »

Hésiode, Théogonie, vers 364-370

Cependant, avec les voyageurs et « géographes » soucieux de rendre compte de la réalité du monde, la représentation mythologique laisse la place à la description géographique.

« L’Océan n'est pas un fleuve : c'est la mer la plus éloignée de toutes les mers navigables ; ses côtes sont habitées par les Celtes et par les Ibères, et l’on y trouve une île nommée la Bretagne.

Pausanias (env. 115 - 180), Description de la Grèce, Livre I, chapitre 33, 4

Sommaire du dossier

Au-delà des colonnes d’Hercule : le saut dans l’inconnu

Orbis terrarum

orbis terrarum

Représentation schématique de l’orbis terrarum (O T) surmonté du Paradis d'où coulent les quatre fleuves évoqués par la Bible (Genèse, II, 8-10), enluminure du Livre des propriétés des choses de Barthélemy l'Anglais, env. 1480, Bibliothèque nationale de France, Paris. © BnF

Au Moyen Âge, le savoir livresque hérité de l’Antiquité gréco-latine est christianisé et compilé dans de grandes sommes encyclopédiques. Le mythe du fleuve Océan est transposé graphiquement en un anneau aquatique infranchissable encerclant la Terre représentée comme un disque (orbis terrarum, « le cercle des terres »).

 

 

 

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