Pan et Syrinx

Michel Dorigny, Pan et Syrinx, 1657
huile sur toile 98 cm x 131 cm   [Louvre.edu] - 2000     Photo Érich Lessing 

La légende

Syrinx est une hamadryade (nymphe des bois qui vit à l'intérieur d'un arbre et meurt avec lui) arcadienne. Pan en tomba amoureux et la poursuivit de ses ardeurs. Au moment où il allait l'attraper, elle se métamorphosa en roseau, sur les rives du fleuve Ladon. Le vent, de son souffle fit chanter les roseaux. Pan, coupant les roseaux de longueur inégale et les attachant ensemble avec de la cire, créa un instrument de musique auquel il donna le nom de syrinx, en souvenir de cet amour déçu.

La littérature , source d'inspiration de la peinture

* Les Métamorphoses d'Ovide Livre I, vers 698

Redeuntem colle Lycaeo
Pan videt hanc pinuque caput praecinctus acuta...
Syrinx rentrait de la colline du lycée, quand Pan, la tête couronnée de pin aux aiguilles piquantes, l'aperçoit...
(...) precibus spretis fugisse per avia nympham,
Donec harenosi placidum Ladonis ad amnem
Venerit ; hic illam cursum impedientibus undis,
Ut se mutarent, liquidas orasse sorores ;
Panaque, cum prensam sibi iam Syringa putaret
Corpore pro nymphae calamos tenuisse palustres ;
Dumque ibi suspirat, motos in harundine ventos
Effecisse sonum tenuem similemque querenti ;
Arte nova vocisque deum dulcedine captum :
" Hoc mihi colloquium tecum dixisse manebit " ;
Atque ita disparibus calamis compagine cerae
Inter se iunctis nomen tenuisse puellae.
Sourde aux prières de Pan, la nymphe fuit à travers champs, jusqu'à ce qu'elle arrivât aux eaux paisibles du Ladon sablonneux ; là, arrêtée par les eaux dans sa course, elle avait supplié ses sœurs des ondes de la métamorphoser ; et au moment où Pan croyait déjà capturer Syrinx, à la place du corps de la nymphe, il n'avait saisi que des roseaux de marais. Tandis que sur place, il faisait résonner ses soupirs, l'air mu dans les roseaux avait émis un son léger, pareil à une plainte ; le dieu séduit par ce procédé et par l'harmonie des sons s'était écrié : " Voilà le moyen de converser éternellement avec toi ". Et joignant ainsi avec de la cire les roseaux d'inégale longueur, il avait gardé le nom de la jeune fille.

Regards sur le tableau : Pan et Syrinx

Le tableau illustre la fuite de Syrinx face aux ardeurs manifestées par Pan.

Pan est à droite, reconnaissable à son apparence hybride : mi-homme, mi-bouc. Il porte sur le front deux petites cornes, arbore une petite barbiche et tient à la main gauche, un bâton de berger. Il est représenté dans toute sa puissance (forte musculature du torse et des bras), son regard trahit une avide sensualité.

Au centre et dans la diagonale du tableau : Syrinx. C'est le personnage central de la scène : tous les regards des personnages convergent vers la nymphe. Elle est représentée dans le mouvement de la course. La jambe gauche, rejetée en arrière, Syrinx prend appui sur l'extrémité du pied droit. Ses bras sont largement déployés dans un geste d 'invocation à ses sœurs, les nymphes des eaux ou le dieu du fleuve (reconnaissable à la jarre pleine d'eau près de lui qui est renversée).

Le paysage fait de verdure aux couleurs sombres met en valeur l'éclat des chairs. La lumière ruisselle sur les épaules et les bras de Syrinx : le drame est imminent et en plusieurs points du paysage sont visibles les roseaux, éléments naturels en terrain humide, mais qui sont ici les signes annonciateurs de la métamorphose de la nymphe.

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