Le jugement de Paris Panneau de mosaïque de la maison de l’atrium à Antakya (Turquie)

Lithostrota coeptauere iam sub Sulla; paruolis certe crustis exstat hodieque quod in Fortunae delubro Praeneste fecit. Pulsa deinde ex humo pauimenta in camaras transiere uitro.

Pline l’Ancien, Histoire Naturelle, XXXVI, 64

 

Sous Sylla déjà, on commença à utiliser les carrés de mosaïque ; aujourd’hui est clairement visible sous la forme de petits ornements la mosaïque qu’il fit dans le sanctuaire de la déesse Fortune à Préneste. Puis les dallages furent transformés : ils passèrent du sol aux parois voûtées et furent de verre.

Magni Jovis consiliis electus judex rusticatus et opilio

 

Apulée, Les Métamorphoses, X, 33

 

Un berger campagnard, choisi comme juge sur les conseils de Jupiter.

Ce panneau de mosaïque représente un épisode majeur de la mythologie gréco-romaine, le Jugement de Pâris : à gauche, le dieu Hermès annonce au berger Pâris, qu’il doit désigner la plus belle déesse entre Athéna, Héra et Aphro- dite, en remettant une pomme d’or à la gagnante. 
À droite, on reconnaît Héra, au centre, du groupe, en trône. Elle est encadrée d’une part par Athéna, casquée, qui porte l’égide, et d’autre part par Aphrodite, simplement vêtue d’une tunique bleue. 
Dans la suite du mythe, Aphrodite promet à Pâris l’amour d’Hélène de Sparte en échange de la victoire. Le héros accepte mais Hélène est déjà mariée. Il décide de l’enlever, ce qui provoque la guerre de Troie.

Elle décorait le sol du triclinium de la villa, c’est-à-dire de la salle à manger. Elle faisait partie d’un pavement beaucoup plus vaste et était accompagnée d’autres scènes mythologiques. Elle permet de mettre en avant la culture du propriétaire de la maison et peut servir de point de départ pour des sujets de conversation.

 

Jugement de Pâris

 

Pour aller plus loin…

Au premier regard, la mosaïque dite du Jugement de Pâris est un carré, d’un peu moins de deux mètres de côté, posé sur le sol du Louvre, au milieu d’une multitude de portraits d’empereurs romains. Si elle attire l’œil par la richesse de ses couleurs, il est difficile de comprendre sa fonction au premier abord et il devient nécessaire de se replonger dans le contexte de sa découverte.

En 1932, à Antakya, en Turquie, le docteur Fisher, professeur à l’institut américain d’archéologie de Jérusalem, participe à la première campagne de fouilles organisées dans cette ville, sur l’initiative de l’université de Princeton. Il découvre dans un faubourg une villa, rapidement surnommée Maison de l’Atrium, encore dotée d’un grand pavement de mosaïques sur le sol de son triclinium, c’est-à-dire de sa salle à manger. Ce pavement présente des panneaux géométriques, disposés en forme de U dans le fond de la salle, et des panneaux figurés. Celui du Louvre, cœur du programme décoratif, prend place au centre. 
Il est alors accompagné par une scène de concours à boire entre Dionysos et Héraclès, un satyre, une ménade et une scène associant Aphrodite et Adonis. Quant aux panneaux géométriques, ils sont ornés d’un treillis de losanges. La disposition de ces différents éléments est très révélatrice : les parties non figuratives se destinent, selon toute vraisemblance, à être cachées par du mobilier, en l’occurrence, des lits de banquet. Par ailleurs, les orientations différentes des scènes indiquent des points de vue privilégiés selon l’évolution du convive dans la salle à manger. Ainsi, lorsque l’hôte pénètre dans la pièce, il est accueilli à l’entrée par le panneau du concours de boisson, mais le Jugement de Paris est orienté dans l’autre sens : il n’est donc pas visible depuis la porte mais depuis les lits de banquet. Il est alors possible de l’admirer à loisir pendant le repas, mais aussi d’en faire un support de conversation.

La conservation d’un pavement complet dans une telle salle est très utile à l’étude archéologique de la maison entière. Les mosaïques étant datées de la première moitié du IIe siècle alors que la villa remonte probablement à l’époque d’Auguste, un siècle auparavant, elles témoignent avant toute chose d’une occupation relativement longue et d’une pratique du remaniement décoratif. Par ailleurs, le choix du medium donne des informations sur l’utilisation de l’espace : il faut songer que la mosaïque est une technique avant tout fonctionnelle, notamment utilisée pour les espaces lavés à grande eau, comme c’est le cas des salles de banquet. L’iconographie n’est cependant pas anodine et révèle l’état d’esprit de la période et du propriétaire de la maison, probable commanditaire de l’oeuvre. Sur le panneau du Louvre, cinq personnages principaux prennent place dans un décor bucolique : à gauche, Hermès annonce au berger Paris, vêtu en oriental, qu’il va devoir désigner la plus belle déesse entre Athéna, Héra et Aphrodite, en remettant une pomme d’or a la gagnante. Les trois concurrentes apparaissent sur la droite du panneau : Héra est en trône, Athéna est casquée et Aphrodite, la gagnante du concours, est vêtue d’une tunique bleue qui la fait ressortir du groupe. Cet épisode mythologique bien connu des intellectuels du IIe siècle renvoie a un imaginaire plus vaste, puisqu’il s’agit des prémices de la guerre de Troie. En effet, Aphrodite, en échange de la victoire, promet a Paris l’amour d’Hélène de Sparte et c’est l’enlèvement de cette dernière qui engendre le conflit. Ainsi, lorsque les convives admirent le pavement, ils comprennent le sujet avec un regard nourri de connaissances littéraires, qui va plus loin que la scène représentée. Le recours à des thèmes intellectuels est à remettre dans le contexte d’Antioche, l’antique Antakya, une cite romaine florissante au IIe siècle où les riches citoyens ont à coeur de faire perdurer la culture grecque hellénistique. Le thème du Jugement de Paris demeure cependant populaire à travers tout le territoire de l’empire et fait partie d’un fond culturel commun très global. On le retrouve ainsi dans la peinture murale de Campanie. Le décor du panneau du Louvre rappelle par ailleurs les paysages sacro-idylliques romains, des représentations de lieux de nature sauvage et pure, habités d’architectures sacrées, et rappelant le temps idéal de l’Âge d’or.

Le saviez-vous ?

La mosaïque est ici déposée : elle a été transportée du site archéologique vers le musée. Pour cela, il a été nécessaire de séparer les tesselles, c’est-à-dire les cubes de pierre et de verre, du mortier dans lequel elles étaient maintenues depuis l’Antiquité.

D’où vient la mosaïque

Cette mosaïque provient de la Maison de l’Atrium à Antioche, le nom antique de l’actuelle ville d’Antakya.

Où la trouver ?

Elle est aujourd’hui conservée au musée du Louvre, au rez-de-chaussée de l’aile Denon.

Bibliographie

François Baratte et Noël Duval, Catalogue des mosaïques romaines et paléochrétiennes du Musée du Louvre, Paris, 1978, n°43, pp. 87-91.

Pierre Grimal, « Paris », Dictionnaire de la mythologie grecque et romaine, Paris, Presses Universitaires de France, 1986, 8e e dition.

Christine Kondoleon, Antioch, The Lost Ancient City, exposition du Worcester Art Museum (Massachusetts),
Princeton, 2000, pp.66-68, n°58, pp.172-174.

Henri Lavagne, La Mosaïque, Paris, Presses Universitaires de France, 1987.

Jean Lassus, « Fouilles à Antioche », Gazette des Beaux-Arts, VIe se rie, IX, 1933, pp. 257- 272.

Michel Ponsich. « Technique de la de pose, repose et restauration des mosaï ques romaines » In:
Mélanges d'archéologie et d'histoire, tome 72, 1960. pp. 243-252.

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Mélanges d'archéologie et d'histoire, tome 72, 1960. pp. 243-252.

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