II- LES JARDINS SUSPENDUS DE BABYLONE

Parmi toutes les merveilles du monde, les Jardins suspendus de Babylone sont peut-être l'œuvre dont la réalité est la moins attestée. Certes, les auteurs antiques sont nombreux à l'évoquer et les descriptions de Strabon ou de Diodore de Sicile paraissent d'une grande précision, mais la légende qui a traversé les siècles en s'enrichissant n'est guère corroborée par les données archéologiques : on ne sait pas avec précision la date de la construction de ces jardins ; on ne sait pas comment cette merveille a disparu ; on hésite même à la localiser sur un plan de Babylone.

On a longtemps considéré que le premier à avoir désigné ces Jardins comme l'une des « Sept merveilles du monde » était Philon de Byzance, un savant ingénieur d'une grande habileté : on remarquait que ce qu'il admirait en premier lieu, c'était l'exploit technologique qui avait permis de construire des jardins qui donnent l'impression de flotter dans les airs, ainsi que de faire monter les eaux de l'Euphrate jusqu'à ce lieu, pour l'irriguer. Mais l'attribution du traité sur les Sept merveilles du monde à cet auteur est désormais contestée, et il serait l'œuvre d'un autre Philon, un rhéteur postérieur de six siècles. On soulignera alors que le premier à avoir dressé une liste qui nous ait été transmise est Antipater de Sidon, un poète du 1er siècle avant J.-C. Hérodote, qui lui est bien antérieur, avait évoqué Babylone mais sans faire référence à une liste de « merveilles » . Dans le poème d'Antipater, les Jardins suspendus figurent en troisième position, après les remparts de Babylone et la statue de Zeus à Olympie.

Il a suffi cependant que cette construction soit attribuée à la reine Sémiramis pour que l'imagination prenne son essor. Car la légende fait de cette reine la bâtisseuse de Babylone ; et la reine guerrière devient alors l'architecte d'une merveille qui défie les lois les plus solides de la nature. On ne reprendra pas ici dans le détail la légende de Sémiramis, mais on rappellera quelques éléments qui permettent de saisir pourquoi la construction de Babylone lui fut attribuée.

Quand les historiens antiques s'éloignent de la légende, c'est à Nabuchodonosor qu'ils attribuent cette œuvre, qui aurait alors été construite pour complaire à une épouse pleine du regret de son pays natal : il faut toujours une légende pour expliquer cette folie qui reste dans la mémoire des temps comme une image du « paradis » , puisque Eusèbe de Césarée peut ainsi qualifier ces jardins :

« kremastou_j paradei/souj o)noma/saj »

Et comme toutes les descriptions antiques que nous avons de cette merveille sont marquées par l'imagination, on ne s'étonnera pas que les artistes aient laissé libre cours à leurs rêves pour tenter de nous faire voir cette image du paradis.

Mais on se doit également d'évoquer la cité où ces Jardins furent construits : car les Anciens – et la liste d'Antipater de Sidon en témoigne – ont aussi admiré les remparts de Babylone et ont donné le titre de merveille à l'ensemble architectural que constitue la ville reconstruite par Nabuchodonosor, le luxe de ses murailles, la beauté de ses palais et la richesse de ses temples. Chez bien des auteurs ce ne donc sont pas seulement les Jardins qui constituent une merveille, mais l'ensemble de la cité dont le gigantisme trouve par ailleurs un symbole dans la Tour de Babel.

Jardins de Nabuchodonosor

Si nous possédons de nombreuses descriptions des Jardins, il faut remarquer que toutes se réfèrent à la première qui ait été écrite ; il s'agit, semble-t-il, de celle de Ctésias de Cnide. Les variantes sont très limitées et, comme il ne reste presque aucune trace archéologique de ces jardins, on ne peut guère analyser l'exactitude de ses propos.

On s'accorde d'abord à reconnaître que ces jardins ne datent sans doute pas de Sémiramis mais de Nabuchodonosor, comme l'indique Flavius-Josèphe, qui se réfère à Bérose, et qui est repris par Suidas. On a voulu qu'un modèle plus ancien date de la grande reine, mais on n'en a pas de preuve. On pense cependant qu'« une construction voûtée de 40 m x 40 m au nord-est du château sud de Babylone, et qui se trouve à l'ouest de la tour d'Ishtar » est le reste de la fondation des jardins (E. Akurgal). Le jardin s'élevait en terrasses jusqu'à 30 mètres de hauteur.

Le tableau comparatif des caractéristiques des Jardins de Babylone présente les différentes descriptions connues.

Plan des jardins de Babylone

La description

Ctésias de Cnide n'offre guère de description précise du « jardin ». Nous ne pouvons noter que deux éléments: – l'importance de la citerne que fait construire Sémiramis ; – la création d'une galerie qui passe sous le fleuve.

Avec Philon de Byzance nous trouvons des éléments plus précis et l'on a longtemps estimé qu'il était le véritable créateur de la légende des jardins suspendus. Mais si, comme on le pense souvent aujourd'hui, Philon est un auteur tardif du 5e ou 6e siècle après Jésus-Christ, il faut rendre aux auteurs antérieurs toute leur importance. Ce sont alors Diodore de Sicile et Strabon qui nous ont livré en premier des détails sur cette merveille. On notera cependant qu'il y a, dans le terme « merveilles » (qeama/ta) une double valeur : ce que l'on admire et ce qui provoque l'étonnement ; sa présentation offre ce double aspect, car il souligne la prouesse technique (propre à provoquer l'étonnement) tout autant que la beauté des jardins.

  • un jardin totalement artificiel, et, selon le mot de Philon « contre nature ». C'est peut-être ce qui fascine le plus cet auteur. Les racines se trouvent au-dessus de la tête des promeneurs, puisque les jardins sont soutenus par des galeries voûtées. L'eau est distribuée non pas au gré des pluies, mais par une irrigation savante ; l'ingénieur insiste sur ce point : l'utilisation d'une pente artificielle et de systèmes complexes qui permettent de faire remonter l'eau.
  • un ouvrage qui « comble » les sens : Philon n'oublie pas cet aspect. Car ce jardin artificiel permet la culture tant d'arbres que de fleurs. Toute sa richesse et sa beauté viennent de cette eau toujours distribuée qui garantit une herbe « toujours verte » et des arbres dont les racines sont toujours abreuvées.

Diodore de Sicile donne d'autres éléments de description. Il attribue tout d'abord les jardins à un roi postérieur à Sémiramis. Cela est bien plus vraisemblable. Le lien entre la construction de la ville de Babylone par Nabuchodonosor II et la création des jardins présente plus de consistance. On soulignera les précisions apportées par l'écrivain :

  • la taille du jardin : un quadrilatère de quatre arpents ;
  • la construction « en degrés », soutenus par des arcades ; les différents auteurs donnent des précisions sur la manière dont les racines peuvent se développer sur cette terrasse artificielle ;
  • taille des colonnes de soutènement ;
  • la manière dont l'eau du fleuve est pompée pour être utilisée dans le jardin.

On se demande parfois cependant si Diodore de Sicile ne raisonne pas en fonction des connaissances de son temps bien plus que de celles de l'époque de Nabuchodonosor. Ses précisions en architecture et en hydraulique tiennent peut-être compte des connaissances romaines.

On ne peut guère se fier aux autres auteurs qui brodent sur les textes anciens. Chacun recherche la vraisemblance : mais l'on ne saurait alors distinguer ce qui est issu de la tradition et ce qui est le fait du développement d'une légende.

Les réalités archéologiques

N. Blanc et J.-P. Adam, dans leur ouvrage Les sept merveilles du monde ont recherché ce qui, dans l'archéologie, pouvait soutenir la légende. Ils relèvent essentiellement les fragments de reliefs qui représentent des palais bordés par des jardins : trouvés dans le palais de Sennachérib, ils semblent indiquer que ce type de jardins existait sans doute dans les résidences royales.

Les Babyloniens, semble-t-il, maîtrisaient la technique de l'irrigation, ce qui permettait de constituer des jardins, tant potagers que d'agrément. Dans une région désertique, la présence de ces espaces de verdure comportait quelque chose de « merveilleux ».

Faut-il s'étonner que le nom de paradisus (gr. paradeisos, du perse paridaiza, jardin du Seigneur) ait été attribué au plus beau d'entre eux ?

 

Représentations

Les premières représentations sont de libres interprétations. Ainsi, celle de l'artiste néerlandais Maarten van Heemskerck, au XVIe siècle.

jardins de babylone

 

La survie de la légende

De nombreux auteurs ont évoqué les enchantements des « jardins suspendus de Babylone ».

Les Jardins, dans la première page de la Princesse de Babylone de Voltaire.

« Le vieux Bélus, roi de Babylone, se croyait le premier homme de la terre; car tous ses courtisans le lui disaient, et ses historiographes le lui prouvaient. Ce qui pouvait excuser en lui ce ridicule, c'est qu'en effet ses prédécesseurs avaient bâti Babylone plus de trente mille ans avant lui, et qu'il l'avait embellie. On sait que son palais et son parc, situés à quelques parasanges de Babylone, s'étendaient entre l'Euphrate et le Tigre, qui baignaient ces rivages enchantés » .

Lire la description des « jardins». Les Jardins suspendus, dans La légende des siècles de Victor Hugo. « Une deuxième voix s'éleva ; celle-ci, Dans l'azur par degrés mollement obscurci, Parlait non loin d'un fleuve à la farouche plage, Et cette voix semblait le bruit d'un grand feuillage. – Gloire à Sémiramis la fatale ! Elle mit Sur ces palais nos fleurs sans nombre où l'air frémit... »

Les Jardins suspendus, dans La légende des siècles de Victor Hugo.

« Une deuxième voix s'éleva ; celle-ci, Dans l'azur par degrés mollement obscurci, Parlait non loin d'un fleuve à la farouche plage, Et cette voix semblait le bruit d'un grand feuillage. – Gloire à Sémiramis la fatale ! Elle mit Sur ces palais nos fleurs sans nombre où l'air frémit... »

La légende de Sémiramis

Sammuramat

On pense que la légende de Sémiramis s'est développée à partir d'un personnage historique, la reine assyrienne Sammuramat, qui assura la régence de 810 à 806 av. J.-C. Elle était l'épouse de Shamshi-Adad V, et la mère d'Adad-Nirari III.

Elle est demeurée célèbre pour avoir ordonné une expédition contre les Mèdes ainsi que d'autres contre Mannaï. C'est sans doute à cette reine qu'Hérodote fait allusion.

Illustration de Sémiramis
Sémiramisca. 1639–40 Gilles Rousselet

Ninos et Sémiramis

Mais la légende s'empare de cette figure remarquable et elle est bientôt assimilée à une autre figure mythique que l'on fait remonter au XIVe siècle avant J.-C.

Elle est alors confondue avec Simia, la fille de Dercéto, une déesse mi-femme, mi-poisson qui vivait dans un lac voisin d'Ascalon, et de Caÿstros, le fils présumé d'Achille et de Penthésilée. Après la naissance de Sémiramis, sa mère l'abandonne et elle ne doit sa survie qu'à des colombes qui vont chercher sa nourriture dans la région. Le manège des oiseaux est observé par des bergers qui la découvrent et la confient à leur chef : c'est alors qu'elle reçoit le nom de Sémiramis.

Devenue jeune fille, elle devient l'épouse d'Omnès, un conseiller du roi de Ninive, Ninos, lui donne deux fils, et l'aide dans ses entreprises militaires. C'est elle qui s'empare, lors d'une expédition, de la citadelle de Bactres. Elle est alors remarquée par Ninos qui s'éprend d'elle, pousse Omnès au suicide et l'épouse. Elle lui donne un fils, Ninyas. À la mort du roi, elle devient la régente du royaume qu'elle gouverne pendant 42 ans. La stèle transcrite par Polyen résume l'action de cette reine.

Ninos et Sémiramis
Ninus übergibt der Semiramis seine Krone, Carl Friedrich Seifert, circa 1855

 

Selon la légende, elle fonde notamment Babylone, y construit les Jardins, tout en poursuivant une oeuvre de conquérante : elle s'empare de la Médie, de l'Arménie,
échoue devant l'Indus, mais se tourne alors vers l'Égypte et l'Éthiopie. Ayant appris que son fils complotait contre elle, elle disparaît. La légende veut qu'elle se soit
transformée en colombe... 

Mais L'Histoire a surtout retenu qu'elle fut une bâtisseuse : Strabon, Diodore et Eustathe lui attribuent les grands travaux de Babylone.

Le développement de la légende

À partir de cette légende et par suite de confusions, elle prend parfois les traits d'Ishtar, déesse de la guerre et de la volupté, fille d'Atargatis. Cette déesse est une
personnalité très complexe : à Suse, par exemple elle a la double nature mâle et femelle. Les Assyro-Babyloniens en feront une déesse. Elle est tout d'abord la « dame des batailles » . Devenue l'épouse d'Ashour, elle suit son mari dans ses expéditions : elle est alors représentée debout sur un char traîné par sept lions.
Elle est aussi la déesse de la volupté et de l'amour. Mais la déesse en toutes circonstances se montre d'une grande violence, car elle est incapable de supporter le moindre obstacle à ses désirs. Sous son influence les hommes sont pris de passion et de jalousie, ils deviennent « pareils à des bêtes sauvages » . Son nom signifie pourtant la « bienveillante » et les rois doivent à son amour d'être élevés au trône. La déesse est donc une souveraine du monde, très populaire en Assyrie. Plus tard, en Phénicie elle devient Asarté ; et l'Aphrodite grecque lui doit certains de ses traits.

Les neuf Preuses

Sémiramis figure en tête de la liste des neuf « Preuses », célèbres au XIVe siècle apr. J.-C. et que l'on retrouve sur le décor sculpté de la cheminée du château
de Pierrefonds. C'est au XIVe siècle que paraît un roman en vers intitulé Les Voeux du paon, écrit par Jacques de Longuyon. Dans cette oeuvre, on voit neuf Preux choisis dans l'Antiquité païenne, juive et chrétienne. Bientôt, Jehan Le Fèvre, officier au Parlement de Paris et auteur renommé, fait paraître (entre 1373 et 1397) un roman qui met en scène neuf Preuses, issues de l’histoire et de la mythologie de l’Antiquité païenne : Sémiramis, reine de Babylone, Sinope, Hippolyte, sa soeur, Ménalippe, Lampeto et Penthésilée, reines des Amazones, Tomyris, souveraine des Massagètes, Teuca, reine d’Illyrie et Déiphyle, femme de Tydée, roi d’Argos.
Le motif sera repris en sculpture mais aussi sur de nombreuses tapisseries. 

De Boccace à Paul Valéry

Depuis cette renaissance du personnage, la reine de Babylone ne cessera d'inspirer les écrivains, les musiciens et les peintres. On peut en citer quelques-uns :
Boccace (1313-175), De mulieribus claris (Des dames de renom)
Christine de Pisan, Le livre de la cité des Dames, 1405
Desfontaines, Sémiramis, tragédie, 1637 ou 1647
Gilbert, Sémiramis, tragédie, 1646
Pedro Calderón de la Barca, La Hija del aire, 1653
Mme de Gomez, Sémiramis, tragédie, 1716

Crébillon, Sémiramis, tragédie, 1717
Destouche, Sémiramis, opéra, sur un poème de Roy, 1718
Voltaire, Sémiramis, tragédie créée le 29 août 1748
Rossini, Semiramide, opéra, 1823
Texte :
http://www.karadar.com/Librettos/rossini_semiramide.html
Hugo, Victor, La légende des siècles, 1859-1883
Valéry, Paul, Album de vers anciens, 1912
Rency, Georges, Les Chimères, conte : La reine nue, 1928
Valéry, Paul, Sémiramis, mélodrame, 1934
Tableau de Degas (1834-1837)
Sémiramis construisant Babylone
Musée d'Orsay

Les remparts de Babylone

Les Anciens ont autant admiré les remparts de Babylone que les Jardins suspendus. Antipater de Sidon les cite en premier lieu dans son épigramme. D'une manière générale cependant, on considérait que le travail de restauration des remparts de la ville ainsi que son embellissement était dû au grand roi Nabuchodonosor II. Bérose l'indique clairement, si l'on suit Flavius Josèphe. Il est le premier à préciser la construction de la triple enceinte. Hérodote, Ctésias de Cnide et Diodore décrivent dans le détail la construction de la ville de Babylone : tous trois insistent sur quelques caractéristiques (voir le tableau comparatif des caractéristiques de la construction de Babylone).

Carte de Babylone
Carte de Babylone

 

La taille de l'ensemble de la cité

C'est sans aucun doute ce qui frappe d'abord l'imagination des Anciens : l'immensité de la cité située en plein désert. Hérodote indique que la longueur totale des murailles était de 360 stades – ce qui fait à peu près 64 kilomètres – et Philon suit Hérodote sur ce point. Parfois les commentateurs augmentent ce chiffre pour aboutir à 365 ! Tous les auteurs insistent également sur la manière dont la ville a été située : l'Euphrate passe par le milieu de la cité. L'eau du fleuve était utilisée de plusieurs manières : d'une part, elle se déversait dans un fossé qui entourait les murailles ; d'autre part, elle servait pour l'irrigation des jardins. Il est probable que la citerne dont parlent plusieurs auteurs avait été construite pour réguler le courant du fleuve. Certains, frappés par ce gigantisme, ont imaginé ce qu'il fallait d'effort
pour une telle construction ; c'est pourquoi ils parlent de la présence de deux millions d'hommes : il s'agit là de développements qui n'ont aucune valeur scientifique.

Les murailles

Il ne fait pas de doute que la cité comportait trois remparts construits en briques cuites jointoyées avec du bitume (ou de l'asphalte). Ce qui frappait l'imagination des anciens – car le détail est repris par presque tous les auteurs – c'est que l'on pouvait faire circuler des chars sur les courtines. Mais les chiffres de l'Antiquité sont très exagérés. Les archéologues modernes estiment en effet que les murailles extérieures ont 8 kilomètres de longueur ; le mur intérieur avait une épaisseur d'environ 6,5 mètres ; entre les deux premiers murs on trouvait un espace de 7 mètres. On a pu reconnaître un ensemble de 120 tours ; 8 portes permettaient d'accéder à la cité ; la principale était la porte d'Ishtar qui ouvrait sur la voie processionnelle. L'ensemble est d'une grande puissance : la ville était donc protégée à la fois par le fossé rempli d'eau de l'Euphrate, des marais sur une partie de son pourtour, et les trois murailles garnies de bastions. C'est d'ailleurs, sans doute, à l'intérieur du bastion ouest que se trouvaient les Jardins suspendus.

murailles
Pergamon Museum, Ishtar gate

 

Les deux palais de briques cuites et leur décoration

Le premier palais royal construit par Nabopolassar a été restauré par Nabuchodonosor. On a retrouvé l'enceinte qui mesure 322 x 190 m ; elle abrite un ensemble architectural considérable de cinq cours qui ouvrent des bâtiments d'habitations, des salles voûtées, des puits et des entrepôts. Un second palais était construit sur l'autre rive du fleuve. Il ne semble pas qu'on ait retrouvé les vestiges de la galerie couverte qui aurait été construite sous le fleuve.

La porte d'Ishtar et la voie processionnelle

Les Anciens ne parlent guère de la porte d'Ishtar. Ils évoquent par contre la décoration des murailles. Les recherches archéologiques ont permis de comprendre que les parements avaient été ajoutés lors de la reconstruction des portes. Sur la porte d'Ishtar figurent des animaux blancs sur fond bleu : taureaux, dragons. Le long de la voie processionnelle qui conduisait au temple, on trouvait un revêtement de briques à glaçures représentant 120 lions. Ils symbolisent la puissance de la cité.

Lion sur une muraille
Lion en bas-relief sur la porte d’Ishtar au musée de Pergame dans Berlin

Le temple de Bélos

Le dieu que les Grecs appellent Bélos a comme nom Marduk chez les Babyloniens, Hadad chez les Syriens, Baal chez les Sémites. Il y avait à Babylone deux lieux consacrés à Marduk :

– au Nord, la Tour à étages ;
– au Sud, le Temple de Marduk.
Les deux lieux sont très proches, et dans leur description, les auteurs font parfois l'amalgame entre les deux lieux. La Tour (Etemenanki) est décrite par Hérodote : un carré régulier de deux stades en tous sens ; au centre une première tour, sur laquelle s'élèvent, par degrés, jusqu'à sept tours. L'enceinte a été retrouvée : elle fait plus de 400 mètres de côté ; l'étage inférieur a une longueur de 91 mètres ; la hauteur totale est égale au côté, soit 91 mètres. Au sommet était construit un temple qui renfermait le trône de Marduk et son lit. Le Temple lui-même (Esagil) est un bâtiment presque carré ; sa cella renfermait la statue de Marduk .

Marduk
The god Marduk with his dragon, from a Babylonian cylinder seal

 

Ctésias insiste sur la taille de la statue d'or ainsi que sur le mobilier qui ornait le lieu. On trouve dans la Bible, dans le Livre de Daniel une allusion à cette statue : « Le roi Nebucadnetsar fit une statue d'or, haute de soixante coudées et large de six coudées. Il la dressa dans la vallée de Dura, dans la province de Babylone » (Daniel III, 1).
L'ensemble des constructions réalisées par le roi Nabuchodonosor à Babylone méritait bien le titre de « merveille » : la cité et ses monuments construits sous la direction d'un même roi, prodige d'architecture et merveille pour les yeux avec ses décorations et ses Jardins, passaient pour dignes de figurer à côté de la pyramide de Gizeh. Le temps toutefois n'a pas épargné cet ensemble construit entièrement en briques, le plus souvent cuites et parfois simplement séchées : peu de temps après l'entrée triomphale d'Alexandre le Grand dans Babylone (Quinte-Curce), fut construite une nouvelle capitale ; et, en 275, la population reçut l'ordre de se transférer à Séleucie. Pendant quelque temps, mages et scribes chaldéens demeurèrent à Babylone et poursuivirent leurs travaux astrologiques. Mais la ville, abandonnée au premier siècle de notre ère, se détruisit lentement.

taureau
Le taureau (licorne) en bas-relief sur la porte d’Ishtar au musée de Pergame dans Berlin.

 

musagora

Bibliographie 

Les Jardins

Adam, J.P. et Blanc N., Les sept merveilles du monde, Perrin, 1989

Akurgal, E., L'Orient et l'Occident ; collection l'Art dans le monde, Albin Michel.

Augé de Lassus, L., Voyage aux sept merveilles du monde (1878) - Babylone
sur le site méditerranées.net

Duval, J., Les Jardins suspendus de Babylone, Famot, Genève, 1980

Grimal, P., L'art des jardins, dans L'amour à Rome, Des femmes, des jardins, de la sagesse, Collection Bouquins, R. Laffont, 2007, p. 450 et suivantes.

Lion, B., À la recherche des jardins suspendus, revue l'Histoire n° 301 (septembre 2005).

Serdakowska, S. de, Les Jardins suspendus de Sémiramis, 1965

Babylone

Hanno, G., Les villes retrouvées, 1881 - Ninive et Babylone
sur le site mediterranées.net


Lucien Augé de Lassus, Voyage aux sept merveilles du monde (1878) - Babylone
sur le site Méditerranées.net

Lackenbacher, S., Le Palais sans rival, le récit de construction en Assyrie, La Découverte, Paris, 1990

Sémiramis

Diodore de Sicile, Sémiramis, reine de Babylone et autres récits, Arléa, 2005

Paris, A., Moi, Sémiramis, reine de Babylone, L'Archipel 2001.

Rachet, G., Sémiramis, reine de Babylone, Paris, 1997

Tadros, M., Sémiramis, la conquérante, coll. Atout histoire, Hurtubise HMH, 2003

Valéry, Paul, Sémiramis, Gallimard, 1934

Cassagnes, S., Les Neuf Preuses, l'invention d'un nouveau thème iconographique dans le contexte de la Guerre de Cent ans
in : Le genre face aux mutations : masculin, féminin, du Moyen Âge à nos jours, sous la direction de L. Capdevila, S. Cassagnes, M. Cocaud. Presses universitaires de Rennes, 2003

Sites

Jardins et palais de Babylone

Jardins

Instituto e Museo di Storia della Scienzia

Maquette des Jardins suspendus

Jardins assyriens

Babylone

Une ensemble de documents intéressants :

Plan et photos de Babylone

Plan de Babylone avec carte réactive

carte 1
carte 2

A Museum for Young Gentlemen and Ladies, by Unknown
VI. The Seven Wonders of the World.

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