Migration des tortues luth

I. Le suivi d'une tortue Luth

Le 3 Septembre 1999, une tortue luth nommée Sherman, a été équipée d'une balise argos, qui permettra son suivi. Mais comme la balise n'émet pas sous l'eau, les seules données acquises le seront pendant son émersion.

Source : http://www.cwf-fcf.org/pages/sherman_phot.htm  
   
Sherman a été relâché le 03.09.1999 près de Terre Neuve. Jusqu'au 13.10.1999, il est parti vers le Nord, en faisant des boucles, sans doute pour chercher de la nourriture. Puis, du 13.10.1999 au 26.10.1999, il est parti vers le sud, sûrement pour migrer. Quelques jours plus tard, le contact avec Sherman est perdu.
   
D'après : http://www.cwf-fcf.org/pages/sherman_map-detail.htm    

 

En 1999, dans les eaux au large de l'île du Cap-Breton, en Nouvelle-Écosse, Sherman, une tortue luth mâle, a été la première a avoir été équipée, d'un balise émettrice en mer. Le dispositif fixé aux tortues émet des signaux qui indiquent aux chercheurs où elles se trouvent. Au bout d'un certain temps, les émetteurs se décrochent d'eux mêmes à cause de l'usure du harnais. Grâce aux renseignements que transmettent ces émetteurs, on pourra peut être répondre aux nombreuses questions que l'on se pose encore au sujet de ces tortues.

A partir du suivi de ces tortues, on espére découvrir non seulement leurs corridors de migration, mais également les habitats qu'elles utilisent, ce dont elles ont besoin pour survivre et les lieux et les moments où elles peuvent avoir des problèmes.

d'après http://www.espacepourlesespeces.ca/poursuite_espece/tortue_luth/a_propos/index.htm

"La tortue luth de l'Atlantique migre sûrement depuis la mer des Antilles en suivant les eaux tempérées du Gulf Stream et rencontrent le courant glacé du Labrador au large de la côte Est du Canada. Pour savoir où les tortues vont ensuite, nous nous servons de la télémétrie par satellite. Nous pensons qu'elles peuvent traverser l'Atlantique Nord puis descendre la côte Ouest de l'Europe et de l'Afrique, traversant de nouveau l'Atlantique pour enfin revenir dans leur aire de reproduction : les Antilles. Si c'est le cas, elles parcourent à peu près 15000 kilomètres en une seule migration. Cette tortue a des capacités stupéfiantes pour maintenir une température corporelle plus élevée que celle de l'océan , ce qui lui permet de migrer dans les eaux froides du Nord et de plonger à plus de 1 000 mètres à la recherche de méduses, son aliment préféré. "

   

II. Contexte de l'étude par suivi satellite à partir de la Guyane française

Source : Delphine Picamelot et Sandra Ferraroli

   

La Tortue Luth est l'objet d'une protection au niveau mondial (inscrite sur la liste rouge des espèces en danger de l'UICN), suite à une exploitation massive durant les derniers siècles, principalement pour ses œufs et l'huile que l'on tirait de sa graisse. Elle est menacée par les filets de pêche, la pollution, l'urbanisation des plages, les massacre d'adultes et le prélèvement œufs .
On estime que la population mondiale de tortues luths est passée de 115000 individus en 1980 à moins de 30000 femelles en 1996. En Guyane, où se regroupe la plus importante population mondiale de tortues luths, un comptage sur les plages a montré que le nombre de pontes est passé de 50000 en 1992 à moins de 10000 en 2000. Le recoupement des zones de pêche actuellement connues avec les routes migratoires des tortues luths pourrait permettre, à terme de participer à la conservation de cette espèce.
Le CEPE-CNRS a entrepris une collaboration internationale pour suivre les trajets de plusieurs femelles venues pondre sur la plage de Yalimapo, en Guyane française, au moyen d'émetteurs pouvant être localisés à très longue distance (balise Argos).

III. Matériel et méthodes

 
 

Seules quelques tortues ont été munies d'une balise compte tenu du prix élevé de celle-ci. Le suivi de ces tortues a été effectué en 1999 et en 2000 sous la responsabilité de Sandra Ferraroli du CEPE.

Les balises Argos utilisées dans cette étude mesurent 180x55x40 mm, et leur fonctionnement dépend d'un système électronique qui émet un signal radio, à un intervalle de temps programmé à l'avance, grâce à une pile intégrée qui fournit l'énergie nécessaire . Plusieurs satellites en orbite autour de la terre captent ces signaux, et parviennent à localiser la balise quelle que soit sa position à la surface de la terre. Les satellites renvoient alors ces informations à un site relais situé à Toulouse, qui traduit les résultats en coordonnées intelligibles.

La durée du suivi d'une tortue est prévue pendant 14 mois, c'est à dire qu'elle doit permettre de suivre les tortues pendant une longue période de leur trajet migratoire après reproduction. Un harnais spécialement conçu par Scott Eckert pour ces tortues permet d'attacher la balise pendant la phase de ponte, durant laquelle la tortue est immobile sur le sable. Conçues pour réduire au maximum la perturbation de l'animal, ne gênant pas la nage,et étant légères, ces balises ne présentent aucun danger particulier pour les tortues. Pour des raisons de sécurité , les harnais sont conçus pour rompre en cas de forte tension, et tomber d'eux-mêmes au bout de quelques mois par l'oxydation de la fixation du harnais.

 
Source de la photo: http://www.exeter.ac.uk/telematics/EuroTurtle/leather.htm
 
Un exemple de suivi : "Les scientifiques perdent Helen de vue"

"Une tortue luth nommée Helen a été la première femelle de l'espèce à laquelle on a fixé un émetteur spatial en mer, le 8 août 2000, dans les eaux côtières de l'Île-du-Cap-Breton, en Nouvelle-Écosse. Nous avons suivi la migration d'Helen dans l'océan Atlantique jusqu'au début de décembre 2000. Durant cette période, Helen a voyagé de l'Ile-du-Cap-Breton vers les eaux au large de Terre-Neuve, puis nous l'avons suivi jusque dans les eaux au sud de la latitude de Cuba. Nous avons reçu les dernières données indiquant la position d'Helen le 8 décembre 2000. Depuis, l'émetteur spatial n'a plus transmis de signaux. "

http://www.espacepourlesespeces.ca/defi_aujourdhui/nouvelles_eclair/histoires/Helen.htm

IV. Analyse de résultats obtenus par S.Ferraroli

Source : Sandra Ferraroli
Deux tortues, suivies en 2000 après la période de ponte, ont quitté les plages de Guyane, après leur période de reproduction en direction du nord. La première a semblé prendre un cap vers l'ouest, mais sa balise a cessé d'émettre un mois après son départ. On ne sait pas ce qu'elle est devenue. La deuxième a, quant à elle, continué vers le nord tout en restant à bonne distance des côtes américaines. Puis elle a bifurqué vers l'est en direction de l'Europe, avant de tourner à nouveau vers le sud. Elle s'est ainsi trouvée dans les eaux de l'archipel des Açores en décembre 2000 . En février 2001, sa balise émettait toujours et son trajet va pouvoir peut-être être suivi encore quelques semaines, jusqu'à rupture du harnais.

Le mouvement circulaire pourrait être lié à une attraction par des courants marins qui créent des zones riches en développement planctonique, permettant l'existence d'une chaîne alimentaire importante. Il manque cependant une cartographie des zones fréquentées préférentiellement par les méduses qui servent de nourriture de base pour les tortues luth, pour pouvoir en avoir la certitude.

Les tortues traversent des zones de pêche industrielle, au large des côtes d'Amérique du sud ou des Etats-Unis notamment, et sont soumises à de nombreux risques d'accident. La future comparaison des zones de migrations des tortues avec des cartes précises, des reliefs sous-marins, des courants marins, des zones de concentration de méduses, des zones de pêche industrielle ou des champs magnétiques permettra sans doute de mieux comprendre comment et pourquoi elles font de si lointains voyages.