La punition d’un petit effronté Ovide, Métamorphoses, Livre V, vers 438 - 461, traduction et adaptation Annie COLLOGNAT

 

Pluton, le dieu des Enfers, a enlevé Proserpine, la fille de Jupiter et de Déméter, la déesse des moissons.

Accablée par la disparition de sa fille, Cérès passe tout son temps à la chercher - en vain... Du matin au soir, elle parcourt toute la terre, elle erre sur toutes les mers. En Sicile, elle a gravi les flancs de l’Etna et elle a allumé deux torches de pin aux feux du volcan : elle les brandit à bout de bras pour guider ses pas dans les froides ténèbres de la nuit. Elle cherche, elle cherche, sans jamais s’arrêter. Elle crie, elle appelle sa fille. Mais à la fin, épuisée de fatigue et dévorée par la soif, elle voudrait trouver un endroit pour se reposer : dans la campagne, elle aperçoit par hasard une humble cabane couverte de chaume. Elle frappe à la porte : une femme âgée ouvre ; sur le seuil, elle découvre la déesse qui lui demande un peu d’eau pour se désaltérer. Aussitôt la vieille lui offre une boisson au goût sucré, qu’elle venait de préparer en la saupoudrant de grains d’orge grillés.

Pendant que la déesse est en train de boire goulûment, un enfant, un jeune garçon à l’air effronté, s’est planté devant elle : il éclate de rire et la traite de vorace. Très vexée par cette insolence, Cérès lui jette aussitôt au visage le reste de la mixture qu’elle n’avait pas encore fini de boire : il en est tout arrosé tandis qu’il parle encore. La peau du vilain petit garçon se couvre aussitôt de taches ; ses bras deviennent des pattes, une queue s’ajoute à ses membres qui ont changé de forme et se réduisent progressivement. Pour qu’il ne puisse plus s’amuser à dire du mal, l’enfant rétrécit ; il finit par avoir la taille d’un modèle réduit : celle d’un petit lézard, qu’on appelle lacerta en latin.

Frappée d’étonnement, la vieille femme se met à pleurer : elle essaie de toucher cette créature extraordinaire, mais celle-ci rampe et s’enfuit pour se cacher dans des trous obscurs. Dès lors, ce lézard tire son nom de son aspect et de sa couleur : comme son corps est constellé des gouttes dont il a été aspergé, il se nomme "stellion".

 

 

Le stellion (de stella en latin, qui signifie “étoile”, d’où le jeu de mots sur “constellé”) est un lézard très répandu autour de la Méditerranée : on l’appelle aussi “gecko”.

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