Delphes - Sanctuaire et oracle d'Apollon Δελφοί

Τελφοῦσ , ἐνθάδε δὴ φρονέω περικαλλέα νηὸν 
ἀνθρώπων τεῦξαι χρηστήριον, οἵτε μοι αἰεὶ 
ἐνθάδ᾽ ἀγινήσουσι τεληέσσας ἑκατόμβα, 
ἠμὲν ὅσοι Πελοπόννησον πίειραν ἔχουσιν 
ἠδ᾽ ὅσοι Εὐρώπην τε καὶ ἀμφιρύτας κατὰ νήσους, 
χρησόμενοι : τοῖσιν δέ κ᾽ ἐγὼ νημερτέα βουλὴν 
πᾶσι θεμιστεύοιμι χρέων ἐνὶ πίονι νηῷ$. ’

 

Telphousa, je pense bâtir ici un temple illustre, oracle des hommes qui m'y sacrifieront toujours de parfaites hécatombes. Et ceux qui habitent le gras Péloponnèse, ou l'Europe, ou les îles entourées des flots, viendront m'interroger, et je prophétiserai en paroles véridiques, rendant mes oracles dans le temple opulent.

 

Homère (VIIIe siècle av. J.-C.), Hymne à Apollon, vers 247-253 (>Traduction de Leconte de Lisle, 1868).

Situé en Phocide, au pied du Mont Parnasse, qui passe pour être le séjour d’Apollon et des Muses, le sanctuaire de Delphes se trouve, selon la légende, au point de rencontre des deux aigles lâchés par Zeus depuis chaque extrémité du monde : ils y ont laissé tomber une pierre sacrée, représentant l’omphalos, « le nombril » de l’univers. C’est là que le dieu Apollon, fils de Zeus, établit son culte, après avoir tué Python, le monstrueux serpent, fils de Gaia, la Terre, qui gardait les lieux.

Au début du VIe siècle avant J.-C., l’administration du sanctuaire est confiée à une association de douze cités-états, l’Amphictyonie, qui organise les Jeux Pythiques, fête religieuse commémorative du triomphe d’Apollon sur Python.

Delphes devient alors à la fois le centre et le symbole du monde grec antique : c’est un sanctuaire panhéllenique (du grec pan, tout, et hellen, grec) où se rassemblent tous ceux qui se revendiquent comme « Hellènes » par leur langue et leur culture, venus de toutes les cités et de tous les pays pour célébrer les mêmes cérémonies, cultes et jeux.

Le cœur du sanctuaire est le temple consacré à Apollon, plusieurs fois reconstruit : celui dont les ruines subsistent aujourd’hui est daté du IVe siècle avant J.-C. Une prêtresse, la Pythie, est chargée de proférer l’oracle du dieu, au fond du temple, dans l’adyton, « la pièce dans laquelle nul ne peut pénétrer », assise sur un trépied posé au-dessus d’une crevasse profonde d’où émanent des exhalaisons. Ses paroles, souvent obscures, sont interprétées par des prêtres.

Étendu sur plusieurs terrasses, le sanctuaire comporte aussi un théâtre et un stade ainsi que de très nombreux monuments commémoratifs et votifs : des trésors (édifices de taille généralement modeste), des portiques, des bases de statues, des colonnes (simples ou doubles), des piliers, etc.

  • Selon la tradition mythologique, le tout jeune dieu Apollon, qui, quatre jours seulement après sa naissance, cherchait un lieu où édifier un sanctuaire à sa gloire, finit par choisir les pentes du mont Parnasse. La perfide nymphe Telphousa, qui habitait dans une source de cet endroit, lui conseille alors de s’aventurer dans une gorge sauvage, sachant que le redoutable serpent Python l’y attendait pour le tuer. Apollon la punira de ce mauvais conseil, peut-être soufflé par la jalouse Héra, en enterrant sa source sous un rocher.
  • Le nom de Delphes (pluriel Δελφοί, Delphoí)viendrait de la métamorphose du dieu Apollon en dauphin (δελφίς, delphís) : il aurait pris cette apparence pour attirer des marins crétois afin de les charger d’instaurer son culte sur le site.
  • Deux célèbres devises étaient inscrites sur le fronton du temple d’Apollon à Delphes : elles sont attribuées aux Sept Sages (dont Thalès de Milet) qui ont laissé chacun « des sentences concises et dignes de mémoire. Ces sages s’étant rassemblés offrirent en commun à Apollon les prémices de leur sagesse et firent graver sur le temple de Delphes ces maximes qui sont dans toutes les bouches : Γνῶθι σεαυτόν  (gnôthi seauton), "Connais-toi toi-même", et Μηδὲν ἄγαν (mèden agan), "Rien de trop". » (Platon, Protagoras, 343b).
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