Bataille de Pharsale : Victoire de César sur Pompée Pharsalus

C’est le 9 août 48 avant J.-C., sur une plaine de Thessalie proche de la ville de Pharsale, que s’est tenue la bataille qui a décidé de la fin de la seconde guerre civile. Elle démontra le génie militaire de César et garantit sa prise de pouvoir sur le monde romain.

Alors que César connaît des difficultés en Gaule, Pompée se rend maître de Rome et se présente comme le dernier rempart de l’ordre dans une ville soumise aux émeutes.

Il s’attache à réduire l’avenir politique de César : il fait ainsi voter une loi qui qui attribue les provinces à des magistrats sortis de charge depuis cinq ans ; selon cette nouvelle règle, César est menacé d’être remplacé en Gaule. En outre, alors que le Sénat demande à chaque imperator une légion pour tenir les Parthes en respect, il parvient à priver César de deux légions (Pompée ayant désigné celle prêtée à son rival en 54).

La tension est désormais à son comble : César, conscient qu’il est acculé et qu’il doit jouer son avenir politique, franchit les Alpes avec ses légions, menaçant ainsi l’ordre républicain.

Pompée se voit remettre le commandement des troupes disponibles en Italie.

Dans la nuit du 11 au 12 janvier 49, César franchit le Rubicon, frontière symbolique de l’Italie avec sa XIIIe légion : désormais la rébellion du proconsul des Gaules contre les institutions est officielle, et une nouvelle guerre civile débute après celle de 83-82 avant J.-C.

César peut compter sur le renfort rapide de deux autres légions arrivant à marches forcées des Gaules ; ses autres troupes restent au-delà des Alpes afin de surveiller les Pompéiens d’Espagne. Pompée, lui, ne dispose que de trois légions en Italie ; il espère en lever dans le Picenum qui lui est acquis mais son espoir est immédiatement douché par la marche audacieuse de César le long de l’Adriatique qui suscite la panique à Rome. Lucide sur l’état présent de ses forces, Pompée renonce à défendre l’Italie, replie ses troupes sur Brindes et les évacue en Asie.

César se rend maître de Rome et de l’Italie mais il n’a pas de flotte et doit compter avec un autre front : les sept légions d’Espagne, contre lesquelles il se tourne immédiatement. Il laisse le siège de Marseille, qui soutient Pompée, à son légat Trébonius, et rejoint l’Espagne. Au terme d’une brillante campagne pendant l’été 49, il parvient à se gagner, sans engager bataille, les légions pompéiennes mal commandées. À la fin 49, il rentre en vainqueur en Italie. Il passe la fin de l’année à Rome, fait main basse sur les trésors des temps pour financer sa prochaine campagne.

Dès le début de janvier 48, César débarque aux confins de l’Epire et de la haute Macédoine. Sa situation est cependant délicate du fait de son infériorité numérique et des manœuvres subtiles de Pompée. César demande à Marc Antoine de le rejoindre via Brindes avec ses trois légions d’Italie. Malgré cela, il doit en juillet se replier vers la Thessalie, pris entre l’armée de Pompée et celle de son beau-père Metellus Scipion. Les sénateurs alliés à Pompée exigent qu’on lui donne le coup de grâce : ce sera la bataille de Pharsale, le 9 août 48.

Le lieu

Pompée a établi son camp près de la rivière Énipée (affluent du fleuve Pénée) aux flancs d'une colline, à cinq kilomètres au nord-ouest du camp de César : il dispose ainsi d’une vision surplombante sur la plaine.

Les forces en présence sont très déséquilibrées :

  • l’armée de César compte 22 000 fantassins et 1 000 cavaliers ;

  • Pompée aligne 47 000 fantassins et 7 000 cavaliers (chevaliers italiques).

Mais ce déséquilibre est compensé par un paramètre : la plupart des soldats de Pompée sont inexpérimentés alors que ceux de César ont combattu pendant huit ans sous ses ordres en Gaule. Le génie militaire de César, face à des troupes peu aguerries, parviendra à retourner complètement la situation.

La bataille

Pompée souhaite utiliser la rivière pour appuyer le flanc droit de son armée. Aussi concentre-t-il sur son flanc gauche toute sa cavalerie, ses frondeurs thraces et ses archers crétois. Il compte ainsi prendre ainsi l’armée de César à revers par son aile gauche, attaquer par l’arrière ses légions et les mettre en déroute.

César s’apprête à envoyer ses troupes au ravitaillement quand il apprend que l’armée de Pompée se met en ordre de bataille. Il remarque que Pompée a concentré sa cavalerie sur son flanc gauche et comprend la manœuvre. Pour la contrecarrer, il prélève 11 cohortes à partir de sa troisième ligne (soit une cohorte par légion) pour former une quatrième ligne forte de 3 000 hommes. Cette dernière prend place derrière la cavalerie de César, en formation face à celle de Pompée, qui n’a pas perçu le mouvement. César, en infériorité numérique, étire également ses lignes pour éviter de se faire encercler.

Dans la matinée, la bataille s’engage.

La cavalerie pompéienne attaque celle de César, qui se replie ; elle est cependant surprise par la quatrième ligne d’infanterie césarienne jusqu’alors dissimulée : celle-ci attaque avec ses pila les cavaliers pompéiens. Plutarque rapporte que César aurait ordonné à ses soldats de frapper leurs adversaires au visage, car ces aristocrates inexpérimentés craignaient, selon lui, d’être défigurés. Les cavaliers pompéiens paniquent et fuient le champ de bataille. La brèche est désormais ouverte pour la quatrième ligne césarienne qui massacre les frondeurs et les archers placés sur le flanc gauche de Pompée, puis prend à revers la légion de Pompée en attaquant son flanc gauche désormais à découvert. Les légionnaires de cette quatrième ligne lancent leurs pila sur la Ie légion de Pompée avant d'engager le combat. L’armée de Pompée, doublement attaquée sur son flanc et sur son front par la Xe légion de César qui lui fait face, ne peut soutenir l'assaut : elle rompt le combat ainsi que la XVe légion qui se trouve sur son flanc droit.

Constatant que les lignes de Pompée fléchissent, César lance sa troisième ligne : progressivement, toute l’armée de Pompée se défait.

Les soldats que Pompée a recrutés en Orient et qu’il a placés en arrière refusent d'engager le combat et s’enfuient.

Pompée, défait, ordonne à ses cohortes de garde de défendre le camp coûte que coûte. Mais son armée est anéantie.

Aux environs de midi, les armées de César investissent le camp en massacrant les gardes qui le défendent. Mais Pompée s’est déjà enfui de son praetorium vers Larissa …

Le bilan de la bataille est à front renversé avec les forces initialement en présence ; si les chiffres diffèrent selon les récits, la victoire de César est sans équivoque :

  • Plutarque rapporte 6 000 tués parmi les Pompéiens et seulement 1 200 parmi les Césariens ;

  • César, quant à lui, compte dans l’armée pompéienne un total de 15 000 hommes tués : plus de 6 000 légionnaires romains et 9 000 auxiliaires ; il affirme avoir pris 180 enseignes, neuf aigles de légion, et constitué 24 000 prisonniers.

Les chefs de la nobilitas s’enfuient en Afrique. Pompée s’embarque pour l’Orient, parvient à Alexandrie, est assassiné par ordre de Ptolémée XIV (28 septembre 48).

César arrive à Alexandrie quatre jours après l’assassinat de Pompée. Il ne put réprimer son émotion à l’annonce de sa mort :

Εἰς δ´ Ἀλεξάνδρειαν ἐπὶ Πομπηΐῳ τεθνηκότι καταχθείς, Θεόδοτον μὲν ἀπεστράφη, τὴν Πομπηΐου κεφαλὴν προσφέροντα, τὴν δὲ σφραγῖδα δεξάμενος τοῦ ἀνδρὸς κατεδάκρυσεν.

Il [César] n’aborda à Alexandrie qu’après l’assassinat de Pompée ; et quand Théodote lui présenta la tête de ce grand homme, il détourna les yeux avec horreur ; et en recevant son sceau, il ne put retenir ses larmes.

Plutarque, Vie de César, 48, 2

Le voici débarrassé désormais de son plus dangereux adversaire. Il lui faudra néanmoins trois ans encore avant de devenir le maître du monde romain.

 

Ce que chante Lucain : 

 

Non istas habuit pugnae Pharsalia partes

quas aliae clades : illic per fata virorum,

per populos hic Roma perit ; quod militis illic,

mors hic gentis erat : sanguis ibi fluxit Achaeus,

Ponticus, Assyrius ; cunctos haerere cruores

Romanus campisque vetat consistere torrens.

Majus ab hac acie quam quod sua saecula ferrent

volnus habent populi ; plus est quam vita salusque

quod perit : in totum mundi prosternimur aevum.

Vincitur his gladiis omnis quae serviet aetas.

Lucain, Pharsale, VII, v. 632-641

 

Pharsale n’a pas eu le même rôle que d’autres désastres : ailleurs, c’était la destinée des individus, ici c’est celle des peuples qui fait la perte de Rome ; quand ailleurs mourait un soldat, ici c’est une nation ; il y coula du sang achéen, pontique, assyrien, les flots de sang romain défendent à tous les autres de stagner et de se maintenir dans les plaines. Cette bataille inflige aux peuples une blessure trop grave pour que leurs générations puissent les supporter ; c’est plus que des vies et des existences qui prennent fin, c’est pour toute la durée de l’univers que nous sommes abattus. Ces glaives triomphent de tous les âges pour les asservir.

Traduction d’Abel Bourgery et Max Ponchont, Paris, Les Belles Lettres, 1930

La bataille conclut une période extrêmement trouble.

Depuis 60 avant J.-C., César, Pompée et Crassus se partagent le pouvoir dans ce qu’on a appelé le premier triumvirat : un accord d’intérêt qui leur a permis de faire coexister leurs intérêts respectifs. Mais l’opposition entre populares et optimates est extrême, et l’équilibre instable malgré les tentatives des modérés dont Cicéron : la tension se fait de plus en plus forte entre les deux imperatores Pompée et César.

La mort de Crassus en juin 53 à la bataille de Carrhes met fin au triumvirat, déjà très affaibli par la mort en 54 de Julia, fille de César, suivie du remariage de Pompée avec Cornelia, fille d’un des plus influents optimates, Metellus Scipion.

 

Besoin d'aide ?
sur