Lecture sur écran
5. Procès d'Internet et des nouveaux médias
Nicholas Carr : un article célèbre... et un livre
Is Google making us Stupid ?
Un article qui a fait grand bruit partout dans le monde
Is Google making us Stupid ?
What the Internet is doing to our brains
by Nicholas Carr
The Atlantic, juillet-août 2008
Internet rend-il idiot ?
Hubert Guillaud
"Voici la traduction d’un article assez passionnant qui a connu un bel impact dans la sphère anglophone au moment de sa mise en ligne cet été. Son titre choc Is Google Making Us Stupid? est un peu trompeur car il s’agit bien moins de charger l’emblématique Google que de s’interroger sur les transformations profondes induites par internet et les nouvelles technologies, transformations qui peuvent aller jusqu’à modifier nos perceptions, nos modes de pensée, voire même notre cerveau... Nicholas Carr, partant du constat qu’il n’a plus la même patience que par le passé vis-à-vis de la lecture "calme et profonde", revisite quelques dates marquantes de l’Histoire (le passage de l’oral à l’écrit, l’apparition de l’imprimerie, de la machine à écrire, du taylorisme…) pour nous inviter à une réflexion autour de l’influence des technologies et leurs systèmes sur rien moins que notre manière de penser et de percevoir le monde. "
Nicholas Carr
"Ces dernières années, j’ai eu la désagréable impression que quelqu’un, ou quelque chose, bricolait mon cerveau, en reconnectait les circuits neuronaux, reprogrammait ma mémoire. Mon esprit ne disparaît pas, je n’irai pas jusque là, mais il est en train de changer. Je ne pense plus de la même façon qu’avant. C’est quand je lis que ça devient le plus flagrant. [...] La lecture profonde, qui était auparavant naturelle, est devenue une lutte. [...]
une étude publiée récemment [pdf, 135 p.] sur les habitudes de recherches en ligne, conduite par des spécialistes de l’université de Londres, suggère que nous assistons peut-être à de profonds changements de notre façon de lire et de penser. Dans le cadre de ce programme de recherche de cinq ans, ils ont examiné des traces informatiques renseignant sur le comportement des visiteurs de deux sites populaires de recherche, l’un exploité par la bibliothèque britannique et l’autre par un consortium éducatif anglais, qui fournissent un accès à des articles de journaux, des livres électroniques et d’autres sources d’informations écrites. Ils ont découvert que les personnes utilisant ces sites présentaient “une forme d’activité d’écrémage”, sautant d’une source à une autre et revenant rarement à une source qu’ils avaient déjà visitée. En règle générale, ils ne lisent pas plus d’une ou deux pages d’un article ou d’un livre avant de “bondir” vers un autre site. Parfois, ils sauvegardent un article long, mais il n’y a aucune preuve qu’ils y reviendront jamais et le liront réellement. [...]
Wolf s’inquiète que le style de lecture promu par le Net, un style qui place “l’efficacité” et “l’immédiateté” au-dessus de tout, puisse fragiliser notre capacité pour le style de lecture profonde qui a émergé avec une technologie plus ancienne, l’imprimerie, qui a permis de rendre banals les ouvrages longs et complexes. Lorsque nous lisons en ligne, dit-elle, nous avons tendance à devenir de “simples décodeurs de l’information”. Notre capacité à interpréter le texte, à réaliser les riches connexions mentales qui se produisent lorsque nous lisons profondément et sans distraction, reste largement inutilisée. [...]
Quand le Net absorbe un médium, ce médium est recréé à l’image du Net. Il injecte dans le contenu du médium des liens hypertextes, des pubs clignotantes et autres bidules numériques, et il entoure ce contenu avec le contenu de tous les autres média qu’il a absorbés. Un nouveau message e-mail, par exemple, peut annoncer son arrivée pendant que nous jetons un coup d’œil aux derniers titres sur le site d’un journal. Résultat : notre attention est dispersée et notre concentration devient diffuse. [...]
Selon la vision de Google, l’information est un produit comme un autre, une ressource utilitaire qui peut être exploitée et traitée avec une efficacité industrielle. Plus le nombre de morceaux d’information auxquels nous pouvons “accéder” est important, plus rapidement nous pouvons en extraire l’essence, et plus nous sommes productifs en tant que penseurs."
Egalement sur Framablog
Framablog, 0712/2008
Un livre : The Shallows
Présentation du livre de Nicolas Carr
The Shallows : What the Internet Is Doing to Our Brains
Ce livre a été traduit en français sous le titre Internet rend-il bête ? Édité chez Robert Laffont.
Critique de la lecture numérique. The Shallows de Nicholas Carr
« À partir de l'analyse du livre de Nicholas Carr, The shallows, l'auteur s'interroge sur l'évolution des pratiques de lecture induites par le numérique. Celles-ci se caractérisent par une surcharge cognitive qui ne favorise pas la lecture-réflexion, construction historique et culturelle systématisée au XIIe siècle. Cette question capitale ne concerne pas seulement les « natifs du numérique », mais participe de la vie intellectuelle de tous. Cependant, il ne faut pas limiter l'analyse de la lecture sur internet à l'analyse des outils actuellement disponibles, et on peut imaginer une combinaison heureuse entre la lecture classique du livre imprimé comme lecture de référence et la lecture numérique. »
BBF 2011 - t. 56, n° 5
Je lis sur le Web donc je pense autrement
Pr Michael Agger - Traduit par Peggy Sastre
« Pour comprendre comment Internet nous transforme, Nicholas Carr est un excellent guide. L'Internet, observe-t-il, "se comprend mieux en tant que dernier maillon d'une longue série d'outils ayant contribué à façonner l'esprit humain". Il est comparable à d'autres "technologies intellectuelles" qui ont façonné nos activités et notre culture.
Google et Platon
Les inquiétudes que nous avons sur l'Internet, les anciens Grecs les avaient sur cette nouvelle technologie qu'était l'écriture... Platon démontre comment la nouvelle technologie de l'écriture est supérieure parce qu'elle permet une transmission ordonnée et logique du savoir...
Comme un saumon à l'agonie
Carr en vient à l'ère d'Internet armé des dernières innovations en matière de science du cerveau... "Quand nous surfons", écrit Carr, "nous entrons dans un environnement qui pousse à la lecture en diagonale, à une pensée pressée et distraite, et à un apprentissage superficiel".
Mots-croisés
"Essayez de lire un livre tout en faisant des mots-croisés; voici l'environnement intellectuel d'Internet"...
En donc quoi, nous sommes un peu plus distraits? Peut-être que l'Internet nous aide à développer de nouveaux esprits, qui peuvent traiter et évaluer l'information en des bouffées d'attention plus brèves et directes... Ce n'est pas que nous n'apprenons rien quand nous surfons sur nos sites et nos flux d'actualité, c'est que nous ne sommes plus capables de faire les connexions minutieuses que nous faisions avant. Nous pataugeons dans des eaux peu profondes.
Consommation distraite
Le problème ne vient pas forcément d'une information en ligne qui serait d'une qualité moindre que celle des livres ou des conversations. Le problème, c'est que nous la consommons dans un état de distraction...
Fin d'un règne
Carr reconnaît tout au long de The Shallows qu'il n'est ni possible ni souhaitable de faire reculer une technologie. Comme tout le monde, il adore les flux RSS. Mais parce que Carr est quelqu'un qui a grandi dans une configuration mentale linéaire et écrite, il essaye de capter les qualités de nos "anciens cerveaux" avant qu'ils ne deviennent une rareté. »
Des dossiers qui ont suivi
Internet Actu - Le papier contre l'électronique
Hubert Guillaud
Introduction
Nicolas Carr : “Est-ce que Google nous rend idiot ?”
traduction française de l'article de Nicholas Carr Is Google Making Us Stupid ?
1ère partie
Nouveau support, nouvelle culture
"Lit-on de la même manière sur un support de papier et sur un support électronique ? Le débat commence à être ancien : on pourrait le faire remonter aux critiques de Socrate à l’encontre de l’écriture à une époque où la transmission du savoir se faisait uniquement de manière orale. Elle se pose également en terme de conflit depuis la naissance de l’hypertexte, comme l’évoquait Christian Vandendorpe dans Du Papyrus à l’hypertexte. Un peu comme si deux mondes s’affrontaient : les anciens et les modernes. Ceux pour qui le papier est un support indépassable et ceux pour qui le changement, la bascule de nos connaissances vers l’électronique, à terme, est inévitable.
Pas sûr que ce dossier parvienne à réconcilier les tenants de chacune des positions, qui, malgré de nombreuses nuances, semblent profondément séparer les raisonnements. A tout le moins, espérons que ce dossier permettra de résoudre quelques questions: La lecture sur nos ordinateurs a-t-elle les mêmes qualités que nos lectures sur papier ? Notre attention, notre concentration, notre mémorisation sont-elles transformées par le changement de support ? Sommes-nous aussi attentifs quand nous lisons sur écran que quand nous lisions sur du papier ? Les contenus s’adaptant au support, est-ce que le média, par ses caractéristiques propres, altère notre rapport à la connaissance ?"
2e partie
Le papier contre l'électronique : lequel nous rend plus intelligent ?
"... il est temps de nous mettre à comprendre l’impact des différences de support. Et notamment de nous demander vraiment si l’un des deux supports est capable de nous rendre plus intelligents."
Le calme est bon pour l'esprit...
L'idiotie de nos sociétés n'est pasla faute de la technologie...
Le web : plus stimulant que le papier !
3e partie
Vers de nouvelles manières de lire
"Comme le résume bien le philosophe Larry Sanger - en réponse à l’inquiétude de Nicolas Carr se plaignant d’être devenu incapable de lire des documents longs à force de parcourir des formes courtes sur le web -, si nous ne sommes plus capables de lire des livres, ce n’est pas à cause d’un déterminisme technologique, mais uniquement à cause d’un manque de volonté personnelle. La question est alors de savoir : le média a-t-il un impact sur notre capacité de concentration ?"
4e partie
Qu’est-ce que lire ?
"Dans cette bataille d’arguments sur les vertus de la lecture selon les supports, un excellent papier du New York Times essaye dépassionner le débat en se référant aux derniers travaux des chercheurs sur le sujet. Pour son auteur, Motoko Rich, tout l’enjeu consiste au fond à redéfinir ce que signifie lire à l’ère du numérique."
Books - Internet rend-il encore plus bête ?
Books, n° 7 - Juillet-Août 2009
Numéro spécial coordonné par Olivier Postel-Vinay.
Ce numéro de Books, consacré à la mutation culturelle induite par Internet et les technologies qui l’entourent, regroupe les points de vue les plus contraires. "Au-delà de la question désormais classique : "Le Net nous rend-il bête ?", le vrai débat porte bien entendu sur le point de savoir si la culture du Net est en passe de balayer la vieille culture humaniste, fondée sur le respect de la profondeur, sur la préférence pour la réflexion solitaire, au profit d’une culture privilégiant la vitesse et le fragmentaire, mais aussi la réflexion collective. En filigrane, mais de manière obsessionnelle, c’est aussi la question de l’avenir du livre et de la lecture qui est posée…".
Socrate 2.0
Du cerveau analogique au cerveau numérique
"Fin connaisseur de l’histoire du livre et de l’édition, le sociologue espagnol Joaquín Rodríguez dresse dans son dernier ouvrage un parallèle entre l’inquiétude du philosophe grec et celles d’un père confronté à l’obsession de son fils pour le monde du Web et du tchat."
Books en présente un extrait.
"Mais, tels des Socrate dans le cyberespace, nous n’avons pas le recul suffisant pour comprendre parfaitement l’évolution en cours. Le grand philosophe n’a su ou pu comprendre la supériorité de l’écrit sur l’oral ni, moins encore, anticiper les considérables changements cognitifs que l’invention de l’alphabet grec allait apporter ; nous n’avons que des questions qui expriment nos soupçons et nos spéculations. Il est plus que possible, par exemple, que nos cerveaux soient en train de connaître très exactement une transformation aussi considérable que celle qu’ils ont connue dans l’Antiquité ; nos pauvres cerveaux analogiques sont peut-être en train de se convertir en cerveaux numériques, bien qu’aucun neurolinguiste ne s’aventure à nous dire ce que nous gagnons et perdons au change. Pis encore, nous savons que nos cerveaux sont des organes dont la configuration actuelle tient notamment à ce qu’ils apprirent à se transformer, en l’absence de détermination génétique, pour être capables de lire. Nos capacités cognitives actuelles les plus fines – la prévision, la planification, la déduction, l’abstraction, la pondération et la formation du jugement – sont donc nées dans une large mesure du développement historique de cerveaux lecteurs, et de l’accumulation de procédés et de traditions liés à la pratique de la lecture (la concentration, la méditation, le développement d’une argumentation)..."
Mais pourquoi donc lisent-ils moins ?
"Après la faute à la télévision, la faute à Internet ? Attention ! Les apparences sont trompeuses !
L’étude dont les résultats sont ici présentés a été réalisée par Opinion Way en mai 2009, par Internet, auprès d’un échantillon de 1 020 personnes, représentatif de la population française. Elle ne concerne pas les moins de 18 ans. La marge d’incertitude est de 2 à 3 points. Ce sondage confirme une tendance générale de la population à lire moins de livres. Cependant, les Français qui lisent, y compris les jeunes adultes, disent lire plus de romans et de livres d’idées qu’il y a cinq ans. Ce sont les jeunes adultes qui sont les plus enclins à déclarer lire de moins en moins de livres. Mais c’est aussi dans cette population, y compris chez les gros consommateurs d’Internet, que l’on trouve la plus forte proportion de personnes déclarant lire plus qu’il y a cinq ans."
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booksmag.fr
Débat Télérama - Internet rend-il bête ?
Débat : Internet rend-il bête ?
Sophie Lherm
"Comment notre cerveau s'adapte-t-il au Net ? Certains craignent l'avènement d'une pensée zapping et la mort de la lecture “à l'ancienne”. Un scénario que d'autres estiment alarmiste. Entre les mails, les alertes, le relevé de nos fils RSS…, nous sommes bel et bien entrés dans l'ère de la distraction perpétuelle..."
Internet : sérendipité ou effets pervers ?
Et vous, euh… pensez-vous que le Web rende bête ?
"Face aux défenseurs de la "Serendipity"— un néologisme désignant les « découvertes inattendues », expérience heureuse que vous avez sûrement éprouvée en surfant un minimum sur la Toile —, un grand vent de scepticisme se lève. Soufflé par Finkielkraut ? Des technophobes enragés ? Que nenni : ce sont bien des geeks qui défendent l’idée qu’Internet rend…"
Et des émissions radio
France Info
Emission du 24 juin 2009 - A propos de Books "Internet rend-il encore plus bête ?"
Internet rend-il encore plus bête ? avec Books
Infonet - 24 juin 2009 (3'05")
Internet rend-il encore plus bête ? C’est la une du magazine Books. Pour répondre à cette épineuse question, le magazine a réalisé plusieurs vidéos mises en ligne sur internet et qui plante le décor.
France-info, 26/06/2009
France Culture
Emission du 2 juillet 2009 - A propos de Books "Internet rend-il encore plus bête ?"
Google nous rend-il "Stoopide" ?
Du grain à moudre - jeudi 2 juillet 2009
Avec :
Versac. Consultant en stratégies Internet (Bloggeur)
Olivier Postel-Vinay. Rédacteur en chef de Books
Hubert Guillaud par téléphone
Rédacteur en chef de InternetActu.net
Bernard Stiegler. Philosophe
Président du l'association Ars Industrialis
Directeur du centre Recherche et Innovation du Centre Georges Pompidou
