Prix de la critique 2018

Jury

Le jury de ce prix était composé de personnalités éminentes du monde de la critique de cinéma :

  • Thierry Méranger : Les Cahiers du cinéma
  • N.T Bihn : Positif

Lauréats

Des prix de la critique ont été décernés à neuf des 1000 critiques publiées sur le site du prix.

Les lauréats

CATEGORIE LYCEES PROFESSIONNELS

nicolas 

  • 1er prix : Nicolas Renouleaud du lycée Atlantique, Royan (académie de POITIERS) : critique du film "Centaure"

bac pro commerce    trophée Atlantique Trophée réalisé par les élèves de Seconde CAP métallerie du lycée de l'Atlantique de Royan (académie de Poitiers)

  •   2ème prix : la classe de 1ère BAC Pro Commerce du lycée Vue Belle (académie de LA REUNION) : critique du film "Petit paysan"

  • 3ème prix : Flavien Ovide du lycée  Atlantique, Royan (académie de POITIERS) : critique du film "Coeurs purs"

CATEGORIE LYCEES GENERAUX :

juliette   trophée mézières Trophée réalisé par les élèves de première SSI du lycée A. Mézières de Longwy (académie de Nancy-Metz).

  •   1er prix : Juliette Brenot, lycée Saint Sigisbert, Nancy (académie de NANCY-METZ) : critique du film "La douleur"

claire  trophée faure  Trophée réalisé par les élèves de section microtechnique du lycée E. Faure de Morteau (académie de Besançon).

  •   2ème prix : Claire Massot, Institution Rey, Bois Guillaume (académie de ROUEN) : critique du film "The square"
  • 3ème prix ex-aequo : Violette Housiaux, lycée Vauban, Aire sur la Lis (académie de LILLE) : critique du film "Centaure"

CATEGORIE CRITIQUES LIBRES :

lindsay

  • 1er prix : Lindsay Robinot-Jones, Aurore Pradon, Céleste Levingston et Stéphanie Bryden, Lycée Valbonne (académie de NICE) : critique du film "Coeurs purs".

TCAP bijouterie

  •   2ème prix : la classe de Terminale CAP Bijouterie, Lycée PRO Amblard, Valence (académie de GRENOBLE) : critique du film "Carré 35"

bertrand

  •   3ème prix :  Jérémie Bertrand, Lycée Jean Moulin, Montmorillon (académie de POITIERS) : critique du film "Au revoir là-haut"

Critiques récompensées

LYCEE PROFESSIONNEL

1er prix : Nicolas Renouleaud du lycée Atlantique, Royan (académie de POITIERS)

Vers l'autre rive

"Centaure" est un film de, et avec Aktan Arym-Kubat. Il interprète un homme qui mène une vie paisible dans son village au Kirghizistan. Père d’un petit garçon, il a épousé une femme muette qui aimerait que son fils se mette enfin à parler puisqu’ elle ne lui a pas transmis son handicap. Elle reproche d’ailleurs à Centaure de ne pas lui parler assez.
Il faut dire que Centaure est occupé à autre chose, ouvrier en bâtiment le jour, il se transforme en voleur de chevaux la nuit tombée.

Fan de cinéma et ancien projectionniste, Centaure a pour habitude d’acheter une boisson locale a une femme au marché qui est tombée amoureuse de lui. Fan de films elle aussi, ils ont beaucoup en commun. Il la raccompagne chez elle et c’est sur la route du domicile de la femme que Centaure commence à s’attirer les problèmes. Dans ce petit village, où l islam et la tradition patriarcale sont très présents, les langues vont bon train, il faut respecter les codes et la femme de Centaure est avertie par une femme du marché de l’infidélité de son mari.
Car centaure est un insoumis, il ne se plie ni aux règles des hommes ni à celles de la religion mais à celles de ses ancêtres et ce dès le début du film : une nuit il va voler un cheval de course juste pour pouvoir le chevaucher les bras écartés, se sentir libre et retrouver ses racines et les coutumes de ses ancêtres

Le lendemain, le propriétaire du cheval qui n’est autre que son riche cousin, a mis tous ses hommes à la recherche de son animal, qu’il retrouve finalement. Un homme réputé pour ses vols de chevaux est immédiatement accusé mais celui ci se défend du vol et propose son aide afin d’identifier le véritable voleur. Il tend alors un piège à Centaure qui est arrêté et jugé.
Le tribunal composé des villageois lui épargne la vie et la prison grâce à l’intervention de son cousin mais il est banni du village et on lui impose le pèlerinage à la Mecque pour se racheter. Centaure se montre incapable de se soumettre à la rigidité religieuse, allant jusqu’à troubler la prière en projetant un film sur les chevaux dans le lieu de culte où existait avant la salle de cinéma ayant disparu au profit de la salle de prières.

Tout un symbole…parmi tant d’autres .En effet, Centaure dénonce la place trop importante de la religion et son hypocrisie. Car c’est surtout l’argent et la société de consommation qui ont balayé les traditions ancestrales. Centaure est un film de contrastes entre tradition et modernité : les tablettes multimédia des enfants du cousin s’opposent au jouet que Centaure a fabriqué pour son fils, les grosses voitures qui arpentent les routes ont remplacé les chevaux, tant de choses matérielles qui ont divisé la communauté kirghize.

Pourtant, Centaure est un film calme, apaisant, qui prend son temps…le temps de poser le décor, de nous plonger dans des paysages magnifiques. L’histoire de cette famille au quotidien tranquille se regarde presque tel d’un documentaire tant cette vie est proche de la nôtre tout en semblant si lointaine, sans tout ce superflu qui encombre notre quotidien. La mise en scène est sans fioritures, à la manière d’un conte, tout en douceur, et nous donne un regard sur un pays ignoré de notre culture, on finit par avoir envie d’être là-bas et de vivre cette vie paisible dans ces montagnes.

Mais Centaure est avant tout et surtout un film d’amour : l’amour de l’art , l’amour de son pays, de la nature, de ses ancêtres, de la famille, de ses traditions, traditions qu’il faut transmettre et c’est ce en quoi la fin est magnifique. Le petit garçon qui crie « Papa ! » au moment même où son père meurt est un moment très fort et très émouvant. Certes, la fin de centaure est tragique mais ce cri est plein d’espoir pour que la tradition se perpétue…


 

2ème prix : la classe de 1ère BAC Pro Commerce du lycée Vue Belle (académie de LA REUNION)

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« Petit paysan » est un film dramatique réalisé par le réalisateur Hubert Charuel .

Sorti en 2017, « Petit paysan » est un film français. Les rôles principaux sont tenus par Swann Arthaud dans le rôle de Pierre et Sara Giraudeau dans le rôle de Pascale.

Nous entrons, dès le début de l'histoire dans le rêve de Pierre qui déambule dans sa maison accompagné de vaches. Comme sur l'affiche il est oppressé par ses animaux.

À son réveil on comprend mieux son quotidien, traire les vaches, les aider à vêler, les nourrir.
Inquiet pour l'une de ses vaches qui ne semble pas en bonne santé, il fait appel à un vétérinaire qui n'est autre que sa sœur. Il est persuadé que Topaze, une de ses vaches, est atteinte de la maladie incurable et contagieuse qui vient de Belgique. Cette maladie tue des centaines de vaches à travers le pays. Face à l'évidence de la contagion, il décide de la sacrifier pour éviter la contamination de son troupeau. C'est un tournant du film.

Pierre veut sauver son troupeau, il entame une course contre la maladie. Ce film dénonce bien la détresse des éleveurs face aux éventuelles épidémies qui pourraient s'abattre sur les élevages.

Ces moments lourds et tragiques sont ponctués d'une musique appropriée et angoissante.
Il fait tout ce qu'il peut pour éviter l'abattage de son troupeau. Il a même recours aux nouvelles technologies par l'intermédiaire d'un YouTuber qui le conforte dans l'idée qu'il faut se débrouiller seul. Pierre est atteint de cette maladie mais se soigne pour épargner son troupeau.

Une seconde vache déclare la maladie en pleine traite à ce moment là les caméras zooment sur l'œil, les pis, le dos, les veines des mamelles des vaches ; l'étau se resserre et Pierre doit abattre une seconde vache. Dans ce passage, il doit agir vite car ses amis viennent lui rendre visite. Avec un fusil, il tue l'animal dans l'étable. Les rares moments de loisirs et de plaisirs qu'il peut avoir sont gâchés par ce drame.

Nous avons été captivé par le rôle du personnage principal, Pierre. Sa grande responsabilité, celle de faire de la qualité, de gérer la ferme, l'héritage que lui laissent ses parents le mène à tout porter. Sa sœur, avec qui il a un lien étroit, le protège mais se trouve obligée de le dénoncer pour lui éviter la prison.

Une image a retenu particulièrement notre attention, celle du veau que Pierre porte comme un enfant, la façon de lui donner à manger, de l’accueillir sur son canapé ; l'animal devient humain !

La scène finale dans laquelle Pierre porte le veau, nous a renvoyé à des images de guerre lorsqu'un soldat porte un enfant mort. Nous avons également pensé au film « Gladiateur » de Ridley Scott quand le héros porte sa victime à la fin d'une lutte acharnée.
L'image finale est très forte : Pierre de dos, amenant le cadavre du dernier combattant au service vétérinaire.

Lorsque la lumière s'est rallumée dans la salle, nous sommes tous restés quelques minutes abasourdis, figés par cette situation dramatique que nous venions de vivre.

3ème prix : Flavien Ovide du lycée  Atlantique, Royan (académie de POITIERS)

Moi Daniel Blake

Dans ce long métrage, nous allons suivre la vie d’une adolescente de 17ans, Agnese. Tout commence par une course poursuite. Agnese court, elle est poursuivie par Stefano, un garçon de 25 ans, vigile d’un magasin où Agnese vient de voler un téléphone portable, elle supplie Stefano de ne pas lui causer de problèmes.

Cette scène est intense, tout se passe dans les regards, Stefano cède au charme d’Agnese et la laisse partir. On pense alors qu’Agnese est une délinquante, il n’en est rien ! Agnese vit seule avec sa mère, une mère très croyante et dominante. Il n’y a pas de place pour les hommes dans ce duo mère fille très fusionnel, il n’y a de la place que pour Dieu, l’église et la vie de la paroisse. Agnese a décidé sous l’influence de sa mère de faire vœu de chasteté jusqu’au mariage. Son vœu va être mis à rude épreuve tout au long du film, et la première scène est annonciatrice d’un échec à venir. Agnese a besoin de s’ouvrir aux autres, d’où le vol de téléphone car le sien a été confisqué par sa mère qui la suspectait de débuter une relation avec un garçon.

La jeune adolescente va être partagée entre deux modes de vie, d’un côté une vie versée dans le catholicisme avec une mère très croyante et une communauté qui l’encourage dans son choix de rester pure et qui fait du bénévolat pour des migrants, et de l’autre côté une vie avec le désir d’être une fille de son temps, et de mener une vie amoureuse avec un garçon qui enchaîne désormais les petits boulots pour faire vivre ses parents qui sont sur le point d’être expulsés . Car Cœurs purs est un film dur qui dépeint une société sans pitié pour les plus faibles et la violence qui en découle.

C’est un film plein de contrastes, où les gens s’opposent en apparence en deux catégories :les cœurs impurs et les cœurs purs, mais qui peut prétendre vraiment être un coeur pur?
Roberto de Paoli nous explique dans son film que tout n’est pas si simple comme on peut le voir avec tous les personnages qui sont capables du pire comme du meilleur.
Par exemple, la mère d’ Agnese peut être si tendre et affectueuse avec sa fille et si dure avec elle quand elle sent qu’elle échappe à son contrôle ou le père de Stefano qui l’a frappé enfant mais que Stefano aide. Stefano, quant à lui, se montre dur avec les migrants leur refusant un moment de détente lorsqu’ils veulent jouer au foot ou n’ hésite pas à voler un petit épicier de quartier. Stefano qui veut à tout prix se réinsérer dans la société, avoir un travail « réglo » et rompre avec sa vie de voyou trafiquant.

Agnese, elle, décide de rompre son vœu. On assiste alors à la scène d’amour avec Stefano et ce moment est dur. Agnese semble perdue, des détails crus sur son intimité nous montrent qu’elle se sent souillée. Cette scène est choquante et met mal à l’aise .
Agnese vit ce moment comme un viol et va même jusqu’à le faire croire à ses proches car elle n’assume pas son choix.

D’ailleurs , on peut l’affirmer, le principal sujet du film est le choix. Quel chemin de vie choisir ? Quelle liberté a-t-on quand on a tracé pour vous votre voie que ce soit votre famille ou la société ? Le film revient souvent sur ce thème, d’ailleurs le prêtre qui guide Agnese dans son choix utilise l’image du GPS, il affirme que lorsqu’on se trompe de route, le GPS indique un nouveau chemin sans porter de jugement. Alors faut-il écouter son cœur et trouver sa voie ou doit-on se laisser envahir par la peur qui deviendra notre guide ? La peur de l’autre qui n’est pas du même milieu, la peur de l’étranger, qui est parqué dans un camp, la peur d’Agnese qui, bien que séduite par Stefano, ne veut pas perdre sa virginité au risque d’encourir la colère de sa mère ou encore la peur de Stefano qui, bien qu’ayant vu avec stupéfaction Agnese et sa mère venir en aide aux migrants au nom de leur charité chrétienne, ne veut pas les laisser entrer sur le parking au risque de s’attirer la colère de son chef et de perdre son emploi.

Le réalisateur ne porte pas de jugement mais se focalise sur toute la beauté de son histoire d’amour et la filme de façon âpre et brute où deux destins, deux chemins de vie se croisent. Alors qui sont-ils ces cœurs purs ? Sans doute ceux qui suivent leur route en n’hésitant pas à recalculer l’itinéraire de vie qu’on leur avait programmé.

LYCEE GENERAL

1er prix : Juliette Brenot, lycée Saint Sigisbert, Nancy (académie de NANCY-METZ)

Moi Daniel Blake

Une sensation, un sentiment pénible. Souffrance morale ou physique, peut-être même les deux à la fois. Qu’est-ce que la douleur ? Une affliction. Quelque chose qui dérange, une contradiction permanente. Elle nous vient de partout et nulle part à la fois, nous envahit et nous étouffe, nous anéantit et nous rend plus forts. Cette douleur insoutenable que Marguerite Duras a vécue, a sentie au plus profond d’elle-même résonne chez nous, comme un écho. Sa voix nous fait vibrer, notre cœur se serre. Attendre, rechercher mais avant tout attendre. Encore, et encore. Le temps passe. Robert Antelme, mari de Marguerite, ne revient pas du camp de concentration après la Libération de 1945. Le temps passe. Deux heures de projection nous immergent dans cette reconstitution historique d’une angoisse, un déchirement épouvantable, une attente teintée de désespoir que toutes les femmes connaissent face à toutes les guerres. Nous avons peur qu’il ne revienne pas. Et peur qu’il revienne, aussi.
Emmanuel Finkiel relève un véritable défi lorsqu’il décide d’adapter et de joindre deux œuvres littéraires de la talentueuse écrivaine Marguerite Duras, à savoir L’Amant (1984) et La Douleur (1985). Son œuvre cinématographique, véritable reconstitution historique de l’après- guerre à Paris et intitulée La Douleur, dépeint la complexité des émotions de l’auteure, sa souffrance mais aussi sa détermination à retrouver son mari, emprisonné puis déporté. Elle tente ainsi de manipuler un agent français de la Gestapo (Pierre Rabier, interprété brillamment par Benoît Magimel) pour obtenir la libération de Robert alors même que le collaborateur œuvre pour démasquer d’autres résistants par son biais, étant donné qu’Antelme et elle-même font partie de la Résistance. S’ensuit un jeu du « chat et de la souris », une attirance mutuelle, une fascination pour un être différent de soi. Qui ne durera pas longtemps... En effet, la deuxième partie du film est orienté sur l’attente de Marguerite, son désespoir face à l’absence terrible de son mari qui ne semble pas revenir de Dachau. Et pourtant... Elle souffre, elle combat toutes les émotions contradictoires qui l’habitent, elle s’enlise dans sa douleur.

La beauté esthétique de ce film nous permet de partager cette angoisse qui habite Marguerite, au même titre qu’elle habite son interprète Mélanie Thierry. En effet, cette actrice extrêmement talentueuse incarne l’écrivaine à la perfection, donnant vie aux sentiments, prêtant sa voix calme et son incroyable diction au texte de Duras, qui constitue la voix off. De plus, nous percevons les événements à travers la vision subjective de la protagoniste, où Paris en liesse lors de la Libération semble tristement vide lorsqu’elle le parcourt à bicyclette, seule. La lumière joue avec les ombres, se cache, et Marguerite cherche désespérément un moyen de sauver Robert. Ce dernier ne se dévoile que très peu au cours de ce long métrage, il est défini par son absence et ses rares apparitions sont caractérisées par une focalisation très floue, où la netteté n’a plus sa place dans l’esprit de la jeune femme. L’environnement est insaisissable, le reflet de la réalité aperçu régulièrement au travers de miroirs suggère des apparences différentes, inversées, où la réalité semble ne faire qu’un avec la fiction. Ainsi, nous nous perdons dans les affres d’une affliction profonde, dans un cauchemar qui n’en finit pas, accompagnant la jeune résistante dans la complexité de ce sentiment humain universel qui provoque notre perte, notre éloignement de l’instant présent, dans le cinéma.

Le temps passe, mais il est suspendu. Comme dans un rêve, les événements se suivent sans que nous ne comprenions vraiment leur portée, ou plutôt sans que nous ne voulions la comprendre. En effet, la capacité de ce long métrage à émouvoir le spectateur est tellement puissante qu’il en devient presque nécessaire de prendre de la distance, de se fermer quant à l’histoire véridique de Marguerite Duras. Le silence, la voix off, le texte mais aussi la splendide musique accompagnant les images nous plongent néanmoins au cœur du récit, si bien que lorsque les lumières de la salle dissipent l’obscurité, beaucoup choisissent de rester assis, dans le silence, pour réfléchir à cette œuvre admirable, à la magnificence du texte, à ce drame intime qui se rapporte au monde entier, véritable huis-clos à l’échelle mondiale.
Cette suspension temporelle est aussi présente dans les décors riches du film, notamment dans l’appartement de Marguerite situé rue Saint-Benoît. En effet, notre regard glisse sur ces objets alors même que la caméra les filme en très gros plan, nous insufflant un sentiment de nostalgie à l’égard d’un temps, une époque qui ne reviendra plus, peut-être comme Robert. Il n’est plus là, cependant des photos de Marguerite et lui demeurent, presque oubliées dans la pénombre. Ici, un téléphone qui se refuse à annoncer la bonne nouvelle, là, des lunettes poussiéreuses et une valise. Tout semble figé dans l’attente, qui se prolonge indéfiniment. Le cours de la vie ne peut pas reprendre sans Robert, sans savoir ce qu’il est arrivé... À lui, mais aussi à tous les autres, comme à la fille handicapée de Madame Kats, mère attendrissante qui patiente, range, prie, prépare sans cesse une valise pour le retour de son enfant.


En résumé, La Douleur est un film qu’il vous faut aller voir, et ce pour de nombreuses raisons. Tout d’abord, à l’image de Marguerite qui contemple une version dédoublée d’elle- même dans diverses situations de douleur extrême, l’on se sent différent après avoir vu ce long métrage. Nous laissons notre « nous » habituel sur le pas de la porte, pour sortir du cinéma changés. La Douleur nous fait réfléchir, elle pose des questions cruciales quant à la façon dont chacun exprime sa souffrance, d’autant plus dans un contexte historique aussi grave que celui de la Seconde Guerre Mondiale. En effet, certains d’entre nous peuvent se montrer réticents quant au visionnage d’un énième film sur le thème de la guerre. Cependant, celui-ci est différent. D’un point de vue féminin, nous découvrons l’attente infernale vécue pourtant par un nombre incalculable de personnes dans les années qui ont suivi la Libération. Finkiel est ainsi un virtuose de l’âme, un véritable artiste qui s’inspire d’une écrivaine incroyable et transmet sa fascination pour cette dernière de manière tout à fait réussie : il n’est pas nécessaire d’avoir lu les livres ni même de connaître Marguerite Duras pour apprécier cette œuvre, qui apporte un regard humain sur chacun des personnages tout en expliquant qu’il y a un « avant » et un « après » la Shoah, changement terrible qui a affecté l’humanité entière, et continue de le faire. Ainsi, comme le dit Marguerite : « la douleur est une des choses les plus importantes de ma vie », La Douleur est un long métrage qui permet de comprendre beaucoup, et devient ainsi une œuvre importante pour chaque spectateur.

2ème prix : Claire Massot, Institution Rey, Bois Guillaume (académie de ROUEN)
le fils de Jean

« Ceci n'est pas une palme. » Voilà la subtile inscription qui réside sur les affiches de The Square. Ces cinq petits mots résument si bien ce film... The Square, c'est la Palme d'Or qu'on ne soupçonnait pas. Controversé à Cannes, c'est pour l'audace du réalisateur Ruben Östlund que le film a été finalement récompensé. Ceci n'est effectivement pas une palme, c'est plus grand, c'est à la fois visionnaire et profondément ancré dans le présent, c'est hors norme. Aussi paradoxal que cela puisse paraître, The Square ne rentre pas dans le « carré ».

The Square, c'est la vie d'un conservateur de musée d'art contemporain qui doit gérer la communication de sa nouvelle exposition, The Square, sur le thème de la confiance en l'autre et avec le mot d'ordre : « Le carré est un sanctuaire de confiance et de bienveillance. En son sein, nous avons tous les mêmes droits et les mêmes devoirs. » Par la remise en question du protagoniste sur ses aspirations, sa vie d'homme, de père, le spectateur se questionne à son tour sur sa propre vie.

The Square, c'est avant-tout une satire de l'Art. « If you place an object in a museum... If we took your bag, and placed it here, will that make it art ? ». Le réalisateur se moque de tout ce qui fait « l'art moderne ». Des tas de gravats peuvent-ils être considérés comme artistiques ? Un carré dans le sol ? Une phrase sur un mur ? Des chaises empilées ? Il veut montrer l'absurdité dans laquelle tombe parfois l'art, et pour cela il se lance dans une caricature très parlante.

Aussi, c'est un film qui nous fait réfléchir sur notre condition, nos comportements en société. Pour que celui-ci ait en quelque sorte une fonction de « catharsis », le réalisateur pose un personnage dans un environnement précis et le laisse évoluer afin de l'observer. Il laisse une grande place à son spectateur grâce aux thèmes qu'il traite, lui accorde de l'importance : alors que nous sommes assis face à un écran, un carré, on est interne à l'histoire, tel un figurant. En effet, cette ignorance de l'autre, ce non-altruisme, on en est coupable chaque jour. Chaque matin, on fait le choix d'ignorer les autres. Avec The Square, on se remet en cause, on « repense » nos actes. The Square dénonce. C'est pour cela qu'il déçoit certains. L'Homme n'est pas « admirable » dans ce film : j’en ai pour preuve une scène mémorable et perturbante, celle dans laquelle une cinquantaine d'individus inactifs laissent une agression sexuelle se produire. Alors que la situation paraît surréaliste, on se rend compte que la même chose s'est produit sur un plateau télé en France, il y a moins de dix ans. Ce sont ces dénonciations, ces accusations qui me font aimer ce film. Le réalisateur s'engage et défend des causes très actuelles.

Ruben Östlund s'autorise à traiter avec ironie et légèreté ces sujets, en mettant en scène son personnage dans des situations plus loufoques les unes que les autres, en coupant la dynamique d'une scène avec l'arrivée d'un élément qui semble hors-sujet et qui laisse le spectateur perplexe. Le ton du film est très ambivalent, on rit, on a peur, on a pitié, on rit encore, on s'apprête à pleurer... Ce film effleure les émotions. On ne les vit pas toutes à la même intensité. Le rythme est différent de tout ce que j'ai vu jusqu'alors au cinéma, les scènes se prolongent parfois jusqu'à un sentiment de gêne, de lassitude qui est vite rattrapé par la scène suivante. Ruben Östlund s'applique à trouver la limite du spectateur, en poussant à bout les scènes et les actions, en épuisant son sujet pour finalement rebondir de façon inattendue. Je trouve ce moyen d'établir une proximité avec le spectateur brillant.
Les gros plans, souvent utilisés, servent encore le film, offrant un rythme soutenu et focalisant notre attention là où elle doit être. De subtils clins d’œil à la forme du carré jalonnent le film et ont généralement un effet oppressant sur nous, spectateurs : le cadre dans l'entrée de l'appartement ou encore les cages d'escaliers vues du dessus particulièrement prisées puisque des plans récurrents des escaliers font surface à différents moments.

Enfin, que serait ce film sans ces acteurs ? Beaucoup de personnages se croisent dans l'histoire, et gravitent autour de Christian. Le film possède un casting impressionnant : Claes Bang, Elisabeth Moss, et Dominic West mais j'ai été particulièrement marquée par la prestation que donne le jeune Elijandro Edouard, qui joue une victime « collatérale » des actions de Christian, et qui possède un rôle central dans la prise de conscience de ce dernier. Autre performance à saluer, celle de Terry Notary, « l'homme singe » qui livre une scène dure et préoccupante lors d'un gala.
The Square fait partie désormais des films indispensables à voir pour la riche réflexion qu'il suscite autour des préjugés, de la négligence et de l'altruisme.


3ème prix : Violette Housiaux, lycée Vauban, Aire sur la Lis (académie de LILLE)

Soy Nero

Réalisateur et interprète, Aktan Arym Kubat, après ses derniers films “Le voleur de lumières” ou encore “le fils adoptif”, se lance dans un nouveau projet : “Centaure” afin de parler de son pays, le Kirghizistan. De façon touchante et juste, il y aborde la question de l’héritage culturel et de la tradition à travers la légende de Kambar-Ata.
Le film Centaure est l’une des plus grandes surprises du Prix Renoir 2018 : la bande annonce laissait présager un film très poétique, partagé entre violence et douceur mais nous ne nous attendions pas malgré tout à autant de beauté dans un film qui semblait atypique, pour nous, élèves peu habitués aux films étrangers tels que ceux d’Aktan Arym Kubat.
Dans ce film, les paysages et le personnage Centaure, interprété par Aktan Arym Kubat lui-même nous lance en pleine figure une envie de liberté, d’évasion à travers le monde. Ce sentiment est extrêmement présent dans une scène qui revient deux fois dans le film : lorsque Centaure vole le cheval de son cousin et qu’il part au galop à travers les champs dans la nuit, les bras levés comme un cri de liberté qu’il lancerait à ceux qui l’empêche d’accomplir sa quête de retrouvailles avec les “ailes des hommes”, les chevaux. L’éclairage naturel de la scène permet également une illusion, qui assemble le corps du cheval et celui de l’homme, transformant ainsi ce dernier en un véritable centaure et matérialise le rêve du personnage : le retour à une harmonie entre l’homme et le cheval, l’homme et la nature, harmonie qui disparaît peu à peu de son village et de son pays.
La disparition des traditions inquiète le personnage tout comme son interprète, c’est la raison de son film. Ce film permet une mise en lumière de la dégradation de la culture, des traditions auxquelles le réalisateur et le personnage qu’il interprète portent beaucoup d’importance. La liberté est également mise en danger par la religion et certains hommes malhonnêtes. Bien que ces thèmes soient abordés à travers l’exemple du Kirghizistan, ils permettent de faire réfléchir le spectateur sur le monde et sur leurs propres sociétés.
Les personnages du film jouent un rôle extrêmement important dans la réussite de du réalisateur. Ils sont attachants, touchants et le jeu des acteurs est particulièrement juste. Nous les sentons engagés dans les causes que défend le film. Le réalisateur dit d’ailleurs à propos de ses personnages : «Je tiens à ce que mes personnages, comme les situations, soient dans mes films comme dans la vie : on pleure, on rit, on est triste, on fait des blagues… Peut-être que, en faisant cela, j’enfreins certaines règles, mais je m’inspire de la vie. ». Le lien qui lie Centaure à sa famille est très émouvant, les scènes familiales sont tellement bien jouées qu’elles deviennent intimidantes puisqu’elles donnent l’impression au spectateur de s’immiscer dans l’intimité de personnes réelles.
Centaure est donc une véritable réussite grâce aux thèmes qu’il aborde avec douceur et poésie, aux paysages incroyables qu’il nous fait découvrir mais surtout grâce aux personnages d’une sincérité troublante.

CRITIQUES LIBRES

1er prix : Lindsay Robinot-Jones, Aurore Pradon, Céleste Levingston et Stéphanie Bryden, Lycée Valbonne (académie de Nice) : critique du film "Coeurs purs".

sonica critique belin 2 

 

 

 

 

2ème prix : la classe de Terminale CAP Bijouterie, Lycée PRO Amblard (académie de Grenoble) : critique du film "Carré 35"

baccalauréat critique Boucher

 

3ème prix : Jérémie Bertrand, Lycée Jean Moulin, Montmorillon (académie de Poitiers) : critique du film "Au revoir là-haut"

au revoir moulin