Le mariage dans la société romaine

Formes juridiques du mariage au fil du temps

Le mariage à Rome est un  moyen d’intégration ou d’exclusion sociale qui évolue au fil des époques. C’est le cas, par exemple, des cinq mariages stratégiques conclus par Pompée ou des trois alliances successives de Julie, fille d’Auguste, pour assurer la succession de son père. Voici quelques lois qui le montrent :

  • La lex Canuleia en 445 av. JC qui lève l’interdiction du mariage entre Patriciens et Plébéiens,
  • La lex Julia de maritandis ordinibus en 18 av. JC, sous Auguste, qui a pour but d’encourager les citoyens au mariage, sauf entre personnes de classes sociales différentes, de pousser à la procréation et au maintien social,
  • La Lex Iulia de adulteriis, établie par Auguste vers 18 av. J.-C. en vue de réprimer l’adultère,
  • La lex Papia Poppaea en 9 ap. JC, sous Auguste, qui souhaite développer la natalité, accorde le mariage entre ingénus et affranchis et sanctionne les célibataires, les couples sans enfants dans le partage d’héritage,
  • L’autorisation très sélective du mariage aux populations sujettes ou alliées.

A l'origine, sous la Royauté et la République, seuls les Patriciens ont le droit de se marier légalement (jus conubii). Les mariages les plus anciens sont des mariages cum manu : la jeune épousée passe de l'autorité du père à celle du mari. Il existe trois formes possibles de mariage cum manu :

  • La confarreatio : cette cérémonie religieuse rend le mariage indissoluble. Les deux époux prennent les auspices, mangent ou offrent à Jupiter un gâteau de froment, le panis farreus ou farreum, qu'ils se partagent devant l'autel domestique, cela en présence du flamen dialis (flamine) et du grand Pontife. A la fin de la République, ce mariage n'est plus en usage que dans les familles de flamines.
  • La coemptio (du verbe emo, acheter) consiste en un achat symbolique de la jeune fille par le fiancé. Le père accomplit l'acte rituel de mancipatio (vente) en prononçant une formule traditionnelle : « Hunc ego hominem ex iure quiritium meum esse aio isque mihi emptus esto hoc aere aeneaque libra » (Par le droit des Quirites, j'affirme que cet homme m'appartient. Que celui-ci soit acheté par moi avec cette monnaie et cette balance de bronze.) Ensuite il frappe la balance avec la pièce de monnaie et donne cet argent au vendeur comme symbole du prix. Doivent être témoins au moins cinq citoyens romains pubères, ainsi qu’un peseur de balance en airain appelé libripens.
  • Le mariage usus ou per usum (de fait) qui légitime une cohabitation d'un an avec consentement préalable des parents (matrimonii causa). Durant cette période, la femme ne peut pas s’absenter plus de trois nuits de son foyer sinon on considère qu’elle l’abandonne, le mariage est annulé et la femme renonce à sa dot : le cas est attesté dans la Loi des Douze Tables (451-449). Ce type de mariage peut néanmoins être rompu par chacun des deux conjoints, contrairement aux deux autres types d’unions. Il fleurit sous la République puis disparaît progressivement.

A partir de 445 avant J.-C., commence à apparaître  les mariages sine manu : le père peut ainsi garder le pouvoir sur sa fille.  Des artifices permettent de rendre sine manu les mariages par coemptio ou per usum. Le mariage cum manu limitait  les droits de la femme : à la fin de la République, la généralisation du mariage sine manu correspond à un mode d'union plus souple davantage en phase avec l'évolution de la société.Dans le mariage sine manu, notamment les biens sont séparés et chacun des deux époux peut en disposer librement.  

Sous l’Empire, le mariage se généralise à toute la société ; les deux formes traditionnelles de mariage ont pratiquement disparu. Une nouvelle forme de mariage apparaît : les nuptiae (du verbe nubere, mettre le voile, épouser), fondées sur le consentement mutuel. Pour illustrer cette évolution, il suffit de comparer deux anecdotes :

  • Caton l’Ancien, modèle de stoïcisme, n’hésite pas à se séparer de sa femme Murcia, qui lui a donné des enfants, pour la confier, en 56 av. JC, à l’un de ses alliés politiques, Quintus Hortensius Hortalus, afin de montrer qu’il faut subordonner ses intérêts personnels affectifs aux obligations civiques. Après la mort de son second mari, Murcia revient vivre avec Caton, ce qui est un symbole de fidélité conjugale, selon les propos de Lucain dans La Pharsale.
  • A l’inverse, selon Caius Musonius Rufus, philosophe stoïcien du Ier s. ap. JC, la procréation seule ne doit pas justifier le mariage : l’essentiel réside dans la communauté de sentiments, ce qui lui fait voir le triangle formé par Caton, Murcia et Hortensius comme un exemple parfait de cynisme de la part de Caton.

À cette époque, fleurissent ainsi les poèmes d’amour passionnés où la femme illégitime est célébrée à l manière d'une femme légitime, comme chez Catulle amoureux de Lesbie,  ainsi que les récits où l’épouse est présentée comme unique et irremplaçable, comme chez Plutarque ou Pline l’Ancien ; Musonius place même le lien matrimonial au-dessus du lien filial. Les Épicuriens, en revanche, considèrent le mariage comme nuisible à la sagesse.

Au Bas Empire, le mariage repose toujours sur l’affectio maritalis et le consensus mais le rôle de la patria postestas augmente. Malgré la suppression des lois d’Auguste, l’épouse n’est toujours pas émancipée : l’État veille sur les intérêts financiers des femmes mais leurs excès en ce domaine sont sévèrement punis.

 

LES CÉRÉMONIES

Les fiançailles, sponsalia 

Avant le mariage, on purifie les époux par un bain lustral, des offrandes et des prières aux dieux. Les fiançailles sont un engagement réciproque des fiancés devant témoins. Le fiancé passe un anneau à l'annulaire gauche de la jeune fille et lui offre des cadeaux, souvenir probable du mariage par coemptio. Les filles possèdent souvent une dot, au moins chez les Patriciens.

La veille du mariage, la fiancée revêt une tunique blanche et se coiffe de six tresses ramenées autour de la tête à la manière des Vestales.

Le matin du mariage, la fiancée revêt un manteau (palla) couleur safran, chausse des sandales assorties, et se couvre la tête d'un voile orangé sur lequel est posée une couronne de fleurs. Chez les parents de la mariée, on sacrifie sur l'autel domestique et on consulte les auspices. Ensuite une matrone n'ayant été mariée qu'une seule fois, joint, devant témoins, les mains droites des nouveaux époux (junxtio dextrarum) en signe d'engagement mutuel à vivre ensemble.

La nuit de noces

Après le festin nuptial, à l'apparition de l'étoile du soir, Vesper, se joue un simulacre d'enlèvement de la mariée. Un cortège, précédé de porte-torches et de joueurs de flûte, chantant des chants d’hyménée et proférant des plaisanteries grivoises, accompagne la mariée jusqu'au domicile de l'époux. On lance aux époux des noix ou des fruits secs, symboles de prospérité et fécondité. Deux amies de la mariée portent le fuseau et la quenouille, symboles de ses vertus domestiques.

Arrivée dans son nouveau domicile, la mariée répond à son mari qui lui demande son identité, par la formule rituelle : « Ubi tu Gaius, ego Gaia » (Où tu seras Gaius, je serai Gaia). Elle décore la porte puis on la soulève pour lui faire franchir le seuil en souvenir de l'enlèvement des Sabines et par souci d'éviter un mauvais présage.

Son mari lui présente l'eau et le feu, symboles de la vie commune et du culte familial, ainsi que les clés de la maison. Elle offre trois pièces de monnaie, l'une à son époux, l'autre au dieu Lare, la dernière au dieu du carrefour le plus proche.

 

LE DIVORCE

Pour rompre la confarreatio, il faut une autre cérémonie en présence de témoins, la diffarreatio où l’on prononce les formules consacrées : « Res tuas tibi habeto » (Emporte tes affaires) et "Reddas meas" (Rends-moi les miennes).

Sous la Royauté et la République, cela n’est possible que pour les hommes, en cas d’adultère ou d’infertilité de l’épouse, car il s'agit là d'une offense aux dieux du foyer.

A partir de l’Empire, l’adultère devient un crime et se voit souvent puni de mort, celle de la femme et/ou de l’amant, s’il est esclave ou citoyen romain sans droit, infamis (esclave, affranchi, acteur …) pris sur le fait; une femme adultère ne se remarie pas.

Malgré les lois sur l’adultère d’Auguste, de  Domitien et de  Septime Sévère, le droit au divorce et au remariage est peu à peu acquis. 

Mais  Bas Empire cependant, du fait de  l’influence chrétienne, le divorce devient plus difficile puis est interdit.

 

 

Ce qu'écrit Cicéron : 

 

Nam cum sit hoc natura commune animantium, ut habeant libidinem procreandi, prima societas in ipso coniugio est, proxima in liberis, deinde una domus, communia omnia ; id autem est principium urbis et quasi seminarium rei publicae.

 

Comme il y a entre tous les êtres vivants un trait commun qui est le désir de procréer, la première société consiste dans l’union des époux, la plus proche de celle-là comprend les enfants, avec une seule demeure où tout est commun. C’est là le commencement d’une ville et en quelque sorte la pépinière d’un État. 

Cicéron, De officiis,1,17, 54

  • Le mariage romain est une sorte de contrat social, réservé d'abord aux classes aisées, que l’on signe pour plusieurs raisons 
    • Avoir des enfants,
    • Transmettre des biens matériels (patrimoine mobilier et immobilier) et immatériels (noms, qualités, ancêtres, cultes, comportements, valeurs)
    • Conclure des alliances entre les familles pour assurer le tissu social

Il s’agit donc d’un devoir religieux, familial et civique, la famille structurée étant le reflet miniature d’une société bien organisée. Les célibataires doivent d’ailleurs payer un impôt spécifique.

  • Chez les Romains, le mariage est monogame. Par ailleurs, seuls les citoyens libres peuvent se marier ; les esclaves n’en auront la permission qu’à partir de 200 ap. JC ; en revanche ils peuvent vivre en concubinage (contubernium). A partir de la dynastie des Sévères au début du IIIème siècle, le mariage des soldats est autorisé.
  • L'âge légal est de douze ans pour les filles, quatorze ans pour les garçons. En pratique, cependant, les garçons se marient en général vers 25-30 ans. Le mari doit être d’une condition égale ou supérieure à celle de la femme.
  • Les épouses ne prennent pas le nom de leur mari mais gardent celui de leur gens (famille). Elles changent seulement de « tuteur », qui veille sur elle, gère ses biens, la représente dans les actes juridiques.
  • Les Romains sont très superstitieux. Ainsi, par tradition, on ne se marie pas pendant le mois de Mai, qui est consacré aux cultes des tombeaux et aux ancêtres (majores) d’où il tire son nom. Les Calendes, premier jour du mois, et les Ides, treizième ou quinzième jour du mois correspondant souvent à la pleine lune, ne sont pas conseillées non plus, mais le mois de juin est recommandé car c'est le mois de Junon, la déesse du mariage.

 

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