Sur la « thématique » de Terminale théâtre en 2007-2008
Précisions de l’Inspection générale
En réponse à une question récurrente, Monsieur Pascal Charvet, Inspecteur général de lettres et de théâtre, communique aux professeurs ce commentaire relatif au programme limitatif de Terminale.
La question posée : « Le titre des deux oeuvres de Bond qui figurent au programme étant subsumé par l'intitulé "Le théâtre et la guerre", ces deux oeuvres sont-elles le support d'une réflexion théorique sur le thème ainsi défini (et à compléter par exemple par l'étude d'autres oeuvres sur le même thème) ou bien ont-elles dans le programme le même statut que La Fausse Suivante et les deux pièces de Lagarce (et doivent donc être travaillées en vue de l'épreuve pratique) ? »
Autre formulation de la même question : « Faut-il entendre « Le théâtre contemporain et la guerre » comme une
« thématique » ? variante : « comme « la » thématique du programme ? »
Eclairage historique : pourquoi cette question, cette année ?
L'introduction de La Fausse Suivante au programme du bac 2007 fait passer le corpus des œuvres littéraires concernées de deux à trois, ce qui peut apparaître à certains comme une première dans l’histoire des programmes limitatifs, en raison d’une tradition pédagogique qu’il vaut la peine d’examiner.
Classiquement les élèves ont été accoutumés, au fil des années, à avoir au programme:
. deux textes dramatiques où ils choisissent deux scènes, une dans chaque, présentées au bac
. une "thématique" de type dramaturgique et/ou scénographique, comme le théâtre d'objets avec Kantor ou la rencontre des dramaturgies Occident-Orient dans le Théâtre du Soleil.
Trois éclairages peuvent être apportés à cette tradition.
1°) Le terme « thématique », consacré par l’usage, est assez impropre à désigner ce qui est en fait, dès l’origine, un champ esthétique, le champ des recherches d’un artiste, d’une troupe, d’un courant artistique majeur.
2°) A l’origine du baccalauréat théâtre, ce champ esthétique a résidé plusieurs années dans l’étude d’un essai théorique important (de Jouvet, Stanislavski, etc.).
3°) Il y a, et il y a toujours eu, comme dans les autres enseignements artistiques, trois univers artistiques différents à explorer chaque année. C’est la matrice fondatrice des programmes, quels qu’en soient les supports, les entrées, les modalités.
Marivaux venant occuper la place « libérée » par le Théâtre du Soleil, le volet « thématique » qui se concentrait depuis trois ans dans les recherches de la troupe d’Ariane Mnouchkine, semble devoir être recherché ailleurs, et plusieurs professeurs sont en quelque sorte en quête de la thématique perdue... ce qui les conduit à interroger sous un jour nouveau l’intitulé-cadre des œuvres d’Edward Bond :" Le théâtre contemporain et la guerre : Edward Bond, Pièces de Guerre, I et II, "...
Non sans perplexité parfois : d’une part, l’année dernière, les deux pièces de Bond étaient principalement abordées comme un corpus littéraire ; d’autre part il n’y a manifestement pas une « dramaturgie de la guerre », au sens où le thème de la guerre impliquerait nécessairement tel ou tel traitement dramaturgique et esthétique. C’est exactement le contraire : « Le théâtre contemporain et la guerre » est un cadre problématique ouvert, qui permet à l’enseignant de problématiser, par confrontation, le traitement que le théâtre contemporain réserve à la guerre.
Réponse et statut de l’énoncé du programme
" Le théâtre contemporain et la guerre : Edward Bond, Pièces de Guerre, I et II, "
En 2008 comme en 2007, les professeurs et les élèves sont donc invités à lire cet énoncé comme un champ problématique, qui ne demande pas une théorisation, mais qui invite à la confrontation comparatiste, grâce à la partie libre de la progression annuelle (les élèves sont conviés par leurs professeurs, toute l'année, à des promenades analogiques dans des oeuvres de sens ou de portée voisine) et grâce à ce que l'école du spectateur et la programmation des structures partenaires locales peuvent leur proposer.
EN BREF pour l'élève, et donc pour son professeur :
. Trois oeuvres à connaître : les deux Bond qui font tandem, les deux pièces de Lagarce, La Fausse Suivante (soit une trilogie d'univers artistiques),
. Pas d’alourdissement du travail annuel pour l’élève, le texte officiel continuant à s’appliquer : « À partir du travail réalisé par le groupe et le candidat pendant l'année, les examinateurs proposent un sujet de travail théâtral extrait des œuvres inscrites au programme limitatif annuel ou en relation cohérente avec lui. Le candidat, après le temps de préparation, présente sa prestation, accompagné par ses partenaires habituels. La prestation du candidat donne lieu à des questions des examinateurs qui ont la possibilité, s'ils le jugent nécessaire et dans l'intérêt du candidat, de faire retravailler la scène présentée et de proposer plusieurs exercices en rapport avec elle. »
D’un point de vue pragmatique, c’est le travail important impliqué par la connaissance du théâtre de Bond dans sa problématique-cadre, qui a conduit à ne pas inscrire à ses côtés de « thématique » supplémentaire, au sens traditionnel du terme. C’est aussi en réponse à la demande des enseignants, que le souci de variété dans le répertoire a abouti à l’inscription d’une troisième pièce parmi les possibilités d’interprétation offertes à l’élève.
Un exemple de développement rédigé pour le champ problématique « Le théâtre contemporain et la guerre »
Extrait de la post-face de Françoise Gomez au texte adapté pour la scène de Le Cul de Judas, d’Antonio Lobo Antunes (C. Bourgois 2006). Le spectacle, mis en scène et interprété par François Duval, porte à la scène le texte largement autobiographique qui révéla Antunes aux lecteurs portugais. L’auteur y porte témoignage de la guerre d'Angola, conflit colonial mené par le régime salazariste dans ses dernières années.
