Cerbère et Héraclès Apollodre, Bibliothèque, II, 5, suivi de Dante, La Divine Comédie, Chant VI

Eurysthée ordonna à Héraclès pour le douzième de ses travaux, d'amener Cerbère des enfers. Ce monstre avait trois têtes de chien, une queue de dragon, et sur le dos des têtes de serpent de diverses espèces. Avant de commencer cette entreprise, il alla trouver Eumolpe à Eleusis, pour se faire initier. Il n'était pas permis alors d'initier les étrangers; il fut donc obligé de se faire adopter par Pylius. Comme il était encore souillé du meurtre des Centaures, il ne pouvait voir les mystères ; il se fit donc purifier et il fut initié par Eumolpe, il se rendit de là à Ténare, dans la Laconie, où est l'entrée des enfers, et il y descendit par cette ouverture.

Les ombres s'enfuirent toutes lorsqu'elles le virent, à l'exception de celle de Méléagre, et de celle de Méduse. Il tira l'épée contre la Gorgone, comme si elle eût été vivante, mais Mercure l'avertit que ce n'était que son ombre. A l'approche des portes de l'enfer, il trouva Thésée et Pirithous ; ce dernier avait osé demander Proserpine en mariage, et il était enchaîné à cause de cela. Ils lui tendirent les mains comptant sur sa force pour leur délivrance. Il délivra effectivement Thésée en le prenant par la main ; mais la Terre ayant tremblé lorsqu'il voulut prendre Pirithous, il le laissa. Il leva aussi la pierre sous laquelle Ascalaphe était enfermé. Voulant ensuite faire goûter du sang aux âmes, il égorgea un des bœufs de Pluton. Ménœtius, fils de Ceuthonyme, qui les menait paître, l'ayant défié à la lutte, Hercule le saisit par le milieu du corps, et lui ayant brisé les côtes, le laissa aller, à la prière de Proserpine.

Il demanda Cerbère à Pluton, et ce dieu lui permit de l'emmener s'il pouvait le prendre sans se servir de ses armes. Hercule revêtu de sa cuirasse et de sa peau de lion, l'ayant trouvé vers les portes de l'Achéron, le saisit par le cou, et quoique mordu par le dragon qui formait sa queue, il ne lâcha point prise, de manière que le chien se sentant étouffé, fut forcé de le suivre. Il l'emmena donc avec lui, remonta sur la terre à Trœzène, et l'ayant montré à Eurysthée, il le reconduisit aux enfers.

Cerbère

 

Pour aller plus loin...

 

Dante, La Divine Comédie, Chant VI

 

Dante, guidé par Virgile, traverse les Enfers...

 

Quand mon esprit, tout absorbé dans la pitié de mes deux parents, et troublé de tristesse, revint à soi, je vis autour de moi, partout où j’allais, et me tournais, et regardais de nouveaux tourments et de nouveaux tourmentés.

Je suis au troisième cercle de la pluie éternelle, maudite, froide, pesante : toujours la même, toujours elle tombe également. Des averses de forte grêle, et d’eau noire, et de neige, traversent l’air ténébreux ; fétide est la terre qui les reçoit. Cerbère, bête cruelle et de forme monstrueuse, avec trois gueules aboie contre ceux qui sont là submergés. Il a les yeux rouges, la barbe grasse et noire, le ventre large, les mains armées de griffes : il déchire les esprits, les écorche, et les dépèce. La pluie les fait hurler comme des chiens : fréquemment les malheureux profanes se tournent faisant d’un de leurs côtés un abri à l’autre.

Sitôt que Cerbère, nous aperçut, il ouvrit ses gueules et nous montra ses crocs : pas un de ses membres qui ne frémit. Mon Guide étendit les mains, prit de la terre, et à pleines poignées la jeta dans les gosiers affamés. Tel le chien avide qui aboie, s’apaise lorsqu’il mord la proie, ne songeant à combattre que pour la dévorer ; ainsi fut-il des sales mâchoires du démon Cerbère, qui étourdit tellement les âmes qu’elles voudraient être sourdes.

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