LA VILLE DE TUNIS

Développement urbain de Tunis et ségrégation socio-spatiale

 

 

On assiste à une progression rapide mais inégale des périphéries selon les secteurs géographiques concernés; ces périphéries peuvent être également différenciées par la qualité de leur tissu urbain, la trame routière plus ou moins dense, la densité des équipements ou de la végétation, tous critères de différenciation qui amènent à décéler des fragmentations, des dissymétries socio / économico /politiques à l’oeuvre dans l’agglomération.

Précisons cela :

Dans le secteur NO, dans le prolongement du quartier du Bardo, centre politique du pays après l’indépendance et quartier des ministères et de l’assemblée nationale, le bâti a progressé de façon relativement anarchique, soit par des occupations et constructions illégales (bidonvilles - constructions précaires) soit par la construction d’habitats collectifs populaires, légales mais bon marché : ce sont les quartiers de Kassar - Saïd, Den -Den, la Manouba, assez pauvres en équipements collectifs (écoles, adduction d’eau etc...).La majeure partie de l'habitat est horizontal, addition de petites maisons à 1 ou 2 étages, à l’aspect peu fini. Les zones les plus proches du centre ont rattrapé leur retard en équipements : desserte par tramway, routes larges, etc....Ce secteur prolonge par bien des aspects l’habitat et le mode traditionnel d’ habitat de la médina .

Le centre (médina et ville coloniale) bouge peu, mais connaît une dégradation importante du bâti du fait de l’absence d’entretien ou des surdensités de population qu’il accueille après l’indépendance : la sous-location est une pratique courante etc... les autorités finissent par réagir soit en entreprenant à grands frais une réhabilitation de la médina (importante pour des raisons à la fois patrimoniales et touristiques) soit en construisant des tours (l’hôtel Africa) pour moderniser l’ancien quartier européen autour de l’avenue Bourguiba et des ponts autoroutiers afin de mieux gérer les flux croissants d’automobiles passant à proximité de l’hypercentre.

Dans le secteur N. et NE.(quartiers du Belvédère, El Menzah, Ariana, de l’aéroport), se sont développés des lotissements pavillonnaires, des petits collectifs de bonne qualité architecturale, de part et d’autre des nouvelles voies autoroutières reliant le centre ville à l’aéroport. Ici habitent les classes moyennes et sont implantées de nombreux équipements universitaires et des organismes de recherche étatiques (CNT, Institut national de la météorologie, INSAT, écoles d’ingénieurs) et la cité olympique. Ces quartiers ont aussi profité du desserrement des activités tertiaires et bancaires qui se trouvaient à l’étroit dans la ville européenne. Ce quartier a donc vu son rôle directionnel et tertiaire de haut niveau se renforcer. La nouvelle cité des berges du lac, construite largement à partir d’investissements du Moyen-Orient, en est le symbole. De nombreux terrains ne sont pas encore construits (spéculation foncière ? futurs projets d’aménagement ?) mais la jonction urbaine avec les zones résidentielles cossues de la bourgeoisie tunisienne à La Marsa, Sidi Bou Saïd et Carthage est partiellement réalisée. Une urbanisation touristique récente se met en place entre La Marsa et Gammarth, en bordure de plage, au N. de la sebkha Ariana.

Longtemps le secteur sud de l’agglomération a souffert de son activité industrielle, ferroviaire et minière (de nombreuses carrières) et portuaire. Il y a actuellement rattrapage dans le secteur de Ben Arous, où se multiplient les lotissements résidentiels ou les occupations illégales de terrain le long des axes routiers, comme en témoigne la comparaison entre l’image Spot de 1987 et celle de 1996. Le front urbain progresse, contourne la lagune de Séjoumi et rejoindra à terme ( ? ?) les extensions urbaines récentes du secteur ouest ?

En conclusion, le territoire urbain de Tunis s’est considérablement dilué dans l’espace, ce qui génère toute une série de problèmes qui ne sont pas propres seulement aux " villes africaines " mais acquièrent dans le contexte tunisien une gravité particulière ( exiguïté des terres agricoles, autosuffisance alimentaire non assurée, aridité et pénurie d’eau à terme, à l’horizon 2002, pauvreté et précarité des couches urbaines populaires potentiellement sensibles aux discours protestataires) .