La guerre des Alliés Textes et documents d’histoire grecque. Licence d’histoire. LES AFFAIRES GRECQUES JUSQU’À LA « GUERRE DES ALLIÉS ».

Libérer les cités grecques de l’impérialisme athénien

 

357-355. « Guerre des Alliés1 ». La seconde Confédération athénienne luttait contre l’impérialisme lacédémonien. Après Leuctres, cette alliance devient pesante aux alliés. Les alliés, comme on l’a vu plus haut, supportent de plus en plus difficilement les « contributions », qu’exige Athènes. L’attitude des Athéniens à l’égard de Potidée, de Samos, ou encore de Céos2, rappelle les comportements des maîtres de la Ligue de Délos. La « Guerre des Alliés » est une véritable lutte de libération contre l’impérialisme athénien. Ce dernier disparaît définitivement en 355.

Stèle trouvée sur l’Acropole d’Athènes. Elle est révélatrice des données stratégiques avec lesquelles la politique athénienne doit jouer. Il s’agit d’une alliance entre les Athéniens et le royaume thrace où Athènes a des intérêts essentiels à protéger. Le royaume thrace des Odryses, après l’assassinat de Cotys en 359, est partagé entre plusieurs souverains. Cette inscription est le témoignage d’un traité conclu par le stratège Charès avec les trois rois thraces qui s’engagent à seconder Athènes dans sa lutte contre les éventuelles sécessions dans la région. Cependant les menaces de Philippe de Macédoine en Chalcidique obligent bientôt Charès à s’intéresser à un autre théâtre d’opérations. Les alliés, et en particulier Byzance et Chios, profitent alors de la situation pour ne pas accepter les contributions imposées par Athènes pour cette nouvelle guerre : c’est le début de la « Guerre des Alliés ».

« [… trois lignes…] au sujet de toutes les villes qui sont inscrites sur les stèles comme payant des tributs à Bérisadès, ou Amodocos ou Kersébleptès, et qui sont tributaires d’Athènes, si les villes ne versent pas les tributs aux Athéniens, que Bérisadès, Amodocos et Kersébleptès fassent la collecte autant que faire se pourra ; et si les villes ne versent pas les tributs à Bérisadès, Amodocos et Kersébleptès, que les Athéniens, à savoir ceux des magistrats qui seront en charge d’un commandement militaire, les perçoivent autant que faire se pourra ; que les villes grecques de Chersonèse, qui sont tributaires de Bérisadès, Amodocos et Kersébleptès et leur paient le tribut traditionnel tandis qu’elles versent aux Athéniens la contribution, soient libres et autonomes, puisqu’elles sont alliées des Athéniens en vertu de leur serment, et de Bérisadès, Amodocos et Kersébleptès ; si l’une des cités se sépare des Athéniens, que Bérisadès, Amodocos et Kersébleptès viennent à leur secours, comme les Athéniens leur en feront la demande […]. »

Inscription historique grecque.

La garnison installée par les Athéniens, dans l’île d’Andros, malgré les accords de la seconde Confédération, révèle les enjeux stratégiques que représente l’île la plus au nord des Cyclades. Andros resta fidèle aux Athéniens.

« Sous l’archontat d’Agathoclès, sous la prytanie de la tribu Égéïs qui était la neuvième, durant laquelle Dioclès d’Aggélè était secrétaire, huitième jour de la prytanie, au sein du bureau Diotimos d’Oinoée a mis aux voix, il a plu au conseil et au peuple : Hégésandros a fait la proposition, pour que le peuple des Athéniens et le peuple d’Andros conservent Andros, pour que la solde des garnisaires d’Andros soit prise sur les contributions, selon les décrets des alliés, et pour que la garnison ne soit pas dissoute, que l’on choisisse un stratège parmi ceux qui ont été élus, celui qui aura été choisi3 s’occupera d’Andros ; qu’Archédémos lève les sommes dues par les îles au profit des soldats d’Andros et qu’il les remette au magistrat qui est à Andros pour que les soldats reçoivent leur solde. »

Inscription historique grecque.

S’unir contre la puissance grandissante de la Macédoine : un nouvel enjeu qui oblige Athènes à réviser ses institutions

 

355-354. Chios, Rhodes, Céos et Byzance sont maintenant autonomes. La puissance de la Macédoine s’annonce menaçante. Paradoxalement, la confiance est revenue à Athènes. Certains pourtant saisissent le danger politique d’une telle situation. Isocrate, par exemple dans l’Aréopagitique, blâme les illusions de ses concitoyens qui se fient aux apparences, et dénonce le mal qui mine la cité, et ce mal – au-delà un état d’esprit particulier comme le manque de civisme, que combattra bientôt Démosthène – est avant tout d’ordre institutionnel et politique. La constitution est « l’âme de la cité »4. Isocrate oppose, peut-être d’une manière un peu manichéenne, l’image d’un passé idéalisé – la démocratie de l’époque de Solon et de Clisthène5 – à celle de son temps – une démocratie sans aucun frein. Mais la réalité politique et sociale est signe de l’étendue du mal : une populace oisive, inutile et paresseuse – les paysans ont abandonné la campagne pour l’agora –, des hommes politiques opportunistes, pour qui la politique est source de profits, les sycophantes vivent de la multiplication des procès, une justice de moins en moins impartiale, des activités économiques en crise…

La solution est, pour Isocrate de restaurer la patrios politeia, de réviser la constitution : pour ce faire, il faut redonner à l’Aréopage, le « gardien des lois », sa fonction de contrôle de la cité et son rôle de modérateur qui a été le sien, avant Éphialtès et Périclès6. Cela en restant fidèle aux principes de la démocratie7 – du moins en apparence – et en affirmant le droit du démos à établir les magistrats « comme un tyran » : « Or peut-on trouver démocratie [celle de Solon et de Clisthène] plus solide ou plus juste que celle qui charge des affaires les plus capables, mais rend d’eux le peuple maître souverain ?8 » .

Isocrate est habile politique. Il est prudent aussi : l’Aréopage est symbole du pouvoir aristocratique…

[3] ὑμεῖς μὲν οὖν οἶδ᾽ ὅτι τούτῳ χρώμενοι τῷ λογισμῷ καὶ τῆς ἐμῆς προσόδου καταφθονεῖτε, καὶ πᾶσαν ἐλπίζετε τὴν Ἑλλάδα ταύτῃ τῇ δυνάμει κατασχήσειν : ἐγὼ δὲ δι᾽ αὐτὰ ταῦτα τυγχάνω δεδιώς. ὁρῶ γὰρ τῶν πόλεων τὰς ἄριστα πράττειν οἰομένας κάκιστα βουλευομένας καὶ τὰς μάλιστα θαρρούσας εἰς πλείστους κινδύνους καθισταμένας. αἴτιον δὲ τούτων ἐστίν, [4] ὅτι τῶν ἀγαθῶν καὶ τῶν κακῶν οὐδὲν αὐτὸ καθ᾽ αὑτὸ παραγίγνεται τοῖς ἀνθρώποις, ἀλλὰ συντέτακται καὶ συνακολουθεῖ τοῖς μὲν πλούτοις καὶ ταῖς δυναστείαις ἄνοια καὶ μετὰ ταύτης ἀκολασία, ταῖς δ᾽ ἐνδείαις καὶ ταῖς ταπεινότησι σωφροσύνη καὶ πολλὴ μετριότης, [5] ὥστε χαλεπὸν εἶναι διαγνῶναι ποτέραν ἄν τις δέξαιτο τῶν μερίδων τούτων τοῖς παισὶ τοῖς αὑτοῦ καταλιπεῖν. ἴδοιμεν γὰρ ἂν ἐκ μὲν τῆς φαυλοτέρας εἶναι δοκούσης ἐπὶ τὸ βέλτιον ὡς ἐπὶ τὸ πολὺ τὰς πράξεις ἐπιδιδούσας, ἐκ δὲ τῆς κρείττονος φαινομένης ἐπὶ τὸ χεῖρον εἰθισμένας μεταπίπτειν. [6] καὶ τούτων ἐνεγκεῖν ἔχω παραδείγματα πλεῖστα μὲν ἐκ τῶν ἰδιωτικῶν πραγμάτων, πυκνοτάτας γὰρ ταῦτα λαμβάνει τὰς μεταβολάς, οὐ μὴν ἀλλὰ μείζω γε καὶ φανερώτερα τοῖς ἀκούουσιν ἐκ τῶν ἡμῖν καὶ Λακεδαιμονίοις συμβάντων. ἡμεῖς τε γὰρ ἀναστάτου μὲν τῆς πόλεως ὑπὸ τῶν βαρβάρων γεγενημένης διὰ τὸ δεδιέναι καὶ προσέχειν τὸν νοῦν τοῖς πράγμασιν ἐπρωτεύσαμεν τῶν Ἑλλήνων, ἐπειδὴ δ᾽ ἀνυπέρβλητον ᾠήθημεν τὴν δύναμιν ἔχειν, παρὰ μικρὸν ἤλθομεν ἐξανδραποδισθῆναι : [7] Λακεδαιμόνιοί τε τὸ μὲν παλαιὸν ἐκ φαύλων καὶ ταπεινῶν πόλεων ὁρμηθέντες διὰ τὸ σωφρόνως ζῆν καὶ στρατιωτικῶς κατέσχον Πελοπόννησον, μετὰ δὲ ταῦτα μεῖζον φρονήσαντες τοῦ δέοντος, καὶ λαβόντες καὶ τὴν κατὰ γῆν καὶ τὴν κατὰ θάλατταν ἀρχήν, εἰς τοὺς αὐτοὺς κινδύνους κατέστησαν ἡμῖν. [8] ὅστις οὖν εἰδὼς τοσαύτας μεταβολὰς γεγενημένας καὶ τηλικαύτας δυνάμεις οὕτω ταχέως ἀναιρεθείσας πιστεύει τοῖς παροῦσι, λίαν ἀνόητός ἐστιν, ἄλλως τε καὶ τῆς μὲν πόλεως ἡμῶν πολὺ καταδεέστερον νῦν πραττούσης ἢ κατ᾽ ἐκεῖνον τὸν χρόνον, τοῦ δὲ μίσους τοῦ τῶν Ἑλλήνων καὶ τῆς ἔχθρας τῆς πρὸς βασιλέα πάλιν ἀνακεκαινισμένης, ἃ τότε κατεπολέμησεν ἡμᾶς. [9] ἀπορῶ δὲ πότερον ὑπολάβω μηδὲν μέλειν ὑμῖν τῶν κοινῶν πραγμάτων ἢ φροντίζειν μὲν αὐτῶν, εἰς τοῦτο δ᾽ ἀναισθησίας ἥκειν ὥστε λανθάνειν ὑμᾶς εἰς ὅσην ταραχὴν ἡ πόλις καθέστηκεν. ἐοίκατε γὰρ οὕτω διακειμένοις ἀνθρώποις, οἵτινες ἁπάσας μὲν τὰς πόλεις τὰς ἐπὶ Θρᾴκης ἀπολωλεκότες, πλείω δ᾽ ἢ χίλια τάλαντα μάτην εἰς τοὺς ξένους ἀνηλωκότες, [10] πρὸς δὲ τοὺς Ἕλληνας διαβεβλημένοι καὶ τῷ βαρβάρῳ πολέμιοι γεγονότες, ἔτι δὲ τοὺς μὲν Θηβαίων φίλους σώζειν ἠναγκασμένοι, τοὺς δ᾽ ἡμετέρους αὐτῶν συμμάχους ἀπολωλεκότες, ἐπὶ τοιαύταις πράξεσιν εὐαγγέλια μὲν δὶς ἤδη τεθύκαμεν, ῥᾳθυμότερον δὲ περὶ αὐτῶν ἐκκλησιάζομεν τῶν πάντα τὰ δέοντα πραττόντων. [11] καὶ ταῦτ᾽ εἰκότως καὶ ποιοῦμεν καὶ πάσχομεν : οὐδὲν γὰρ οἷόν τε γίγνεσθαι κατὰ τρόπον τοῖς μὴ καλῶς περὶ ὅλης τῆς διοικήσεως βεβουλευμένοις, ἀλλ᾽ ἐὰν καὶ κατορθώσωσι περί τινας τῶν πράξεων ἢ διὰ τύχην ἢ δι᾽ ἀνδρὸς ἀρετήν, μικρὸν διαλιπόντες πάλιν εἰς τὰς αὐτὰς ἀπορίας κατέστησαν. καὶ ταῦτα γνοίη τις ἂν ἐκ τῶν περὶ ἡμᾶς γεγενημένων : [12] ἁπάσης γὰρ τῆς Ἑλλάδος ὑπὸ τὴν πόλιν ἡμῶν ὑποπεσούσης καὶ μετὰ τὴν Κόνωνος ναυμαχίαν καὶ μετὰ τὴν Τιμοθέου στρατηγίαν, οὐδένα χρόνον τὰς εὐτυχίας κατασχεῖν ἠδυνήθημεν, ἀλλὰ ταχέως διεσκαριφησάμεθα καὶ διελύσαμεν αὐτάς. πολιτείαν γὰρ τὴν ὀρθῶς ἂν τοῖς πράγμασι χρησαμένην οὔτ᾽ ἔχομεν οὔτε καλῶς ζητοῦμεν. [13] καίτοι τὰς εὐπραγίας ἅπαντες ἴσμεν καὶ παραγιγνομένας καὶ παραμενούσας οὐ τοῖς τὰ τείχη κάλλιστα καὶ μέγιστα περιβεβλημένοις, οὐδὲ τοῖς μετὰ πλείστων ἀνθρώπων εἰς τὸν αὐτὸν τόπον συνηθροισμένοις, ἀλλὰ τοῖς ἄριστα καὶ σωφρονέστατα τὴν αὑτῶν πόλιν διοικοῦσιν. [14] ἔστι γὰρ ψυχὴ πόλεως οὐδὲν ἔτερον ἢ πολιτεία, τοσαύτην ἔχουσα δύναμιν ὅσην περ ἐν σώματι φρόνησις. αὕτη γάρ ἐστιν ἡ βουλευομένη περὶ ἁπάντων, καὶ τὰ μὲν ἀγαθὰ διαφυλάττουσα, τὰς δὲ συμφορὰς διαφεύγουσα. ταύτῃ καὶ τοὺς νόμους καὶ τοὺς ῥήτορας καὶ τοὺς ἰδιώτας ἀναγκαῖόν ἐστιν ὁμοιοῦσθαι, καὶ πράττειν οὕτως ἑκάστους οἵαν περ ἂν ταύτην ἔχωσιν. [15] ἧς ἡμεῖς διεφθαρμένης οὐδὲν φροντίζομεν, οὐδὲ σκοποῦμεν ὅπως ἐπανορθώσομεν αὐτήν : ἀλλ᾽ ἐπὶ μὲν τῶν ἐργαστηρίων καθίζοντες κατηγοροῦμεν τῶν καθεστώτων, καὶ λέγομεν ὡς οὐδέποτ᾽ ἐν δημοκρατίᾳ κάκιον ἐπολιτεύθημεν, ἐν δὲ τοῖς πράγμασι καὶ ταῖς διανοίαις αἷς ἔχομεν μᾶλλον αὐτὴν ἀγαπῶμεν τῆς ὑπὸ τῶν προγόνων καταλειφθείσης. ὑπὲρ ἧς ἐγὼ καὶ τοὺς λόγους μέλλω ποιεῖσθαι καὶ τὴν πρόσοδον ἀπεγραψάμην.

[3] Une administration active et vigilante nous avait placés à la tête de la Grèce, et, par suite d’une trop grande confiance dans nos forces, nous avons avec peine échappé à la servitude ; le même changement s’est, pour ainsi dire, produit chez les Lacédémoniens. Par conséquent, se confier dans sa fortune présente, est un acte insensé. [4] Après avoir perdu les villes de la Thrace, après avoir dépensé plus de mille talents pour payer des soldats9, en butte aux soupçons des Grecs, devenus les ennemis du Barbare, dépouillés de vos alliés, vous avez déjà deux fois, comme si la fortune vous eût été favorable, décrété des supplications et des actions de grâces ; de sorte que vous ne vous apercevez pas du désordre dans lequel notre patrie est plongée, ou que du moins vous ne paraissez en avoir aucun souci. [5] Notre organisation politique est la cause de ces résultats ; et en effet, l’organisation politique a, pour une ville, la même puissance que la force de l’intelligence a pour l’homme ; c’est elle qui, donnant la vie aux délibérations dans toutes les circonstances, assure les prospérités, écarte les malheurs. La nôtre est profondément altérée, nous la blâmons dans nos paroles, et cependant nous la préférons en réalité à celle que nous avons reçue de nos ancêtres. [6] Nous n’avons qu’un seul moyen d’éviter les périls qui nous menacent dans l’avenir et d’écarter ceux du présent, c’est de répudier la démocratie actuelle et de revenir à celle que Solon a constituée, que Clisthène a rétablie, et qui est telle qu’il ne nous serait pas possible d’en trouver une plus populaire et plus utile au pays. [7] J’essayerai de vous présenter dans le moins de mots possible le tableau de l’une et de l’autre, c’est-à-dire, de celle qui nous régit aujourd’hui et de celle des temps anciens. [8] Celle-ci n’apprenait point aux citoyens à placer la démocratie dans l’insolence, la liberté dans le mépris des lois, l’égalité dans l’audace de tout dire, le bonheur dans la faculté de tout faire : mais elle rendait les citoyens plus modestes et plus vertueux, en introduisant parmi eux l’égalité qui punit et récompense chacun selon son mérite ; elle n’appelait pas indistinctement tous les citoyens à prendre part à la désignation des magistrats par la voie du sort, mais elle choisisse les plus capables et les plus propres pour chaque emploi. [9] Le pouvoir souverain résidait dans le peuple, et les citoyens les plus riches administraient les affaires de la république comme leur propre fortune. S’ils les administraient bien, ils se contentaient pour toute récompense d’être loués par leurs concitoyens : s’ils les administraient mal, ils étaient punis conformément à la justice ; et de là il résultait que les magistratures n’étaient point un objet de luttes et d’intrigues comme elles le sont aujourd’hui, et que le peuple était satisfait. [10] De même que la république était sagement ordonnée dans son ensemble, de même le plus grand ordre apparaissait dans les rapports journaliers des citoyens entre eux. [11] Ils n’honoraient pas les dieux au hasard et avec une sorte de désordre, mais, de même qu’ils rendaient aux dieux des hommages sincères, de même ils étaient favorablement accueillis par eux. [12] Ils avaient les uns pour les autres des sentiments analogues à ceux qui les animaient relativement aux dieux. Les pauvres ne donnaient pas moins de soin aux intérêts des familles opulentes qu’à leurs propres intérêts, et les plus riches, se reposant sur l’équité des magistrats pour la sécurité de leurs possessions, secouraient les pauvres dans leurs nécessités. [13] Quoique j’aie déjà indiqué la cause de cette vie si tranquille à l’intérieur et de ce gouvernement si glorieux au dehors, afin qu’on ne m’accuse pas d’omission à cet égard, j’essayerai de m’expliquer d’une manière plus claire et plus complète encore. [14] Nos ancêtres, qui prenaient un soin plus grand des hommes faits que de l’enfance, avaient confié au sénat de l’Aréopage la censure des mœurs ; ce Conseil, ne recevant dans son sein que les hommes les plus remarquables par leur vertu et la pureté de leurs mœurs, l’emportait, par la considération dont il jouissait, sur tous les conseils de la Grèce. [15] On peut chercher le témoignage de ce que je viens d’avancer dans ce qui arrive de nos jours. Tous ceux qui sont élevés au conseil de l’Aréopage, alors même que, sous divers rapports, ils se sont montrés moins recommandables qu’ils n’auraient dû l’être, n’osent plus s’abandonner aux instincts de leur nature, et adoptent les mœurs qui sont consacrées dans cette enceinte.

Trad. Le Duc de Clermont-Tonnerre, Œuvres complètes d’Isocrate, Tome III, Paris, Firmin Didot, 1864

Notes

  1. Voir infra.
  2. Voir supra.
  3. Timarque fut choisi. Voir Eschine, Contre Timarque, 107.
  4. Isocrate, Aréopagitique, 14. Voir aussi le Panathénaïque, 134.
  5. Même si les constitutions de Solon et de Clisthène sont différentes à bien des égards, la tradition athé­nienne les as­socie.
  6. Le Conseil siégeant sur l’Aréopage, la colline d’Arès, est une ancienne institution de caractère aristocra­tique : elle est composée des archontes sortis de charge. Ses pouvoirs ont été diminués par les progrès de la démocratie. À l’origine c’est un corps politique et un tribunal. « Le Conseil de l’Aréopage avait pour charge de conserver les lois ; mais il prenait en tout la part la plus importante à l’administration de la cité, châtiant souverainement de peines corporelles et pécuniaires tous les délinquants. C’était d’après la noblesse et la richesse qu’on élisait les archontes, desquels provenaient les Aréopagites ; aussi est-ce la seule magistrature qui soit restée viagère et le soit aujourd’hui encore. » (Aristote, Constitution d’Athènes, III). Dracon est le premier à avoir limité ses attributions. Il resta cependant encore le « gardien des lois ». « Le Conseil de l’Aréopage était le gardien des lois et veillait à ce que les magistrats remplissent leurs fonctions conformément aux lois. Tout citoyen qui se prétendait victime d’une injustice pouvait déposer une dénonciation auprès de l’Aréopage en désignant la loi violée. » (Aristote, IV). Solon rendit à l’Aréopage les attributions enlevées par Dracon. Il conserva toutes les autres comme l’affirme Isocrate (Aréopagitique, 46). Affaibli par Clisthène, l’Aréopage redevint après les guerres Médiques le pouvoir dirigeant (Aristote, XLI). Voir Aristote, XXV : « Puis sous l’archontat de Conon, il [Éphialtès] enleva au Conseil toutes les fonctions surajoutées qui lui donnaient la garde de la constitution, et il les remit, les unes aux Cinq Cents, les autres au peuple et aux tribunaux ». Au IVsiècle l’Aréo­page est un tribunal dont les attributions sont limitées aux affaires de meurtre avec préméditation, d’empoison­nement et d’incendie. Il a la surveillance des oliviers sacrés et se prononce donc sur les affaires d’impiété rela­tives à la destruction de ces arbres. Il n’a donc plus de rôle politique, mais conserve un grand pres­tige moral sur lequel joue Isocrate. Voir Isocrate, Aréopagitique, 52. Pendant le siège d’Athènes, si l’on en croit Lysias (Contre Ératosthène, 69) il veille au salut public : « Et vous, Athéniens, vous voyiez l’Aréopage travailler à votre salut […] » trad. L. Gernet et M. Bizos.
  7. Il prend la précaution d’opposer la démocratie à l’oligarchie et de critiquer le pouvoir des Trente.
  8. Isocrate, Aréopagitique, 26, trad. G. Mathieu.
  9. Voir les jugements d’Aristote sur la chrématistique. Voir aussi Isocrate, Trapézitique.
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