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Les métamorphoses du livre et de la lecture à l’heure du numérique
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Série B

14h-16h

  • Atelier 8

    Noter, parler, écrire, récrire

    Animatrice : Sophie David, IA-IPR, académie de Toulouse

    Objectif :

    • Concevoir l’usage d’un brouillon oralisé, soit comme avant-texte, soit comme retour sur le texte, dans une démarche d’apprentissage de l’écriture d’invention.

    « À quel moment un auteur se sent-il ébauchant, balbutiant, « brouillonnant », et en contrepartie à quel moment se sent-il assez maitre de son ouvrage pour parler de texte constitué qui va se peaufiner mais qui a fini de brouillonner ? » [1]. Autrement dit, quel est le rôle et la limite du brouillon, cet objet complexe, dans le processus d’écriture ? Partant de ces questions, cet atelier se fixe pour objectif d’aborder à deux niveaux différents (la classe de quatrième et la classe de seconde) un véritable travail sur le brouillon, dans ses interactions avec l’oral et dans ses liens avec l’utilisation d’outils numériques.

    • Du brouillon oral à l’écriture  Lorsqu’il donne une rédaction à faire, le professeur demande toujours aux élèves de travailler d’abord au brouillon, à l’écrit. Mais les collégiens ne savent pas toujours utiliser à bon escient cet outil. La première activité présentée dans cet atelier vise à proposer aux élèves un brouillon différent en optant pour un support oral. Il s’agit, à l’issue d’une visite en autonomie du département des antiquités égyptiennes au Musée du Louvre, de rédiger une nouvelle fantastique dont l’élément perturbateur est imposé. La consigne est de prendre, avec la fonction dictaphone de baladeurs mp3 prêtés aux élèves, des notes orales qui pourront servir a posteriori. En effet, de retour en classe, ces notes seront écoutées individuellement et serviront d’appui à la rédaction.
    • De la « petite musique du style » à la réécriture en passant par des mises en voix Cette seconde expérience propose aux élèves de rédiger le portrait d’un personnage à la manière de Balzac. Pour cela, plusieurs enregistrements d’un même portrait du colonel Chabert sont étudiés en classe afin de mettre en évidence les caractéristiques stylistiques d’une description balzacienne mais surtout la musique de la phrase de l’auteur. Cette approche permet de glisser vers une lecture analytique avant d’aborder l’exercice d’écriture d’invention. Il s’agit tout d’abord d’élaborer un brouillon, en ayant à l’esprit le rythme et les jeux sur les sons que l’on souhaite imprimer au texte, puis de l’enregistrer. C’est l’écoute du fichier sonore obtenu qui suscitera l’amélioration du brouillon afin de corriger les problèmes syntaxiques (plus facilement repérés à l’oral) et de s’approcher au plus près de la musique du style de Balzac

    Quelle relation avec l’oral ou avec la parole ?
    Le passage par l’oral pour un travail écrit constitue d’abord une passerelle stimulante pour les élèves ; l’approche de l’écriture en est facilitée ainsi que la prise en compte de la dimension formelle et sensible du texte, notamment pour les lycéens. Des liens essentiels entre le « dire », l’« écrire » mais aussi le « lire » se créent ensuite, chacun de ces trois domaines s’enrichissant au contact de l’autre.

    Quel apport du numérique ?
    Le numérique offre des possibilités matérielles évidentes qu’il s’agisse de prises de notes orales, de lectures oralisées, de leur écoute ou encore de l’accès à des enregistrements de textes patrimoniaux. Le logiciel Audacity permet même de comparer les fréquences sonores des différents textes enregistrés. La motivation et la concentration des élèves s’en trouvent renforcées, aux différents stades de la démarche d’écriture, et le travail sur la langue est largement facilité. C’est pourquoi, loin d’être envisagé dans sa seule dimension instrumentale, le numérique ouvre sur un espace de création, de déploiement de la parole et du texte de l’élève.

    Inspectrices référentes : Sophie David, IA-IPR, académie de Toulouse ; Isabelle Nauche, IA-IPR, académie de Créteil

    Noter, parler, écrire, réécrire - Atelier A8 - Sophie David
    Noter, parler, écrire, réécrire - Atelier A8 - Sophie David - Partie 2

    Enseignants animateurs :  

    • Jean-Charles Bousquet, IATICE, professeur de lettres au lycée Alexis Monteil, Rodez, académie de Toulouse
    • Sarah Pépin, professeure de Lettres au collège Jean de Beaumont, Villemomble, académie de Créteil
  • Atelier 9

    Journaux et docu-fictions à l’antique

    Animatrice : Isabelle Lieveloo, IA-IPR, académie d’Aix-Marseille

    « Réaliser un journal télévisé à l’époque romaine » ou « créer un docu-fiction sur Cicéron » : des anachronismes ? Certes non ! Mais une manière originale et stimulante d’aborder l’histoire romaine, de créer des « résonances entre les mondes anciens et modernes ». S’inscrivant dans le sillage des péplums et des docu-fictions, ces deux expériences, qui mêlent recherches documentaires pointues et prestation orale filmée, permettent aux élèves de développer leur esprit critique et d’amorcer une réflexion sur le traitement de l’histoire passée, mais aussi de l’actualité présente. Dans ces deux projets, la parole tient une place centrale : le docu-fiction s’inscrit en effet dans une séquence dédiée à la rhétorique cicéronienne et à la mise en scène de la parole, le journal télévisé fictif nécessite de la part des élèves une grande maîtrise de leur sujet et un travail spécifique sur la mise en voix de leur scénario. Le choix de traiter l’histoire par le biais de l’image et du son se révèle particulièrement motivant et développe chez les élèves des compétences rarement travaillées dans le cadre scolaire ordinaire. Ces deux expériences, élaborées de manière collaborative, mettent concrètement en œuvre ce que Serge Tisseron nomme « la culture du multiple ».

    Créer un documentaire-fiction en plusieurs épisodes sur Cicéron en classe de troisième.
    Intégrée au sein d’une séquence intitulée « arma togae cedant, l’éloquence à Rome », cette réalisation d’un documentaire-fiction a été conçue comme un prolongement à l’étude du texte de Tite-Live relatant la mort de Cicéron et comme une préparation à la lecture de la Première Catilinaire. Quatre épisodes constituent ce documentaire conçu comme une enquête historique. Reportage vidéo fictif sur la mort de Cicéron, commenté par des spécialistes, puis série d’interviews fictives consacrées à des moments clefs de la vie de l’orateur et en particulier à l’affaire Catilina. Mettant directement en application le docere et le placere, cette activité vise à développer des compétences en termes d’oral, à nourrir une réflexion sur la mise en scène de la parole, mais aussi à réfléchir à la valeur des sources documentaires offertes par le recours à Internet.

    Conduire des lycéens à réaliser un journal télévisé à l’époque romaine.
    Réaliser un journal télévisé à l’époque romaine, c’est d’abord faire le choix d’une époque, d’un événement ou d’un personnage, ce qui nécessite de mener des recherches documentaires en particulier sur Internet et de lire des historiens latins afin que soit évité tout anachronisme. À l’issue de ce travail de documentation, chaque groupe élit le meilleur projet dont le scénarimage sera détaillé puis filmé. Ces journaux télévisés fictifs ont ainsi permis de traiter la bataille de Thapsus, mais aussi les Ides de mars en 44 av. J.-C. ou encore l’avènement de Néron en octobre 54. Menée en groupe, cette expérience a été particulièrement stimulante et a nourri la réflexion des élèves sur le traitement de l’histoire et la mise en scène de l’information.

    Quelle relation avec l’oral ou avec la parole ?
    La prestation orale est la finalité de ces deux projets dont l’enjeu est triple :

    • développer des compétences en termes d’oral (volume, articulation, débit),
    • nourrir une réflexion sur la mise en scène de la parole en général et à des fins didactiques en particulier,
    • concevoir la parole non plus seulement comme un outil de communication, mais aussi comme un art de convaincre et de persuader.

    Quel apport du numérique ?
    Le numérique permet à la fois de nourrir le propos, de mettre en scène la parole et de favoriser l’implication de tous les élèves.
    En amont, les élèves ont recours au numérique (sites web, logiciel de présentation, logiciel de montage photographique, audacity) pour rechercher des données et créer les supports qui serviront à étayer et dynamiser leur oral.
    Pendant la prestation, le numérique (son et images) donne aux élèves un cadre formel qui, paradoxalement, libère la parole – les élèves se détachent de leurs notes et adoptent un ton plus libre, moins scolaire. En aval, la publication sur le site web de l’établissement permet d’augmenter encore l’implication et l’application des élèves.

    Inspecteurs référents : Isabelle Lieveloo, IA-IPR, académie d’Aix-Marseille, Pierre-Alain Chiffre, IA-IPR, académie de Dijon

    Journaux et docu-fictions à l’antique - Atelier A9 - Partie 1 - Isabelle Lieveloo
    Journaux et docu-fictions à l’antique - Atelier A9 - Partie 2 - Isabelle Lieveloo

    Enseignants animateurs :

    • Sophie Couot, professeure de Lettres classiques au collège Adolphe Thiers, Marseille, académie d’Aix-Marseille.
    • David Heppe, professeur de Lettres classiques au lycée Hilaire de Chardonnet, Châlons-sur-Saône, académie de Dijon.
  • Atelier 10

    Réalisations d’audioguides

    Animateur : Olivier Massé, IA-IPR, académie de Bordeaux 

    Objectifs :
    — Améliorer la maîtrise de la langue française : travailler l’expression, en particulier orale
    — Créer des guides audio/vidéo en réalité augmentée, à partir d’enregistrement oraux d’élèves avec ou sans trace écrite
    — Mettre à la disposition des élèves d’autres établissements, en le publiant sur internet, un document vidéo original
    — Rendre les élèves acteurs de leur visite… et économiser la location d’audioguides

    Audioguides du Louvre
    Des élèves de troisième choisissent une œuvre d’art dans une liste donnée. Ils doivent enregistrer un texte bref qui présente l’œuvre choisie. Des recherches sont à écrire sur une application afin qu’elles soient accessibles par les autres élèves du groupe et par le professeur sur ordinateur, tablette ou smartphone. Au musée, un plan personnalisé indique un sens de visite, un trajet à suivre ainsi que les numéros des salles où se trouvent les œuvres et de la piste à écouter devant chacune. Un selfie est exigé, avec visage d’élève et œuvre d’art en fond.

    Sur les traces de Maupassant
    Des élèves de 4e font des recherches sur des lieux rencontrés lors des lectures de Maupassant. Il s’agit d’enregistrer un commentaire bref sans trace écrite qui présente le lieu en lien avec l’œuvre, de situer les lieux sur une carte et rentrer les données GPS dans l’application, de sélectionner des cartes postales anciennes et de les intégrer dans le parcours audioguidé, de faire quelques vidéos en réalité augmentée. Les élèves téléchargent sur leur portable l’application et le parcours, qu’ils ouvrent le jour de la visite : le guidage GPS se déclenche lorsque les élèves arrivent à proximité des marques.

    L’affaire Calas
    Des élèves de quatrième réalisent un documentaire sur l’affaire Calas en partant enquêter dans les rues de Toulouse sur les lieux symboliques de l’affaire : la maison de la famille, les vestiges du parlement de Toulouse et la place où Jean Calas a été roué, puis étranglé et brûlé. Ils utilisent les archives de la ville ainsi que les textes littéraires pour améliorer leur connaissance de l’affaire. Le documentaire a été réalisé dans le cadre d’un projet d’ouverture culturelle mené par quatre professeurs (français, histoire-géographie, éducation musicale et arts plastiques) et l’association La Trame.

    Quelle relation avec l’oral ou avec la parole ?
    Avec les audioguides, les commentaires se font exclusivement à l’oral avec ou sans aucune trace écrite afin que le parcours soit plus vivant pour les camarades. De plus, contrairement à un texte lu, le passage à l’oral permet à l’élève de plus s’impliquer dans son commentaire et donc dans son voyage.
    L’oral est au cœur de l’action sur l’affaire Calas, puisque les élèves ont réalisé des interviews, composé les voix off du documentaire, mais ont aussi su faire entendre leurs voix, en débattant entre eux et en interrogeant leurs proches.

    Quel apport du numérique ?
    Les situations sont variées, ouvertes, dynamiques. L’élève y est acteur de son travail, en classe et à l’extérieur de la classe. Ce sont des exemples d’utilisation du matériel propre à l’élève, où il conserve sa création.
    Le documentaire sur l’affaire Calas est disponible sur internet et doit être mis à disposition dans la ville (flashs codes). Enfin, il est le premier pas d’un « musée en ligne » visant à la communication des ressources du patrimoine local.

    Inspecteurs référents : Olivier Massé, IA-IPR, académie de Bordeaux ; Sophie David, IA-IPR, académie de Toulouse

    Enseignants animateurs :  

    • Bruno Vergnes, professeur de Lettres au collège du Vic-Bilh, Lembeye, académie de Bordeaux
    • Marie Soulié, professeure de Lettres au collège Daniel Argote, Orthez, académie de Bordeaux
    • Jean-Luc Kpodar, professeur de Lettres au collège Zola, Toulouse, académie de Toulouse
  • Atelier 11

    Entrer en lecture par l’écoute, lire pour faire entendre : podcast et livres audio

    Animatrice : Elsa Debras, IA-IPR, académie de Grenoble

    Objectifs : impliquer les élèves dans la découverte des textes littéraires grâce à diverses activités d’oral utilisant la baladodiffusion au cours des apprentissages.

    Travailler l’oral avec des classes de collège est toujours un défi : le temps du cours, l’organisation de l’espace tels qu’ils sont habituellement pensés en cours de français ne permettent pas d’impliquer individuellement les élèves. L’oral, « parent pauvre » de la didactique du français, peine donc à trouver sa place, à moins que, comme c’est le cas dans les deux actions présentées dans cet atelier, l’enseignant n’y associe le podcast comme moyen de découverte des textes littéraires.

    • Usage du podcast en français et langues anciennes La baladodiffusion est ici exploitée à chaque étape de la lecture : face à un long roman, les élèves sont invités à en découvrir les premiers chapitres en les écoutant. Rapidement, la curiosité est éveillée : il faut ensuite « lire des yeux ». Mais certains élèves pourront également, de temps en temps, poursuivre cette lecture audio, outil de différenciation pédagogique. Sur un autre ouvrage, l’enseignante demande la création d’un livre audio : mais pour lire à voix haute, encore faut-il avoir compris l’intention des personnages. L’analyse, par groupes, précède ainsi l’enregistrement qui rend compte de la compréhension du texte. La baladodiffusion permet également aux élèves d’enregistrer un résumé, d’illustrer un passage (son, images, vidéo), de faire le portrait d’un personnage... Quant à la leçon, elle est moins rébarbative quand l’élève lui-même la « rédige » à l’oral et l’offre ainsi à toute la classe.
    • Voix de conteurs Loin de l’évaluation traditionnelle de fin de séquence modélisée par l’épreuve du brevet, l’enregistrement d’une nouvelle lue par un groupe d’élèves est ici la tâche finale à réaliser. Là encore, la découverte des textes proposés se fait grâce à des enregistrements qui suscitent l’intérêt et déterminent le choix des élèves pour choisir tel ou tel texte. Les groupes de travail se constituent sur ce choix, qu’il faudra d’abord justifier. Enregistrer le texte choisi ? Cela semble facile, mais les premiers essais ne sont pas concluants, les élèves s’en rendent compte et s’évaluent à l’intérieur du groupe de travail. C’est à une découverte patiente et collective qu’ils sont alors amenés pour affiner le découpage de cette lecture à plusieurs voix, identifier les émotions portées par les personnages, les intentions de la nouvelle elle-même avant de s’enregistrer définitivement.

    Quelle relation avec l’oral ou avec la parole ?
    Les activités proposées nécessitent la parole de l’élève : présenter, raconter, débattre, argumenter, expliquer, expliciter, mais aussi théoriser, sont de la responsabilité de l’élève, des élèves (individuellement et/ou collectivement), et non plus du seul professeur. La place de l’enseignant a radicalement changé en redonnant aux élèves la parole et, en même temps, un rôle central dans les apprentissages qui se font aussi entre pairs.

    Quel apport du numérique ?
    Les activités d’oral sont par nature chronophages, et leur évaluation souvent problématique. Verba volant ? Non, car la baladodiffusion permet de rompre avec l’organisation habituelle du cours de français et de laisser les traces nécessaires à tout apprentissage. Qui plus est, quelle fierté pour les élèves de poster ainsi leurs productions pour que d’autres, élèves mais aussi amis, parents, les partagent.

    Inspectrice référente  : Odette Turias, IA-IPR, académie de Grenoble.

    Enseignante animatrice :  

    • Valérie Clary, professeure de Lettres au collège du Mont des Princes, Seyssel, académie de Grenoble
  • Atelier 12

    Créations sonores numériques

    Animateur : Sébastien Hébert, IA-IPR, académie de Lille 

    Le numérique est en lui-même une nouvelle culture avec une géographie et des espaces qui lui sont propres, des échanges, des interactions surtout toujours plus dynamiques et finalement une sociabilité renouvelée. Dans quelle mesure cette nouvelle culture numérique modifie-t-elle l’acte de lecture et l’acte de parole ? Dans quelle mesure le renouvelle-t-elle, en motivant par exemple un « oral d’invention » ou un oral plus « codifié » ? Telles sont les questions à l’origine de cet atelier car c’est bien la parole qu’il s’agit de solliciter pour permettre aux élèves d’interroger cette culture. C’est elle surtout qu’il convient d’exploiter pour qu’elle devienne une source de création littéraire et numérique.

    Premier projet : Quand la lecture se donne à voir et à entendre : la création d’une œuvre numérique
    en partenariat avec Alexandra Saemmer, maître de conférences en pratiques textuelles numériques, Université de Paris VIII.

    Le projet débute avec l’étude du récit de Annie Ernaux, La Place dans sa version numérisée. À travers cette première lecture, il s’agit d’inviter les élèves à entrer dans cette nouvelle culture numérique pour en faire le levier de leur appropriation personnelle de l’œuvre : commentaires personnels à la manière de marginalia numériques, débat, interactions et partages à travers la réalisation d’un mur collaboratif, associant le texte, l’image fixe et mobile, le travail de la voix scénarisée et enregistrée (avec exploitation du logiciel en ligne padlet)
    Forts de ce nouveau bagage tout à la fois littéraire et numérique, les élèves sont désormais en mesure d’aller à la rencontre d’une véritable œuvre numérique, Tramway de Alexandra Saemmer. Que devient le texte au sein de l’espace numérique ? Comment le lire ? Est-on encore le même lecteur ? Telles sont les questions qui vont animer ce second temps de l’étude avant d’inviter les élèves à produire leur propre œuvre numérique, nourrie des lectures réalisées, mais fruit aussi de leur réflexion. À eux surtout de s’emparer des outils et des espaces numériques pour donner chair et dynamisme à leur texte grâce à un travail de partage et de collaboration entre l’écrit, l’image, l’oral spontané et la parole retravaillée.

    Deuxième projet : « J’te dérange ? — Non, non… » : Explications podcastées d’une œuvre sonore de Jean-Charles Massera en vue de l’oral du bac, en partenariat avec Jean-Charles Massera, auteur

    « J’te dérange ? — Non, non… » est une œuvre sonore réalisée par Jean-Charles Massera pour Arte Radio en 2012. Elle est composée de dix pièces de moins de 5 minutes. Ce feuilleton original est conçu pour les nouveaux modes d’écoute (podcast, smartphone, écouteurs) et renouvelle la fiction radio. Il s’agit d’appels téléphoniques passés dans les circonstances banales du quotidien, qui dérivent bien vite vers des thèmes de réflexion sur l’homme contemporain. Trois de ces pièces sonores ont été travaillées avec des élèves de première S, dans le cadre de la préparation du bac français, comme s’il s’agissait de textes argumentatifs à expliquer :
    — « Le restau qui faisait chalet » http://www.arteradio.com/son/616159/le_restau_qui_faisait_chalet/
    — « On est mal barré en fait » : http://www.arteradio.com/son/616165/on_est_mal_barre_en_fait/
    — « Non, mais là ça dépasse tout » http://www.arteradio.com/son/616181/non_mais_la_ca_depasse_tout/

    Les élèves ont d’abord écouté les pièces, en faisant un repérage, au fil de leur écoute. Une problématique commune a été choisie pour les étudier ainsi qu’une trame de commentaire possible. En parallèle, deux documents complémentaires par pièce sonore ont été lus, la plupart issus de textes philosophiques, qui expliquent certaines notions sous-entendues dans ces œuvres. Puis, par groupes, les explications de textes ont été réalisées sous forme de podcasts puis déposées sur un blog.
    http://www.weblettres.net/blogs/article.php?w=vitabac&e_id=77181
    http://www.weblettres.net/blogs/article.php?w=vitabac&e_id=77182
    http://www.weblettres.net/blogs/article.php?w=vitabac&e_id=77238

    Ensuite, l’auteur est venu dans la classe, et il a écouté les commentaires enregistrés par les élèves sur ses œuvres. Cela a servi de support pour une séance d’échange de deux heures, très riche, qui s’est orientée notamment sur des réflexions autour de l’art, de la notion de beau…

    Troisième projet : i-voix : les voix de l’œuvre

    Le projet pédagogique i-voix trace en matière d’exploitation de l’oral bien des pistes. Il s’agit d’un échange eTwinning, dont le cœur est un blog, conçu comme un espace de lecture et d’écriture, de création et d’échange (http://www.i-voix.net). Les élèves français et italiens y publient tout au long de l’année des articles variés autour des objets d’étude abordés en classe et des œuvres lues : écritures et réécritures poétiques, jeux de rôle littéraires, géolittératie, twittérature… Comme son nom l’indique, le projet i-voix accorde aussi régulièrement de la place à des réalisations et publications sonores dont l’atelier proposera trois exemples parmi bien d’autres, en lien avec la Renaissance : ils cherchent à revitaliser la relation des élèves aux œuvres lues ou vues, en l’occurrence le drame Lorenzaccio de Musset, des tableaux ou sculptures de la Renaissance italienne, des Sonnets de Louise Labé.

    Inspecteurs référents : Sébastien Hébert, IA-IPR, académie de Lille ; Isabelle Nauche, IA-IPR, académie de Créteil, Catherine Frizza-Thibault, académie de Rennes

    Créations sonores numériques Atelier A12 - Partie 1 - Sébastien Hébert
    Créations sonores numériques Atelier A12 - Partie 2 - Sébastien Hébert
    Créations sonores numériques Atelier A12 - Partie 3 - Sébastien Hébert

    Enseignants animateurs :

    • Carole Guérin, professeure de Lettres au collège Mendes France, Tourcoing, académie de Lille
    • Françoise Cahen, professeure de Lettres au lycée Maximilien Perret, Alfortville, académie de Créteil
    • Jean-Michel Le Baut, professeur de Lettres au lycée de l’Iroise, Brest, académie de Rennes

    Partenaires :

    • Laboratoire Traverses 19-21, Université Stendhal Grenoble 3
    • Magali Brunel, maître de conférences, ESPÉ, Université Grenoble-Alpes, CEDILIT, Traverses 19-21
    • Alexandra Saemmer, maître de conférences en pratiques textuelles numériques, Université de Paris VIII.
  • Atelier 13

    Mises en voix, mises en scène

    Animatrice : Michèle Doerflinger, IEN-EG, académie de Toulouse

    Faire lire des œuvres littéraires intégrales au collège ou au lycée professionnel, qu’elles relèvent de la littérature dite classique ou d’une littérature plus récente, est souvent un défi pour l‘enseignant. Pour les élèves, le plaisir de lire et d’étudier des œuvres en classe est souvent émoussé ou n’a jamais été véritablement ressenti.
    Comment réconcilier les élèves avec le livre ? Dans les deux projets présentés, le lire est au service du dire, non pour soi, mais pour un auditeur, proche tout d’abord (les camarades de classe, le professeur) ; puis plus lointain : d’autres classes et d’autres professeurs ; enfin pour des auditeurs anonymes. L’œuvre littéraire sort de la classe pour être portée au cœur de la « vraie vie ».
    Prêter sa voix à un texte, redonner vie à une parole figée par l’écrit est un projet qui met le lecteur au cœur d’une véritable transmission. L’élève devient à la fois le « diseur » d’un texte écrit par un auteur et le porteur des émotions qu’il a pu ressentir à la lecture de cet écrit. Il pourra également, dans ces projets, défendre ses choix d’interprétation et les justifier auprès de ses auditeurs.
    Quel supplément de valeur apportent les outils numériques ? En offrant la possibilité d’accompagner la voix d’effets divers, ils permettent de faire de la lecture une sorte de spectacle à entendre et de conserver durablement ce qui sans eux n’aurait duré que l’espace d’un moment.

    Premier projet :

    • Mise en scène radiophonique d’un extrait du Bourgeois Gentilhomme de Molière en cinquième. La perspective de mettre en scène un extrait du texte par des moyens sonores a motivé les élèves et a éveillé leur curiosité. Le travail d’analyse du texte dans cet objectif a été actif. La mise en scène radiophonique est une activité théâtrale qui demande moins de temps et moins de réglages qu’une mise en scène traditionnelle. Les jeunes comédiens apprécient de ne pas être vus. Cela permet à des élèves plus timides de participer à une activité théâtrale. Les séances en petit comité permettent la prise de confiance et lorsque l’enregistrement est prêt, les élèves trouvent valorisant d’être écoutés attentivement par la classe. Enfin, débarrassés du décor, des costumes et de la gestuelle, les élèves se concentrent sur les effets produits par leur voix et leur intonation. L’exercice est exigeant dans la mesure où les différents personnages doivent avoir une voix clairement identifiable par leur accent ou un ton spécifique à la situation, les personnages muets doivent réagir « bruyamment » aux répliques et la scène doit être bruitée par nécessité (pas, bruit de porte...) ou pour créer un effet comique. Le numérique permet l’enregistrement et le travail sur la voix et l’ajout d’effets (logiciel Audacity).

    
Deuxième projet :

    • Paroles de guerre ou « Comment rendre compte de sa lecture par une mise en voix personnelle et/ou collective » en Bac pro et CAP. Ce projet s’inscrit dans le travail de commémoration du centenaire de la Première Guerre mondiale. C’est une expérience qui a été menée avec des classes de terminale Bac professionnel et de CAP de 3 établissements différents de l’académie autour d’un parcours de lecture de Compagnie K de William March. Ce récit repose sur un dispositif choral de témoignages de soldats racontant leur expérience du combat. Des propositions de mise en voix sont élaborées par chacune des classes. Ce travail donne lieu à des propositions audiovisuelles et sonores. Chaque classe engagée dans le projet met ses propositions sur un site en ligne, échange et négocie avec les autres groupes sur une plateforme collaborative (blog, forum et atelier de l’ENT) en vue d’une production collective finale qui mettra en présence les quatre classes participantes. L’atelier permet de présenter la plateforme et les différents outils numériques utilisés dans ce projet ainsi que la démarche adoptée. À travers ce projet, les élèves font entendre la voix de soldats américains envoyés au front en 1917, prenant en charge leur parole. Leur lecture à haute voix redonne vie aux différents témoignages et permet d’appréhender la parole dans sa singularité et la complexité de sa mise en scène. L’oral interagit ici avec la lecture pour devenir le vecteur d’une compréhension approfondie du texte. Il devient également le média de restitution d’une interprétation personnelle et/ou collective, mise en confrontation avec les lectures orales proposées par les autres classes. Le média numérique est à la fois outil de production et moyen de communication par lequel s’organise le projet. Il permet dans un premier temps des productions sonores et/ou audiovisuelles. À travers l’utilisation d’enregistreur MP3 ou de caméra, puis de logiciels de lecture et de montage faciles à manipuler, les élèves développent leurs propositions de mise en voix. L’enregistrement permet une mise à distance pour une écoute critique et une meilleure appréciation. Le numérique est également le moyen, pour des établissements géographiquement éloignés, de travailler en collaboration. Les élèves échangent et organisent la représentation collective à travers une plateforme collaborative et mettent à disposition leurs propositions sur un blog.

    Inspectrices référentes : Michèle Doerflinger, IEN-EG, académie de Toulouse, Odette Turias, IA-IPR, académie de Grenoble

    Mises en voix, mises en scènes - Atelier 13 - Partie 1 - Michèle Doerflinger
    Mises en voix, mises en scènes - Atelier 13 - Partie 2 - Michèle Doerflinger

    Enseignantes animatrices :

    • Isabelle Figoli, professeure de Lettres au collège des Alexis, Montélimar, académie de Grenoble
    • Lysis Bragance, professeure de Lettres au lycée professionnel du Mirail, Toulouse, académie de Toulouse
    • Virginie Rubira, professeure de Lettres au lycée professionnel Bourdelle, Montauban, académie de Toulouse

    Partenaire :

    • Centre culturel Soupetard, Toulouse

Notes

[1Claire Doquet, « Clarifier, embrouiller, inventer, brouillonner, Quelques réflexions sur le brouillon et ses usages », revue Recherches n°55, 2011-2, pp. 95 sqq.

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