Bataille de Zama : défaite d'Hannibal devant Scipion Zama

202 av. J.-C., une plaine désertique au nord-ouest de la Tunisie, 100 000 soldats en présence… et 80 éléphants de guerre : Zama.

La bataille de Zama est un point d’orgue, le moment où Rome parvient à faire basculer à la fois le rapport de force et la stratégie pour mettre fin à la deuxième guerre punique.

Résumons. Après une longue période de la guerre (218-212) où le général punique Hannibal, fils d’Hamilcar, a porté la guerre sur le territoire romain et emporté des batailles de première importance (le Tessin, la Trébie, le lac Trasimène, Cannes) au point de menacer de l’emporter, Rome profite des hésitations carthaginoises pour se rétablir. Une figure militaire s’affirme sur le front espagnol : le jeune Publius Cornelius Scipio, fils du vaincu du Tessin. Malgré ses 25 ans et son inexpérience politique, il reçoit un imperium de proconsul et parvient à conquérir l’Espagne punique. Ce nouveau prestige lui vaut d’être élu consul en 205, avec la Sicile pour province. Il peut ainsi préparer son plan, véritable coup de génie stratégique qui va renverser la donne de la guerre : un débarquement en Afrique pour contraindre Hannibal, isolé dans le sud de la péninsule italienne, à revenir sur ses terres pour les défendre.

Les forces romaines débarquent près d’Utique en 204. Scipion, qui a pu faire proroger son imperium, s’attache à gagner l’appui précieux du roi numide Massinissa : l’alliance est nouée. Massinissa apporte 6 000 fantassins et, surtout, 6 000 cavaliers.

Dès le printemps 203, il remporte une première victoire. Il soumet par ailleurs ses troupes à un entraînement intensif et adopte une tactique similaire à celle de son rival, qu’il appuie sur l’aide décisive de la cavalerie numide.

Hannibal, averti de la menace qui pèse désormais sur Carthage, est contraint au retour en 203 : il débarque près d’Hadrumetum (Sousse aujourd’hui) à l’automne.

Les deux généraux conviennent d’un entretien sur terrain neutre, longuement rapporté par Tite-Live :

… non suae modo aetatis maximi duces sed omnis ante se memoriae omnium gentium cuilibet regum imperatorumve pares. Paulisper alter alterius conspectu, admiratione mutua prope attoniti, conticuere.

« C’étaient les premiers capitaines non seulement de leur siècle, mais aussi de tous les temps ; ils pouvaient être comparés aux plus grands rois, aux plus grands généraux de toutes les nations. Lorsqu’ils furent en présence l’un de l’autre, ils restèrent un instant comme interdits par l’admiration mutuelle qu’ils s’inspiraient, et gardèrent le silence. » (Tite-Live, Ab Urbe condita, XXX, 30).

Mais les pourparlers aboutissent à un échec : Scipion, en position de force, refuse de fléchir face à la demande de paix d’Hannibal.

Le 19 octobre 202 av. J.-C., les armées s’affrontent à Zama (près de l’actuelle Ksar Toual Zammeul).

La bataille

Les forces en présence sont considérables. Hannibal positionne en première ligne ses 80 éléphants de combat, en deuxième ligne les mercenaires gaulois et ligures, en troisième ligne enfin l’infanterie carthaginoise et africaine. Il garde en réserve ses vétérans aguerris de la campagne d’Italie. Il place la cavalerie aux deux ailes : à droite, celle des Carthaginois, à gauche, celle des Numides. Son objectif ? Lancer une charge puissante, avec sa première ligne d’éléphants de combat et sa deuxième ligne d’auxiliaires pour enfoncer les lignes romaines et les soumettre ensuite à sa troisième ligne et ses vétérans.

Mais Scipion, qui a étudié et pressenti la stratégie d’Hannibal, va déjouer ce plan : il abandonne la formation compacte en quinconce de l’infanterie utilisée jusqu’alors par l’armée romaine. Au contraire, il ménage des espaces entre les manipules (unités tactiques de la légion) et place dans ces intervalles ses vélites, les soldats d’infanterie légère, afin qu’ils désorientent et attaquent les éléphants. À son aile gauche, il place la cavalerie italienne et, à la droite, la cavalerie des Numides conduite par Massinissa.

Hannibal lance la charge de ses éléphants. Mais ceux-ci, affolés par les cors romains, paniquent ; certains se retournent contre l’armée punique et désorganisent ses cavaleries placées sur les ailes. Les autres s’engagent dans les espaces laissés libre dans les lignes romaines, où ils se font cribler de javelots et de flèches.

La deuxième ligne de l’armée carthaginoise plie et cherche à refluer vers la troisième ligne qui la repousse. Les Romains ont un avantage : la quasi homogénéité de leurs troupes, alors que l’armée carthaginoise est composée de soldats de différentes nationalités, au sein desquels les ordres passent difficilement.

Scipion envoie ses deuxième et troisième lignes de légionnaires aux ailes et, dans un mouvement tournant, les amène à encercler les Carthaginois, toujours opposés à la résistance de la première ligne romaine.

L’intervention des cavaleries romaine et numide permet de prendre à revers l’armée carthaginoise, qui est massacrée. 20 000 hommes périssent, 10 000 sont constitués prisonniers ; les Romains, eux, n’ont subi qu’une perte réduite : entre 1 000 et 2 000 morts.

Hannibal parvient à regagner Carthage :

… fassus in curia est non proelio modo se sed bello victum, nec spem salutis alibi quam in pace impetranda esse.

« Devant le sénat il déclara qu'il s'avouait vaincu non seulement dans cette bataille, mais aussi dans la guerre, et qu'on n'avait d'espoir de salut qu'en obtenant la paix »

(Tite-Live, XXX, 35).

Au terme de la bataille, Carthage vaincue fut contrainte par le traité de 201 av. J.-C. à livrer tous ses éléphants et tous ses bateaux longs (sauf dix), céder ses possessions en Espagne, payer sur 50 ans la somme colossale de 10 000 talents et s’engager à ne pas faire la guerre sans l’autorisation de Rome.

Rome sortit de la guerre victorieuse certes, mais exsangue. Son territoire était ravagé ; il fallut lutter contre la famine, la crise financière. Mais une nouvelle génération d’hommes politiques avait émergé et la grandeur de Rome était sauve.

Ce qu'écrit Tite-Live : 

Roma an Carthago jura gentibus daret ante crastinam noctem scituros ; neque enim Africam aut Italiam sed orbem terrarum uictoriae praemium fore […] Ad hoc discrimen procedunt postero die duorum opulentissimorum populorum duo longe clarissimi duces, duo fortissimi exercitus, multa ante parta decora aut cumulaturi eo die aut euersuri. Anceps igitur spes et metus miscebant animos ; contemplantibusque modo suam, modo hostium aciem, cum oculis magis quam ratione pensarent vires, simul laeta, simul tristia obversabantur …

 

« Ils sauraient avant la nuit du lendemain si ce serait Rome ou Carthage qui ferait la loi au monde. Ce n’était plus l’Afrique ou l’Italie, c’était l’univers entier qui allait devenir la récompense du vainqueur […] C'était pour décider de cette grande question que s’avançaient sur le champ de bataille les deux peuples les plus puissants de la terre, représentés chacun par le plus grand de leurs généraux, par la plus brave de leurs armées, et prêts à couronner par un nouveau succès l'édifice de leur gloire ou à le renverser. Les esprits flottaient donc incertains entre l’espérance et la crainte ; chacun, considérant tantôt ses forces, tantôt celles de l’ennemi, les appréciait à l’œil plutôt que par le calcul et se laissait aller en même temps à la joie et à la tristesse. »

Tite-Live, Ab Urbe condita, XXX, 32

Traduction : Collection des auteurs latins sous la direction de M. Nisard,

Œuvres de Tite-Live, t. II, Paris, Firmin Didot, 1864

 

Chronologie des guerres puniques

  • Première guerre punique : 264-241 av. J.-C.

  • Deuxième guerre punique : 219-201 av. J.-C.

  • Troisième guerre punique : 149-146 av. J.-C. 

Les forces en présence

  • les Carthaginois disposent de 80 éléphants, 50 000 fantassins et 4 000 cavaliers ;

  • les Romains, eux, présentent 34 000 légionnaires et 9 000 cavaliers au total, parmi lesquels les 6 000 cavaliers numides de Massinissa.

Après la bataille de Zama contre Hannibal, Scipion prend le titre de Scipion l'Africain.

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