L'éducation à la défense, bilan et perspectivesColloque à l'université de Nice, janvier 2007
Les attentes de la Défense nationale
Extrait de la table ronde sous la présidence du général de corps d'armée Pierre GARRIGOU GRANDCHAMP, commandant de la formation de l'Armée de terre
Intervention de Monsieur le médecin général Raymond WEY, secrétaire général du Conseil supérieur de la réserve militaire
La refonte du protocole Éducation nationale/ Défense nous offre l'opportunité d'aller plus loin dans notre réflexion, notre action et notre organisation afin d'adapter à la réalité d'aujourd'hui l'"éducation à la défense" de notre jeunesse et d'apporter un rapide éclairage sur les éventuelles spécificités liées à la "réserve militaire" dans la problématique qui nous réunit.
Deux colloques de réservistes de l'Éducation nationale, réalisés à Paris dans le cadre de journées nationales du réserviste ont déjà démontré combien ceux-ci sont engagés dans cet enseignement de défense et le parcours citoyen.
- Un enseignement de "défense globale".
Comme celà a déjà été dit, mieux que je ne saurais le faire, cette réalité, que j'évoquais en entrée, est celle du passage effectué en 1996 à une société défendue" face à des menaces de plus en plus diverses dont les plus graves à un moment donné pourraient ne pas être militaires.
La notion de défense a pris désomais tout son caractère global.
L'isoler du contexte général de sûreté serait vain et cantonner l'éducation à la défense à la seule "défense militaire", serait erroné : les crises peuvent conjuguer leurs effets dans des secteurs différents de la vie de la Nation.
Ce rappel induit ma première remarque : il ne suffit plus de se cantonner à la seule connaissance du volet militaire pour aborder l'éducation à la défense.
- La nécessité de former les formateurs.
Ma seconde réflexion, intimement liée à la précédente, entre directement dans mon domaine d'action, celui de la réserve militaire et de son apport potentiel à l'enseignement de défense.
Jusqu'à la période récente, la composante de réserve de nos armées ne risquait pas de souffrir de difficultés de recrutement : trois millions de Français étaient assujettis aux obligations du service de défense et parmi eux, 300.000 recevaient une affectation de mobilisation.
Certes, seuls les cadres, et surtout les officiers, étaient sollicités pour assurer une formation et un entraînement continus.
Cette tendance s'est encore renforcée, dans les années 90, avec le plan réserves 2000 qui ouvrait aux cadres volontaires la possibilité de souscrire un contrat d'activité
Parmi ces cadres, il y avait de très nombreux enseignants.
Tout ceci s'est profondément transformé avec la professionnalisation des armées.
La réserve militaire dans ses deux composantes, opérationnelle ou citoyenne, repose désormais sur le seul volontariat, y compris pour les 44% de militaires du rang que la réserve opérationnelle devra compter en 2012.
Certes, les cadres issus du service national forment encore, en partie, l'ossature de cette réserve opérationnelle mais leur proportion diminue inexorablement (moins 13% en 3 ans), même si c'est toujours sur leur engagement que nous nous appuyons pour initier, motiver et recruter les jeunes volontaires qui doivent maintenant assurer impérativement la relève.
Car, la réserve est devenue aujourd'hui un élément essentiel de notre défense.
Elle est indispensable aux forces auxquelles elle apporte les compléments en effectifs et en capacités qui sont employés au quotidien.
Elle est indispensable à la Nation car elle participe de manière essentielle au maintien du lien entre la société civile et l'armée professionnelle.
Au total, celà signifie que de plus en plus nous recrutons dans toute la société civile des réservistes, sans connaisssance militaire préalable.
Il en est de même dans l'Éducation nationale : demain, plus aucun de nos enseignants n'aura connu l'expérience initiale du service militaire et continue dans les cadres de réserve.
Ils ne sont pas les seuls à se consacrer à cet enseignement, mais ils y contribuent efficacement.
Demain, seuls ceux qui seront restés ou seront devenus réservistes dans le nouveau dispositif qui s'est mis en place, connaîtront encore les armées de l'intérieur, en sauront les impératifs et les contraintes parce qu'ils les vivent dans leur engagement opérationnel comme ils acceptent d'en partager les risques.
Ils le font sur la base d'un principe fondamental, reliant toutes les valeurs déjà évoquées : le volontariat.
Il est le fondement de l'engagement de nos réservistes, opérationnels ou citoyens.
Quelle différence avec le caractère obligatoire antérieur : l'essentiel est dans un engagement libre, réfléchi, renouvelé. Voilà le message à porter vers notre jeunesse !
Et celà attire : nous recrutons chaque année à la hauteur de nos objectifs.
Pour autant, la réserve opérationnelle n'offre plus un nombre de postes suffisant pour irriguer tous les établissements scolaires et universitaires, comme par le passé.
Il y a la réserve citoyenne qui, n'étant pas limitée en volume, peut accueillir les volontaires qui le souhaitent, sous la seule réserve qu'ils soient agréés par une armée ou un service commun.
Les enseignants ont, naturellement, toute leur place dans cette réserve citoyenne où ils reçoivent d'ailleurs une information continue sur les questions de défense. Ils y rejoindront, entre autres, les correspondants défense des municipalités et tous ceux qui s'engagent pour donner de la substance à l'esprit de défense dans notre société.
Celà restera malgré tout insuffisant et nous identifions bien ici l'exigence majeure que nous devons honorer : Nos enseignants n'ayant plus, pour l'essentiel, aucune expérience militaire, il convient d'assurer leur formation aux questions de défense globale, dès leur formation initiale dans les Instituts universitaires de formation des maîtres, mais également tout au long de leur carrière.
Si je peux souligner ici cette nécessité, il ne m'appartient pas de me substituer à vous pour définir coment réaliser cette ardente obligation.
Par contre les armées sont tout à fait prêtes à vous accompagner dans la mise en oeuvre del'enseignement que vous aurez défini et j'aborderai là mon troisième et dernier point.
- Une aide organisée territorialement
Tout peut être envisagé : témoignage de cadres d'active ou de réserve dans les IUFM, implication des auditeurs de l'IHEDN, participation à la conception des supports pédagogiques...
L'essentiel n'est pas dans les modalités pratiques mais dans l'organisation, que nous pouvons mettre en place pour compléter ce qui existe déjà à travers les trinômes académiques.
Il convient d'aller plus loin dans l'indispensable relais entre l'École et la Défense.
Tout ne peut pas se régler depuis la capitale.
C'est pourquoi le protocole qui se met en place, pour la Défense, confie à la chaîne territoriale interarmées les missions de pilotage et d'animation des relations avec les structures académiques.
L'Officier général de Zone de défense est l'interlocuteur des recteurs de sa zone de responsabilité et les délégués militaires départementaux sont ceux des inspecteurs d'académie.
Le DMD du chef-lieu de l'académie, point d'entrée unique pour le responsable désigné par le recteur, sera l'animateur et le coordinateur des actions des différents DMD des autres départements de cette académie.
Bien entendu cette mission supplémentaire confiée aux DMD doit s'accompagner de moyens supplémentaires, en particulier humains.
Aussi, un "référent Éducation nationale"; réserviste militaire de l'Éducation nationale, sera systématiquement mis en place dans les délégations militaires départementales dans le cadre des "carrefours de la défense" que Madame le Ministre m'a demandé, en liaison avec l'Etat-major des armées, de généraliser progressivement à l'ensemble des départements français.
Pour le ministère de l'Éducation nationale, de l'Enseignement supérieur et de la Recherche le responsable du pilotage est bien entendu le recteur.
Il lui appartiendra de désigner, en regard de l'organisation défense, un responsable du pilotage et de la coordination des relations avec la défense.
Il sera le point d'entrée unique au sein du rectorat et animera des relais dans les bassins de formation.
Le même principe de mise en place de relais défense dans les universités et les grandes écoles a été retenu.
Aujourd'hui, moins que des attentes, c'est surtout une hâte, une impatience que j'exprimerais : celle de voir rapidement la mise en oeuvre de cette organisation faite pour faciliter la mise en oeuvre, partout, de l 'enseignement de défense.
Dans ce dispositif, les réservistes de l'Éducation nationale sont totalement mobilisés. Ce sera encore grâce à eux, à leur expertise mise au service de la communauté que la sensibilisation de la jeunesse aux thèmes de la défense sera assurée. Cette sensibilisation, vous le savez, consiste aussi à conduire nos jeunes à dépasser les petites questions personnelles, aller vers les autres, ouvrir des perspectives et donc participer à la cohésion du pays.


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