Synthèse des ateliers 1 à 6

- Perceptions et réactions des équipes en difficulté
- Histoire d'un événement : entre réalité et subjectivité
- Les représentations réciproques de l'école et de la société
- Les relations aux familles et aux partenaires : nécessités, intérêts et résistances
- Les attitudes d'élèves : violence réelle, violence ressentie par l'enseignant
- Identifier les situations d'enseignement et leurs conséquences sur les apprentissages
François Bourguignon inspecteur d'académie-inspecteur pédagogique régional
Trois grands axes peuvent être dégagés des discussions des six ateliers suivants
La perception et le ressenti de la violence dans l'école, dans l'EPLE
Chez les élèves
La violence peut provenir d'un manque d'écoute, d'une incompréhension, voire d'un mépris. Elle peut aussi être ressentie lorsque les règles de sécurité ne sont pas suffisamment connues ou appliquées (grand désir d'ordre intérieur). Les adultes sont alors mis en cause.
Chez les enseignants
La violence, ou plutôt le sentiment de violence, affecte les modalités de leurs missions fondamentales (enseigner). Elle est souvent citée dans les relations avec les familles ou même les partenaires : le sentiment d'injustice ou de culpabilité est renforcé.
Les mesures proposées par l'institution semblent mal adaptées, notamment dans les contextes les plus sensibles. On constate dès lors un doute sur l'engagement réel des autorités hiérarchiques.
Dans les équipes d'encadrement
Elles ont souvent l'impression, et surtout les équipes de direction, de jouer le rôle de " tampon " entre les élèves, les familles, les adultes de l'établissement, sans avoir véritablement les moyens d'influer sur les situations de violence.
Les recours aux autorités de tutelle sont loin d'être toujours suivis d'effet : sentiment de frustration et parfois de désaveu.
Les divers " ressentis " de la violence entraînent des réactions multiples.
Chez certains professeurs, on observe une radicalisation dans les demandes de mesures répressives : sanctions, exclusions, invocation du droit de retrait, grèves…. La " judiciarisation ", vécue comme une protection excessive des élèves fautifs, est dénoncée.
Chez les élèves, le sentiment de violence entraîne et génère des actes de violence ou des comportements d'évitement de la scolarité : absentéisme, chahuts, dégradations des locaux scolaires.
Quelques facteurs explicatifs de ces perceptions de violence
On peut en dénombrer quatre :
- l'incertitude ou le " flou " quant aux finalités de l'École aujourd'hui ;
- l'absence de réponse institutionnelle face à des situations vécues comme intolérables. Celles-ci sont évidemment variables selon les catégories ou les fonctions des personnels ;
- une réelle difficulté à objectiver, liée à des représentations de la violence ou de l'insécurité (exemples : le port de la casquette, le balladeur, le " parler " des jeunes sont donnés parfois comme des signes de violence à l'égard de l'adulte). D'une école ou d'un EPLE à l'autre, les " seuils de tolérance " peuvent être très variables ;
- l'aspect dénoncé comme le plus dangereux est la reproduction des rituels de violence de la " cité " dans l'École, avec ses codes, ses pratiques… Les écoles ou les EPLE se trouvent confrontés à des comportements incontrôlables qui n'entrent pas dans les catégories connues ou applicables des mesures scolaires. L'intrusion de " bandes " est toujours citée comme réellement insupportable.
Les pistes et les interrogations face à ce ressenti de la violence
Plusieurs sont évoquées :
- favoriser un véritable travail en équipe, avec des objectifs et des références connus et partagés et des pratiques intercatégorielles, associant l'ensemble ou les représentants des acteurs adultes de la communauté scolaire. Comment favoriser ce travail en équipe ? Comment formaliser cette pratique ?
- Permettre, et apprendre, aux élèves à s'exprimer. La parole de l'élève est toujours donnée, dans tous les ateliers, comme insuffisamment prise en compte. Mais dans quels lieux ?
- Développer l'apprentissage de la mise à distance, de l'objectivation, de l'analyse. Mais avec quels formateurs ?
- Ne pas renoncer aux partenariats, mais avec des clauses fermes de transparence, d'échanges et de réciprocité : quels types de documents contractuels peut-on élaborer ?
- Mieux utiliser la formation initiale et la formation continue sur ces problématiques. La formation doit être conçue comme un accompagnement. Elle permet le ressourcement. Mais les IUFM sont-ils bien " armés " pour répondre à de telles exigences ? Quelles modalités de stages définir ?
- S'appuyer sur des personnes ressources dans et hors de l'établissement. Les identifier et les faire connaître. Mais ces personnes-ressources s'épuisent. Comment assurer une rotation plus rapide et aussi efficace ?
- Mettre en avant les valeurs partagées dans l'école ou l'établissement, dans un objectif de " réconciliation " (sans compromission). Quel rôle, à cet égard, peut jouer l'institution et ses représentants ?
Actes du séminaire - Prévention de la violence et accompagnement des établissements


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