Répartition de la cigogne blanche

I. La population nicheuse européenne

Les zones de nidification de la Cigogne blanche sont principalement réparties dans les pays d'Europe, où l'espèce est présente par dizaines de milliers de couples. De fortes concentrations se retrouvent dans tous les états d'Europe de l'Est. La France représente avec l'Italie, la Suisse, les Pays-Bas et l'Autriche une zone Ouest-européenne à faible densité de cigognes.
En 1994/1995
Pologne 40000 couples reproducteurs
Ukraine 17500 couples reproducteurs
Espagne 16000 couples reproducteurs

II. L'évolution des populations de cigognes blanches en Europe

Les deux sous-populations Ouest et Est présentent des variations différentes du nombre de couples nicheurs observés. Grâce à des recensements effectués depuis 1934, il est établi que la sous-population Est, la plus nombreuse, est globalement stable depuis cette date, voire même en expansion.

A l'inverse, dans tous les pays accueillant la sous-population Ouest, une chute dramatique des effectifs nicheurs a été enregistrée entre les années 30 et 80, puisque la plupart de ces pays ont vu leur nombre de cigognes diminuer de plus de 50% entre 1958 et 1974. Les Pays-Bas, le Danemark, la Suisse, la France et le Sud de l'Allemagne étaient même à la limite de l'extinction dans les années 70.

Une diminution de la production de jeunes à l'envol par couple reproducteur ainsi qu'un taux de mortalité élevé semblent expliquer en grande partie le déclin observé.

Ces variations démographiques dans la sous-population Ouest seraient liées à des conditions de météorologie et d'habitat très différentes par rapport à celles rencontrées par la sous-population Est au cours de la migration. En effet, l'Afrique de l'Ouest a été soumise jusque dans les années 80 à de nombreuses sécheresses qui ont affecté directement le nombre d'individus en Europe de l'Ouest, alors que, plus à l'Est, les cigognes suivent régulièrement un front pluvieux qui leur assure des ressources alimentaires abondantes. La désertification de l'Afrique de l'Ouest, en particulier au niveau du Sahel serait donc une des causes à l'origine de la raréfaction des cigognes d'Europe de l'Ouest.

De plus, une raréfaction des habitats favorables en Europe de l'Ouest, pourraient avoir influencé l'installation de couples nicheurs dans ces pays. Le développement d'une agriculture intensive limite de plus en plus les zones de prairies humides, c'est le cas en particulier en Alsace où le Ried d'Alsace centrale a été draîné pour favoriser l'extension des champs de maïs.
Enfin, d'autres facteurs comme la pression de chasse, le développement des lignes électriques, ou la pollution aux pesticides, sont également avancés comme jouant un rôle certain dans la mortalité en migration

Depuis 1984 la tendance s'est inversée, puisqu'en 10 ans la sous-population Ouest a augmenté d'environ 75% alors que pendant le même temps, la sous-population Est a augmenté de 15% environ. Il semble que des conditions climatiques moins sévères en Afrique de l'Ouest durant ces dix années peuvent avoir fortement favorisé l'installation de nouveaux couples en Espagne, qui a vu sa population multipliée par 1,5 au cours de cette période.

On peut noter qu'en Alsace, alors que les effectifs étaient tombés à 9 couple nicheurs en 1974, on atteint près de 300 couples reproducteurs en 2001. Si les causes de cette augmentation d'effectifs restent encore très obscures,

III. La réintroduction d'individus sédentarisés

Une des causes majeures d'augmentation de la sous-population Ouest est l'effort de conservation dont l'espèce est l'objet depuis les années 70, et notamment la réintroduction d'individus provenant d'enclos. Le fait que certains individus relâchés de captivité après 3 ans en volière restaient à proximité du lieu du lâcher un fois libres et ne partaient plus en migration a servi de point de départ à une politique de réintroduction d'individus sédentarisés.

Afin de lutter contre le déclin persistant observé depuis les années 60, plusieurs ornithologues français, hollandais ou suisses ont tenté d'empêcher la migration de certains individus, les mettant ainsi à l'abri d'une mortalité trop importante et entraînant ainsi une augmentation du nombre de naissances. Quelques oeufs et cigogneaux ont même été importés du Maghreb pour fournir une base numérique et une variabilité génétique suffisantes à la population captive en Alsace. L'apport d'un peu de nourriture distribuée en période de froid permettaient aux cigognes qui restaient en Alsace en hiver de survivre sans problèmes à des conditions hivernales même rigoureuses.

Depuis, tout un réseau d'enclos de réintroduction, où les jeunes cigognes passent les premières années de leur vie captives, a été mis en place en Alsace, en Suisse, au Pays-Bas et en Allemagne. Des dizaines de jeunes oiseaux de deux ans et demi sont lâchées tous les ans, juste avant la période de reproduction, et une grande majorité d'entre elles se fixent dans les environs de l'enclos, souvent sur des supports de nids posés par l'homme pour les attirer à des endroits précis.

Grâce cette politique de protection et de sédentarisation, l'effectif global de cigognes nicheuses a régulièrement augmenté depuis 1975 dans les différents pays concernés. Mais certaines des cigognes issues d'enclos, qui se mêlent à la population sauvage, ne migrent cependant plus à l'automne, et ne présentent donc plus toutes les caractéristiques de l'espèce initiale.