La vie de la Cigogne blanche

La Cigogne blanche est l'oiseau symbole de l'Alsace depuis des décennies pourtant sa biologie est longtemps restée inconnue. Si tous les touristes et tous les enfants savent que dans les légendes elle apporte les bébés et que ses claquettements annoncent le retour prochain du printemps, seule une minorité se demandent pourquoi elles sont encore si nombreuses à Noël en Alsace, alors qu'elles sont sensées hiverner en Afrique à l'abri des conditions climatiques difficiles de nos régions.

I. Présentation de l'espèce

La cigogne blanche pèse parfois jusqu'à 4 kg et peut mesurer 1,20m de hauteur. C'est un très bon planeur, grâce à l'envergure impressionnante de ses ailes, atteignant souvent plus de deux mètres.
  Photo D.Picamelot
 

 

Comme tous les échassiers de sa famille, la cigogne possède de très longues pattes dépourvues de plumes, qui lui permettent de chasser dans les zones humides. Elles sont rouge-orangé, comme son bec qui peut atteindre jusqu'à 19 cm de long. Ses yeux foncés sont bordés d'une coloration noire qui s'étire au coin externe de l'œil comme un maquillage. On peut différencier un mâle d'une femelle grâce à la taille et le bec plus large du mâle.

Le plumage des cigognes blanches.
Le plumage de la Cigogne blanche est uniformément blanc, seules certaines plumes des ailes, les rémiges et les grandes couvertures, sont noires. Lorsque la cigogne replie ses ailes ces dernières recouvrent totalement les plumes blanches de la queue (rectrices), donnant ainsi l'impression d'une queue noire. Les plumes noires sont particulièrement solides, et elles assurent donc une bonne résistance des ailes dans les courants d'air. La mue est très progressive. Elle est étalée sur plusieurs mois en fin de saison de reproduction mais n'empêche pas les cigognes de voler.
La longévité des cigognes peut dépasser 30 ans en captivité, mais rares sont les individus vivant plus de 20 ans dans le milieu naturel

Un couple de cigognes. On remarque le diphormisme sexuel que l'on a défini auparavant.   Photo D.Picamelot

II. Comment les cigognes communiquent

  Les cigognes communiquent entre elles par claquettements. Elles en entrechoquent leurs deux mandibules à intervalles réguliers. Une peau orange et noire placée sous la gorge sert de caisse de résonance.
     
Ces sons, associés à des postures particulières, permettent aux oiseaux de communiquer dans différentes situations, comme la défense de leur nid, l'appel de leur partenaire et la reconnaissance
   
 

 

III. Quel est le régime alimentaire alimentaire de la cigogne blanche ?

  La Cigogne blanche est exclusivement carnivore.

En Europe, elle chasse seule ou en groupe les petits rongeurs comme les mulots ou les campagnols, dans les près humides ou les champs. Elle se nourrit aussi de taupes, de musaraignes, de vers de terre et de quelques poissons, têtards ou grenouilles ; mais contrairement à la légende, ces batraciens ne composent pas l'essentiel de son repas. Elle complète son régime avec des insectes, quelques escargots et des vers de terre. La cigogne blanche peut ingurgiter entre 250 et 400g de proies par jour selon la saison. Les proies sont tuées, puis avalées entières. Le gésier broie les aliments et prédigère ce qui est assimilable. Les poils ou les os des rongeurs, les élytres des insectes et les arêtes des poissons sont régurgités sous forme de pelotes de réjection. La quantité de nourriture restante est ensuite digérée le long de 2,5m d'intestins, et provoque la formation d'une fiente blanche, qui colore typiquement les toits des maisons où la cigogne a élu domicile.

IV. Les vols migratoires

Le cycle annuel de la Cigogne blanche se répartit normalement entre la reproduction en Europe et l'hivernage en Afrique. Pour assurer les vols migratoires, les cigognes se rassemblent deux fois par an en très grands groupes de plusieurs centaines d'individus et parcourent plusieurs milliers de kilomètres, à raison de 200 à 400 km par jour si les conditions météorologiques le permettent. Contrairement à de nombreux autres oiseaux, les cigognes en migration s'arrêtent tous les soirs, ce qui leur permet de se reposer et se nourrir. En effet, elles ne peuvent voler qu'en pleine journée, car elles utilisent les courants d'air ascendants (thermiques) provoqués par le soleil réchauffant la terre. Si les conditions climatiques sont favorables, l'envergure de leurs ailes leur permet de se laisser porter par ces courants d'air chaud qui montent vers les couches supérieures de l'atmosphère. Le vol battu n'est donc utilisé par les cigognes que pour des trajets très courts.

 

Représentation schématique du mode de vol plané utilisant les thermiques, chez la Cigogne blanche

Source : CEPE - documents D.Picamelot  

V. La reproduction de la cigogne

La saison de reproduction

Ce n'est que quand l'air commence à se réchauffer et que la nourriture permet à nouveau aux cigognes de s'alimenter, c'est pour la St Valentin, dit-on traditionnellement, que les cigognes montrent le bout de leur bec en Europe. Au terme de quelques milliers de kilomètres parcourus en groupe en moins d'un mois, elle doivent faire face aux dernières gelées de l'hiver alsacien, c'est à dire aux environs du mois de février.  

Comment la cigogne construit son nid

  Les cigognes cherchent alors un emplacement pour y construire leur monumental nid, en général au même endroit que celui de l'année précédente, et font preuve d'un extraordinaire sens de l'équilibre en choisissant le faîte d'un toit ou la pointe d'un poteau électrique comme emplacement idéal.
En général c'est le mâle qui commence la construction, parfois sur un ancien nid déjà occupé l'année précédente. Des rameaux de bois , des sarments de vigne, du foin, de l'herbe sont souvent utilisés et entrelacés pour former une plate-forme solide et large :le futur nid. La femelle, attirée par le nid en construction est finalement admise pour les finitions du nid. La femelle utilise des feuilles et des herbes afin d'organiser une cuvette plus accueillante pour les futurs cigogneaux. Bizarrement amélioré d'années en années, le nid peut atteindre plus de 500kg, 2m de diamètre et la hauteur d'un homme.  

L'accouplement, la ponte , la couvaison

  Les accouplements, périlleux et acrobatiques, se déroulent sur le nid et sont très fréquents de février jusqu'à la ponte, qui a lieu en général entre mars et avril. 3 à 5 oeufs sont pondus à 24 ou 48 h d'intervalle. Ils sont blancs et meurent environ 70x50 mm. Ils sont couvés alternativement par les deux parents et régulièrement retournés pour répartir la chaleur. Les oeufs sont couvés 32 à 34 jours.
     

L'éclosion et la croissance des cigogneaux

Ils éclosent enfin, entre avril et mai. En cas de destruction de la couvée, une deuxième ponte tardive peut parfois avoir lieu, mais ses chances d'aboutir à la production de jeunes cigognes à l'envol sont plus limitées.
 
    Petit cigogneau quelques heures après son éclosion (Photo D.Picamelot)
     
A l'éclosion, les petits cigogneaux pèsent 75 g et ne portent aucune plume, mais un duvet blanc est clairsemé sur leur peau bleutée. Leurs pattes sont roses, leur bec est encore mou, noir, et mesure moins de 2 cm.  
    (Photo D.Picamelot)

La croissance des petits est très rapide. Les jeunes sont nourris plusieurs fois par jour, alternativement par chaque parent, et passent donc leurs premières semaines à manger sans interruption. La distribution de nourriture se fait au centre du nid, et les poussins doivent eux-mêmes s'approprier les petites proies régurgitées au milieu d'eux. Les plus faibles sont impitoyablement éliminés par les plus forts, qui avalent toute la nourriture disponible.
 

Après deux mois passés au nid à se nourrir et à dormir, les cigogneaux sont tout à fait semblables à leurs parents, à la différence de la couleur des pattes et du bec, qui restent noirs et oranges encore quelques mois. Ils commencent alors leur apprentissage du vol et de la chasse, aidés par leurs parents pendant encore quelques semaines.

Dès la fin du mois d'Août, les cigogneaux se regroupent et partent en migration vers le sud avant les adultes. Ils mettent quelques semaines pour atteindre les points d'eau africains où la nourriture est abondante. Les jeunes cigognes y trouvent toutes les conditions pour parvenir à la maturité sexuelle en au moins deux hivers. Ce n'est donc qu'âgées au minimum de 2 ans et demi qu'elles reviennent en Europe pour effectuer leur première reproduction, avant de refaire le voyage tous les ans une fois adultes.

Les adultes quittent quant à eux l'Europe un peu plus tard que leur progéniture, en Septembre. Ils atteignent leurs quartiers d'hiver africains en suivant le trajet inverse de celui de Janvier, et y retrouvent parfois quelques groupes de cigognes noires.

Source des documents : D. Picamelot