Le sacrifice d'Iphigénie

Bertholet Flemalle (1641-1675), Le sacrifice d'Iphigénie
huile sur toile 160 cm x 163 cm Louvre.edu - 2000, Photo RMN

La légende

Iphigénie est l'une des filles d'Agamemnon et de Clytemnestre. Le roi Agamemnon ayant encouru la colère d'Artémis, la flotte des Grecs, faute de vent, reste bloquée à Aulis. Interrogé, le devin Calchas répond que la colère de la déesse ne peut être apaisée que si le roi lui sacrifie sa fille Iphigénie. Accablé, Agamemnon s'oppose au sacrifice puis, poussé par Ménélas et par Ulysse, il accepte. Il convoque sa fille à Aulis, sous le prétexte fallacieux de la fiancer avec Achille. La jeune fille, en confiance s'approche de l'autel. Le sacrifice va être consommé, lorsque la déesse, soudain prise de pitié pour la jeune fille lui substitue une biche comme victime. Elle l'emmène en Tauride où elle deviendra une de ses prêtresses.

La littérature, source d'inspiration de la peinture

* Les Métamorphoses d'Ovide : livre XII , vers 25...

Sunt qui parcere Troiae
Neptunum credant, quia moenia fecerat urbi.
At non Thestorides ; nec enim nescitve tacetve
Sanguine virgines placandam virginis iram
Esse deae. Postquam pietatem publica causa
Rexque patrem vicit castumque datura cruorem
Flentibus ante aram stetit Iphigenia ministris
Victa dea est nubemque oculis objecit et inter
Officium turbamque sacri vocesque precantum
Supposita fertur mutasse Mycenida cerva.
Il y en a qui croient que Neptune épargne Troie, parce qu'il a construit les murs de la ville. Mais ce n'est pas l'opinion du fils de Thestor ; il sait et révèle que le sang d'une vierge est nécessaire pour calmer la colère de la déesse vierge. Une fois que la raison d'état a triomphé de l'affection paternelle, que le roi a vaincu le père et qu'Iphigénie prête à donner son sang pur se tient devant l'autel, devant les prêtres en pleurs, la déesse, elle aussi est vaincue ; elle jette devant les yeux de tous une nuée et au milieu de la cérémonie, dans l'agitation bruyante du sacrifice, dans le concert des prières, elle change - à ce qu'on rapporte - la jeune vierge de Mycènes par une biche.

Regards sur le tableau : Le sacrifice d'Iphigénie

Le tableau met en scène le sacrifice d'Iphigénie. Tout concourt à une tonalité dramatique : l'autel sur lequel va être immolée la victime, le glaive du soldat sur le sol, l'équipement des soldats ou chefs militaires, la victime, déchaussée (ses sandales son placées devant l'autel), le prêtre embrassant l'autel dans un geste de dévotion : tous ont les yeux baissés ou se cachent la face, devant l'horreur de la scène à venir. Iphigénie, dans une pose abandonnée, est résignée au destin qui l'appelle.

Mais un élément du tableau éclaire la scène : une blanche nuée au milieu de laquelle se trouve la blanche Artémis, allongée sur un croissant de lune : ses bras sont déployés en un geste protecteur. Sa main droite s'appuie sur le dos d'une biche. La déesse a tranché : elle épargnera Iphigénie. L'animal qui va remplacer la jeune fille est prêt. Seuls les témoins de la scène et la victime l'ignorent encore. Le peintre, en introduisant l'idée de la mansuétude de la déesse, établit une complicité culturelle entre lui-même et le spectateur du tableau.

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