Aristophane ὁ Ἀριστοφάνης

(ΑΛΛΑΝΤΟΠΩΛΗΣ) Ἀλλ´, ὦγάθ᾿, οὐδὲ μουσικὴν ἐπίσταμαι

πλὴν γραμμάτων, καὶ ταῦτα μέντοι κακὰ κακῶς.

(ΔΗΜΟΣΘΕΝΗΣ) Τουτὶ μόνον ς᾿ ἔβλαψεν, ὅτι καὶ κακὰ κακῶς.

Ἡ δημαγωγία γὰρ οὐ πρὸς μουσικοῦ

ἔτ᾿ ἐστὶν ἀνδρὸς οὐδὲ χρηστοῦ τοὺς τρόπους,

ἀλλ᾿ εἰς ἀμαθῆ καὶ βδελυρόν. […]

Φαυλότατον ἔργον · ταῦθ´ ἅπερ ποεῖς πόει ·

τάραττε καὶ χόρδευ᾿ ὁμοῦ τὰ πράγματα

ἅπαντα, καὶ τὸν δῆμον ἀεὶ προσποιοῦ

ὑπογλυκαίνων ῥηματίοις μαγειρικοῖς.

Τὰ δ᾿ ἄλλα σοι πρόσεστι δημαγωγικά,

φωνὴ μιαρά, γέγονας κακῶς, ἀγοραῖος εἶ ·

ἔχεις ἅπαντα πρὸς πολιτείαν ἃ δεῖ.

 

« Le marchand : Mais, mon bon, je n’ai aucune éducation – Je ne sais que mes lettres … et encore, diablement mal, les diablesses !

Premier serviteur : Ton seul tort est de les savoir, même diablement mal, les diablesses ! Mener Lepeuple, ce n’est plus l’affaire d’un homme bien éduqué et de mœurs honorables. Il en faut un qui soit ignare et crapuleux. […] C’est du tout cuit : ce que tu fais déjà, continue à le faire : fricote, trip…atouille tout ! Lepeuple ? pour t’achalander auprès de lui, cuisine en amuse-bouche des petits boniments – comme un chef, quoi ! Tout le reste pour mener Lepeuple, tu l’as aussi : voix canaille, vilaine naissance, et tu traînes les rues. Tu as tout ce qu’il faut pour la politique. »

Aristophane, Les Cavaliers, v. 188-193 et 213-219,

traduction de Victor-Henri Debidour, Gallimard, 1965

Né vers 445 av. J.-C., mort vers 385 av. J.-C., le poète comique athénien Aristophane a connu les années les plus glorieuses d’Athènes, celles de Périclès, ainsi que la guerre du Péloponnèse qui conduisit la cité à la défaite et à la ruine. Dans ses comédies, il n’a eu de cesse de moquer l’évolution des modes de vie, de la politique, de la culture de son époque, et ce avec un humour féroce et débridé, à tel point qu’il utilisa un prête-nom pour ses deux premières pièces et qu’il fut plusieurs fois menacé de procès.

La comédie ancienne est liée au culte de Dionysos, notamment à l’une de ses formes les plus anciennes : les Dionysies des champs. Ces fêtes donnaient lieu à de joyeuses processions carnavalesques pour célébrer le dieu de la fécondité, qui traversaient les villages et parcouraient les champs en chantant des refrains bouffons.

Le kômos (κῶμος), dont est issu le terme comédie (κωμῳδία), désigne une bande de fêtards, souvent avinés, qui se promenaient dans les rues en chantant, dansant et lançant des apostrophes aux passants ; au sein des Dionysies, ce kômos se rapprochait du carnaval ou du charivari. Le théâtre d’Aristophane, avec sa paillardise et ses jeux obscènes, a pleinement conservé cette joie festive. Il se caractérise par une étonnante combinaison : un ancrage fort dans l’actualité, bien souvent critiquée voire dénoncée avec une forte verve satirique ; une imagination débridée, avec des situations délirantes, des jeux de scène grotesques, des personnages étonnants (oiseaux, guêpes, …), des costumes incroyables, …

Aristophane se veut le défenseur du peuple, des paysans appauvris par la guerre et des urbains jouets des démagogues, des profiteurs, des sycophantes, des prétendus intellectuels … qu’il attaque avec une virulence comique dévastatrice.

Platon, son contemporain, le met en scène dans le Banquet, son dialogue sur l’amour. Aristophane n’y philosophe pas mais développe une magnifique fable sur l’origine des hommes, initialement duels, puis coupés en deux par Zeus qui voulait les affaiblir sans les faire disparaître. Depuis, chaque être humain recherche sa moitié …

Des 44 pièces qu’Aristophane aurait écrites, seules 11 nous sont parvenues (nous connaissons 32 titres et disposons aussi de quelques fragments) :

  • Les Acharniens (425) : le héros Dicéopolis, « citoyen de la cité juste », dégoûté par la guerre du Péloponnèse qui sévit depuis cinq ans, conclut une paix séparée avec Sparte ; il est alors poursuivi par les Acharniens, les charbonniers d’Acharnes, qui veulent continuer la guerre ; il parvient cependant à les convaincre de la justesse de sa décision ;

  • Les Cavaliers (424) constitue une violente satire contre le démagogue Cléon qui venait de remporter à Pylos une victoire inespérée ; à la fin de la pièce, Cléon est vaincu par un charcutier plus grossier que lui.

  • Les Nuées (423) est une satire féroce des idées à la mode, celles des sophistes et de Socrate. Le paysan Strepsiade, dont l’épouse vient de la haute société, envoie son fils étudier dans le « pensoir » de Socrate où il est censé apprendre les arguments qui lui permettront de payer ses dettes.

  • Les Guêpes (422) est une violente critique des institutions judiciaires athéniennes et une nouvelle attaque contre Cléon

  • La Paix (421) renoue avec l’aspiration pacifiste et la charge antimilitariste des Acharniens. L’Athénien Trygée, soutenu par des paysans de toute la Grèce, y libère la paix. La pièce résonne avec l’actualité : la même année était conclue une paix entre Athènes et Sparte ;

  • Les Oiseaux (414), satire des utopies politiques et sociales, mettent en scène deux Athéniens dégoûtés d’Athènes qui veulent fonder une nouvelle cité, chez les oiseaux : Coucouville-les-Nuées ;

  • Lysistrata (411) est un nouvel appel à la paix : des femmes de Grèce décident de faire la grève du sexe tant que la guerre durera ;

  • Les Thesmophories (411) est une satire littéraire contre le théâtre d’Euripide, jugé abscons et bavard ;

  • Les Grenouilles (405) est une nouvelle satire littéraire contre Euripide et la tragédie grecque en déclin : Dionysos, dieu du théâtre, déçu par la déchéance de la tragédie à Athènes (Euripide et Sophocle viennent de mourir), part aux Enfers chercher l’un des grands poètes tragiques ; il devra départager Eschyle et Euripide ;

  • L'Assemblée des femmes (392), nouvelle satire de l’utopie sociale et politique, cette fois du pouvoir des femmes, met en scène une conspiration des femmes pour prendre le pouvoir à Athènes ;

  • Ploutos (388) est davantage une satire de mœurs : il représente la guérison miraculeuse du dieu de la richesse Ploutos qui, après avoir recouvré la vue, peut distribuer ses bienfaits auprès des honnêtes gens.

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