Sitographie des mises en scène de L'Avare. Programme 2010 des CPGE scientifiques
par Albert Rombeaut, professeur de lettres et de théâtre, correspondant d'Educnet Théâtre.
L'Avare : Repères et liens
Molière : l'auteur
Il existe sur la "toile", aisément accessibles, de nombreux sites généralistes consacrés à Molière : le bon y côtoie le médiocre. A chacun d'être vigilant. Dans le cas présent, l'oeuvre de Molière qui nous intéresse, est inscrite dans une thématique générale qui, sans doute, n'exige pas qu'on s'attarde trop sur l'auteur.
En revanche, le nom "Molière" indexe une époque qui se représente l'argent en mots et images, qui le fait circuler, le thésaurise, en facilite ou en empêche la circulation; une époque, en un mot, avec ses pratiques et ses règles propres d'acquisition, de rétention, de distribution de l'argent.
I MISES EN SCENE
Les liens font parvenir à des dossiers de presse qui présentent des mises en scène de la comédie de Molière. Par les partis pris qu'ils exposent ou analysent, ils constituent aussi une première forme de commentaire.
*L'Avare à la Comédie-Française (dossier)
http://www.comedie-francaise.fr/dev/institution_moliereavare.php
Il s'agit d'un dossier qui fait le point sur l'interprétation, à la Comédie-Française, de L'Avare. Il contient les chapitres suivants :
Distribution de l'entrée au répertoire / Distribution de la création / Vie de l'auteur / Paysage politique et culturel: Quantièmes: Représentations jusqu'en 1850: Mises en scène après 1850:Personnages / Liste des interprètes à la Comédie-Française / Représentations à la Cour / Liste des représentations extérieures / Liste des représentations en tournée / Bibliographie / Sources / Cinéma / Mises en scène extérieures / Anecdotes / Citations / Commentaires / Œuvres en rapport / Cassettes audio et vidéo.
Les mises en scène en France : Elles ont été nombreuses, mais les captations, faute d’avoir été conçues pour la distribution, constituent aujourd’hui un assez mince corpus documentaire. Nous ne citons ici que les extraits accessibles en ligne, mais certains enregistrements figurent par ailleurs dans le commerce.
*L'Avare mise en scène de Jean-Paul Roussillon en 1969
archives INA
http://www.ina.fr/art-et-culture/arts-du-spectacle/video/CAF97062264/creation-de-l-avare-avec-michel-aumont-a-la-comedie-francaise.fr.html
*L'Avare mise en scène de Roger Planchon en 2000
http://www.theatre-odeon.fr/fichiers/t_downloads/file_123_lettre_32.pdf
http://www.letheatre-narbonne.com/dossiers/00-01/lavare.html
*L'Avare mise en scène d'Andrei Serban à la Comédie-Française en 2000
http://www.passion-theatre.org/cgi-bin/pti_lol/spectacle/affiche/fiche.pl?id_planning=3432&annee=2000
Deux extraits vidéo de cette mise en scène sur le site de l'INA (visionnement libre)
http://www.ina.fr/art-et-culture/arts-du-spectacle/video/CAB00021971/l-avare-a-la-comedie-francaise.fr.html
*L'Avare mise en scène d'Alain Gautré en 2006
un extrait vidéo de cette mise en scène :
http://www.linternaute.com/video/3608/l-avare/
*L'Avare mise en scène de Lionel Parlier en 2007
http://www.lesgaspards.fr/spectacle_l-avare.php
-images du spectacle, croquis de la scénographie
-presse
http://www.mac-bischwiller.fr/L-Avare-de-Moliere.html
*L'Avare mise en scène et scénographie Nicolas Liautard en 2008-2009
*dossier de la pièce
http://lemanege.com/lasaison/pdf/Secondaire/L'Avare-Moliere.pdf
http://laval-spectacles.fr/public/theatre/pdfs/dos56.pdf
http://www.theatre-quartiers-ivry.com/assets/pdf/dossiers/DPresse_AVARE.pdf
Ce dossier comprend : une présentation de la distribution/Biographie de Molière/Genèse de l'oeuvre/Dans la tourmente du Tartuffe/Le public/Le théâtre classique et la Commedia dell'Arte/le découpage de l'oeuvre/Les thèmes
*critiques dans la presse
http://theatredublog.unblog.fr/2009/01/16/l-avare-de-moliere/
http://www.ivry94.fr/a-laffiche/details/evenement/lavare-de-moliere/?cHash=d143e944af
http://www.ruedutheatre.eu/article/372/l-avare/
http://theatredublog.unblog.fr/2009/01/16/l-avare-de-moliere/
*L'Avare mise en scène de Gildas Bourdet en 2009
http://www.sceno.eu/jcdb/bio/Avare/avare.htm
*L'Avare mis en scène au théâtre Montansier
http://www.theatremontansier.com/IMG/pdf/DP_AVARE_1_.pdf
*L'Avare mise en scène de Catherine Hiégel à la Comédie française en 2009-2010
http://www.webthea.com/actualites/?L-AVARE-DE-MOLIERE,2017
point de vue critique sur les choix de mises en scène
deux images de la représentation (le personnage d'Harpagon
Revue de presse autour de la mise en scène de Catherine Hiégel
Le charme renouvelé de l'Avare, vu par Catherine Hiégel (critique sonore)
http://www.telerama.fr/scenes/critique-theatre-l-avare,48904.php
http://www.lintermede.com/theatre-avare-de-moliere.php
(avec 3 images de la représentation)
http://www.agoravox.fr/culture-loisirs/culture/article/l-avare-de-moliere-par-catherine-62279
(avec un croquis de la scénographie)
http://www.journal-laterrasse.fr/article_desc.php?men=1&id_art=4626
entretien avec Denis Podalydès
http://www.liberation.fr/culture/0109595337-le-monologue-coute-physiquement
*L'Avare mise en scène de George Werler (avec Michel Bouquet)
Mise en scène de L'Avare en Belgique
L'Avare mise en scène de Michel Dezoteux en 2006
http://www.ateliertheatrejeanvilar.be/files/spectacle/20.pdf
http://www.plaisirdoffrir.be/Vu/Critique.php?recordID=1439
Mise en scène de L'Avare au Canada
*mise en scène d'Alice Ronfard en 2001
http://www.usherbrooke.ca/liaison_vol29-37/vol36/07/liens/avar.htm
Mise en scène de L'Avare en Suisse
*L'Avare mise en scène de Gisèle Sallin en 2005
http://www.theatreosses.ch/presse/Dossier_ecoles(avare).pdf
http://www.theatreosses.ch/presse/Dossier_presse(avare).pdf
http://www.theatre-des-salins.fr/data/IMG/pdf/Dossier_pedago_L_Avare.pdf
Avec un entretien avec le metteur en scène; des croquis des costumes; des images de la scénographie, des personnages; un mini lexique : le vocabulaire de l'argent
images de cette mise en scène
http://www.sceno.eu/jcdb/bio/Avare/avare.htm
*L'Avare et le théâtre d'objets (la Compagnie Tabola Rassa) en 2009
-le dossier
http://www.tabolarassa.com/archivos/dossier%20L'AVARE.pdf
http://www.lestroiscoups.com/article-l-avare-39443543.html
*A propos d'une adaptation de la pièce de Molière à la télévision
Michel Serrault parle de l'Avare
http://www.kewego.fr/video/iLyROoafteUT.html
II ARTICLES ET CONFÉRENCES A PROPOS DE L'AVARE, DU PERSONNAGE DE L'AVARICIEUX
Ces articles ou conférences concernent, la plupart du temps directement l'Avare; parfois elles l'abordent plus indirectement à travers la figure de l'avaricieux, la thématique de l'or.
L'Avare de Molière ou la Vie comme elle vient.
http://pierre.campion2.free.fr/clavare.htm
Problématisation du thème de « l'argent » articulée aux trois œuvres du programme
http://pierre.campion2.free.fr/fevrier2010.htm
Sur L'Aulularia de Plaute, L'Avare de Molière et l’original grec (perdu) de l’Aulularia
http://www.freidok.uni-freiburg.de/volltexte/4733/pdf/Lefevre_LAulularia_de_Plaute...
http://www.freidok.uni-freiburg.de/volltexte/4733/pdf/Lefevre_LAulularia_de_Plaute.pdf
La prodigalité dans L’Avare de Molière (Stéphane Gombaud)
http://www.lrdb.fr/articles.php?lng=fr&pg=1263
Pour une interprétation interactionnelle du malentendu dans l’Avare de Molière
http://ressources-cla.univ-fcomte.fr/gerflint/Chine4/shun_i.pdf
Des paralogismes qui font rire : les Avares de Jâhiz
http://hal.archives-ouvertes.fr/docs/00/26/89/77/PDF/Dichy_J._Paralogismes-Avares_hal.pdf
Argent, littérature : régime général, régime complémentaire.
http://tropismes.u-paris10.fr/document.php?id=239
La pratique du portrait dans Le Châtiment de l'avarice de Paul Scarron
http://www.anagnosis.org/phil/scarron_portrait
Le lexique de l'argent
http://scosta.site.lycee-berthelot.fr/IMG/pdf/Lexique.pdf
Langue verte et avarice : comment dire l'argent et l'amour immodéré qu'on lui porte avec les mots et les métaphores de l'argot
http://www.languefrancaise.net/recherche/liste.php?motsclef=avare&submit=Ok&moduless=siterech
La monnaie comme lien social. Étude de Philosophie de l'argent de Georg Simmel
http://www.persee.fr/web/revues/home/prescript/article/genes_1155-3219_1992_num_8_1_1122
Pour les germanistes : Matérialen zu L'Avare
http://129.143.189.18/osiris20/userdata/l_16/p_57/library/data/l__avare_materialien.pdf
Richesse et avarice Le regard des moralistes du siècle de Molière
http://scosta.site.lycee-berthelot.fr/IMG/pdf/Avarice_moralistes.pdf
Quand l'argent fait des petits (par les enseignants de CPGE du Lycée Berthollet)
http://www.berthologica.info/articles.php?lng=fr&pg=211
L'erreur du roi Midas (par les mêmes)
http://www.berthologica.info/articles.php?lng=fr&pg=213
Le régent et le système de Law vus par Melon, Montesquieu, Prévost et Lesage
http://feeries.revues.org/index153.html
Giton et Phédon (fameux double "caractère" où La Bruyère oppose, point par point, l'un étant le négatif de l'autre, le riche et le pauvre.)
http://profaide.perso.neuf.fr/etudes_de_textes/labruyere_gitonphedon_tx.htm
L’Argent : D'un soupçon à l'autre (texte du philosophe Paul Ricoeur)
http://www.fondsricoeur.fr/photo/argent%5B1%5D(1).pdf
Argent propre, argent sale ?
http://crhm.univ-paris1.fr/textes/publications/Pub_LEMAITRE_1989_487.pdf
Zola : question d'argent. Ambivalences financières et modèles inconscients dans L'Argent
http://www.persee.fr/web/revues/home/prescript/article/roman_0048-8593_2003_num_33_119_1180
III LA QUESTION DE L'ARGENT AU THEATRE
Le théâtre s'est très tôt emparé de la question de l'argent pour la mettre en scène. On peut faire remarquer plusieurs choses :
-que le théâtre, un temps, s'est emparé d'une figure, celle de l'avaricieux, dans une perspective morale et pour représenter un « caractère » (au sens que lui donne la littérature classique) ;
-qu'il a plus tard, à partir du XIXe siècle, représenté, dans une perspective plus sociologique, l'amoureux de l'argent, non plus à travers la figure de l'avaricieux mais à travers celle de l'homme d'affaires, du financier ;
-qu'en revanche, même quand il semble que l'argent ne soit pas le thème central de l'oeuvre théâtrale, même quand aucun des personnages convoqués ne voue à cet argent un amour immodéré, il est souvent pertinent de repérer la fonction dramatique de cet élément (dot, héritage, legs, prêt, succession, banqueroute, vol, etc.) et ses conséquences sur les relations interpersonnelles, sur le déroulement dramatique, sur les nœuds et les fins de l'action ;
-que l'argent dématérialisé et volatil, tel que l'économie et la finance modernes le fait exister, est plus difficile à représenter au théâtre. Se pose alors la question de la représentation indirecte, de la métaphorisation, voire du traitement par la parabole de cette réalité.
Quelques pistes…
*l'argent et la puissance, le pouvoir qu'il confère :
-pouvoir revendiqué par celui qui le possède,
-pouvoir exercé par celui qui le détient.
*le monde des affaires : a été évoqué plus directement au XIXe siècle; la bourgeoisie s'étant définitivement installée aux commandes politiques et économiques. Les valeurs qu'elle prône, l'amoralisme et le cynisme récurrents dont on estime qu'elle fait preuve, sont mis en scène.
Les affaires sont les affaires d'Octave Mirbeau
http://fr.wikipedia.org/wiki/Les_affaires_sont_les_affaires
Si on cherche le texte
http://www.scribd.com/doc/2280512/Octave-Mirbeau-Les-affaires-sont-les-affaires
Les affaires sont les affaires mise en scène de Marc Paquien en 2009
http://www.comedie-francaise.fr/dev/images/telechargements/presse_affaires0910.pdf
http://www.webthea.com/actualites/?Les-Affaires-sont-les-affaires-d,2111
Les corbeaux Henri Becque
http://www.lagds.fr/IMG/pdf/DP_Les_Corbeaux_04092009.pdf
http://www.lagds.fr/IMG/pdf/La_Terrasse_Les_Corbeaux.pdf
*l'argent : le prix de l'autre.
George Dandin de Molière : George Dandin, paysan enrichi a pu littéralement s’ « offrir » Angélique de Sotenville. En l'épousant, il a acquis le titre de monsieur de la Dandinière; en échange, son argent a servi à réparer le château des parents d'Angélique.
Extrait 1
GEORGE DANDIN : Ah ! George Dandin, où t'es-tu fourré ? Eh ! de grâce, mettez, pour un moment, votre gentilhommerie à côté, et souffrez que je vous parle maintenant comme je pourrai. Au diantre soit la tyrannie de toutes ces histoires-là ! Je vous dis donc que je suis mal satisfait de mon mariage.
MONSIEUR DE SOTENVILLE : Et la raison, mon gendre ?
MADAME DE SOTENVILLE : Quoi ? parler ainsi d'une chose dont vous avez tiré de si grands avantages ?
GEORGE DANDIN : Et quels avantages, Madame, puisque Madame y a ? L'aventure n'a pas été mauvaise pour vous, car sans moi vos affaires, avec votre permission, étaient fort délabrées, et mon argent a servi à reboucher d'assez bons trous ; mais moi, de quoi y ai-je profité, je vous prie, que d'un allongement de nom, et au lieu de George Dandin, d'avoir reçu par vous le titre de " Monsieur de la Dandinière " ?
MONSIEUR DE SOTENVILLE : Ne comptez-vous rien, mon gendre, l'avantage d'être allié à la maison de Sotenville ?
MADAME DE SOTENVILLE : Et à celle de la Prudoterie, dont j'ai l'honneur d'être issue, maison où le ventre anoblit, et qui, par ce beau privilège, rendra vos enfants gentilshommes ?
GEORGE DANDIN : Oui, voilà qui est bien, mes enfants seront gentilshommes ; mais je serai cocu, moi, si l'on n'y met ordre.
Extrait 2
ANGÉLIQUE : Oh ! les Dandins s'y accoutumeront s'ils veulent. Car pour moi, je vous déclare que mon dessein n'est pas de renoncer au monde, et de m'enterrer toute vive dans un mari. Comment ? parce qu'un homme s'avise de nous épouser, il faut d'abord que toutes choses soient finies pour nous, et que nous rompions tout commerce avec les vivants ? C'est une chose merveilleuse que cette tyrannie de Messieurs les maris, et je les trouve bons de vouloir qu'on soit morte à tous les divertissements, et qu'on ne vive que pour eux. Je me moque de cela, et ne veux point mourir si jeune.
GEORGE DANDIN : C'est ainsi que vous satisfaites aux engagements de la foi que vous m'avez donnée publiquement ?
ANGÉLIQUE : Moi ? je ne vous l'ai point donnée de bon cœur, et vous me l'avez arrachée. M'avez-vous, avant le mariage, demandé mon consentement, et si je voulais bien de vous ? Vous n'avez consulté, pour cela, que mon père et ma mère ; ce sont eux proprement qui vous ont épousé, et c'est pourquoi vous ferez bien de vous plaindre toujours à eux des torts que l'on pourra vous faire. Pour moi, qui ne vous ai point dit de vous marier avec moi, et que vous avez prise sans consulter mes sentiments, je prétends n'être point obligée à me soumettre en esclave à vos volontés ; et je veux jouir, s'il vous plaît, de quelque nombre de beaux jours que m'offre la jeunesse, prendre les douces libertés que l'âge me permet, voir un peu le beau monde, et goûter le plaisir de ouïr dire des douceurs. Préparez-vous-y, pour votre punition, et rendez grâces au Ciel de ce que je ne suis pas capable de quelque chose de pis.
GEORGE DANDIN : Oui ! c'est ainsi que vous le prenez ? Je suis votre mari, et je vous dis que je n'entends pas cela.
ANGÉLIQUE : Moi je suis votre femme, et je vous dis que je l'entends.
GEORGE DANDIN : Il me prend des tentations d'accommoder tout son visage à la compote, et le mettre en état de ne plaire de sa vie aux diseurs de fleurettes. Ah ! allons, George Dandin ; je ne pourrais me retenir, et il vaut mieux quitter la place.
La Fausse suivante de Marivaux
Une demoiselle riche héritière rencontre, lors d'un bal où elle s'est déguisée en homme, son futur mari, Lélio. Les deux « hommes » se lient d'amitié et Lélio invite celui qu'on appelle désormais le chevalier chez une comtesse. Lélio doit s'arranger pour rompre avec elle avant d'épouser le « chevalier » tout en ignorant, bien évidemment, que ce « chevalier » n'est autre que celle qu'il doit épouser prochainement.
Extrait
LÉLIO : Revenons à mes affaires. Quelque jour je te dirai de mes espiègleries qui te feront rire. Tu es un cadet de maison, et, par conséquent, tu n'es pas extrêmement riche.
LE CHEVALIER : C'est raisonner juste.
LÉLIO : Tu es beau et bien fait ; devine à quel dessein je t'ai engagé à nous suivre avec tous tes agréments ? c'est pour te prier de vouloir bien faire ta fortune.
LE CHEVALIER : J'exauce ta prière. À présent, dis-moi la fortune que je vais faire.
LÉLIO : Il s'agit de te faire aimer de la Comtesse, et d'arriver à la conquête de sa main par celle de son cœur.
LE CHEVALIER : Tu badines : ne sais-je pas que tu l'aimes, la Comtesse ?
LÉLIO : Non ; je l'aimais ces jours passés, mais j'ai trouvé à propos de ne plus l'aimer.
LE CHEVALIER : Quoi ! lorsque tu as pris de l'amour, et que tu n'en veux plus, il s'en retourne comme cela sans plus de façon ? Tu lui dis : va-t'en, et il s'en va ? Mais, mon ami, tu as un cœur impayable.
LÉLIO : En fait d'amour, j'en fais assez ce que je veux. J'aimais la Comtesse, parce qu'elle est aimable ; je devais l'épouser, parce qu'elle est riche, et que je n'avais rien de mieux à faire ; mais dernièrement, pendant que j'étais à ma terre, on m'a proposé en mariage une demoiselle de Paris, que je ne connais point, et qui me donne douze mille livres de rente ; la Comtesse n'en a que six. J'ai donc calculé que six valaient moins que douze. Oh ! l'amour que j'avais pour elle pouvait-il honnêtement tenir bon contre un calcul si raisonnable ? Cela aurait été ridicule. Six doivent reculer devant douze ; n'est-il pas vrai ? Tu ne me réponds rien !
LE CHEVALIER : Eh ! que diantre veux-tu que je réponde à une règle d'arithmétique ? Il n'y a qu'à savoir compter pour voir que tu as raison.
LÉLIO : C'est cela même.
LE CHEVALIER : Mais qu'est-ce qui t'embarrasse là-dedans ? Faut-il tant de cérémonie pour quitter la Comtesse ? Il s'agit d'être infidèle, d'aller la trouver, de lui porter ton calcul, de lui dire : Madame, comptez vous-même, voyez si je me trompe. Voilà tout. Peut-être qu'elle pleurera, qu'elle maudira l'arithmétique, qu'elle te traitera d'indigne, de perfide : cela pourrait arrêter un poltron ; mais un brave homme comme toi, au-dessus des bagatelles de l'honneur, ce bruit-là l'amuse ; il écoute, s'excuse négligemment, et se retire en faisant une révérence très profonde, en cavalier poli, qui sait avec quel respect il doit recevoir, en pareil cas, les titres de fourbe et d'ingrat.
LÉLIO : Oh ! parbleu ! de ces titres-là, j'en suis fourni, et je sais faire la révérence. Madame la Comtesse aurait déjà reçu la mienne, s'il ne tenait plus qu'à cette politesse-là ; mais il y a une petite épine qui m'arrête : c'est que, pour achever l'achat que j'ai fait d'une nouvelle terre il y a quelque temps, Madame la Comtesse m'a prêté dix mille écus, dont elle a mon billet.
LE CHEVALIER : Ah ! tu as raison, c'est une autre affaire. Je ne sache point de révérence qui puisse acquitter ce billet-là ; le titre de débiteur est bien sérieux, vois-tu ! celui d'infidèle n'expose qu'à des reproches, l'autre à des assignations ; cela est différent, et je n'ai point de recette pour ton mal.
LÉLIO : Patience ! Madame la Comtesse croit qu'elle va m'épouser ; elle n'attend plus que l'arrivée de son frère ; et, outre la somme de dix mille écus dont elle a mon billet, nous avons encore fait, antérieurement à cela, un dédit entre elle et moi de la même somme. Si c'est moi qui romps avec elle, je lui devrai le billet et le dédit, et je voudrais bien ne payer ni l'un ni l'autre ; m'entends-tu ?
LE CHEVALIER, à part. : Ah ! l'honnête homme ! (Haut.) Oui, je commence à te comprendre. Voici ce que c'est : si je donne de l'amour à la Comtesse, tu crois qu'elle aimera mieux payer le dédit, en te rendant ton billet de dix mille écus, que de t'épouser ; de façon que tu gagneras dix mille écus avec elle ; n'est-ce pas cela ?
L’échange de Paul Claudel où Thomas Pollock Nageoire croit, entre autres, que chaque chose s'achète, qu'il suffit de l’estimer à son juste prix; qu'il peut ainsi, à coups de dollars, acheter Marthe à Louis Laine.
Mise en scène de Julie Brochen :
Dossiers de presse
http://209.85.229.132/search?q=cache%3Atil23cP6FAsJ%3Atheatre.ac-dijon.fr%2Fensei%2Fpedago%2Ffiches%2F2009%2Fdocs%2Fechange.pdf+Claudel+l'%C3%A9change+l'argent&hl=fr&gl=fr
http://www.festival-avignon.com/fichiers/document/117992980699/file_Entretien_avec_Julie_Brochen.pdf
http://www.theatredelaquarium.com/Saison_2006-2007/Echange/selon_claudel.html
http://theatre.ac-dijon.fr/archives/ensei/pedago/fiches/2009/docs/echange.pdf
Archives INA
L'échange à la Comédie-Française en 1995
http://www.ina.fr/art-et-culture/arts-du-spectacle/video/CAC95060189/l-echange-de-paul-claudel-vu-par-marie-christine-barrault.fr.html
http://www.ina.fr/art-et-culture/arts-du-spectacle/video/CAC95060092/l-echange-de-paul-claudel-a-la-comedie-francaise.fr.html
*l'argent érotisé
avec l'analyse freudienne de l'équivalent or/excrément (sur les transpositions de pulsions plus particulièrement dans l’érotisme anal)
http://www.megapsy.com/textes/freud/biblio112.htm
Symbolique de l'argent et psychanalyse
http://www.persee.fr/web/revues/home/prescript/article/comm_0588-8018_1989_num_50_1_1756
Le premier plaisir pris à manier de l’argent :
http://www.megapsy.com/Textes/Ferenczi/biblio005.htm
*l'argent et les genres théâtraux :
Arras, le vin, la taverne et le « capitalisme »
http://www.cairn.info/revue-le-moyen-age-2005-1.htm
l'argent et le théâtre de boulevard
http://www.archithea.org/article-22769025.html
*l'argent matériel ou immatériel
Le roman d'un « trader » mise en scène de Daniel Benoin
http://www.theatre-contemporain.net/spectacles/Le-Roman-d-un-trader/
http://www.theatres.lu/_43_Le_roman_d_un_trader.html
http://www.lestroiscoups.com/article-le-roman-d-un-trader-de-jean-louis-bauer-critique-de-thierry-azzopardi-theatre-national-de-nice-37900754.html
http://www.memoire.celestins-lyon.org/var/ezwebin_site/storage/original/application/fcaae19f69510f0d6e0da6269243f9c8.pdf
*Chrématistique ou quand Aristote s'en mêle.
http://fr.wikipedia.org/wiki/Chr%C3%A9matistique
*Le point de vue chrétien
« Vous ne pouvez servir Dieu et Mammon »
http://www.bibliquest.org/Laugt/Laugt-nt01-Richesses_Dieu_et_Mammon.htm
Image de Mammon
http://www.tate.org.uk/servlet/ViewWork?workid=15998&tabview=display
Le père de l'Eglise Saint Astère
http://livres-mystiques.com/partieTEXTES/StAstere/textes/astere2.htm
*L'argent et le point de vue marxiste (bien entendu, il s'agit plus, dans ce cadre modeste, d'ouvrir une perspective que d'explorer un continent.)
En matière d'ouverture une note de bas de page de Karl Marx citant Luther…
Luther montre très bien, par l'exemple de l'usurier, ce capitaliste de forme démodée, mais toujours renaissant, que le désir de dominer est un des mobiles de l'auri sacra fames. « La simple raison a permis aux païens de compter l'usurier comme assassin et quadruple voleur. Mais nous, chrétiens, nous le tenons en tel honneur, que nous l'adorons presque à cause de son argent. Celui qui dérobe, vole et dévore la nourriture d'un autre, est tout aussi bien un meurtrier (autant que cela est en son pouvoir) que celui qui le fait mourir de faim ou le ruine à fond. Or c'est là ce que fait l'usurier, et cependant il reste assis en sûreté sur son siège, tandis qu'il serait bien plus juste que, pendu à la potence, il fût dévoré par autant de corbeaux qu'il a volé d'écus; si du moins il y avait en lui assez de chair pour que tant de corbeaux pussent s'y tailler chacun un lopin. On pend les petits voleurs... les petits voleurs sont mis aux fers; les grands voleurs vont se prélassant dans l'or et la soie. Il n'y a pas sur terre (à part le diable) un plus grand ennemi du genre humain que l'avare et l'usurier, car il veut être dieu sur tous les hommes. Turcs, gens de guerre, tyrans, c'est là certes méchante engeance; ils sont pourtant obligés de laisser vivre le pauvre monde et de confesser qu'ils sont des scélérats et des ennemis; il leur arrive même de s'apitoyer malgré eux. Mais un usurier, ce sac a avarice, voudrait que le monde entier fût en proie à la faim, à la soif, à la tristesse et à la misère; il voudrait avoir tout tout seul, afin que chacun dût recevoir de lui comme d'un dieu et rester son serf à perpétuité. Il porte des chaînes, des anneaux d'or, se torche le bec, se fait passer pour un homme pieux et débonnaire. L'usurier est un monstre énorme, pire qu'un ogre dévorant, pire qu'un Cacus, un Gérion, un Antée. Et pourtant il s'attife et fait la sainte nitouche, pour qu'on ne voie pas d'où viennent les bœufs qu'il a amenés à reculons dans sa caverne. Mais Hercule entendra les mugissements des bœufs prisonniers et cherchera Cacus à travers les rochers pour les arracher aux mains de ce scélérat. Car Cacus est le nom d'un scélérat, d'un pieux usurier qui vole, pille et dévore tout et veut pourtant n'avoir rien fait, et prend grand soin que personne ne puisse le découvrir, parce que les bœufs amenés à reculons dans sa caverne ont laissé des traces de leurs pas qui font croire qu'ils en sont sortis. L'usurier veut de même se moquer du monde en affectant de lui être utile et de lui donner des bœufs, tandis qu'il les accapare et les dévore tout seul. Et si l'on roue et décapite les assassins et les voleurs de grand chemin, combien plus ne devrait-on pas chasser, maudire, rouer tous les usuriers et leur couper la tête. » (Martin Luther, l. c.)
Karl Marx Le Capital Section VII Chapitre XXIV
La religion du capital
http://inventin.lautre.net/livres/Lafargue-La-religion-du-capital.pdf
Cette œuvre a été publiée pour la première fois en 1887. Elle se présente comme le compte-rendu d'un congrès international fictif qui se serait tenu à Londres, au cours duquel les représentants les plus éminents de la bourgeoisie rédigent les Actes d'une nouvelle religion pour ce qu'ils appellent "Monde civilisé".
L’intérêt aux limites de la morale et de l’économie
http://www.appep.net/regionales/orleans_tours_morales_ineret01.pdf
IV QUELQUES ÉCHOS
En littérature
L'Avare qui a perdu son trésor La Fontaine
http://environnement.ecoles.free.fr/fables_de_la_fontaine/l_avare_qui_a_perdu_son_tresor.htm
http://www.shanaweb.net/lafontaine/l-avare-qui-a-perdu-son-tresor.htm
En peinture
L'avare de Bosch
http://dubhe.free.fr/gpeint/bosch/bosch1.html
Le préteur et sa femme Quentin Metsys
http://www.louvre.fr/llv/oeuvres/detail_notice.jsp?CONTENT%3C%3Ecnt_id=10134198673225630&CURRENT_LLV_NOTICE%3C%3Ecnt_id=10134198673225630&FOLDER%3C%3Efolder_id=9852723696500812
Allégorie de l'Avarice de Jacopo Ligozi (notez la couleur de la robe de l'Avarice, le sac repu d'or)
http://www.insecula.com/oeuvre/photo_ME0000100419.html
Les 7 péchés capitaux Jérome Bosch
http://upload.wikimedia.org/wikipedia/commons/d/d0/J%C3%A9r%C3%B4me_Bosch-Les_7_P%C3%A9ch%C3%A9s_Capitaux_.jpg
V RESSOURCES
1° Les 7 Péchés Capitaux, l'Avarice. Les sept péchés capitaux est une série documentaire québécoise.
Ce documentaire évoque le second des péchés capitaux. Selon la loi du genre, il aborde, en mêlant interviews, images, la question de l'avarice en en déclinant les aspects théologiques, sociaux, économiques de l'amour immodéré de l'or.
http://www.dailymotion.com/video/x8qpyf_les-7-peches-capitaux-lavarice-1-de_news
http://www.dailymotion.com/video/x8qprv_les-7-peches-capitaux-lavarice-2-de_news
http://www.dailymotion.com/video/x8qpoj_les-7-peches-capitaux-lavarice-3-de_news
2° L'Avare pour une adaptation à la télévision
http://www.sceren.fr/tice/teledoc/Mire/teledoc_avare.pdf
3° D'autres avares du théâtre
Dans l'Antiquité
Banque grecque et banque romaine dans le théâtre de Plaute et de Térence
http://www.persee.fr/web/revues/home/prescript/article/mefr_0223-4874_1968_num_80_2_7559
De l’amour des richesses Plutarque
http://fr.wikisource.org/wiki/De_l%E2%80%99amour_des_richesses
Ploutos Aristophane
Le rite de passage du Ploutos d'Aristophane
http://www.persee.fr/web/revues/home/prescript/article/metis_1105-2201_1987_num_2_2_895
La Marmite de Plaute
texte
http://remacle.org/bloodwolf/comediens/Plaute/marmite.htm
http://www.roma-quadrata.com/PlauteAulularia.html
Dans le théâtre élisabéthain
Volpone Ben Jonson
http://www.theatredelacommune.com/fr/volpone.htm
http://www.lestetesdebois.com/documentation/Volpone_dossier_de_diffusion.pdf
Avatars insolites de Volpone au XIXe siècle
http://www.erudit.org/revue/TTR/1992/v5/n1/037114ar.pdf
L'Alchimiste de Ben Jonson
http://www.lagds.fr/IMG/pdf/Dossier_Alchimiste.pdf.
Le juif de Malte Marlowe
http://fr.wikipedia.org/wiki/Le_Juif_de_Malte
Le marchand de Venise de William Shakespeare
le texte de la pièce dans la traduction de Guizot :
http://www.gutenberg.org/files/20773/20773-h/20773-h.htm
http://www.inlibroveritas.net/lire/oeuvre11913.html
http://fr.wikipedia.org/wiki/Le_Marchand_de_Venise
http://www.e-litterature.net/publier2/spip/spip.php?article669
http://www.passion-theatre.org/cgi-bin/pti_lol/spectacle/affiche/fiche.pl?id_planning=3198&annee=2000
