Le Puru∑a (L’Homme) — Inde ancienne La sagesse brahmanique

Prajapati

Prajapati, © Wikimedia commons

 

Puru∑a avait mille têtes,
Mille yeux, mille pieds.
Toute la terre de part en part il couvrait
Et de dix doigts la dépassait encore.

 

Puru∑a est tout cet univers,
Ce qui a été, ce qui sera.
Des immortels il est le maître,
Qui par la nourriture sacrificielle
toujours plus fait croître.

 

Telle qu'elle a été dite est sa grandeur
Mais il est plus grand que sa grandeur.
Un quartier de lui est tous les êtres.
Trois quarts de lui forment au ciel l'immortalité.

 

Avec trois quartiers s'est élevé là-haut Puru∑a.
Un quartier de lui en tous les êtres s'est changé.
De là il s'est étendu dans toutes les directions
Vers ce qui mange, vers ce qui ne mange pas.

 

De lui naît Viråj
Et de Viråj naît Puru∑a.
Une fois né il dépasse la terre
À l'orient et à l'occident.

 

Quand les dieux le sacrifice célébrèrent
Avec Puru∑a pour oblation,
Le printemps fut le beurre fondu,
L'été le bois à enflammer, l'automne l'offrande.

 

Ce Puru∑a né aux origines, ils l'aspergèrent,
Victime sacrificielle sur la litière herbeuse.
Par lui, les dieux, les Sådhya et les voyants
Le sacrifice ont accompli.

 

De ce sacrifice offert en forme totale
Fut recueilli le beurre coagulé.
Il devint les animaux qui sont dans les airs,
Ceux des forêts, ceux des villages

 

De ce sacrifice offert en forme totale
Naquirent le Ùgveda et le Samaveda.
D'eux naquirent les mètres strophiques.
D'eux naquit le Yajurveda.

 

De ce sacrifice naquirent les chevaux
Et toutes les bêtes aux incisives en haut et en bas.
De lui naquirent les vaches.
De lui naquirent les chèvres et les brebis.

 

Quand ils eurent démembré Puru∑a
En combien de parts l'ont-ils divisé?
Que devint sa bouche ? Ses bras que devinrent-ils ?
À ses cuisses, à ses pieds quel nom donne-t-on ?

 

Sa bouche devint le Brahmane.
De ses bras fut produit le Guerrier,
De ses cuisses l'Artisan.
De ses pieds naquit le Serviteur.

 

De son esprit est née la Lune.
De ses yeux est né le Soleil,
De sa bouche Indra et Agni
De son souffle est né le vent.

 

De son nombril l'atmosphère tira son origine.
De sa tête le Ciel fut produit,
De ses pieds la terre,
De ses oreilles les points cardinaux.
Ainsi les dieux formèrent-ils le monde.

 

Sept étaient les bois de palissade,
Trois fois sept furent les bois d'allumages placés sur le feu,
Quand les dieux célébrant le sacrifice
Eurent lié Puru∑a pour victime

 

Avec ce sacrifice les dieux firent au sacrifice un sacrifice.
Telles furent les premières règles.
Ces puissances rejoignirent le firmament
Là où se tiennent les Sådhya qui furent les premiers, et les dieux.

 

 

Hymns of the Rigveda in the Samhita and Pada Texts, reproduction de l’Editio Princeps de F. Max Müller, 3ème édition, Varanasi, 1965 — T. Aufrecht, Die Hymnen des Rigveda, repr. photostatique de l’édition de 1877, Wiesbaden 1968.

Dans Le voyage d’Alexandre le Grand en Inde, Fabrizia Baldissera et Pascal Charvet, Paris Nil 2002

Enseignement facultatif de 6e Français et culture antique (FCA)

Axe littéraire, culturel et artistique

Objet d'étude n° 1 : Naissance et renaissance du monde , se représenter les origines de l'univers et des hommes 

  • Quand l'humanité voit le jour 

    • Ouverture vers d'autres cultures : Inde ancienne

Hymnes du Ù g Veda

Il s'agit du recueil des hymnes les plus anciens de la Révélation, textes sacrés en sanscrit qui devaient être appris et récités par coeur par les hommes des trois premières classes après leur initiation, et surtout par les Brahmanes. La première partie du mot signifie “verset”, tandis que veda, de la racine vid- “connaitre” (la même que celle du mot grec oida et idéa) signifie “principe de réalité, connaissance” . Composés entre 1300 et 1000 avant J.-C., ces poèmes variés qui s’adressent aux divinités du panthéon indien originaire ont encore leur place dans les rituels privé et public, et constituent le premier noyau des croyances sur l’essence du divin, l’origine des mondes, la signification du sacrifice, la naissance de la parole; mais également sur la naissance de l’amour, d’abord désir indéterminé, puis sentiment et transport envers une personne. Ces hymnes qui se présentent souvent de façon énigmatique et mystérieuse, ont suscité, dès l’antiquité, un grand nombre de commentaires.

Cette littérature constitue donc le fondement des croyances brahmaniques indiennes, et même ceux qui récusent le dictat des Veda, comme les Bouddhistes ou les Jainas du temps d’Alexandre, doivent en permanence se confronter à la culture traditionnelle qui s’en dégage.

Il existe plusieurs récits cosmogoniques différents dans le recueil du Veda. Ici Puru∑a, cet Homme immense, est Vi∑ˆu, le "Pervaseur", celui qui partout se répand, celui qui dépasse toute limite, le dieu sacrifié pour la naissance de l’univers.

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