Héphaïstos, le père de la technologie moderne

L’artiste / artisan par excellence, le premier et le meilleur de tous, est un dieu boiteux, mal proportionné, trapu et velu. Depuis Homère, en effet, Héphaïstos est κλυτοτέχνης (klutotechnès), « illustre pour la maîtrise de son art », autrement dit le père et le champion de la technè.
Fils de Zeus et d’Héra, ou d’Héra seule selon les sources mythologiques, Héphaïstos, nommé Vulcain par les Romains, est le plus laid des douze Olympiens, qui aiment se moquer de lui, mais c’est aussi le plus besogneux.
Dieu du Feu terrestre et de la Métallurgie, il est à l‘occasion potier, comme le montre la création de Pandora, mais il est avant tout forgeron : LE forgeron de l’Olympe, dont il est l’architecte « designer ». Il a découvert l’art de travailler le cuivre, le fer, le bronze, l’argent et l’or et il forge la plupart des objets utilisés par les dieux et les déesses, dont il a aussi construit les palais.
Outre son savoir-faire technique, Héphaïstos est doué d’un talent singulier à animer les objets et à imiter la vie en créant des « automates » au sens littéral du terme, c’est-à-dire des objets capables d’agir par eux-mêmes : nous les découvrons dans son atelier au moment où la Néréide Thétis y vient pour commander des armes destinées à son fils Achille.
Grâce à Homère, nous voyons ainsi fonctionner des trépieds littéralement « animés » - ἔμψυχοι (empsuchoi), c’est-à-dire dotés de la ψυχή (psuchè), le souffle de vie (anima en latin) - ainsi que des soufflets de forge qui travaillent comme des « esclaves » (servi en latin), au sens moderne de ces « mécanismes asservis » qui suivent un programme établi à l’avance. Mais le plus impressionnant, ce sont ces deux servantes en or qui ressemblent à des « jeunes vierges vivantes » : dotées de la force physique (sthenos) et de la voix (audê), elles ont bien plus que la psychè, car Héphaïstos leur a aussi donné la capacité de penser que les Grecs appellent le νόος (noos ou noûs) ; de plus, précise Homère, elles ont appris des dieux divers modes de travail. Bref, de parfaits robots pourvus avant la lettre de ce que nous nommons aujourd’hui « I.A. », l’intelligence artificielle. Précisons que le terme « robot » est apparu pour la première fois dans la pièce de théâtre intitulée R. U. R. (en anglais Rossum’s Universal Robots) écrite en 1920 par l’écrivain tchèque Karel Čapek. Dans cette œuvre de science-fiction, les « robots » (du tchèque robota qui signifie « travail forcé ») sont des androïdes qui finissent par se révolter et anéantir l’humanité. Le succès fut tel que le terme « robot » supplanta immédiatement le grec « automate ».
Héphaïstos a mis au point des inventions qui sont le produit de son habileté manuelle mais aussi de ses « pensers savants », une formule qui lui est exclusivement réservée dans les épopées homériques. Ce n’est pas un magicien faiseur de miracles, mais un ingénieur, à la fois concepteur, mécanicien et technicien innovant, qui crée des objets utilitaires pour son handicap : ils lui évitent de suer, souffler, peiner en marchant ou en travaillant. Ainsi, tandis que les servantes en or aident le « divin boiteux » à se déplacer, les trépieds - des chaudrons à roulettes qui vont et viennent par eux-mêmes - lui évitent de courir pour servir aux banquets divins ; par la même occasion, ils lui épargnent ce fameux rire « homérique » qui saisit dieux et déesses de manière « inextinguible » à la vue de sa démarche claudicante.
Dans toute la tradition littéraire grecque de l’époque classique, inspirée d’Homère, Héphaïstos travaille seul ; par la suite on lui donne des auxiliaires comme dans un authentique atelier d’artisans. Ce sont le plus souvent les Cyclopes, tels que les représentent les poètes hellénistiques, repris par Virgile, qui œuvrent dans une forge située dans l’Etna en Sicile ou dans le volcan de l’île Lipari. Fresques et vases représentent le forgeron divin portant la tunique courte et le bonnet conique caractéristiques des artisans ; il manie les outils de la forge : marteau, enclume, double hache, tenailles.

ὑπὸ δ᾽ ἀμφίπολοι ῥώοντο ἄνακτι
χρύσειαι ζωῇσι νεήνισιν εἰοικυῖαι.
τῇς ἐν μὲν νόος ἐστὶ μετὰ φρεσίν, ἐν δὲ καὶ αὐδὴ
καὶ σθένος, ἀθανάτων δὲ θεῶν ἄπο ἔργα ἴσασιν.

 

Deux servantes l’aident à marcher en le soutenant. Elles sont en or, mais elles ont l’aspect de vierges vivantes.

Elles ont la capacité de raisonner, en plus de l’esprit ; elles sont aussi dotées de la voix et de la force physique ; par la grâce des Immortels, elles savent travailler.

Homère, Iliade, chant XVIII, vers 417-420

À retrouver sur le site de l'académie de Paris

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Une conférence d'Annie Collognat

Dans l'atelier d'Héphaïstos : l'invention des robots dans l'Antiquité 

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