Hildegarde de Bingen, religieuse mystique, musicienne, médecin et femme de lettres, considérée comme la première naturaliste

Unde etiam, ut vides, mons iste magnus ferreum colorem habens designat fortitudinem et stabilitatem aeternitatis regni Dei, quae nullo impulsu labentis mutabilitatis potest exterminari.

Cette grande montagne couleur de fer que tu vois, désigne la force et la stabilité de l’éternité du royaume de Dieu, laquelle ne peut-être ébranlée par nul effort d’une mutabilité branlante.

 

Scivias, Livre 1er. Vision 1ère.

Hildegarde de Bingen naît en 1098 dans une famille noble du Palatinat, région d’Allemagne bordée par le Rhin. Elle est la dixième enfant de la famille. L’Europe à sa naissance est en effervescence : guerres des états entre eux et, surtout, début des croisades ; les chrétiens, à l’appel du pape, partent aider leurs frères d’Orient à reconquérir les lieux saints tombés aux mains des Arabes.

Dès l’âge de cinq ans la petite fille, de santé fragile, a des visions qui l’inquiètent et qu’elle cache à son entourage : elle voit des choses qui, peu après, se réalisent. À huit ans, ses parents la confient à Jutta de Sponheim, jeune abbesse du monastère bénédictin de Disibodenberg proche de leur domicile, pour qu’elle assure l’éducation de l’enfant. Hildegarde de Bingen, mise en confiance par cette personne, lui raconte ses visions et Jutta, par prudence, prend conseil d’un moine du monastère voisin, Volmar, qui deviendra plus tard le secrétaire et l’ami d’Hildegarde. À quatorze ans, l’adolescente devient elle-même religieuse malgré sa santé chancelante et poursuit son éducation.

À la mort de Jutta, en 1136, élue par les religieuses du couvent, elle devient à son tour, à trente-huit ans, abbesse de Disibodenberg. Peu après, une voix céleste lui demande d’écrire et de divulguer ses visions. C’est ainsi qu’avec l’autorisation de l’archevêque de Mayence et l’aide du moine Volmar, elle va écrire son premier livre : Scivias (Dei), « Sache les voies de Dieu... ». Infatigable malgré sa fragilité, elle en composera d’autres, tels Le livre des œuvres divines, Le livre des mérites de vie et, comme elle connaît bien les propriétés des plantes cultivées dans les jardins de « Simples » des monastères et confectionne elle-même des remèdes, elle consignera ses recettes dans un livre qui, après neuf siècles, se retrouve sur les rayons de nos librairies « offert à notre monde moderne qui aspire à une médecine plus respectueuse de l’environnement et de l’humain » (Paul Ferris, Les remèdes de santé d’Hildegarde de Bingen, Marabout, 2013).

Elle compose aussi des poèmes, des œuvres musicales, correspond avec les hautes personnalités de son temps, le Pape aussi bien que l’Empereur, assure des prédications dans toute l’Allemagne, accomplit des miracles. Son couvent devenant trop exigu pour la foule qui s’y presse, Hildegarde va en fonder un autre à côté de Bingen, le monastère de Rupertsberg, puis encore un autre, celui d’Eibingen. C’est dans ce dernier qu’elle meurt à quatre-vingt-un ans, le 17 septembre 1179.

Considérée comme une sainte à son époque, elle ne fut pas cependant canonisée. Mais le Pape Benoît XVI, en 2012, l’a proclamée « Docteur de l’Église », la plus haute distinction de l’Église catholique, faisant d’elle la quatrième femme docteur, après Catherine de Sienne, Thérèse d’Avila et Thérèse de Lisieux, affirmant ainsi l’exemplarité de sa vie et de ses écrits.

Voir sur Odysseum le dossier : 

La mandragore, Hildegarde de Bingen

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