Juvénal

Quid Romae faciam ? Mentiri nescio.

Que ferais-je à Rome? Je ne sais pas mentir .

Satires, III, 41

Ce grand poète satirique écrit sous le règne apaisé de Nerva et des Antonins. Concernant sa vie, les incertitudes sont nombreuses. Martial nous apprend dans ses Epigrammes qu’il lui était « cher » et qu’il était « éloquent ». Il enseigna en effet l’art de la déclamation. Le témoin le plus précieux reste son œuvre elle-même, seize satires, publiées en cinq livres entre 110 et 127 après J-C. Certains de ses vers évoquent un voyage en Egypte, sa pauvreté enfin surmontée par l’acquisition d’une ferme à Tibur, la Tivoli actuelle. Ses biographes s’accordent mal sur ses dates de naissance et de mort. Né sous le règne de Claude ou de Néron dans une petite ville du Latium au bord de la Via Latina, à Aquinum, il serait mort vers 130 ou 140 après J-C. Ses attaques très virulentes à l’encontre de l’acteur Pâris, favori de l’empereur Domitien, lui auraient valu d’être banni.

Il publie ses premières satires vraisemblablement en 96 après la mort de l'empereur Domitien. Il se veut le témoin critique de son temps et de la destruction de la cohésion sociale, économique et morale à Rome. Rome n'est plus dans Rome :  il se pose en vieux Romain qui voit s'évanouir le monde de  ses ancêtres. Il s'en prend, avec un humour corrosif, à  cette nouvelle ville devenue cosmopolite où les Grecs à ses yeux, sont partout. Il dénonce également  les étrangers qui ne sont pour lui que des Barbares, rapportant ainsi dans la satire XV un épisode,  des plus incertains, de la  bataille en Egypte  de deux bourgades, celle d'Ombos et de Tentyra, et la manière dont les habitants d'Ombos auraient fini par dévorer un Tentyrite :  Un fuyard, qui se dépêche avec trop  de terreur, glisse, et tombe; on le prend : sa chair vivante est  découpée en morceaux, pour  que, aussitôt, chacun dans cette foule victorieuse puisse avoir sa part. Et l’on ronge ses os, on le mange tout entier...  Tout en condamnant  cet acte de cannibalisme barbare, Juvénal ne manque pas d'excuser, en regard, le cannibalisme  en quelque sorte "plus civilisé " des  habitants de Calagurris, ville assiégée en Espagne, qui furent contraints  de manger de la chair humaine parce qu'affamés.

Il regrette la simplicité des temps anciens et dénonce le règne tout puissant de l'argent. Il se moque des affranchis efféminés et des maris cocus, et attaque, avec une misogynie redoutable, les femmes de son temps. Il nous livre ainsi des portraits à charge dans la satire VI,  dont ceux de la femme sportive, de la femme débauchée et de la femme savante...  

Juvénal, plus violent dans ses satires qu'Horace, accumule certes les clichés, mais ses formules incisives et son sens du réel particulièrement aiguisé donnent vie et relief à ses portraits. Il incarne à sa façon la réaction des Romains traditionalistes, et souvent appauvris, face une Rome devenue déconcertante à leurs yeux.

Il a connu

-Le règne des trois empereurs Flaviens.

-L’éruption du Vésuve et la destruction de Pompéi et Herculanum en 79 après J-C.

-L’autocratie et les années de terreur de la fin du règne de Domitien.

-Les dernières conquêtes en Dacie et chez les Parthes, le gouvernement ordonné de Trajan.

-La Pax Romana qui s’ensuit dans tout l’Empire romain et les années apaisées du règne d’Hadrien.

Ses contemporains :

  • Le penseur et homme de Lettres Pline le Jeune
  • L’historien Tacite
  • Le poète Martial

L’art de la formule pour combattre le vice :

La censure « épargnant les corbeaux, attaque la colombe ». Satires, II, 63

« [Ce qu’il faut alors implorer c’est d’avoir] un esprit sain dans un corps sain ». Satires, X, 356

 « [Désormais il n’a plus d’ambition et  passionné il ne souhait que deux choses ]: du pain et des jeux !». Satires, X, 81

« L’argent d’où qu’il vienne a toujours bonne odeur » Satires, XIV, 204

Besoin d'aide ?
sur