La langue copte

Papiers de Jean-Françoise Champollion. source Gallica. 

 

En 1799, durant la campagne d’Égypte, les troupes de Napoléon découvrent une stèle aujourd'hui connue sous le nom de « pierre de Rosette », qui présente un décret rédigé en 196 av. J.-C.. Le texte est répété à trois reprises : en hiéroglyphes, l’écriture sacrée, en démotique, langue vivante et courante de la période, et en grec, la langue du souverain. Cette stèle a une place importante dans la légende qui entoure le récit du déchiffrement des hiéroglyphes par Champollion. Dans les faits, ce document nourrit et aide effectivement l’avancement de son travail. Cependant, Champollion, personnalité profondément savante, ne parvient à ses fins que parce qu’il est détenteur d’une connaissance solide d’autres langues, et notamment de la langue copte. À l’âge de dix-sept ans, il écrit ainsi à son frère : « Je me livre entièrement au copte. Je veux savoir l'égyptien comme mon français parce que sur cette langue sera basé mon grand travail sur les papyrus égyptiens. ». Il s’attelle par ailleurs à la rédaction d’une grammaire copte, qui n’a jamais été publiée. Si le copte compte tant pour Champollion, c’est parce que cette langue représente le dernier stade de l’égyptien. C’est au IIIe siècle de notre ère que les Égyptiens adoptent à l’écrit les caractères de l’alphabet grec, auxquels s’ajoutent quelques signes issus du démotique qui ont pour fonction de rendre des sonorités absentes du grec. Il existe donc un rapport entre le copte et le démotique, même si ce dernier utilise encore les hiéroglyphes. Par ailleurs, malgré la révolution du passage à l’alphabet, les Égyptiens ne changent pas fondamentalement de système de pensée, même si la région se christianise. Le terme « copte » se caractérise par la multiplicité de ses sens : il désigne une langue, une population, une branche du christianisme, voire un art, et les réalités qu’il recoupe ont évolué avec le temps. « Copte » vient du grec « αιγυπτιος » ( aiguptios), qui signifie simplement « égyptien », sans allusion à la religion chrétienne. Après le VIIe siècle, époque de la conquête arabe de l’Égypte, le mot se transforme pour devenir qubti. Il désigne alors les anciens habitants du pays et ceux qui font le choix de rester chrétiens sur un territoire progressivement islamisé. Dans le même temps, la langue arabe prend de l’importance et supplante le copte, qui se cantonne peu à peu au domaine chrétien. On peut considérer qu’il s’agit aujourd'hui d’une langue morte, malgré quelques apparitions dans la liturgie, où
l’arabe demeure la langue principale. La langue copte en elle-même correspond aussi à des réalités multiples. Le contexte dans lequel elle se développe est marqué par un fort multilinguisme sur le territoire égyptien. Jusqu'à la conquête islamique, le grec est la langue de l’administration. Il est ensuite supplanté par l’arabe dans ce domaine. Le copte est en parallèle principalement employé dans les textes religieux chrétiens et dans la vie quotidienne : comptes, contrats, relations épistolaires. Ce fonctionnement conduit à une langue qui mêle du vocabulaire d’origine autochtone et des mots issus du grec. Dans les faits, il existe de nombreux documents bilingues ou trilingues, associant le grec, le copte et l’arabe, et ces trois langues cohabitent tardivement, jusqu'aux environs des Xe-XIe siècles. Par ailleurs, le copte en lui-même n’est pas une langue uniforme mais un ensemble de dialectes correspondant globalement à des zones géographiques de l’Égypte. Le saïdique est par exemple originaire du nord de la Haute Égypte et a connu une large diffusion le long de la vallée du Nil ; le bohaïrique, langue officielle de l’Église copte pendant plusieurs siècles, vient quant à lui plutôt de la région du delta. Dans une approche concrète, à l’écrit, le copte se développe sur une multitude de supports en fonction de la nature du document : on trouve ainsi des inscriptions sur papier, sur parchemin, sur papyrus, mais aussi sur les parois murales, notamment dans les monastères. Les ostraca sont également des supports fréquents : il s’agit de tessons de céramique ou de morceaux de calcaire sur lesquels sont inscrits, la plupart du temps, des informations brèves de la vie quotidienne. Cependant, il existe aussi toute une littérature en copte. Les livres saints du christianisme sont d’abord écrits en grec en Égypte : leur traduction en copte permet leur diffusion à travers l’ensemble du territoire. Ainsi, on trouve des traductions de nombreux textes bibliques dans tous les dialectes. Par ailleurs, des auteurs égyptiens écrivent aussi des textes originaux en copte : c’est le cas de Chénouté, figure majeure des IVe-Ve siècles, à la tête d’une importante communauté monastique et à l’origine de nombreux sermons, homélies, et traités théologiques, lesquels ont été conservés par une intense activité de copie. Accéder à de nombreux documents en copte est aujourd'hui tout à fait possible : le musée du Louvre présente notamment dans ses salles différentes stèles inscrites. Certains manuscrits de la Bibliothèque Nationale de France sont également numérisés et disponibles en ligne, comme c’est le cas du Pentateuque Copte 1.

Bibliographie


« Jean-François Champollion », Sidney Aufrere, 2008, site de l’Institut National d’Histoire de l’Art


Égyptes… l'Égyptien et le copte, catalogue de l’exposition réalisée par le musée archéologique Henri Prades à Lattes, édition préparée par Nathalie Bosson et Sydney H. Aufrère, 1999, Lattes, musée archéologique Henri Prades, pp.24, 69.


Pages chrétiennes d’Égypte, les manuscrits des Coptes, sous la direction d’Anne Boud’hors, 2004, Paris, Bibliothèque Nationale de France, pp.8-11.


Florence Calament, « Des murs et des poteries qui parlent », in Le Monde la Bible 2007, n°177, pp 38-41.


Mémoires d’Égypte, hommage de l’Europe à Champollion, catalogue de l’exposition réalisée pour le bicentenaire de la naissance de Jean-François Champollion, Emmanuel Le Roy Ladurie et al., 1990, Strasbourg, La Nueée bleue, pp. 111-117.

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