Hypnos, dieu du Sommeil et gardien de la Nuit Ὕπνος 

• Parmi les mille songes, enfants du Sommeil, évoqués par Ovide, trois se distinguent de la masse : ils sont chargés de visiter les palais des rois pour hanter leurs rêves, tandis que les autres sont des subalternes qui ne pénètrent que chez les gens ordinaires. Ils sont spécialisés selon la forme qu’ils revêtent dans les rêves des humains. Phobétor, “celui qui épouvante” (phobos, "peur" en grec), suscite les cauchemars en prenant l’apparence d’animaux féroces. Phantasos, “celui qui produit les images fantastiques” (phantasia, "apparition" en grec), peut imiter tous les objets en se transformant en terre ou en eau, en pierre ou en bois. Enfin, le plus prestigieux et le plus doué dans l’art de l’illusion : Morphée (morphé, "forme" en grec), qui est capable de prendre précisément n’importe quelle forme humaine. Aujourd’hui, on utilise encore l’expression « tomber dans les bras de Morphée ».

À HYPNOS
Parfum à brûler avec du pavot

« Hypnos, seigneur de tous les mortels bienheureux
Et de tous les vivants que nourrit la vaste terre !
Toi qui seul à tous commandes et viens sur tous,
Enlaçant les corps par des liens que la forge n'a pas façonnés !
Tu délies les soucis et apaises doucement nos peines !
À la douleur tu apportes la consolation sacrée,
Tu sauves nos âmes en les préparant à la mort,
Car tu es né frère de Mort et d'Oubli.
Ô bienheureux, je t’en supplie, viens avec douceur ; et, bienveillant,
Protège tes initiés dans l’accomplissement du divin service. »
Hymnes orphiques, Recueil de Pergame, Hymne 85 (trad. P.C.)

Ὕπνε ἄναξ πάντων τε θεῶν πάντων τ᾽ ἀνθρώπων

 

« Hypnos, maître de tous les dieux et de tous les hommes »

 

Homère, Iliade, Chant XIV, vers 233.

Hypnos est la personnification du sommeil (hypnos en grec), pouvoir nocturne et troublant par excellence. Il est né de Nyx, la Nuit, elle-même issue du Chaos originel, qui a enfanté sans aucune union une série de puissances menaçantes, comme le raconte Hésiode (env. 750 av. J.-C.).
Νὺξ δ’ ἔτεκε στυγερόν τε Μόρον καὶ Κῆρα μέλαιναν καὶ Θάνατον, τέκε δ’ Ὕπνον, ἔτικτε δὲ φῦλον Ὀνείρων, οὔ τινι κοιμηθεῖσα θεὰ τέκε Νὺξ ἐρεβεννή.
« Nuit enfanta le Moros odieux [notre part de vie et de mort], la noire Kère [génie de la destinée et de la mort], et Mort ; elle enfanta Sommeil et la troupe des Songes ; elle les enfanta sans s’unir à personne, la Nuit ténébreuse. » (Théogonie, vers 211-213, traduction É. Bergougnan, 1940)
Cependant que sa mère fait régner l’obscurité sur terre, Hypnos est chargé de répandre le sommeil sur toutes les créatures vivantes. Il est souvent représenté comme un jeune homme avec des ailes fixées à ses tempes ou sur ses épaules car son vol est silencieux comme celui des oiseaux de nuit.
Hypnos a un jumeau, Thanatos, le Trépas : lui aussi apporte le sommeil, mais c’est celui dont on ne se réveille jamais. Sous forme de génies ailés, les deux frères sont toujours prêts à courir pour accomplir leur mission entre le monde des vivants et le royaume d’Hadès. Sur les champs de bataille, ils ramassent les cadavres des héros morts pour les ramener dans leur famille afin qu’ils reçoivent les honneurs funèbres indispensables à la paix de leur âme. Ainsi peut-on les voir emporter le corps du guerrier troyen Sarpédon dans l’Iliade (Chant XVI, vers 671-675) comme sur un célèbre cratère du peintre Euphonies (environ 515 avant J.-C.).
Le pouvoir d’Hypnos est si puissant que certains immortels n’hésitent pas à le solliciter pour les aider dans leurs projets. Ainsi Héra vient-elle demander au Sommeil, « maître de tous les dieux et de tous les hommes » (Iliade, Chant XIV, vers 233) d’endormir son époux Zeus dès qu’ils seront couchés ensemble afin d’empêcher le maître de l’Olympe, « dompté par le sommeil et le désir » (vers 353), de favoriser les Troyens.
Les mortels aiment aussi considérer Hypnos comme le plus doux et le plus paisible des dieux parce qu’il vient les soulager en leur versant l’oubli de leurs peines : il répare les corps et les esprits fatigués des travaux du jour en renouvelant les forces pour les travaux du lendemain.
Hypnos est aidé par « la troupe des Songes », qui sont nés de la Nuit, comme lui, selon Hésiode (Théogonie, vers 212), ou qui sont ses propres fils, selon Ovide. Ceux-ci savent imiter la forme de n’importe quel mortel : le plus célèbre d’entre eux est Morphée, porté par des ailes qui ne font aucun bruit.
Le poète latin décrit ainsi le palais du Sommeil (Somnus en latin), qu’il situe près du rivage lointain des Cimmériens et du pays des morts :
« C’est dans une grotte retirée qu’habite le Sommeil paresseux, bien à l’écart des rayons du soleil, au milieu d’un épais brouillard. Pas un bruit, pas une âme qui vive : c’est le royaume du repos silencieux. À l’entrée pousse une moisson de pavots et d’innombrables herbes soporifiques : c’est leur sève que la Nuit recueille pour faire dormir les hommes et les animaux sur la terre. Là, pas de porte qui grince en tournant sur ses gonds, pas de gardien qui surveille le seuil. Au milieu du palais, sur un lit d’ébène garni d’un épais duvet et de grands coussins noirs, le dieu du Sommeil se repose en compagnie de ses fils les Songes, étendus autour de lui, plus nombreux que les épis de blé dans les champs, que les feuilles sur les arbres, que les grains de sable sur la plage. [...] Entre ses mille enfants, le Sommeil appelle Morphée. Nul autre mieux que lui, en effet, ne saurait imiter les traits, la démarche, les vêtements, la voix - jusqu’aux accents les plus familiers - de ceux qu’il est chargé de représenter. Sa spécialité, ce sont les humains. Il se distingue ainsi de ses frères, Phobétor, qui imite les animaux (fauves, oiseaux, serpents), et Phantasos, qui se transforme en objets (terre, pierre, eau, bois). »
Métamorphoses, Livre XI, vers 592-643 (traduction et adaptation A. C.)

• Parmi les mille songes, enfants du Sommeil, évoqués par Ovide, trois se distinguent de la masse : ils sont chargés de visiter les palais des rois pour hanter leurs rêves, tandis que les autres sont des subalternes qui ne pénètrent que chez les gens ordinaires. Ils sont spécialisés selon la forme qu’ils revêtent dans les rêves des humains. Phobétor, “celui qui épouvante” (phobos, "peur" en grec), suscite les cauchemars en prenant l’apparence d’animaux féroces. Phantasos, “celui qui produit les images fantastiques” (phantasia, "apparition" en grec), peut imiter tous les objets en se transformant en terre ou en eau, en pierre ou en bois. Enfin, le plus prestigieux et le plus doué dans l’art de l’illusion : Morphée (morphé, "forme" en grec), qui est capable de prendre précisément n’importe quelle forme humaine. Aujourd’hui, on utilise encore l’expression « tomber dans les bras de Morphée ».

À HYPNOS
Parfum à brûler avec du pavot

« Hypnos, seigneur de tous les mortels bienheureux
Et de tous les vivants que nourrit la vaste terre !
Toi qui seul à tous commandes et viens sur tous,
Enlaçant les corps par des liens que la forge n'a pas façonnés !
Tu délies les soucis et apaises doucement nos peines !
À la douleur tu apportes la consolation sacrée,
Tu sauves nos âmes en les préparant à la mort,
Car tu es né frère de Mort et d'Oubli.
Ô bienheureux, je t’en supplie, viens avec douceur ; et, bienveillant,
Protège tes initiés dans l’accomplissement du divin service. »
Hymnes orphiques, Recueil de Pergame, Hymne 85 (trad. P.C.)

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