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Les métamorphoses du livre et de la lecture à l’heure du numérique
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Lundi 19 novembre 2012

Première journée : après-midi

Nouvelles textualités, nouvelles humanités ?

La culture des litterae humaniores, les pratiques et les disciplines qui en perpétuent la tradition se fondent sur un rapport au texte et à l’œuvre – rapport d’établissement, de commentaire, d’interprétation – qui suppose que le texte et l’œuvre soient fixés dans des formes stables et identifiables afin qu’ils puissent être transmis et réinterrogés et que leur sens soit réinventé par les générations successives.
Que deviennent cette culture et ces disciplines, à l’heure où le numérique modifie profondément les modes de production et d’accès aux textes, en disperse et en déploie l’écriture, en étoile indéfiniment la lecture, en brouille les contours, le soumet à des usages qui paraissent remettre en cause sa nature même et font émerger de nouvelles formes de textualité, hybrides, fragmentées, mobiles, digressives et éphémères ? Y a-t-il là matière à de nouvelles humanités – et en quoi nouvelles ? Ou bien la rime du titre est-elle en train de se perdre ?

Président de séance  : Paul Raucy, inspecteur général, doyen du groupe des Lettres

14h15 : Table ronde

Modératrice : Lucile Trunel, conservateur en chef, BnF, Service de l’action pédagogique

  • Milad Doueihi, titulaire de la Chaire de recherche sur les cultures numériques, Université Laval (Québec) : « Culture numérique/culture humaniste »
  • Yves Citton, professeur à l’université de Grenoble 3, chercheur au CNRS (UMR LIRE) : « L’avenir des humanités, économie de la connaissance ou culture de l’interprétation ? »
  • Frédéric Kaplan, professeur à l’Ecole polytechnique de Lausanne : « Livre numérique et nouvelles formes d’inscriptions ».
  • Emmanuël Souchier, professeur au CELSA, Université Paris-Sorbonne, GRIPIC : « L’œuvre confrontée à l’industrialisation de la fragmentation »

16h15 : Conférence

Thierry Grillet, délégué à la diffusion culturelle, BnF, maître de conférences à l’Institut d’études politiques de Paris : « Pierre Guyotat et le statut de l’auteur ».

Françoise Juhel, chef du service multimédia de la BnF : présentation de l’application Candide pour tablette.

17h : Film de Régis Sauder,
Nous, princesses de Clèves

  • Projection (la vidéo de ce film n’est pas disponible)
  • Présentation par Patrick Laudet, inspecteur général des Lettres, et Anne Tesson, professeur de Lettres au lycée Diderot (Marseille)
  • Débat avec le réalisateur.

18h30 : Fin des travaux

Les vidéos ont été mises en ligne par le Pôle images Numériques du CRDP de l’académie de Versailles.


En savoir plus

  • Milad Doueihi est l’auteur de La grande conversion numérique ( et de Pour un humanisme numérique (format ebook disponible aux éditions publie.net).

    Présentation de François Bon  : La position unique de Milad Doueihi dans l’approche de ce qu’on nomme les "humanités numériques" tient d’abord à sa propre extériorité : ce passionné de théologie du monde oriental, ce familier de la poésie contemporaine et de la philosophie antique n’a pas ses racines dans la technique et l’informatique. Extériorité géographique aussi, arpenteur du vieux monde et du nouveau : qui a assisté une fois à une conférence de Milad Douehi, ces improvisations sans notes, toutes lestées d’Aristote ou de Rousseau et tant d’autres, sait comme il nous fera voyager dans les frontières de notre propre culture. C’est notre statut d’homme, notre curiosité, et au service de quoi on place nos minces savoirs, qu’il vient questionner dans les outils d’aujourd’hui. Il les décrypte et les décortique dans leurs plus hautes conséquences. On n’entre pas dans l’analyse de la "grande conversion numérique" sans mettre les mains soi-même dans ses rouages. Moteurs de recherche, jeux en réseau, réalité augmentée, le chercheur ouvre la maison-écran et s’y installe avec ses outils. Mais c’est en tant que philosophe et amoureux de la langue qu’ici on va suivre une des plus riches pensées du numérique aujourd’hui. La constitution des réseaux d’abord, la culture par l’anthologie, et deux chapitres essentiels sur de très, très vieilles notions : l’amitié, l’oubli. Paru en septembre 2011 aux éditions du Seuil, collection "La librairie du XXIe siècle", ses lecteurs auront plaisir à en disposer au quotidien dans le format numérique. Mais nous devions à cette approche essentielle, à la fois simple et savante, concrète et rêveuse, du "destin numérique" qu’il soit disponible dans le média même qu’il décrit.

  • L’article d’Yves Citton, « Traiter les données : entre économie de l’attention et mycélium de la signification » est disponible sur Cairn. Son livre L’avenir des humanités : Economie de la connaissance ou cultures de l’interpétation ? (La Découverte, 2012) est disponible en format papier mais aussi en version ebook.

    Présentation de l’éditeur : En parlant de « communication », de « société de l’information » ou d’« économie de la connaissance », on laisse souvent penser que le savoir se réduit à une masse de données segmentées, isolées, brevetables et commercialisables comme n’importe quelle marchandise. Devant cette vision appauvrie et sclérosée, Yves Citton renverse la perspective et révise notre imaginaire du savoir. Il montre que les Humanités, souvent considérées comme poussiéreuses, voire inutiles, cultivent une compétence incontournable, celle de l’interprétation. Très loin de la simple « lecture » automatisée d’informations computables, revêche à toute réduction économiste, l’interprétation est une activité qui demande à être cultivée avec un soin très particulier. La dynamique propre à ce geste diffus dans toutes nos pratiques est faite de tâtonnements, d’errances et d’erreurs, de suspens, de sauts, de bifurcations, de rencontres - où l’intuition (esthétique) joue un rôle aussi important que la systématicité (scientifique). Devant l’emballement de la course au profit, l’exacerbation des inégalités sociales et le mur écologique qui nous font face, affirme Yves Citton, une reconsidération des Humanités est indispensable pour quiconque se préoccupe de l’avenir de l’humanité.

  • Frédéric Kaplan est titulaire de la chaire d’humanités digitales de l’EPFL (Suisse). Il tient un blog passionnant sur ses travaux (ici). Un article du 8 octobre 2012 publié dans Le Temps retrace son itinéraire, en guise d’introduction aux « humanités digitales » :

    Il monte sa propre entreprise, qui adapte des livres et des magazines pour la publication digitale. « Le livre est une machine, commente Frédéric Kaplan. Réinventer le livre est un défi monstrueux pour un ingénieur. » Il travaille notamment avec la Bibliothèque nationale de France pour l’adaptation des œuvres complètes de Rousseau au digital. Elles doivent sortir prochainement. « Comment naviguer dans un objet comme celui-ci est une question d’ingénierie », insiste-t-il.

  • Le site d’Emmanuel Souchier, Images Analyses, recèle, entre autres trésors, des analyses comparées permettant de "lire" le tableau de Magritte, La durée poignardée.
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