Création du festival d'Avignon et René Char : texte de Vilar
« La bonne chance voulut que tout naquît d'une rencontre avec le poète ; René Char tentait alors de réaliser un film d'après un de ses textes, Le Soleil des eaux. Ce film ne se fit pas. Entre-temps, je m'étais lié avec son conseiller et ami, Christian Zervos, qui préparait à cette date, avril-mai 1947, et pour les hauts murs de la grande chapelle du Palais des Papes, une exposition de peinture moderne : une cinquantaine des plus grandes toiles de Picasso, de Matisse, de Léger, de Braque, etc. Pendant trois mois, ce fut une extraordinaire exposition de peinture moderne.
Donc, un jour de 1947, […], Christian Zervos, à mi-voix, me proposa de donner une, oui, une seule représentation de Meurtre dans la cathédrale dans le palais. À la fois surpris et, disons-le, effrayé, je refusai. J'en étais alors aux tout petits théâtres de confidences. Quelques jours après, pourtant, je proposai à Zervos trois créations : Richard II de Shakespeare, jamais joué en France, et deux œuvres françaises, l'une d'un grand auteur vivant, Claudel, Tobie et Sara, l'autre, la deuxième pièce inédite d'un jeune écrivain, Maurice Clavel, La Terrasse de midi. À jouer l'aventure, il fallait la tenter entièrement.
Ce fut au tour de Zervos de décliner ma proposition. Son budget n'avait pas prévu ce plan. Cependant, il me conseilla de rencontrer le maire d'Avignon, le docteur Pons, et le premier adjoint, Monsieur Charpier, ses amis. Je pris le train pour le Comtat.
J'avais, à l'âge de onze ou douze ans, visité le palais. Quand, plus de vingt après, j'entrai pour la seconde fois dans la cour, un soleil de printemps dorait les murs. Je dessinai un plan de la scène et de la salle. Utilisant son propre matériel (madriers, traverses, rails, etc.) et un matériel de hasard, le 7è bataillon du génie l'exécuta. Le théâtre municipal prêta un tapis. Enfin, obéissant à une nécessité architecturale à laquelle je tenais particulièrement, la scène occupait la moitié de la cour. Peut-être parce que l'on reste sensible aux origines, j'ai, le temps aidant, conservé comme malgré moi, la nostalgie de cette scène qui ne fut modifiée qu'en 1952. » (Avignon, 20 ans de festival, 1966).
Date de publication : 12/11/2006 21:08
