L'enlèvement ou la violence en mouvement
Premier exemple : L'enlèvement d'Orithyie par Borée
Sebastiano Conca, Borée enlevant Orithyie
Huile sur toile, 77,4 cm x 108 cm
© Louvre.edu - 2000, Photo Béatrice OravecLa légende
Orithyie est la fille du roi légendaire athénien Erechthée.
Borée (vent du Nord) est fils d'Eos (l'Aurore) et d'Astraeos. Ses frères sont :
- Zéphyr (vent d'ouest violent et pluvieux),
- Notos (vent du sud qui amène la pluie).Tous les trois sont de la race des Titans, symbole de la personnification des forces élémentaires de la nature.
Orithyie est emportée de force par Borée alors qu'elle jouait avec ses compagnes au bord de l' Ilissos. Elle est emmenée en Thrace par son ravisseur. Elle lui donnera des jumeaux :
- Calaïs (celui qui souffle doucement),
- Zétès (celui qui souffle fort).
Tous deux prendront part à l'expédition des Argonautes et lors de l'escale chez le roi Phynée, ils poursuivront les Harpyes qui persécutaient le roi aveugle.Localisation du lieu de l'enlèvement
Platon dans le dialogue Phèdre fait converser Socrate et son disciple Phèdre. Ils sont à la recherche d'un lieu propice pour la discussion et marchent pieds nus, le long de l'Ilissos, petit cours d'eau aujourd'hui asséché, des environs d'Athènes. Ils arrivent près d'un grand platane :
Dis-moi, Socrate : n'est-ce pas, en vérité, de cet endroit de l'Ilissos que Borée, dit-on, a enlevé Orithyie ? On le dit, en effet. C'est donc de cet endroit ? Assurément, l'eau y paraît agréable, pure, transparente et propre, sur ses bords, aux jeux de jeunes filles. La littérature source d'inspiration de la peinture
Les Métamorphoses d'Ovide (livreVI) v.703 à707 : Enlèvement d'Orithye par Borée
Excussit pennas, quarum iactatibus omnis
Afflata est tellus latumque perhorruit aequor ;
Pulvereamque trahens per summa cacumina pallam
Verrit humum pavidamque metu caligine tectus
Orithyiam amans fulvis amplectitus alis.
(Borée) secoue ses ailes, de leurs battements se répand un souffle sur toute la terre et la vaste étendue de la mer frissonne ; traînant sur les cimes des montagnes son manteau poussiéreux, il balaie le sol et dans sa passion, caché par un nuage, il enserre dans ses ailes fauves Orithyie tremblante de peur. Regards sur le tableau : L'enlèvement d'Orithyie par Borée
Utilisation de l'espace
- Ligne de force oblique selon la diagonale du tableau qui regroupe les personnages en mouvement.
- Deuxième plan à dominante verticale (colonnes, statue, arbres) et statique.Jeu contrasté des couleurs
- Éclat ou blancheur livide des chairs
- Teintes éclatantes des drapés (bleu dur ou rouge) opposées à l'obscurité du végétal.
- Couleur bleue de l'Ilissos.Effet de dramatisation renforcé par l'utilisation du mouvement arrêté
Exagération des gestes :
- mains tendues d'Orithyie pour appeler à l'aide, gestes d'impuissance de ses compagnes,
- geste possessif de Borée, puissance de l'envol du ravisseur, rendue par le déploiement et l'envergure de ses ailes.Conclusion
Dans un décor antiquisant (colonne, statue), les personnages sur les côtés assistent, médusés à la scène et subissent la violence du rapt. Borée, le Titan, est représenté dans sa force divine et aveugle. Vieillard aux passions instinctives et élémentaires, il emporte sa jeune proie innocente et effarée.